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fut que dans la neuvième année du règne de Henri III, que le marquis de La Roche, ayant obtenu les mêmes pouvoirs que ceux qui avaient été accordés quarantgtrois ans auparavant au seigneur de Robertval, passa la mer, en 1583, pour tenter aussi la fortune, qui jusqu’alors avait peu favorisé ses prédécesseurs. Arrivé à l’île connue maintenant sous le nom de Sable Island, que le baron de Lévy avait visitée avant lui, il y laissa quelques misérables qu’il avait tirés des prisons de Paris, et parcourut ensuite cette partie de l'Amérique du Nord qui est connue aujourd’hui sous le nom d’Acadie ou de Nouvelle Ecosse. Aprés ces explorations, il retourna en France, où une mort prématurée mit fin à ses desseins de colonisation.
Le sud de l'Amérique du Nord avait aussi attiré les regards des Français, car en 1562, l’amiral Coligny, que persécutait la jalousie ou la haine d’une cour corrompue, avait pensé à se ménager un asile en Amérique, ainsi qu'aux protestants qui voudraient partager son sort. Il fit équiper à Dieppe deux navires, sur lesquels s’embarqua un nombre assez considérable de colons. Il en confia le commandement à Ribaud. Parti au mois de février, Ribaud fit terre à l'embouchure de la rivière Ste. Marie, qui sépare la Georgie de la Floride, et qu’il appela la rivière de Mai, parce qu’il y était arrivé pendant le mois qui porte ce nom. Les Indiens lui firent l'accueil le plus hospitalier. Profitant de leur bonne disposition, il éleva sur le bord de la rivière une colonne sur laquelle il grava les armes de France, en signe de prise de possession. Après un court séjour au lieu de son débarquement, il s’avança vers le Nord, jusqu’à l'embouchure de la rivière Edisto, dans l'Etat actuel de la Caroline du Sud. Là, ayant fondé la colonie qu'il était chargé d'établir, et en ayant remis le commandement à l’un de ses compagnons, nommé Albert, il retourna en France. Coligny, qui depuis long-temps était en disgrace auprès de son
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Il est à remarquer que cet évènement fût le premier acte d’hostilité commis entre deux nations européennes dans le Nouveau Monde. |
Dès que cette nouvelle parvint en Franee, elle excita
la plus vive indignation. Dominique de Gourgues, de la
province de Gascogne, en éprouva une patriotique colère et jura de tirer de cet outrage une vengeance exemplaire. Il vendit son patrimoine, et, aidé de deux de ses amis, il équipa trois navires dans le port de Bordeaux, enrôla deux cents hommes, et partit des bords de la Garonne, le 2 d'août 1567. De Gourgues arriva heureusement au lieu de sa destination, etayant gagné par des présents les bonnes grâces des Indiens, il les détermina à se réunir à lui contre les Espagnols, qu’il attaqua immédiatement, et dont il fit un grand carnage. Ceux qu'il fit prisonniers furent attachés au gibet vengeur avec cette inscription : “Pendus comme assassins et non comme Espagnols.” Après avoir accompli cet acte de justice, de Gourgues retourna en France, où, au lieu de recevoir une récompense pour avoir vengé la mort de ses concitoyens, il apprit que sa tête avait été mise à prix par le roi catholique Philippe II, avec la courtoise permission du roi très-chrétien Charles IX, et il fut longtemps obligé de cacher cette tête proscrite, qui, si elle eût été découverte, eût roulé sur l’échafaud, pour le bon plaisir d’un despote orgueilleux et féroce.
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Depuis la tentative du marquis de La Roche au Canada, plusieurs autres avaient été faites avec plus ou moins de succès, mais ces succès, quels qu’ils furent, étaient, après tout, extrêmement insignifiants, lorsque le 3 juillet 1608, Champlain, qui découvrit plus tard le lac auquel il donna son nom, fonda sur la rive nord du St. Laurent la ville de Québec, à une distance de 360 milles de la mer. L'existence de cette colonie fut constamment menacée par les Indiens, auxquels Champlain eut à livrer des combats nombreux, avant de retourner en France, où il apprit à Henri IV, qui régnait alors, le succès de son expédition. Le roi fut enchanté du récit que lui fit Champlain, et donna le nom de Nouvelle-France à ses domaines américains, qu’il négligea cependant, pour s'occuper de soins plus importants. (Car en 1622, Québec, quatorze ans après sa fondation, avait si peu prospéré, que sa population n’était que de cinquante âmes. Québec était encore dans cet état d langueur, lorsqu'elle fut prise parles Anglais en 1628 ; mais ils ne la gardèrent pas long-temps et la rendirent à la France en 1632, en conséquence du traité de paix de St. Germain. Après un grand nombre de succès et de revers, dans lesquels les Iroquois et les Hurons jouent un rôle principal, la Nouvelle-France eut espoir de jouir enfin de quelques jours de prospérité et de puissance, sous le gouvernement du comte de Frontenac, en 1671. Quelques forts furent construits, et les Indiens furent obligés de se tenir à une distance respectueuse des établissements français.
Ce court exposé de la découverte du Canada et de ses premiers établissements était une introduction indispensable à l’histoire de la Louisiane, qui en est en quelque sorte la fille, et dont la population primitive
était, pour la plupart, d’origine canadienne. En effet, les Jumonville de Villiers se sont couverts de gloire au Canada, Pierre Boucher de Grand-Pré était gouverneur de Montréal et des trois rivières en/1643, et un Villeré
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était membre du conseil général et l’un des citoyens les plus distingués de la Nouvelle-France en 1665. . Leurs descendants existent encore à la Louisiane.
