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1714. veineur qui venait de. si loin pour régénérer la Louisiane. Il'est évident que M. de Lamothe Cadillac pouvait être un fort brave militaire, mais qu’il n’était nullement à la hauteur des fonctions qu’on lui avait. confiées. Ilest facile d'en juger par l’incroyable dépêche suivante, datée du 20 février 1714 :
“Ce que M. d’Artaguette dit, aussi bien que Bélanger, ce que M. de Bienville a écrit au sujet de la mine de salpêtre, est une fausseté. M. Crozat n’en fera pas gitôt lester ses vaisseaux.
“M. Crozat a encore été mal conseillé d'établir les Natchez, d’où il ne peut absolument rien tirer. Ceux qui iront là pour s’y établir, y perdront leur travail, et ceux qui en feront l'avance, leur argent.
“Si on veut que Je mente absolument, je le ferai: mais si lon veut que j'écrive en honnête homme et sans complaisance, je dirai qu’on ne doit espérer de re-:: cueillir du froment que dans le Ouabache et aux lIllinois ; qu'il faut un temps infini et des frais immenses pour former ces ‘établissements ; qu’en quelque abondance qu’en soit le grain, il ne peut être rendu ici à moins de trente livres le cent. Je parle de la farine. Il faut done compter de faire venir de France tout ce qui est nécessaire pour la subsistance et pour la vie. Point de chasse, point de pacage ; les bêtes vont chercher leur nourriture à vingt et trente lieues dans les bois: elles ne reviennent que l'été, lgrar elles. sont pressées par les taons.
“Selon moi et les liires que j'en ai, tant ahciennes que nouvelles, tout ce continent ne vaut rien. Les'habitants souhaitent ardemment qu’on les mène ailleurs.
égamison murmure sens cesse et avec raison. On lui ‘fait maintenant manger de la farine, que l’on disai pourrie et gâtée. Je ne sais si on en tiendra compte Pa la suite au roi. ;
“Rien ne peut, ce me semble, incliner Sa Majesté : à
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conserver 0e pays, que les motifs suivants. Le premier est, en cas de rupture avec l'Espagne, d'y entretenir des corsaires pour faire des prises par mer sur les côtes de la Vera-Cruz, de Caracas et de la Havane, en y faisant venir nombre de Canadiens et de flibustiers des îles, avec le secours de nos Indiens, pour aller faire des incursions par les terres sur les villes, villageg et mines espagnols, lorsque les chemins en seront congpfis. A quoi j'espère de parvenir dans peu de temps.
..#Le deuxième motif est : que Sa Majesté ne trouve pas mauvais que ses colons de la Louisiane, c’est-à-dire
M. Crozat, fassent en temps de paix commerce par mer
et par les terres avec les Espagnols. Dans ces deux cas, de la paix et de la guerre, ce pays ne peut que jeter de l’argent dans le royaume. Sa Majesté pourrait en-
core tolérer, lorsque les vaisseaux retournent en France, .* un commerce occidental avec les Anglais de la Caroline, où l’on pourrait vendre de l’eau-de-vie, papiers et toiles,
et prendre en retour du riz, du tabac, de la soie et de l'argent.
“Le troisième objet, c’est la trouvaille de quelque mine par la rivière Rouge, parce que la même chaîne de montagnes où sont les mines espagnoles traverse cette dite rivière.
“Tous ces objets sont véritablement ün peu reculés,
… et exigent de la patience et de la persévérance. Mais ‘ pour les soutenir, il est nécessaire de prendre des moyens
convenables. Le premier est de fortifier l’île Dauphine. (Ici, suivent de longs détails sur les projets dé fortifications. La dépense présumée est de 80,000 livres, moyennant l'envoi des ouvriers nécessaires.) | “L'idée des établissements éloignés, comme celui du
. Ouabache et des Illinois, en y envoyant des troupes, Sera
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très pernicieuse à l'entrepreneur et en même temps in- ** soutenable.‘ J'ai vu un mémoire que M. Crozat en-
voyait à son directeur. J'ai cru qu’il venait de l'ile de
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1714. Panurge, ou que c'était de l’Apocalypse. (Car, d'entreprendre de faire monter des barques par le fleuve St. Louis, jusque dans le Ouabache et dans le Missouri aussi bien que dans la rivière Rouge, c’est vouloir prendre la lune avec les dents. On sait que ces rivières sont aussi rapides que le Rhône, et qu’elles ne font que serpentér. Par copséquent, il faudrait mouiller à chaque détour, pour #tndre un autre vent, outre que cette rivière sé enfermée par des bois, etc.
