‹ Histoire de la Louisiane [microforme]Chapitre 25 sur 95 · BEAUJEU AU MINISTRE · texte numérisé non relu

BEAUJEU AU MINISTRE

30 mai 1684.

“Vous m’aviez ordonné, monseigneur, d'apporter toute la facilité que je pourrais à cette entreprise. J’y contribuerai autant qu’il me sera possible. Mais permettezmoi de m'en faire un grand mérite auprès de vous, car j'ai bien de la peine à me soumettre aux ordres du sieur Lasalle que je crois brave homme, mais enfin qui n’a jamais fait la guerre qu’à des sauvages, et qui n’a aucun caractère, au lieu qu’il y a treize ans que je suis capitaine de vaisseau et trente ans que je sers tant par terre que par mer. Outre cela, il m’a dit, monscigneur, que vous lui aviez substitué au commandement le sieur de Tonti, en cas qu’il vint à mourir. En vérité,

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cela m’est bien rude, car quoique je n’aie point connaissance de ce pays là, allant sur les lieux, je serais un bien malhabile homme, si je n’en savais pas autant qu’eux au bout d’un mois. Je vous supplie donc, du moins, monseigneur, que je partage le commandement avec eux et qu’il ne s’y fasse rien pour la guerre sans moi, car, pour leur commerce, Je ne veux nt ne prétends en avoir aucune connaîssance. Je crois même que cela sera utile au service du roi, car si nous sommes attaqués par les Espagnols, je ne puis pas me persuader que des gens, qui n’ont jamais fait la guerre, leur puissent résister et s’y servir des avantages que les occasions et l'expérience donnent dans le métier. (C’est la grace que vous demande, et suis avec respect, monseigneur, &ce., &c.”.

BEAUJEU AU MINISTRE, 24 juin 1684.

“Le Joli estenfin prêt, et j'espère le descendre demain à larivière. Ilne tiendra qu'à M. de Lasalle de partir quand illui plaira. On n’a pu mettre dessus que six mois de vivres pour cent soldats et huit pour soixante et dix matelots Comme M. de Lasalle, jusqu'ici, ne m’a point fait part de. son dessein et qu’il change à tout moment de résolution, je ne puis pas répondre si cela suffira pour son entreprise. (C’est un homme si défiant et qui a tellement peur qu’on ne pénètre dans ses secrets, que je n’ose lui rien demander, s’étant scandalisé de ce que je lui dis un jour qu’il serait à propos de savoir de quel côté nous devrions tourner pour choisir un pilote qui ait été sur leslieux. Jusqu'ici, il ne s’est point voulu expliquer clairement, et nous n’en avons point encore. Sa délicatesse a été jusqu’à me dire qu’il fallait empêcher qui que ce soit de prendre hauteur sur le bord, et sur ce que je lui répondis que je retirerais tous les instruments pour cela, mais qu'il

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était impossible de l'empêcher à des gens du métier, puisque deux bâtons suffisaient, à moins que de cacher le soleil, il me témoigna n'être pas satisfait de ma réponse. Je vous avais représenté, monseigneur, par ma dernière lettre, le tort que cela pourrait me faire d’obéir à M. de Lasalle, qui n’a aucun caractère et qui n’a jamais commandé qu’à des écoliers, et vous priais de partager au moins le commandement entre nous.” &c., &ec. De Beauseu.

On n’eut point égard aux représentations de M. fde Beaujeu qui partit de France, le 4 juillet 1684, et se dirigea vers l’île d'Hispaniola. Mais avant d'y arriver, il fut assailli par une tempête affreuse qui dispersa sa petite flotte. L’Aimable, la Belle et le Joli réussirent à entrer dans le port du Petit Goave; le St.-François, qui était mauvais voilier, fut pris par un corsaire espagnol. Une indisposition assez grave força Lasalle de passer quelque temps au Petit Goave. Dans cet intervalle, ses compagnons dont un climat brûlant faisait fermenter le sang, se livrèrent à toute espèce d’excès et plusieurs en devinrent les victimes. La flotte remit en mer le 25 novembre, et le 27 décembre, elle se trouva dans le 28ème degré de latitudeNord et. dans trente brasses d’eau. Lasalle et Beaujeu, s'étant dirigés alors vers le ouest-nord-ouest, aperçurent la terre le 29 et se trouvèrent dans six brasses d’eau.

