‹ Histoire de la Louisiane [microforme]Chapitre 35 sur 95 · SHE · texte numérisé non relu

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trois ans avec la même nourriture ; et comme je commençai de demander les avis, M. le commissaire interrompit, et dit que le sien était de faire cesser le service aux troupes jusqu’à ce qu’elles eussent du pain, soutenant son avis par les plus puériles raisons du monde. Tous les autres furent d'avis de faire continuer le service. Je lavai la tête au commissaire.

“Le sieur Duclos (commissaire-ordonnateur) a nommé pour procureur-général, le garde-magasin ; pour conseiller, le chirurgien-major; pour greffier, huissier et notaire, le nommé Roguet, soldat de cette garnison. J’ai consenti que le conseil s’assemblât chez le dit commissaire, parce que je n’ai point de logement chez moi, et ce, jusqu'à ce que Sa Majesté ait destiné un lieu pour s’assembler. Il ne manque plus à ce conseil que le bonnet et la robe. Les officiers ont presque tous double emploi! Rien de mieux assorti que l'emploi de garde-magasin et de pro- ‘cureur-général, que le métier ca l’art du chirurgien avec la charge de conseiller de cour souveraine, que le métier de soldat, et la charge de greflier, d’huissier, notaire ou garde-note ! ”

Ici, M. de Lamothe Cadillac entre dans des détails facétieux pour faire ressortir le ridicule et l'inconvénient de ces cumuls.

Passant ensuite à des considérations sur son administration, il nie l’accusation portée contre lui d’avoir refusé des concessions de terres, mais il déclare que‘le modèle qu’on lui a donné est repoussé par tout le monde.

“D’après le modèle, dit-il, les concessions ne sont parfaites qu'après avoir été approuvées ou confirmées par le cour. Ce qui expose les concessionnaires à travailler inutilement au défrichement, dans le cas de non confirration. On ne peut disposer de sa concession, qu'après en avoir défriché les deux tiers; circonstance qui empéche toute vente, tort échange, tout arrangeme:.’ entre voisins, puisque la vie d’un concessionnaire n’e't pas

assez longue pour défricher les deux tiers de trois arpents 1714. de front sur trente de profondeur.

“Quant à moi, je ne serai jamais avare d ‘eur donner des terres, surtout dans ce pays. Elles y :.at si mauvaises, qu'il ne leur en faut pas laisser manquer. Je n’y vois qu’un seul inconvénient : c’est que les habitants se trouveront éloignés les uns des autres. D'’unautre côté,

mmé étant proche à proche, ils ne peuvent subsistér. Mais je

iseil- me conformerai au modèle jusqu’à nouvel ordre. C'est la vérité que les terres ne produisent rien, et que chacun est dégoûté de les travailler ou de les faire travailler.

“Si vous ne remédiez pas, Monseigneur, à la cabale qui S’est formée par les menées de M. le commissaire et de M. de Bienville, qui ont entraîné tous les officiers de leur côté, avec la meilleure partie des habitants, je suis persuadé que M. Crozat sera obligé d’abandon- : ner,.parce que ces Messieurs sont en correspondance avec Pensacola où ils vendent et où ils achètent, et excitent les habitants à en faire de même ; lesqueis habitants se sont réunis sans ma permission, ayant dressé une requête pour la présenter au conseil supérieur. Cette requête détruit en entier le traité faitavec M. Crozat, demandant entr’autres choses qu’il soit libre à toute sorte de nations de venir commercer dans ce pays, comme aussi qu'ils puissent eux-mêmes aller partout où il leur semblerait bon, hors du gouvernement ; que le directeur de:M. Crozat puisse seulement vendre en gros et non en détail, voulant qu’il leur donne sa marchandise à cinquante pour cent au plus haut prix. Cette requête contenait encore plusieurs autres demandes absurdes. Ceci étant venu à ma connaissance, j'ai dit hautement que je ferais pendre le porteur'de cétte requête, comme un chef de sédition, n'étant pas permis de convoquer des assemblées sans une permission, et parce que cette requête ne tend qu’à renverser les imintions de Sa Majesté, qui ont été publiées et affichées par les lettres pa-

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tentes de M. Crozat: Cette menace et la requête revinrent à M. le commissaire et à M. de Bienville, qui enfin, s’étant bien consultés, jugèrent à propos de ne la point recevoir ni de me forcer à y répondre ; en sorte que le nommé Nicolas Miragouin, qui en était porteur, me dit qu’il l'avait déchirée, et qu’il voyait bien que j'étais le maître, puisque ceux qui avaient induit à la faire, n'avaient pu la soutenir.

“Je ne sais, Monseigneur, si vous trouverez mauvais que j'écrive à M. Crozat qu'il se charge de payer les troupes et de faire les avances pour les fortifications. Cela luiest nécessaire selon moi, s’il veut faire valoir ce pays; Carenfin, tant qu'il aura des officiers qui lui seront aussi contraires que ceux-ci, étant presque tous parents au deuxième ou troisième degré et Canadiens, à la réserve du major, du sieur de Richebourg et Blondel, ses agents seront toujours traversés, et des esprits malins se voyant appuyés, pourraient hien réduire ses magasins en cendres.”