“Je crois fort, Montoidaeur. être au fait de pareilles entreprises, mais, en vérité, elles ne me paraissent d’aucune utilité au roi et au royaume. Ce serait un argent : très mal employé. Si les objets dont j'ai parlé ne méritent pas d'attention, je ne connais plus rien qui puisse exister pour soutenir un pareil pays.
“Rien de plus vrai que Sa Majesté a entretenu ici pendant plusieurs années, pour faire la déceuverte des mines, cent Canadiens sous M. de Bienville, qui n’a fait aucun mouvement, s’en étant servi, lui et son frère d’Iberville, à tout autre usage. Si jen avais à moi seulement la moitié, j'en saurais bientôt le court et le long, c’est-àdire, s’il y a des mines ou non.
“Le dit sieur de Bienville a demandé 20,000 livres pour aller à la découverte par les terres, où, j'ai envoyé vingt-cinq Canadiens et soixante-dix sauvages, sous la . conduite e de M. de St. Denis. "Ce qui ne coûte à M. Cro-
aan zat que 1,000 livres.”
Enfin, après un grand étalage des services qu’il se prépare à rendre, M. de Lamothe Cadillac arrive à la conclusion, que l’on devrait lui permettre de garder pour lui, comme indemnité de représentation, les présents que peuvent lui faire les sauvages, “qui, dit-il, sont d’ailleurs. fort gueux, et qui ont été mis par Bienville sur le pied de ne rien donner” Il s’indigne surtout de ce que le com-" missaire-ordonnateur Duclos ait la prétention de lui faire
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Me”
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rendre des comptes ! Il s'étonne de la faiblesse du mi- 1714.
nistre, qui lui recommande des ménagements, et continue en ces termes :
“Faut-il laisser les officiers et les soldats impunis par excès de modération? Ce sera un bon service et une bonne discipline, s’il faut laisser les habitants se révolter et jurer qu’ils brûleront les magasins de M. Crozat, et qu'ils assassineront ses agents! Serait-ce user de passion que de punir ces sortes de gens, pour servir d'exemple aux autres ! Le libertinage est si outré, qu’il ne parait ici presque aucun respect pour la religion. Chaque garçon a des sauvagesses ; les soldats comme les autres, sans en excepter les officiers, qui les préfèrent : aux filles qui viennent de France. Voici le langage des uns et des autres : Si on nous Ôte nos esclaves, disent les soldats, nous déserterons ; et les gens libres déclarent qu’ils s’en iront ailleurs, alléguant tous ensemble que le roi ne les désapprouve point, puisque M. le commissaire a acheté une sauvagesse à son arrivée, quoiqu'il ait plusieurs domestiques.
“Jusqu'à présent, je n’ai puni ui officiers, ni soldats, ni habitants, ni sauvages, malgré les justes sujets que j'en ai eus, par les fautes des uns dans le service et par l'insolence des autres. J’ai seulement fait mettre aux fers un soldat qui vint, à la tête de vingt autres, me demander, d’un ton arrogant, des vivres. Je le renvoyai à M. le commissaire. Il me répliqua qu’il était venu de la part du commissaire, lequel ne voulait lui donner que du mais ; que cela étant, les soldats prétendaient ne point faire de service. Je fis donc arrêter ce mutin et assembler.en même temps Messieurs les officiers et M. le commissaire, s'agissant du service du roi. Je leur exposai le fait, et leur fis entendre que dans le Canada, aux postes éloignés, les soldats y faisaient le service, quoiqu’ils fussent seulement nourris de blé d’Inde ou de mais ; que j'étais informé qu'ils l'avaient fait ici pendant deux ou