‹ Histoire de la Louisiane [microforme]Chapitre 12 sur 95 · omar · texte numérisé non relu

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toute cette campagne de la Floride!) Nuño Tobar,

une épée nue à la main, et à peine vêtu d’une cotte de mailles qu’il n'avait pas eu le temps d’agrafer, les suivit, en leur criant d’une voix retentissante : “Arrêtez, soldats ! retournez sur vos pas. Où courez-vous? Ici ne sont

ni Séville, ni Cordoue, pour vous recevoir dans leurs

murs, Vous n'avez d'autre protection que votre courage, d'autre espérance de salut que dans la vigueur de vos bras. Droit à l'ennemi, compagnons ! droit à l’ennemi! C’est dans ses rangs qu'il y a pour vous sécurité! La fuite vous perd, et le combat vous sauve.” Dans ce moment, une trentaine de soldats qui sortaient de la partie sud du village, quartier du capitaine Juan de Guzman, rencontrèrent les fuyards, et leur firent honte de leur lâcheté. $e ralliant à la troupe de Guzman, ils firent tous ensemble le tour du village, que l’incendie ne leur permettait plus de traverser, et tombèrent sur le flanc de la colonne du centre, contre laquelle le gouverneur combattait de front avec tant de désavantage, à cause du petit nombre des siens et de la multitude de ses‘adversaires. Lorsque cette manœuvre s’opérait, le capitaine Vasconcellos sortait de la partie ouest du village à la tête de vingt-quatre cavaliers portugais, tous gens d'élite, et qui avaient servi sur les frontières d’Afrique. Nuro Tobar, les apercevant, se joignit à eux, quoiqu'il füt-à pied, et ils allèrent attaquer l’autre flanc de la colonne du centre, qui, du côté opposé, était déjà assaillie par la troupe de Guzman. $Se voyant ainsi secouru et appuyé, Soto voulut en finir par un coup d'éclat. Il avait remarqué un cheffndien qui combattait avec la plus grande valeur, et qui, se portant tantôt d’un côté et tantôt de l’autre, mais toujours au premier rang, soutenait le courage des siens par ses paroles et par ses actions. Saisissant le moment favorable, Soto courut sur lui et le perça de sa lance. Mais il avait fait cette charge avec tant d’élan, que selle et cavalier passèrent

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par-dessus la tête du cheval, et roulèrent au milieu des rangs ennemis. À la vue du danger de leur général, les Espagnols, cavalerie et infanterie, se ruèrent sur les Indiens avec tant de violence et de rapidité, qu’ils réussirent à pénétrer jusqu’à lui, et à empêcher qu’il ne fut tué. Re- .mis en selle, Soto ne recommença le combat qu'avec plus de furie.

Le gouverneur n’était tombé que parce que ses valets, surpris et effrayés de l’attaque subite des Indiens, avaient, en sellant son cheval, oublié de le sangler. Ce vaillant chevalier s'en était bientôt aperçu, mais se fiant à son adresse, il crut qu’il n’en saurait pas moins conserver ses arçons, et en effet, il avait ainsi combattu pendant plus d’une heure. Les Indiens qui, jusqu'alors, avaient dis-

puté la victoire aux Espagnols avec tant d’opiniâtreté,

commencèrent à mollir. D’abord ils battirent en retraite avec beaucoup d’ordre, s’appelant les uns les autres, et s’avertissant d'abandonner le combat. Mais tout d’un coup ils se débandèrent, et se mirent à fuir avec la plus grande agilité. Le gouverneur, à la tête de la cavalerie, poursuivit les fuyards aussi loin que la lueur de l'incendie lui permit de les voir. Ainsi finit ce combat, qui dura deux heures. Lorsque les Espagnols comptèrent leurs pertes, ils trouvèrent qu’ils avaient perdu quarante hommes et cinquante chevaux, ainsi que tous leurs vêtements, et presque toutes leurs armes et leurs munitions de guerre. La perte des Indiens ne fut que de

cinq cents hommes. Soto fut obligé d'abandonner le

champ de bataille, et d'aller occuper une position plus avantageuse, où les Espagnols se mirent à l’œuvre en toute hâte, pour fabriquer des selles, des lances et des rondaches. Ils furent continuellement harcelés par les Indiens, la nuit et le jour, et si quelque soldat s’éloignait du camp, il tombait sous la flèche ou le tomahauk des sauvages.

Au commencement d'avril, Soto se remit en route pour

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continuer ses explorations, et après avoir traversé les parties occidentales des Etats actuels du Mississippi et du Tennessee, il arriva sur les bords de ce fleuve immense, que les Indiens ont surnommé le père des eaux, et qu’ils appelaient de plusieurs noms, tels que Cicuaga, Meschacébé et Mississippi. Soto fut donc le premier Européen qui vit le Mississippi. Ce füt à une très-petite distance au-dessous du premier de ces monticules, connus sous le nom de monticules Chickassas, ou Chicka-

saw bluffs, et non loin de la présente ville de Memphis. :

Ayant fait construire des bateaux plats, il s’aventura sur les eaux du roi des fleuves, et porta long-temps des regards étonnés sur la rapidité de ses flots et la majesté de son cours. Passant sur la rive opposée, il remonta le fleuve jusqu’à la rivière Blanche, et de là, il pénétra dans le territoire des Arkansas, où il établit son quartier d'hiver, après avoir éprouvé sur sa route des traitements différents de la part des Indiens, qui le recevaient tantôt en ami, et tantôt en ennemi.