M. de Lamothe Cadiliac termine sa dépêche en se plai-

.gnant du commissaire qui le laisse sans fonds, préten-

dant qu’il en manque lui-même, “ comme si, ajoute M. de Cadillac, il ne pouvait pas en emprunter |”

Malgré les affreuses descriptions que M. de: J:amothe Cadillac-faisait du pays, M. Crozat n’en était:pas moins déterminé à faire de grands efforts pour tirer parti de la charte qui lui avait été concédée. Il avait envoyé à

‘Ma colonie, un navire qu’il âvait décoré du nom de la

Louisiane, et qui portait une grande quantité de provisions et de marchandises, ainsi que quelques passagers. D'un autre côté, les Indiens recherchaïent l’amitié”des Français, et des députations des nations voisines vinrent solliciter la protection du nouveau chef des pâles visages. Ainsi, la colonie aurait pu sortir peut-être de la situation pénible où elle était depuis si long-temps, si elle n’avait été placée sous le contrôle d’un aussi triste personnage que M. de Cadillac.

cHAP. v.] 113

Au sujet ‘des TS: qui étaient venu. à bord d la 171

Louisiane, et dont il vient d’être fait mention, M. de Cadillac écrivit au ministre, en date du 1er mars 1714:

“A l'égard des dix-sept ou dix-huit passagers qui sont venus par la frégate La Louisiane, ils sont restés, parcèque ce sont des gens de métier ou de travail. Il est arrivé aussi deux filles, qui sont deux insignes débauchées. Cependant l’une est servante :chez M. le commissaire, qui peut-être la corrigera.”

‘On voit que l’animosité de M. de Cadillac contre ses adversaires ne s'était pas ralentie et qu’il se permettait ici, en passant, une malicieusé observation contre le commissaire-ofdonnateur Duclos. Puis il continuait :

“Quant à l’autre fille, messieurs les prêtres m'ont demandé de la renvoyer en France. Ce que je n’ai point voulu faire, leur ayant fait réponse que je craignais de vous déplaire, parce que s'il fallait renvoyer toutes les

femmes dé mauvaise vie de ce pays, il n’en resterait

presque plus. Tout le monde se plaint de ce que Mes-

: sieurs les prêtres sont trop sévères, et il me parait que

: : les habitants sont rebutés par les longues et fréquentes

remises dans les confessions, avant de pouvoir obtenir l’absolution. Je ne sais si un per de douceur ne vau-

drait päs mieux.

“Plusieurs particuliers, habitants, demandent la permission de passer en France, pour aller vaquer à leurs affaires Je vous supplie de me marquer si je dois la leur. accorder.”

Le 18 Septembre, M. de Lamothe Cadillac informa

le ministre, non sans quelque air d'importance, qu'il avait fait la paix avec les Alibamons, avec lesquels. les Français avaient été en guerre depuis quelque temps. Malheureusement, il parait qu'il n’avait pas réussi à rétablir la paix intérieure dans la colonie et à réconcilier les esprits ; car dans la même dépêche, il jugeait

convenable de faire savoir au gouvernement Français,

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114 [onar. vi.

1714. que la cabale mon.6e contre lui redoublait de violence et que la ligue de ses adversaires se composaitde Bienville, Boisbriant, Chateaugné, Richebourg et du Tisné. Mais il annonçait avec satisfaction qu'il était content de Marigny de Mandeville, Bagot, Blondel, Letour, Villiers et Terrine.

Ainsi, cette poignée d'hommes qui végétaient | sur une terre étrangère, loin de leur patrie, au lieude s'unir pour s’aider.mutuellement contre les misères de tous genres dont ils se plaignaient amèrement, s'étaient. divisés en deux camps. Bienville et le commissaireordonnateur Duclos étaient à la tête de l’un, et ‘le gouverneur, avec quelques officiers, à la tête de l’autre.

Pendant qu’à la Louisiane, ceux à quises destinées étaient confiées, loin de concentrer leur attention sur les moyens de faire prospérer la colonie, ne cherchaient qu’à se contrecarrer et à se nuire mutuellement, il était réndu en France, sur la demande du sieur Crozat, une ordonnance en date. du 27 décembre, par laquelle il était défendu à toutes personnes d'introduire aucune marchandise à la Louisiane ni d’en faire sortir pour l’envoyer ailleurs, sous -peine de confiscation au profit du sieur Crozat. Il était aussi défendu à toutes personnes, sous les mêmes peines, d’avoir dans la colonie aucun bâtiment propre à aller en mer, et à tous les autres sujets du roi, d’envoyer des vaisseaux dans cette: çolgpie pour faire le commerce.

Une autre ordonnance, de la même date}? décréfait l'établissement permanent de cinq forts dans la colonie, dont quatre existaient déjà.