Les Indiens avaient appris aux Canadiens que vers l'Ouest il existait un fleuve immense dont le cours était inconnu, et l’on se persuada, qu’en le remontant, on trouverait un passage à la Chine, ou qu’en le descendant, on arriverait au golfe du Mexique. Talon, qui, le premier, fut intendant de la Nouvelle-France, et qui
‘comptait bientôt rentrer dans l’ancienne, résolut, avant
son départ, de découvrir le fleuve fameux dont les naturels parlaient comme étant l’une des merveilles du Nouveau Monde.fIl chargea de l’accomplissement de ce projet le père Marquette, moine récellet® qui ayant passé de longues années comme missionnaire parmi les Indiens, en parlait parfaitement la langue, et Joliet, an des principaux marchands de Québec, qui avait eu de grandes relations commerciales avec les tribus sauvages. Ces hardis aventuriers, que la grandeur de l'objet qu'ils avaient en vue put seule soutenir parmi les fatigues et les dangers auxquels ils furent exposés, découvrirent le Mississippi, le 7 juillet 1673, cent trente ans après l’arrivée de Soto sur ses bords, où aucun homme blanc n'avait paru depuis cette époque. Les voyageurs s’abandonnèrent au courant du fleuve et ils arrivèrenten peu de temps à un village des Illinois, près de l'embouchure du Missouri. Ces Indiens, qui avaient eu des relations avec les Français du Canada, reçurent ces étrangers avec une touchante hospitalité et prièrent leurs hôtes de leur envoyer des missionnaires pour leur porter la parole du Grand Esprit. Après un court séjour parmi leurs nouveaux amis, les voyageurs continuèrent leur route et parvinrent heureu:ement à un village des Arkansas. Croyarnt alors s'être suffisamment assurés que le cours du fleuve était vers le golfe du Mexique, et ayant presque épuisé leurs
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provisions, ils pensèrent qu’il serait inutile et dangereux de s'aventurer plus loin parmi des nations sauvages dont ils ignoraient le caractère et dont il était
prudent de se méfier. Ils retournèrent donc à la rivière
des Illinois et, l’ayant remontée, se rendirent à Chicago sur le lac Michigan. Là, ils se séparèrent ; l’homme de l’évangile retourna parmi les Indiens sur la rive Nord du lac pour exécuter sa mission sainte, et le marhand descendit j jusqu'à Québec pour rendre compte à son chef du succès de l’entreprise. Le comte de Frontenac qui, quoique éloigné de la cour, n’en avait pas oublié la tactique, donna au fleuve le nom de Colbert, en l’honneur du ministre auquel le: finances du royaume étaient alors confiées.
La nouvelle de cette découverte répandit la plus grande joie dans le Canada. Les cioches de la cathédrale sonnèrent pendant un jour entier et l’Evêque de Québec, suivi de son clergé et de toute’ la population de la ville, alla aux pieds de l'autel rendre des actions de grâces à Dieu. On était loin de prévoir alors que le drapeau sans tache disparaitrait devant la bannière étoilée et que le 1ys royal ne prendrait pas racine sur le sol destiné à nourrir l'arbre seul de la liberté. Les siècles ont roulé, et l'aigle républicaine a pris la place de l’écusson monarchique.
Sur ces entrefaites, le père Marquette étant mort, et Joliet étant trop engagé dans ses opérations commerciales pour s'occuper d'autre chose, la sensation qu’avait causée la découverte du Mis&issippi, ne fut suivie d'aucune tentative pour en tirer parti. Les esprits n'étaient plus échauffés par des projets de gloire et de fortune, et une sorte d’apathie avait succédé à l’audacieuse activité des premiers aventuriers Français qui avaient abordé en Amérique, lorsque la France dût au courage et à la persévérance d’un homme obscur l’honveur de fonder une colonie dans cette magnifique
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vées, Cet homme était Robert Cavalier de Lasaiie, qui était né à Rouen et qui avait appartenu pendant plusieurs
‘années à la Société des Jésuites. Son père et sa mère
ayant cessé de vivre, lorsqu'il faisait partie de cet ordre religieux, il ne put, dit-on, obtenir leür héritage, cause de la mort civile dont il était frappé. Des passions ardentes fermentaient dans le cœur de Lasalle et donnaient une nouvelle vigueur au génie entreprenant dont la nature l'avait doué. Il était un de ces hommes pour qui la vie n’est qu’un fardeau, si elle nest pas illustrée par ‘la gloire et embellie par les plaisirs que procurent les richesses.. Si son ambition était extrême, il avait toutes les qualités qui la font réussir. * Son ame était forte, sa persévérance inébranlable, et l’idée des dangers souriait à son audace. Elevé parmi les jésuites, ces hommes déliés l'avaient initié aux mystères du cœur humain dont il connaissait les plus secrets replis.. Malheureusement pour lui, cette grande connaissance qu il en avait acquise lui avait inspiré le plus profond mépris pour les hommes, qu'il ne pouvait s'empêcher de traiter avec une hauteur, souvent capricieuse, lorsqu'il les avait sous ses ordres. Tel était celui qui, dans l'espoir de satisfaire les deux passions dominantes de son cœur, l’amour de la gloire et des richesses, était arrivé au Canada avec l'intention de pousser plus loin les découvertes du père Marquette et de Joliet., Il ne douta pas quele Mississippi ne se déchargeât dans le golfe du Mexique, mais il adopta l’idée qu’en le remontant, on trouverait quelque moyen de communication avec la Chine. Cette conception gigantesque était de nature à flatter un génie tel que le sien, et son imagination ardente voyait déjà les produits de l'industrie chinoise descendre le cours du fleuve. X Lasalle communiqua ses vues et ses espérances au comte de Frontenac, à qui il suggéra qu'il était de
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