Personne ne connaissait la côte, ét Lasalle, ayant remarqué qu’il y avait un fort courant vers l'Est, présuma qu’il était près des Apalaches. La terre paraissait être très basse et boisée. Continuant de cingler vers le ouest-nord-ouest, il chercha, mais en vain, l'entrée du Mississippi pendant plusieurs jours. Lasalle, craignant d’avoir passé le fleuve, proposa à Beaujeu de rétrograder, mais celui-ci fut d’une opinion différente. Six jours s’écoulèrent sans que les deux chefs eussent pris aucu-

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ne détermination. Enfin l’intrépide Lasalle, dont les difficultés ne faisaient qu’accroître l’ardeur au lieu de la diminuer, prit avec lui une douzaine d'hommes d’élite et résclut de chercher, en marchant le long du rivage, ce fleuve majestueux sur lequel il avait en quelque sorte concentré toutes ses espérances et toutes ses affections. La nature ne le favorisa pas dans son entreprise, car le temps était brumeux, la terre était basse, plate et na: cageuse et l’eau douce ne se trouvait que dans des étangs impurs. Après avoir erré pendant un jour entier, il retourna à la flotte et continua de faire de vains efforts pour déterminer Beaujeu à rétrograder.

Ne pouvant pas l’y décider, Lasalle prit la résolution de débarquer cent vingt hommes, et leur donna l’ordre de marcher le long du rivage, jusqu’à ce qu'ils arrivassent au Mississippi. La flotte devait suivre la même direction. Il confia le commandement de cette petite troupe à Joutel, qui arriva le 8 janvier 1685 sur les bords d’une rivière assez large, où il fit halte pour attendre la flotte qui parut bientôt. Beaujeu, ayant sondé l'embouchure de la rivière et la trouvant assez profonde pour admettre sa flotte, voulut l’y faire entrer. Le Joli et la Belle passèrent aisément sur la barre, mais l’Aimable s’échoua. Un vent violent s'étant élevé peu de temps après, le navire fut mis en pièces et Lasalle eut le chagrin de perdre une grande quantité de provisions, de munitions et d'outils. Vers.le 15 mars, Beaujeu, qui avait toujours fait tout ce qu’il avait pu pour nuire à l’entreprise de Lasalle, partit pour France dans le Joli. Illaissa à Lasalle douze pièces d’artillerie, mais pas un seul boulet, sous le prétexte qu’ils étaient à fond de cale et qu’il ne pouvait les en retirer sans nuire à la sureté de son vaisseau auquel ils servaient de lest. ——

Après le départ de Beaujeu, Lasalle fit d’autres tentatives pour découvrir le Mississippi. Etant arrivé, le 15 avril, sur les bords d’une rivière où il trouva un trou-

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peau immense de bêtes à cornes, il la nomma la rivière des Vaches. L'on croit que c'était la rivière que les Espagnols nommèrent depuis: Rio Colorado de Texas. Dans le cours de ses explorations, Lasalle avait découvert la baie de St.-Bernard ou Matagorda, et il y avait bâti un fort dans lequelil avait laissé une garnison de cent hommes sous le commandement de Moran-

giès, son neveu. Ce fut à ce fort qu’il revint après son

excursion sur le Colorado.

Plusieurs rivières se déchargeaiïent dans la baïe de St.-Bernard où cette colonie était établie. Lasalle se flatta qu’elles pouvaient être des branches du Mississippi et résolut de les visiter. Le 13 février 1686, il campa sur les bords d’une rivière tellement large qu’il crut que c'était le fleuve qu’il cherchait, mais ce qu’il apprit des Indiens le convainquit que sa conjecture était erronée.