1®. A l’île Dauphine, ,où devaient résider le gouverneur, le commissaire-ordonnateur, le major, le sieur de Chateaugné, Bagot, capitaine, Lamothe, lieutenant, et Villiers, enseigne, avec soixante-quinze soldats, et les autres personnes entretenues par Sa Majesté.

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CHAP, v.] 115

9 ©, A l’ancien fort de la Mobile, où il y aurait un sergent et neuf soldats.

3°, Au haut de la rivière de la Mobile, où devait commander Marigny de Mandeville, ayant sous lui le sieur de la Tour, lieutenant, et quarante soldats.

4®, Aux Natcliez, où devait commander Bienville, lieutenant de roi, ayant sous lui les sieurs de Barbetan, aïide-major, Clérac, lieutenant, et du Tisné, enseigne.

5°. Au Ouabache, où devait commander M. de Richebourg, ayant sous lui Blondel, lieutenant, et Chesnier, enseigne, avec quarante soldats. .

Cette ordonnance, lorsqu'elle parvint à la Louisiane, reçut diverses modifications, sur avis motivé du conseil de la colonie. Ce qu’il y a de remarquable dans cette ordonnance, c'est que Bienville, contre lequel il y avait déjà eu un ordre d’arrestation, et auquel on avait donné deux remplaçants, les sieurs de Muys et de Lamothe Cadillac, qui avaient eu pour instructions de s’enquérir, de concert avec les commissaires-ordonnateurs, des accusations portées.contre le gouverneur destitué, était non seulement autorisé à rester dans la colonie, mais y était maintenu comme lieutenant de roi, c’est-à-dire : la seconde personne après le gouverneur... Une réflexion bien simple se présente à l'esprit. Le gouvern:ment croyait que les griefs articulés contre Bienville étaient fondés, ou qu'ils ne l’étaient pas. Dans le premier cas, il fallait le rappeler; ou, dans le second, il fallait le conserYer gouverneur dé la colonie qu’il avait fondée, à laquelle il devait par conséquent être attaché comme à sa création, et dont il connaissait mieux que tout autre le fort et le faible. Tandis que le placer dans une position subalterne, là où il avait exercé une autorité supérieure, et où il devait avoir de nombreux partisans, r’était bien peu connaître lä nature humaine, ou plutôt, c'était une preuve de bien grande incurie. (C'était volontairement faire naître toutes les difficultés qui devaient entraver

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116 [cHar. v.

. les progrès de la colonie, Aussi, la querelle entre M. de

Cadillac et M. de Bienville ne faisait que s'envenimer davantage; et ce dernier, dont l’irritation allait toujours en croissant, s’oublia au point d'écrire au ministre : “Que si M. de Lamothe Cadillac lui portait, à lui, Bienville, tant d’animosité, c'était à cause du refus ae avait "it d’épouser sa fille.”

Voilà à quelles puériles et honteuses Écéridinations les fondateurs de la colonie de la Luuisiane consacraient leur temps au lieu de se préoccuper de soins plus -dignes d’eux..

MÉMOIRE DU CURÉ DE LA VENTE—PREMIÈRE GUERRE CONTRE LES NATCHEZ.—EXPÉDITION DE ST. DENIS JUSQU'À MEXICO, PAR TER- RE.—M. DE LAMOTHE CADILLAC ET M. DUCLOS SONT DESTITUÉS. Le redoutable curé de la Vente, qui avait toujours

joué un rôle très actif dans le pays, qui, par son esprit

frondeur et tracassier, s'était fait craindre de tout le monde, et que M. de Lamothe Cadillac lui-même, tout rigoriste qu’il était, trouvait trop sévère, ne se lassait

pas d'envoyer en France des mémoires dans lesquels il

représentait les colons comme une troupe de démons,

voués à la damnation éternelle, ainsi qu’en fait foi ce curieux écrit :

Mémoire du Curé de la Vente.

“Monseigneur le comte de Pontchartrain ayant souhaité d’être informé exactement de la conduite des Français de la Louisiane, on a l'honneur de lui exposer ici la pure vérité de ce qui se passe dans ce pays là, sans auçun dessein de nuire à personne, mais dans la seule vue de faire apporter quelque remède à des désordres ; que la piêté du roi ne peut ni ne doit tolérer dans aucun des lieux de sa domination. Voici done ce qu’on sait de plus certain de l’état des choses, en les reprenant en peu de mots dès l'origine de la colonie.

“Le gros de cette colonie, où le roi mit l’année dernière un nouveau gouverneur très réglé et très bien intentionné, M. de Cadillac, n’a été dans le commencement qu’un composé de gens ramassés, dont la plupart

1714. étaient des coureurs de bois qu ont. végu sans joug et

sans discipline, depuis qu'ils.se sont retirés de la colonie

du Canada, les uns s pour éviter la à punition « e certains crimes, les autres pour se | mettre à couvert de. Ja -Rouree de leurs créanciers,

. “S’étant jetés dans les forêts, parmi les sauvages, ss se sont accoutumés à mener une vie.libertine, sans avoir l’occasion ni peut-être la volonté de faire aucun exercice de religion ; et lorsqu'ils apprirent qu’on faisait un nouvel établissement dans la Louisiane, ayant pris le parti de s’y rendre, ils y apportèrent tout le libertinage dans lequel ils avaient vécu jusqu'alors et qu'ils ont conservé jusqu'ici fidèlement.