Tant que le printemps dura, l’armée se dirigea vers le Sud à petites journées et sans beaucoup souffrir, mais au commencement de l'été, la famine se fit sentir parmi les Espagnols, et plusieurs moururent de l'excès des fatigues qu’ils avaient suppértées, ou'succombèrent à des maladies vvlentes, causées par l'extrême chaleur et les miasmes des marais impurs, que cette petite armée de héros avaient à traverser fréquemment et près desquels ils n'étaient que trop souvent obligés de camper. Après de fréquentes et de longues haltes, elle arriva enfin à l'embouchure de la rivière Rouge, dans les limites actuelles de l'Etat de la Louisiane. Là, Soto fut saisi d’une fièvre qui, dans peu de jours, s’annonça comme devant être mortelle. Il s’aperçut lui-même que la mort n’était pas loin et se prépara à la recevoir en guerrier chrétien. Il s’occupa d’abord du soin de se donner un successeur, et ce fut Luis Muscoso de Alvarado qui eut

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l'honneur d’être choisi Ayant convoqué les officiers de l’armée auprès de son lit de douleurs, et maitre encore de son génie et de ses pensées, on le vit, le front serein, converser avec eux sur les mouvements que ferait l’armée, après qu’il aurait cessé de vivre. Puis, faisant appeler tous ses compagnons d'armes, officiers et soldats, il fit à chacun d’eux prêter serment de fidélité entre les mains de son successeur, après leur avoir recommandé à tous d’être obéissants à leurs chefs, affectionnés envers leurs frères d'armes, soumis à la discipline qui leur avait procuré tant de triomphes, et de ne rien négliger pour convertir les Indiens à la foi catholique et pour augmenter les domaines et laspuissance de la couronne d’Espagne. “Union et Persévérance”, furent les derniers mots qu’il leur adressa. Il expira vers le 30 juin 1542, dans sa quarante deuxième année. Son corps, enfermé dans un tronc de chêne, creusé et recouvert de planches clouées, fut précipité dans le milieu du fleuve, à un endroit où il a environ un quart de lieue de large et dixneuf brasses d’eau de profondeur. Les Espagnols pensèrent que c'était le moyen le plus sûr d'empêcher ses restes mortels de tomber entre les mains des Indiens. C'était un homme de taille moyenne, brun de teint, d’une physionomie ouverte et gaie, et d’aussi bonne mine à pied qu’à cheval. Il était adroit, propre à tout, et plus disposé, dit Garcilasso, à éperonner sa monture qu’à user de la bride pourlaretenir. Sa patience et son courage à endurer tous les travaux et toutes les fatigues de la guerre étaient tels, que les soldats, en le voyant à l'œuvre, n’osaient se plaindre de leurs souffrances. Parmi les conquérants de l'Amérique, il était compté au nombre des quatre lances réputées les meilleures. La sienne n’était inférieure qu’à celle de Pizarre, à laquelle, d’un consentement unanime, la supériorité sur toutes

les autres avait toujours été accordée. Il était si vail-

lant que dans toutes les nombreuses batailles où il parut,

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1549, il s'ouvrait un si large chemin, que dix de ses hommes

d'armes pouvaient le suivre de front. Il fut toujours le premier ou le second à se présenter à l'ennemi, et jamais le troisième. Mais dans toutes les surprises et les combats de nuit, l’ontavait remarqué qu’il était toujoursle premier à être sur pied et.à prendre part à l’action. Tel fut l’homme illustre dont, à juste titre, l’on a donné le nom à une des paroisses de l'Etat. Garcilasso fait la description la plus touchante du désespoir des Espagnols, à la mort de leur général qu'ils adoraient. Ils ne pouvaient surtout se consoler, dit-il, d’avoir donné une sépul:ure aussi misérable à un chef auquel ils auraient voulu ériger un monument digne desJules César.

Muscoso, qui avait succédé à Soto, partit le 4 ou le 5 de juillet, et fit remonter la rivière Rouge à ce qui restait de l’armée espagnole, au travers de cette partie de la Louisiane qui s’appelle les Natchitoches. Après avoir parcouru une centaine de lieues depuis le point de son départ, il arriva chez une nation indienne, propriétaire de troupeaux tellement immenses, qu’il lui donna le nom de nation de los Vaqueros (nation des Vachers). Probablement elle habitait cette partie de l'Amérique, connue maintenant sous le nom de province du Texas. Après avoir marché cent milles de plus, Muscoso arriva à un pays montagneux. Il avait pris cette route dans l'espoir de se rendre par terre à Mexico. Mais ayant appris des Indiens qu’il avait encore une étendue immense à parcourir, avant de parvenir au terme de son voyage, il résolut de rétrograder, et de descendre le Mississippi jusqu’à la mer. L'armée, après avoir beaucoup souffert, arriva à l'embouchure de la rivière Rouge, vers la fin de

novembre. Garcilasso estime que, dans cette dernière .

expédition, les Espagnols parcoururent plus de trois cent cinquante lieues de pays dans tous les sens. Elle Jeur coûta cent hommes et quatre-vingts chevaux, qui moururent de maladie ou furent tués par les Indiens. Les

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