Sur ces entrefaites, le chevalier de Tonti, qui avait appris au Canada que Lasalle était parti de France avec une colonie qu'il comptait établir à la Louisiane, descendit le Mississippi jusqu’à la mer pour rejoindre son ancien chef, Mais n’ayant pu découvrir ses traces, et les Indiens lui ayant dit qu’ils n'avaient vu aucun visage blanc depuis long-temps, il s’en retourna avec douleur au Canada après avoir relevé la colonne sur laquelle Lasalle avait fait peindre les armes de France et qu’un orage avait renversée.

De toute la petite flotte que le roi avait mise à la disposition de Lasalle, il ne lui restait que la Belle. Mais la fatale destinée qui le poursuivait lui préparait un nouvel échec. : Un ouragan terrible s'éleva, et la Belle fut mise en pièces. Il n’y eut que le chapelain et quatre hommes de l'équipage qui échappèrent du naufrage. Alors, Lasalle résolut d'aller par terre aux Illinois, et se mit sn route le 22 mai, accompagné de son frère, de son neveu, Morangiès, de quinze autres Européen, et de

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deux Indiens fidèles qui l’avaient suivi du Canada. Au moment du départ, une messe fut dite avec toute la solennité possible, et l’on invoqua la bénédiction du ciel sur le voyage dont on devinait tous les dangers. Le 25, Lasalle rencontra quatre Indiens qui étaient à cheval, et

qui appartenaient à la nation des Quoaquis, Ils étaient

vêtus de peaux, et ils avaient aussi des enèces de bottines, cles selles et des boucliers de peaux. Leurs étricrs étaient en bois, et les mors de leurs brides étaient faits avec des dents d’ouré ou de loups. Ce: Indiens, qui paraissaient être arrivés à un certain degré de civilisation, invitèrent Lasalle à visiter leur village, où ils le iraitcrent avec une aff:ctueuse cordialité.

Les voyageurs s'étant remis en route, wi: jour qu’ils marchaient péniblement au travers d’un bois touffu, l’un des deux Indiens qui accompagnaient Lasalle; s’arréta touf à coup et poussa un cri d’effroi.: Aussitôt il tomba, et en peu de minutes enfla-d’une manière prodigieuse. L'autre Indien chercha avec empressement quelques herbes, et les ayant trouvées, les mächa, et les appliqua sur une petite morsure que son compagnon paraissait avoir reçue. Le serpent qui l'avait infligée était celui que nous connaissons aujourd’hui sous le nom de serpent à sonnettes. Cet accident força Lasalle de s'arrêter deux jours. Ce fut la première fois qu’il eut la preuve de la merveilleuse efficacité de l’antidote que possèdent les Indiens contre la morsure des serpents, et dont il avait souvent entendu parler. #4.

Après de longues fatigues, Lasalle arriva au village des Cénis. Au moment où il y entra, les Indiens revenaient d’une partie de chasse. Ils étaient tous à cheval et chacun avait sa femme en croupe. Ces Indiens reçurent très bien les Français, auxquels ils apprirent qu’ils connaissaient déjà les hommes blancs, avec lesquels ils faisaient un grand commerce. En effet, ils montrèrent aux Français des piastres, des fourchettes, des cuillers,

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de la vaisselle, et une quantité atéutise articles de ce genre. Lasalle trouva même dans une des cabanes la copie d’une bulle par laquelle le pape dispensait les Mexicains de jeuner pendant tout l'été. Les Indiens tracèrent sur l'écorce d’un arbre la carte de leur pays, et firent comprendre aux Français qu’ils étaient à peu de jours de marche des établissements espagnols.