8°. “La principale source de l’irréligion publique et habituelle où ils sont depuis si long-temps est que, n'ayant pas voulu se lier à aucune femme par un mariage légitime, ils ont mieux aimé entretenir des concubinages scandaleux avec de jeunes sauvagesses portées par leur naturel à toute sorte de dérèglements. Ils les ont achetées comme des esclaves, sous prétexte de les garder en qualité de servantes, mais dans le vrai, pour en abuser, comme ils le font en effet; ce qui les expose souvent à étouffer leurs enfants, sans se mettre en peine de leur procurer le baptême.

Si dans une corruption si criminelle et si affreuse, ils ‘pratiquaient du moins quelque reste des dehors du Christianisme, .on pourrait espérer d’en ramener de temps en temps quelques-uns à leurs devoirs. Mais comme s’ils avaient dessein de se rendre incapables de conversion, on ne les voit jamais ou presque jamais à l’église. Ils n’assistent ni à la messe ni à l'office divin, ni aux instructions ; ils passent toutes les années sans se présenter aux sacrements ; et pendant qu’un très petit nombre d’autres habitants célèbrent les dimanches et les fêtes dans la paroisse, ils ne sortent pas des cabarets et des jeux publics, d’où il est aisé de comprendre qu'ils

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sont presque tous. des ivrognes, des joueurs, des blasphémateurs du saint nom de Dieu et ennemis déclarés de tout bien, j jusqu’ à se moquer ouvertement de notre sainte religion, des personnes qui en font quelque exercice, et surtout des prêtres et des missionnaires, pour lesquels ils ont autant d’éloignement que de mépris, quoiqu’il soit certain que ces.oüvriers évangéliques méritent par leur vie édifiante l'estime de tous les gens sages, et qu'ils n’omettent rien de leur part pour attirer, par leur patience, par leur douceur, par leurs recherches et leurs petits services, les scandaleux ‘qui les fuient de toutes leurs forces et les tournent en ridicule. Lorsque les gouverneurs veulent quelquefois les reprendre, ils sont toujours prêts à retourner dans les bois et à quitter la colonie.

5°, Leur pernicieux exemple a corrompu le plus grand nombre des soldats de la garnison. Il y en a peu qui soient mariés. Ceux qui ne le sont pas, dès qu'ils ont gagné de quoi vivre avec une sauvagesse, vivent avec elle d’une manière payenne, et tombent dans toutes les passions et dans toutes les impiétés de ces malheureux habitants qui vivent sans foi ni loi.

6°. “Quelques-uns même des officiers, tant d'épée que de plume, soit parce qu’ils ne trouvent pas sur les lieux des filles françaises qu’ils puissent prendre pour épouses,

soit qu’il leur paraisse moins embarrassant et plus com-.

mode de n’avoir que des concubines, sous le nom d’esclavès qui les servent, s’en tiennent là; et quoiqu'ils en aient tous les, jours des enfants, au su et vu de tout le monde; les: ent font encore tous leurs efforts pour les obliger à s’en passer, et à finir un scandale absolument incompatible avec la profession de la vie chrétienne.

7 ©. “Tantque les choses demeureront dans ce funeste et tristé état, il ne paraît pas possible que la colonie subsiste. et qu'on y établisse un commerce utile à la France. Dieu ne bénira jamais un établissement où,

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1714. Join d’être servi, il est infiniment déshonoré, et presque entièrement oublié et inconnu, par ceux mêmes qui portent si injustement le nom de chrétiens. On peut encore moins espérer d'y travailler avec fruit à la conversion des sauvages qui auront quelques rapports avec les Français ; puisqu’en fréquentant ceux-ci, loin d’être attirés par eux au christianisme, ils en seront au contraire entièrement détournés par l’idée pitoyable qu'ils prendront de notre sainte religion, en voyant de leurs yeux l’horrible corruption de ceux qui la professent.

8 ©, “Ainsi, les missionnaires se trouvant inutiles aux uns et aux autres, dans l'impuissance d'avancer la gloire de Dieu, et de remplir les intentions du roi, en rappelant à la foi et aux bonnes mœurs ceux qui sont déjà chrétiens, et en y amenant ceux qui ne le sont pas encore, n'auront d'autre parti à prendre que celui de quitter une terre si maudite, pour porter leur zèle ailleurs. En effet, si on ne remédie au plus tôt aux désordres dont ils gémissént, il faudra absolument qu’ils retournent en France; après avoir usé inutilement leurs forces auprès de deux sortes de personnes presque également inconvertibles.

