‹ Histoire de la Louisiane [microforme]Chapitre 15 sur 95 · RE · texte numérisé non relu

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et fit débarquer sa troupe sur une île, située à gauche dé l'embouchure du fleuve et formée entièrement de troncs d'arbres que le fleuve chariait en grande quantité. Là, les Espagnols s’arrétèrent et se reposèrent trois jours.

Vers le milieu du troisième jour, les Espagnols virent sortir des roseaux et venir à eux sept canots remplis d’Indiens. Dans le premier on remarquait un Indien, grand comme un Philistin et noir comme un Ethiopien, dit Garcilasso. Le canot s'arrêta à quelque distance des Espagnols, et l’Indien, se tenant debout à la proue, leur cria d’une voix forte et hautaine : “Voleurs, vagabonds, fainéants sans honte ni vergogne, qui courez ainsi le pays dont vous inquiétez les paisibles habitants, je vous conseille de vous en aller le plus tôt possible par l’une des deux issues que vous offre le fleuve, si vous ne voulez pas que je vous tue tous et que je brûle vos embarcations. ! Souvenezvous bien de cecil... c’est que si vous passez ici la nuit, j'aurai soin qu’il n’en reste pas un de vous pour voir le lever du soleil. Si nous avions des canots aussi grands que les vôtres, nous vous suivrions jusque dans votre pays, nous le prendrions, et nous vous montrerions que nous sommes des hommes qui vous valent bitn.”

Muscoso, s'étant aperçu qu’il y avait beaucoup de pirogues dans les joncs, et voulant prévenir l’attaque de nuit dont il était menacé, et dont les suites pouvaient être désastreuses, ordonna à une centaine d'hommes de se mettre dans des canots, et d'aller débusquer les ennemis. Il s’en suivit un combat dans lequel beaucoup d’Indiens furent blessés et dix ou douze tués. Quant aux Espagnols, il y en.eut un de tué et la plupart furent blessés, entr'autres, les deux capitaines qui les commandaient. Les Indiens ayant été mis en fuite, les Espagnols retournèrent à leurs brigantins; mais craignant d’être assaillis

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pendant la nuit, ils se rembarquèrent, et se réfugièrent 1543. dans une île déserte, non loin du lieu qu’ils avaient occupé. Le lendemain, à trois heures de l'après-midi, ils mirent à la voile, et entreprirent leur grand voyage. Ils longèrent la côte en tâtonnant et en s’arrêtant fréquemment, pour faire de l’eau et des vivres et pour réparer leurs embarcations. Enfin, après trois mois de navigation, et après beaucoup d'aventures périlleuses, ils entrèrent dans le port de Panuco, environ à soixante lieues de Mexico, où ils furent bientôt appelés par le vice-roi, don Antonio de Mendoça, qui écouta le récit de leurs aventures avec un extrême intérêt. C'était à qui, dans la ville, ferait un meilleur accueil aux conquérants de la Floride. Parmi ceux qui s’informaient avec le plus d’avidité des détails de cette longue et pénible campagne de la Floride et de la Louisiane, on remarquait don Francisco Mendoca, fils du vice-roi. Lorsqu'on lui raconta tout ce qu'avait fait Quigualtanqui contre les Espagnols, il ne put s'empêcher d’interrompre le narrateur, et se tournant vers ceux qui l’entouraient : “Vraiment, messieurs, ditil, il faut avouer que ce barbare était un homme de bien etun patriote.” -f

T'elle fut la fin de cette expédition, magnifique dans sa conception, glorieuse dans son exécution, mais désastreuse dans ses conséquences. Si je la racontais dans tous ses détails, si je disais tous les hauts faits de cette petite troupe de héros, tels qu’ils sont rapportés par des historiens contemporains qui en faisaient partie, ce récit ressemblerait plutôt à un roman de chevalerie qu’à de l’histoire. En effet, quelle audace ne fallût-il pas pour s’'aventurer dans ces régions inconnues, et pour ne pas reculer devant les difficultés et les dangers sans nombre présentés par la nature du pays ! que de marais ! que de lacs ! que de fondrières, que de cyprières, que de forêts impénétrables, que de rivières, que de fleuves à traverser! que de nations féroces à combattre, et le jour et la

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