Lasalle reprit son voyage, après avoir passé six jours au village des Cénis, dont les femmes étaient d’une beauté remarquable. À peine avait-il fait quelques lieues, qu’il s’aperçût que plusicurs de ses compagnons avaient déserté, sans doute pour revoir les belles Cénites. Lorsqu'il parvint au village des Nassonites, lui et son neveu étant tombés malades, et les munitions dont ses compagnons s'étaient pourvus étant épuisées, il fut résolu, d’une voix unanime, de retourner au fort St. Louis, sur la baie de St. Bernard, bien qu’on en füt éloigné de 450 milles en ligne directe. Les voyageurs arrivèrent au fort le 17 octobre 1687, et trouvèrent la colonie dans une situation florissante. Des maisons commodes avaient été bâties, la terre était cultivée avec soin, et les Indiens vivaient : en bonne intelligence avec les colons.

Après un séjour de deux mois parmi les colons, Lasalle prit la résolution de retourner au Canada, d’où il comptait partir pour France, afin de solliciter de nouveaux secours. Accompagné de son frère, d’un père récollet, de son neveu, de dix-sept soldats et des deux Indiens ses serviteurs, il reprit la route qu’il avait déjà faite. “Comme ils furent à trois journées des Nouadichés (dit le chevalier de T'onti, qui raconte minutieusement tous les détails de la mort de Lasalle, ainsi qu’il les tenait de témoins oculaires), se trouvant court. de vivres, il envoya M. de Morangiès, son laquais et le Chaouanon (c'était un de ses serviteurs indiens), pour io dans un bouquet

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de bois, avec orûre äe revenir le soiromme ils eurent tué quelques bœufs, ils se mirent après'pour saler la viande.

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+ M. de Lasalle était inquiet de ne pas les volr revenir. C’est pourquoi il demanda aux Français quels étaient ceux qui voulaient les aller chercher. Duhaut et Lanquetot projetaient depuis long-temps de tuer M. de Lasalle, parce que, dans un voyage que fit M. de Lasalle le long de la mer, il obligea le frère de Lanquetot, qui ne pouvait suivre, à retourner au camp; lequel, comme il s’en retournait seul, fut massacré par les sauvages. Ce qui fit jurer à Lanquetot qu’il ne pardonnerait jamais la mort de son frère. Comme dans les voyages de long cours il se trouve toujours beaucoup de mécontents dans une troupe, il trouva aisément des partisans. C’est pourquoi il s’offrit avec les siens d’aller chercher M. de Morangiès, afin de faire leur coup. Lorsqu'ils eurent trou-

vé M. de Morangiès et ses compagnons, il leur dit que M. de Lasalle était en peine d’eux ; mais comméê ceuxci lui remontrèrent qu’ils ne pouvaient partir que le lendemain, ils convinrent ensemble de coucher là. Après souper, ils conclurent, pour la faction, que M. de Morangiès commencerait, ensuite le laquais de M. de Lasalle, et après, le Chaouanon. Quand ils eurent fait leur faction, et qu’ils furent endormis, les autres les massacrèrent comme gens attachés à M. de Lasalle. Vers le soir, ils entendirent quelques coups de pistolet que M. de Lasalle, qui venait avec le père récollet, tira pour savoir où ils étaient. Ces misérables, se doutant que c'était lui, se mirent sur le chemin en embuscade, après avoir posté devant eux le laquais de Duhaut. Comme M. de Lasalle fut arrivé à lui, il demauda:où était M. de Morangiès. Ce valet lui répondit, le chapeau sur la tête, qu'il était à la dérive. Comme M. de Lasalle se voulut approcher de lui. pour le faire rentrer dans son devoir, il reçut trois balles dans la tête, dont il tomba mort. / Le père récollet, croyant passer le pas, se jeta à genoux devant les meurtriers, pour leur demander un quart d'heure pour mettre ordre à sa conscience. Ils lui