9€, “On laisse aux lumières de Monseigneur le comte de Pontchartrain à discerner et à émployer les remèdes dont il jugera à propos d’user, pour güérir de si grands maux. |

“Peut-être croira-t-on qu’il est nécessaire de purger la colonie, en chassant comme des malheureux tous lesimpies qui la désolent, et en envoyant de France de nou-

Veaux habitants mariés, qui peuplent le pays par des enfants légitimes ; mais il faut avouer que cé *étranchement et cet envoi ne sont des choses ni promptes ni faciles. ‘On sait cependant.que les anciennes families du Canada étaient de bonnes gens qui, ayant été acoautu- més à travailler l& terre dans le Perche et dans la Normandie, passèrent d'äbord avec leurs femmes dans la Nouvelle-France,'et qui, par là suite, y ont fait par leur

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travail de de très [ bons étäblissements, où ils vivent chré-

mencer à espérer " d'affermir r des colonies. Fer toner “celle de Ta Louistane, ne faudrait-il pas y envoyer des familles bien chrétiennes pour les placer en différents lieux, et les mettre en état de travailler avantageusement pour elles-mêmes, en y vivant avec édification pour les sauvages ?

10®. “Si ce moyen ne paraît pas trop praticable, ne pourrait-on. pas permettre aux Français d’épouser des sauvagesses ? Cela rectifierait bien des choses pour le passé et pour l’avenir.

11°. “Mais supposé qu'on ne le permette pas, il serait nécessaire d'envoyer, au moins pour les soldats et les gens du commerce, un nombre considérable de filles mieux choisies que les dernières, et surtout quelquesunes qui soient assez raisonnables et assez bien faites pour convenir aux.officiers et aux principaux habitants, et en conséquence, pour permettre de défendre à tous de garder leurs sauvagesses ou d’en prendre d’autres.

“Pour exécuter des ordres semblables, M. le gouverneur aurait besoin de toute l’autorité de la cour, sans lâquelle il ne pourrait ni réprimer les vices, ni faire

cesser les scandales, ni rétablir la piété, ni punir les

coupables et les rebelles, ni autoriser suffisamment les:

ministres de Jésus-Christ.”

Tous ces tableaux que l’on faisait successivement passer sous les yeux du comte de Pontchartrain étaient d’une nature assez sombre.pour. l’effrayer sur l’avenir de la colonie. Cependant M. de Lamothe ne voulut pas finir l’année sans ajouter quelques coups de pinceaux aux

couléurs sous lesquelles la Louisiane était représentée, .

‘et termina un ‘compte-rendu deson administration, en 1714,'par ces phrases énergiques :

“Quelque adresse qu'on emploie à maintenir les sauvages, ce sont des hommes. Les Anglais les attirent à

BISEIUI Ar!

122 fouaëil vi

1714.la Caroline. Ils y voient mille fois plus de monde qu'ici. lis connaissent notre faiblesse et notre misère. On a beau savoir gouverner, ce sont deux vilaines balafres sur le front d’un gouverneur que la pauvreté et limpuissance. Il ne reste ici que quarante soldats tant mariés qu’à marier, dont il y en a même quatre ou cinq qui sont hors de servicc. Ils sont mal nourris, mal payés, mal disciplinés, et les officiers ne sont guère mieux. Je ne crois pas qu’il y ait au monde un semblable gouvernement.”

En 1715, M. de La Loire des Ursins fit un établisse-

‘ment aux Natchez, en vertu d'ordres qu'il avait reçus de Crozat.

M. de: Lamothe Cadillac était parti au commentement de l’année, pour aller à ia recherche de mines d’or et d'argent aux Illinois, et n’était revenu de cette chimérique expédition qu’en octobre, sans avoir rien trouvé de çe qu’il cherchait. Il avait donc été obligé defaire trève à ses dépêches ; l’on n’en trouve qu’une seule de. cette année, écrite à son retour, et dans laquelle il se vante de ce que les Indiens, à son instigation, attaquent les Anglais presque en masse et partout. Iln'y avait de vrai, dans cette assertion, que l'hostilité des sauvagés contre les Anglais. Car il était parti, laissant les nations voisines des établissements français trèsirritées côhtre lui, ct c'était pendant:son absence, au contraire, que Bienville avait regagné leurs bonnes graces, et les avait poussées contre.lés Anglais. Loin d’avoir rien obtenu des Indiens, M. de Lamothe Cadillac, en remontant Je fleuve, ainsi qu’en. le descendant, pendant son expédition, s'était complètement aliéné la puissante nation des Natchez par les capricesde son humeur. fantasque et, par des airs de hauteür intempestive. |

Mais si M. de Lamothe Cadillac avait. été forcé: d’être sobre de dépêches en 1715, il s’en dédommagea en 1716.

