‹ Histoire de la Louisiane [microforme]Chapitre 13 sur 95 · AP · texte numérisé non relu

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Espagnols éprouvèrent une si grande joie er revoyant le Mississippi, qu’ils se jetèrent dans les bras les uns des autres, et remercièrent le ciel de les avoir sauv Ils s'emparèrent de deux villages indiens pour y établir leur quartier d'hiver. Heureusement, ces villages étaient pourvus de vivres de toute espèce, dont les Espagnols avaient un grand besoin. Mais il arriva que beaucoup d’entre eux, affaiblis par les fatigues, amaigris par la famine dont ils avaient cruellement souffert, abusèrent de l'abondance dans laquelle ils se trouvèrent si subitement, etil en mourut une cinquantaine, entr'autres, le capitaine Vasconcellos de Silva, du sang le plus noble qu’il y eut en Portugal, et le brave Nurño Tobar.

Au mois de janvier, Muscoso fit commencer la construction d’embarcations capables de transporter son armée par mer au Mexique. Les caciques, qui avaient surveillé ses travaux d’un œil jaloux, craignant que son dessein ne fut d’aller avertir ses compatriotes de la fertilité des vallées du Mississippi et les inviter à venir sy établir et subjuguer les Indiens, résolurent de se liguer afin de réunir des forces suffisantes pour accabler les Espagnols, ou du moins pour brûler leurs barques. Garcilasso raconte que la ligue était si considérable, que les caciques qui en firent partie, convinrent de lever quarante mille hommes. (Cependant, le complot fut découvert ; avis en fut donné à Muscoso par des femmes indiennes qui sétaient attachées à quelques uns des officiers Espagnols, et par un cacique, nommé Anilco, qui avait toujours témoigné beaucoup d'amitié aux Espagnols, auxquels il avait déjà rendu de grands services, en leur fournissant tout ce dont ils avaient eu besoin pour la construction et l’équipement de leurs embarcations. Ainsi averti à temps, Muscoso prit toutes les mesures nécessaires pour résister à l'attaque projetée, et les caciques s’en étant aper-

çus, plusieurs d’entr’eux se retirèrent de la ligue qu'ils

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avaient formée. Cette défection ne déconcerta pas ceux k qui habitaient sur les bords du fleuve, car excités et encouragés par Quigualtanqui, le chef le plus puissant de tout le pays, ils persistèrent dans leur intention et construisirent un nombre considérable de canots, pour poursuivre les Espagnols sur le fleuve, -— nes ctery 1543, Le 24 juin 1543, les Espagnols lancèrent leur flottille sur le Mississippi et l’armée s’embarqua. On avait eu la précaution de tendre des peaux autour des embarcations, afin de se garantir contre les flèches des indiens. La flottille se composait de sept brigantins et de trente canots. Des mille hommes qui avaient débarqué à la baie de Santo Spiritu, il n’en restait plus que trois cent cinquante, et de trois cent cinquante chevaux il n’en restait plus que trente. Le second jour après leur départ, les Espagnols aperçurent la flotte incienne. Garcilasso nous apprend qu’elle était composée de plus de mille pirogues, qui contenaient au moins vingt mille hommes et dont la plus petite avait vingt rameurs. Chaque pirogue était peinte avec goût en bleu, rouge,

jaune ou blanc. Les rames, les plumes, les carquois et :

les flèches des guerriers étaient de la couleur dés pirogues qu’ils montaient. Une musique sauvage et martiale faisait retentir les rives du fleuve et les Indiers ramaient en cadence en chantant les exploits de leurs ancêtres. La flotte, partagée en trois divisions, s’avança dans le plus grand ordre, et chacune de ces divisions, en longeant tour à tour les barques espagnoles, fit tomber sur elles une pluie de flèches. Pendant dix jours entiers, ces anciens habitants du sol Louisianais ne cessèrent de livrer bataille aux Espagnols et de poursuivre à outrance ceux qu’ils appelaient les profanateurs de la terre de leurs aïeux.. Tantôt, ils invoquaient le Grand Esprit, en le priant de leur livrer ces étrangers vagabonds qui fuyaient devant eux, et tantôt, par des chants belliqueux où le nom de Quigual-

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