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répondirent qu’ils étaient contents, et que, pour lui, il avait la vie sauve. Ils s’en furent de compagnie où était M. de Cavalier, et, à leur arrivée, ils crièrent : Bas les armes! M. de Cavalier s'avança au bruit, ct, ayant appris la mort de son frère, il se jeta aussi à genoux devant les meurtriers, pour leur demander la même chose que le père récollet. Ils lui accordèrent la vie, mais lui refusèrent la permission d’aller donner la sépulture au défunt. Voilà la destinée d’un des plus grands hommes de ce siècle, d’un esprit admirable, et capable d'entreprendre toutes sortes de découvertes. Ce meurtre donna du chagrin à trois Nouadichés que M. de Lasalle avait trouvés en chasse, et qui voulaient l’accompagner jusqu’au village de leur nation. Après que les meurtriers eurent commis cet assassinat, ils se saisirent de tout l’équipage du défunt, et le reste des Français continua sa route jusqu’au village des Nouadichés, où ils trouvèrent deux Français habitués parmi les sauvages, et qui avaient déserté du temps de M. Lasalle, il y avait deux ans. Après avoir été quelques jours dans le village, les sauvages leur proposèrent d'aller en guerre contre les Quanouatinos. Ce que les Français acceptèrent, de crainte que les sauvages ne les maltraitässent. Comme ils étaient prêts à partir pour aller à la guerre, un flibustier anglais, que M. de Lasalle avait toujours aimé, dit aux meurtriers que les sauvages allaient bientôt partir en guerre, et qu’il les priait de lui donner, ainsi qu’à ses camarades, quelques chemises. Ils lui refusèrent tout plat. Ce qui donna du chagrin à l’anglais. Il ne put s’empèécher de le témoigner à ses camarades. Ils convinrent ensemble de faire une seconde demande, et s’ils ne l’accordaient, de venger la mort de M, de Lasalle. Ce qu'ils firent quelques j jours après. + 0

“L’Anglais ayant pris deux piktolèts à sa ceinture, accompagné d’un Français avec un fusil, ils furent de dessein prémédité à la eabane des meurtriers, qu’ils trouvè-

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rent dehors, tirant de la flèche. Lanquetot leur donna le bonjour, et leur demanda comment ils se portaient. Ils lui répondirent qu'ils se portaient assez bien, et que pour eux (les meurtriers), il ne fallait pas demander comment ils se portaient, puisqu'ils mangeaient toujours de bons poulets d’Inde et de bon chevreuil. Ensuite, l'Anglais leur demanda s'ils ne voulaient pas donner quelques munitions et quelques chemises, puisqu'ils s'étaient saisis ue toutes choses. Ils répondirent que M. de Lasalle leur “svait,et que ce qu’ils avaient pris leur appartenait. Vous ne voulez donc pas ? dit l'Anglais. Ils répondirent que non. Sur quoi, l'Anglais dit à Lanquetot : Tu es un misérable, tu as tué mon maitre ! et lui lâächa un coup de pistolet qui le tua tout raide. Duhaut voulut gagner la cabane, mais l’autre Français lui lâcha son coup de pistolet dans lesreins. Etant renversé par terre, M. Cavalier et le père Anastase coururent pour lui donner secours. Duhaut à peine se confessa, car le père Anastase ne lui eut pas sitôt donné l’absolution, qu’il fut achevé d’un coup de pistolet à la sollicitation des sauvages (les deux Chaouanons, domestiques de Lasalle), qui ne pouvaient souffrir qu’il vécut après avoir donné la mort à leur chef. L’Anglais resta maître de tout, et en donna une partie à M. Cavalier qui se retira aux Illinois, et l’Anglais resta, lui septième, aux Nouadichés.” -—

Ainsi le crime fut aussitôt vengé que commis. Telle fut la’ fin!malheureuse de celui qui avait bravé tant de fatigues et de dangers pour conquérir un empire immense et en doter la France, sa patrie, qui ne sut pas conserver le plus beau fleuron de sa couronne. Mais si la France n’a pas profité des travaux immortels, des peines et des fatigues sans nombre de ce fils héroïque, si digne de sa mère, du moins ces travaux n’ont pas été sans résultat pour la mémoire de Lasalle. Ils n’ont pasété aussi sans résultat pour le bonheur des générations qui lui ont succédé, Car le génie de la civilisation devait sui-

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vre pas à pas les traces de celui qui en fut le pionnier 1688. et l'avant coureur. La ville de Washington dans le Texas s'élève tout près du lieu où il fut assassiné,’ le 19 maïs 1688, et la bannière étoilée, ce symbole et cette garantie des libertés huinaines, flotte maintenant, sans interruption, depuis les lacs du Canada jusqu’à cet endroit où Lasalle rendit sa grande âme à Dieu.