1716. Ce singulier gouverneur ne révait qu’à des mines d’oret

pi F € Ca KE

cHAP. vi.) : ke 123

d'argent, Il n'était venu dans da colonie que dans le but de lesexploiter. Aussi, lui en fallait-il à tout prix, et ilne pensait à autre chose.} C’était un feu follet qui s'était GERS de son imagination, et qui l'avait exaltée à tel point, qu’en mettant le pied sur lé sol de la Louisiane, M. de Cadillac croyait déjà voir s'ouvrir les entrailles de la terre, pour donner passage aux métaux précieux que convoitait son ambition. Cette idée fixe, à laquelle se rattachaient toutes ses espérances, l’empêcha de se livrer à des travaux utiles, et l’entraina dans des recherches por:r lesquelles il perdit un temps précieux qu’il aurait pu beaucoup mieux employer. C'était pour en faire sortir des moissons qu’il fallait fouiller la terre, et non pour y chercher de l’or. Cet or était à. la surface, et pour l'avoir, c'était à l’agriculture qu’il aurait dû presser les colons de s’adonner. L'agriculture aurait appelé le commerce, et le commerce aurait bientôt répandu *” ‘ans. la colonie des métaux déjà frappés et marqués au coin du prince. Mais loin de se livrer à aucune occupation agricole. les colons préféraient les plaisirs de la pêche et de la chasse, qui leur procuraïient souvent une subsistance facile. Les fleuves, les lacs-et les étangs äbondaient en poissons. Leurs bords'étaient peuplés d'oiseaux de toute espèce,et des troupeaux de chevreuils pullulaient dans les forêts, Pour cette raison, il est dificile de croire à ces disettes extrêmes et à ces horribles famines donton prétend que la colonie futsisouvent afligée. M. de Lamothe Cadillac n’était pas d'une trempe à arracher les colons à un genre de vie si nuisible.à leur propre intérêt et à celui de l'Etat, et.à imprimer : une difection heureuse à l'énergie qu'il aurait pu éveiller en eux. Loin de chércher® à atteindre ce noble but, l'avait consacré huit mois à battre les forêts des Illinois età, courir après les chimères de son. cerveau malade. ‘Un aventurier nommé Dutigné, venant du Canada, lui avait #- porté plusieürs morceaux d’un miné-

124 a [onarivt,

. ralqu’il prétendait avoir trouvé aux Illinois M. de

Lamothe Cadillac les fit éprouver, et l’on trouva qu’ils contcnaient une assez grande quantité d'argent. Ce fut assez pour le faire partir en toute hâte pour les Illinois, À son arrivée, il apprit que les morceaux de minéral qui avaient fait naître en lui de si vives espérances, avaient été apportés aux Illinois par un Espagnol venant du Mexique. Cet homme en avait fait cadeau à un habitant des Kaskaskias, comme objets de curiosité, et cet habitant les avait à son tour donnés à Dutigné, qui avait abusé de la crédulité de M. de Lamothe Cadillac. Le gouverneur eut ainsi la mortification de s’apercevoir, mais un peu tard, qu’il avait été pris pour dupe. Il s’en revint accablé de fatigue, malade de vexation, outré du désappointement qu’il avait éprouvé, et tourna sa colère contre le malheureux pays et contre les pauvres colons qui lui plaisaient déjà si peu. Il se

soulagea en écrivant une dépêche en date du 2 janvier 1716, dans laquelle il invectivait contre tout le monde: .

et surtout contre les officiers qui, affirmait-il, faisaient mille difficultés pour aller à leurs postes.

“On peut dire, écrivait-il, qu'’autant d'officiers, autant de prétendent-ils être gouverneurs.’ Chacun veut faire le service à sa mode. Permettez-moi de vous. re-

présenter, Monseigneur, que ces sortes..de conseils, (le

conseil supérieur de la colonie,) pour faire des change-

ments aux ordres de Sa Majesté dans les pays éloignés,

semblent préjudiciâbles à son service, et’ donnent de graves atteintes au bon gouvernement, car le langage de ces ‘Messieurs: tient ‘plus du républicain que de sujets véritablement subordonnés. On n'entend sortir®le

leurs bouches que ces mots: je veti ou je ne veuxpas.. Un gouverneur doit faire sentir son droitde supériorité,

afin qu’il puisse agir avec ‘fermeté et faire, exécuter avec promptitude, exactement ce qui lui est ordonné au nom de Sa Majesté, au lièu qu’il semblé étre assujetti

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oNar. vi] EL * 125 à la dépendance, lorsqu'il faut qu'il agisse par les décisions d'officiers subalternes qui presque toüjours inclinent à ce qui leur convient, Sans s'inquiéter si le service du roi en souffre ou celui de a colonie.

“Des Angiais s’établissent parmi les Chactas à qui j'ai fait dire de les “asser. Ils m'ont fait répondre qu'ils se moquaient du gouverneur et des quarante ou cinquante coquins de Français qui sont ici. J’ai fait courir sur les CEactas par les Chickassas, et deux Anglais ont été pris et menés ici pendant mon absence, mais M. de Bienville les a fait en aller. Il y a aussi des différends entre les Chactas et les Mobiliens, que M. de Biénville a cherché à apaiser à grands frais, mais inutilement.