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FONDATION DE LA COLONIE DE LA LOUISIANE PAR INERVILLE.— SA MORT.— SAUVOLLE, PREMIER GOUVERNEUR. — SA MORT, — BIENVILLE LUI SUCCÈDE. — LASALLE, PREMIER COMMISSAIRE- ORDONNATEUR.—DIRON D'ARTAGUETTE LE REMPLACE,

À l’époque de la mort de M. de Lasalle, voici ce que le chevalier de Tonti écrivait sur les ressources de la Louisiane :

“Je ne saurais exprimer, dit-il dans ses mémoires, la beauté de tous les pays dont j'ai fait mention, et si je les avais pratiqués, je marquerais en quoi ils peuvent être

utiles. Pour ce qui est du Mississippi, il peut produire tous les ans pour deux mille écus en pelleteries, quantité de plomb, des bois pour les navires. L'on pourrait y établir un commerce de soie, un port pour retirer les navires et faire la course dans le golfe du Mexique. On trouvera des perles, et, quand même le froment ne pourrait venir en bas, le haut de la rivière en fournirait, et l’on pourrait approvisionner les îles de ce qu’elles auraient besoin, comme planches, légumes, grains et bœufs salés.”

Dans ces beaux pays préconisés par Tonti, la France devait éprouver plus tard combien il lui serait difficile d'établir et de faire prospérer des colonies. Le premier essai ne fut pas heureux. Car les colons que Lasalle avait laissés au fort St.-Louis, ne recevant aucuns secours de France et ayant épuisé toutes leurs munitions, ne purent se défendre plus long-temps contre les Indiens, par qui ils furent tous massacrés, En effet,

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Louis XIV qui avait eu à combattre l’Europe entière, n'avait pu donner aucune suite à ses projets de colonisation en Amérique. Mais enfin la paix de Ryswick avait donné quelque espoir de repos à la France, que ses victoires avaient épuisée autant que ses défaites, lorsqu'un officier français, nommé Iberville, qui dans plusieurs combats sur terre et sur mer contre les Anglais avait déployé la valeur la plus brillante, offrit au cabinet de Versailles de mettre à exécution les desseins de Lasalle. Sa proposition fut acceptée et le comte de Pontchartrain, ministre de la marine, donna l’ordre que l’on équipât à la Rochelle, pour cette expédition, deux frégates de trente canons et deux autres petits batiments. Iberville eut le commandement de l’une des frégates et celui du reste de la flotte fut donné au comte de Sugères. Ces navires portaient deux cents colons, en comptant les femmes et les enfants. La plupart de ces colons étaient des Canadiens quis étaient enrôlés dans les troupes quel'Amérique avaient fournies à la France pendant la guerre et que l’on avait licenciées, lorsque la paix fut signée. ee.

Cette petite flotte partit le 24 septembre 16 le cap Français, dans l’île de St.-Domingue, où elle arriva après une traversée de soixante et douze jours. Là, elle fut renforcée par un vaisseau de cinquante deux canons, commandé par Château Morant, et se remit en route le ler de l’an 1699. Le 25 janvier, elle jeta l’ancre devant l'ile qui porte aujourd’hui le nom de Ste.- Rose, et Iberville envoya une députation à Don André de la Riolle qui venait de s'établir à Pensacola avec trois cents Espagnols, sur l’ancien site qu'occupait la ville des Anchusi, du temps de Soto. Deux batiments de guerre s’y trouvaient à l’ancre sous la protection d’une batterie nouvellement constrüite. ! Don André recut la députation avec beaucoup de civilité, mais, comme ses forces navales étaient très inférieures à celles des Fran-

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