. À mon arrivée ici, avancée à cause de cesitroubles, j'y ai mis bon ordre ; j'ai donné o*dre au frère du*grand chef des Chactas de tuer son frère, en lui disant que je lui donnerais sa place. Ce qu’il a fait. Il est venu ici

* avec-cont hommes. , Je lui ai fait faire une bonne paix.”

Un gouverneur, tel que M. de Lamothe Cadillac, qui était si peu fait pour commander le respect et dont le défaut d'intelligence ne pouvait être qu’un sujet continuel de moquerie, ne devait rencontrer partout que de l'insubordination. Aussi, son exaspération arriva à un tel degré d'intensité, qu’en date du 22 juin, il écrivit une

dépêche qui fait douter dé sa-raison. Cette dépèche.

était écrite en forme de notes, ainsi que suit: Mémoire de M. de Lamoti Cadillac.

1°. “Jusqu'à présent, cette colonie est un monstre qui n’a ni queue ni tête, c ’est-à-dire, qu'elle n’a aucune, sforme de gouvernement.

. “C’est qu'on a écouté, au nor de mes avis, des fa- D de roman.é.

‘a “Le mensonge. a | Plus. de ‘hance de se faire

Pi: que la vérité, 4°, “Les mines des Arkaïisas ne :sont qu’un songe.

P'ATIATE AT

D 126 #, Louar. vi.

. Les beautés et la bonté des tefres de ce pays sont un

fantôme. Les romanistes ont publié que ce pays était semblable aux îles fortunées. Le sieur de Lamothe Cadillac, qui l’a tout vuet bien examiné, proteste avec vérité qu’il n’en a jamais vu un plus mauvais. Il se fait une conscience d'én imposer à Sa Majesté. Il a toujours regardé la vérité comme sa reine et sa princesse.

C’est ce qui a reculé peut-être son avancement et'sa for-

tune, ce dont d'autres ont profité à ses dépens; pour avoir employé le mensonge par politique.

5°©. “Il démande un examen impartial de toué ce qu’il avance.

6°. “Le climat est froid et assez tempéré pendant six mois, et pendant les six autres, ce sont des chaleurs excessives À peine trouve-t-on quelque lisière de bois franc.” Tout le reste sont des pins sauvages, et par con-

séquent terrain sablonneux. C’est un sable blanc et sec

qui ne peut rien produire.

7 %% “Dans le haut de la rivière de la Mobile, il \ a

certaine lisière de terre qui inonde à chaque printemps, où, après que les eaux ont baissé, les Does sèment du maïs qui y vient passablement. Il n’y a point der mine de salpètre.'

8®. L'ilé Dauphine n’est guère qu’un satla Ror

Elle est fort basse.

9°, 1 n'ya point de’ fruits du pays: Les Delon d’eau et d'Espagne y viennent assez bien, ainsi que. les pêchersi et les figuiers. . La Vigne y vient'très mal à

jgause des grandes sécheressesæ Les muriers y sont fort

petits,etsur sa parole, la feuille n’en vaut rien parce qu’elle estifrop épaisse «et trop forte. Ily a * des huitres en quantité et très mauvaises, parce qu "elles sont

douces pendant tout. Yhivér et ne sont salées qu ue pen

dant le mois de jdillet. e suivas Hs, La piefre est à six lieues de l'ile Dauphine. Elle ne para pas de bonne qualité. Les bois de l'ile 6t dé: tou les envi-

un io O6, ©, == D hi Oo e

nt nin 7 bé ten

ctiâr. vi.] L 127

rons pourrissent au bout de deux: ans, lorsqu'ils sont 1716. plantés dans la terre. . Le cèdre se conserve davantage, mais il y en a en si petite quantité qu'il est inutile d’y penser. Îl y a des coquillages d’huîtres en très grande quantité, dont on fait de la chaux! de bonne .qualité. 10°, “Il vaut mieux faire un fort de pierres qu’un fort de bois, 11°, “L’ingénieur est capable, mais sans fermeté, sans ébnduite, toujoue ivre.

12°. “Il n’y a qu’un mauvais fort au fort Louis, Le commissaire Duclos n’a jamais rien voulu faire, ur l'améliorer.

13°. “A l’île Dauphine, il y a seulement quatorze hrhodhss de pieux couvertes de joncs, un corps-de-garde: et une prison de même. Le tout est entouré ce pieux fort irrégulièrement.

“Le gouverneur ne sait pas à quelle fin on propose tant “d'établissements à la fois. Ce qui est une chose impossible d'exécution, parce qu'il n’y a point d'ouvriers dans ce pays, et que les barques, brigantins et autres gros bateaux ne peuvent servir pour la navigation du fleuve Mississippi. Le gouverneur de la Louisiane en a déjà écrit les raisons, qui sont que cette rivièrene fait que serpenter, et fait le tour du compas de trois lieues en trois lieues ; que c’est.un torrent pendant fix mois, et que, pen-.. dant les six autres, les eaux sont si basses, qu'en bien des, endroits, les pirogues à peine y peuvent passer. Outre qu'il ‘change de lit tous les ans, en sorte que c’ést toujours une nouvelle découverte pour le chenal. Les ter: res sont inondées latmoitié de l’année, etc.” . Enfin, suivant son habitade, M. de Cadilläc termine «#8 céinmunication aû ministeëien se plaignant de tout le monde, À vec l'orgähisätion-intellectuelle qu'on lui connaît, M. de Lamothe Cadillac né: pouvait s'arrêter en si beau chemin. Aussi, ne trouva-t-il rien de mieux à faire que d’allér s'enfermer dans l’île Dauphine, où il promulgua cette belle ordonnance, le 26 juillet :

[ouar. vi.

Ordonnance de M. de Lamothe Cadillac.

“Comme nous avons eu connaissance et science certaine de plusieurs cabales et ligues qui tendent à la révolte et à la sédition, et à cause des querelles d’où il pourrait s’en suivre de fâcheuses conséquences ; pour les abolir et obvier aux malheurs qui pourraient arriver par l'ivrognerie, et, à ceux fomentés par des femmes de mauvaise vie ou par l’instigation d’autres personnes qui excitent à la vengeance ceux qui ont le malheur de se laisser surprendre par de mauvais discours ; et comme chacun s'ingère de porter l'épée et autres armes sans en avoir aucun droit, nous défendons très expressément à tous rotubiers, à tous commis de M. Crozat, gens de marine et nouveaux venus de France, s'ils ne sont pourvus. par commission de Sa Majesté, de porter l’épée ni autres armes, de nuit ni de jour, à l'ile Dau-

phine, ni aux autres établissements où il y a garnison’

actuelle, à peine de 800 livres d'amende, epphcghle à la construction d’une église à l'ile Dauphine, où iln’y en a point, d’un mois de prison, et de plus grande peine, en cas de récidive. Permettons à tous gentilshommes. de porter l'épée, après avoir prouvé leur noblesse et remis leurs titres au greffe du conseil pour être exa , et non autrement, sous les mêmes peines. Permettons aussi à tous officiers de guerre et de justice, servant actuellement dans le pays, de porter l'épée, ete.” On'ne peut s’empècher de sourire en pensant à fa "-

dicule figure que devait fairé M. de Lamothe Cadillac s'érigeant en une cour héraldique: dans une mauvaise cabane dellataniers, à l'île Dauphine, et s’occupant gra- vement de prononcer sur les titres de noblesse deiceux

qui s’ingéraient de gore pes due les forig: (dé la Louisiane. i

Le fait est, que M. de Lamothe Gadiliac, pendant tout le cours de son administration, s'était toujours opposé,

SELS ENST

char vi.] 129

avec obstination, autant qu'il avait pu le faire, à tout établissement sur le Mississippi, et avait toujours persisté à s'enfermer dans l'ile Dauphine, d’où il ne sortait que pour chercher des mines. C’est pour cela qu'il avait écrit au ministre que “le Mississippi n'était pas navigable,‘parce que, pendant six mois de l'année, c'était un torrent,/et que, pendant les six autres,'il y avait si peu d’eau dans son lit qu’une pirogue né pouvait y flotter.”

Il était temps que le gouvernement mit fin à la grotesque administration. de M. de Cadillac, qui, par. ses assertions, outrageait si audacieusement la vérité, et qui, par sa conduite, blessait uniformément toutes les règles du bon sens. Le commissaire-ordonnateur Duclos, qui avait toujours été en désaccord avec'le gou-

verneur, et dont le jugement, par conséquent, est peut- |

être un peu suspect, disait de lui : “Que c'était un homme cupide, artificieux, entier, mais fort habile à servir ‘ses intérêts, attendu‘qu’il prenait pour lui tout.ce que la cour envoyait pour les sauvages.” . Quant au reproche de cupidité, il est probable qu’il était fondé; car dans une de ses dépêches, M. de Lamothe Cadillac, qui r£présentait les sauvages comme très gueux, n’en demandaït pas moinsä la cour la permission d'exiger d’eux des présents, pour subvenir à ses frais de représentation.

M. de Lamothe Cadillac avait fini par faire perdre},

patience à M. Crozat, qui mit cette apostille à une de ses dépêches : “Je suis d'opinion que tous les désordres dont M. de Lamothe:se plaint dans la colonie proviennent de la mauvaise administration de M.de Lamothe luimême.” Le ministre, dont les yeux auraient dû s'ouvrir

plus tôt, y ajouta, cette autre apostille : “Messieurs de

Lamnôthe Cadillac et Duclos;qui ont des caractères incompatibles,’ säns avoir l'i intelligence nécessaire à leurs fonctions, sont révoqués ét remplacés.” Pendant que M: de Lamothe Cadillac s’amusait de billevesées, M. de Bienville avait eu des occupations 17 é

“à Pa LC:

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