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130 [ortar. v.
. plus sérieuses. Il était parti au commencement de l’an-
née pour châtier les Natchez, qui avaient assassiné des Français. Au sujet de cette expédition, M. Duclos écrivait au ministre;en date du 7 juin : “J’envoie le mémoire de M. de Richebourg, portant le résultat de. ce que M.
de Bienville a fait aux Natchez. M. de Lamothe n’est pas content de ce: qui a été fait, mais on s’y attendait, et quoique M, de Bienville eût g faire, le gouverneu:
‘aurait été mécontent.
“Mon sentiment était de différer l'établissement Le: forts Rosalie et des Natchez, jusqu'à ce qu'on fût en mesure d’en profiter, et de faire, en attendant, celui du haut de la rivière de la Mobile, dont l'utilité est actuelle, et
‘dont le besoin est pressant pour contenir les sauvages ‘du côté des Anglais, Dans le conseil, tout le monde a
été de mon avis, moins M. de Lamothe. La suite m'a donné raison.
“Depuis le départ de M. de Bienville, il y a eu au ‘ort Louis deux alarmes.très considérables, que Pétablissement du haut de la rivière, ainsi que je l’avais conseillé, nous agrait épargnées.. Par deux fois, le bruit a couru que les Alibamons, pour se raccommoder avec les Anglais, venaient avec mille hommes détruire le fort Louis,
et M. de Lamothe a été plus effrayé que personn& Ces «nouvelles ne se sont pas confirmées, cependant il paraît
que les Anglais regagnent les sauvages, “Ce n’était pas non plus le moment de faire un fort
aux Tünicas ; quant au fort Rosalie, qe fallu au- “pFaravant faire une bonne paix avec les Natchez qui
nous avaient tué du monde, et M. de Bienville n'avait pas, ne pouvait pas avoir assez de monde pour cela. Il était dérisoire de l'envoyer avec trente-quatre hommes, là où il en aurait fallu cent; car c'était lui imposer une tâche, tout en lui refusant les moyens de l’exécuter.
“M. de Lamothe, pourtant, lui ordonna de partir, de rester fortifié aux Tunicas, de tàcher de tirer vengeance
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de la mort des Français, et de faire ensuite la paix avec les sauvages.
“Vous verrez, par le mémoire Richebourg, ce que M. de Bienville a fait. Sa conduite, M. de Lamothe la trouve exécrable. C’est son mot. Il ‘est, dit-il, contre le droit des gens de faire mourir trois hommes pris par surprise, Mais que pouvait-il faire ? Pouvait-il user de la force ? lui qui était sans force. f'allait-il demander des secours ? "Mais on ne lui en aurait. pas donné, püisqu’on lui en avait obstinément refusé au début.
“M. de Lamothe blâme M. de Bienville pour ce qu'il a fait; mais quoiqü’il eût pu faire, il l'aurait blâmé de même. M. de Bienville a l’approbation de tout le monde, et de tous ceux surtout qui connaissent les sauvages.
“D'ailleurs, la faute de tout le mal est à M. de Lamothe. Dans son voyage aux Illinois, il ne voulut pas re-& cevoir le calümét des Natchez,ni en montant ni en descendant le fleuve St. Louis. Ils conclurent naturelle- * ment de ce refus qu’il voulait les détruire, et jügèrent à propos, suivant leur coutume, de commencer à tuer les Français qui leur tomberaient sous la main, afin de piller les munitions qu’ils pourraient avoir. M. de Richebourg ne parle pas dans son mémoire de ce motif, afin de ne pas irriter M. de Lamothe ; 1. is celui-ci, ayant su que le bruit en courait, l’a demandé à M. de Richebourg, qui l’a avoué franchement. M. de Lamothe a fini par en convenir. à
“La prudence conseillerait de se tenir en force dans le voisinage des Natchez, et d’être constamment sur ses gardes. Car jamais les sauvages ne font une paix sincère après qu’il y a eu guerre.” |
Voici le mémoire de M. de Richebourg, auquel le commissaire-ordonnateur Duclos se réfère dans sa dépêche du 7 juin: "
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Mémoire de M. de Richebourg sur la première guerre des Natchez.
“Pour bien faire connaître ce qui a donné lieu à cette | nation de se déclarer contre nous, il faut reprendre d’un En 1713, le roi
peu plus haut, t accordé la con- | cession de la Louisiane à M. Crozat, M.del à [A Cadillac, son associé, y fu "envoyé gouvérneur; e M. de Bienville, qui. n'avait que le ‘titre, de" lieutenant de roi, eut ordre de.rester:sous lui pour ‘le mettre au fait du pays. - Mais le dit sieur de Lamothe, ayant Voulu se gouverner à sa fantaisie, aliéna si fort les sauvages, que M. de Bienville avait maintenus dans la plus grande dépendance pendant plus de. treize ans, qu’ils se jetèrent tous du côté des Anglais : lesquels, ravis de ces disposi-
k #tions, leur envoyèrent plusieurs traiteurs avec, quantité | { <° de marchandises et établirent des magasins aux Chactas, m | aux Chickassas, aux Yazous et aux Natchez, d'où ils à Il | E. envoyèrent des émissaires parmi le petit nombre de na- ; n < tions qui persévéraient dans notre alliance. * Il est aisé fe Il | iCv de juger par la position de ces postes, qui sont au milieu m | Ci de la colonie, qu’elle était sur le point de sa perte en- lé || tière. Aussi, le sieur de Lamothe, qui sentait ce danger, , fi RU. chargea M. de Bienville de ramener les’ sauvages dans d {| notre alliance, et de trouver.les moyens de faire retirer B | | Îles traiteurs anglais, qui étaient parmi eux. Ce qu'il fit e | en moins d’un mois. En effet, il fit piller tous les ma- s | gasins des traiteurs anglais, qui lui furent amenés, et P | | qu’il envoya à la Vera-Cruz pour les éloïgner davantage. g En même temps, il se fit apporter les têtes des princi- 8 paux chefs Chactas qui étaient allés à la Caroline invi- t | ter les Anglais à venir s'établir chez eux. : £ | À “Au mois d'octobre de cette même année, M. de La- ; I mothe revint des Illinois, sachant tout ce qui s'était passé. Comme il avait été mécontent de la mauvaise ré- €
ception que les Natchez lui avaient faite en montant,
onAP. 1.]' 133
il crut devoir à son tour leur en témoigner son mécontentement. Ayant abordé chez éux pour y prendre des vivres, les chefs s’empressèrent de lui donner tout ce qu’il souha:tait, lui présentèrent le calumet de la paix etle prièrent d'oublier leur faute. M. de Lamothe se rembarqua sans les vouloir écouter, les laissart ainsi s que ce gouverneur avait l'intention ‘28 leur faire la, guerre. +
“M. de Bienville ayant reçu dans ce temps de nouvelles provisions du roi au commandement du Mississippi, Sa Majesté lui donnä, ordre d'aller faire Plusieurs établissements sur ce: ‘fleuve et. de commencer par celüi des Natchez avec: 80 soldats. Il fit aussitôt travailler à la construction des pirogues nécRisa ie et disposer toutes choses.
“On apprit au mois de janvier 1716, par M. Divion missionnaire, que quatre Canadiens, qui montaient aux Illinois, avaient été assassinés par les Natchez. Cette
nouvelle engagea M. de Bienville à presser son départ.
Il pria M. de Lamothe de faire nommer son détachement avec 80 hommes, comme il en avait l’ordre de M. lé’Comté de Pontchartrain. Ce que M. de Lamothe refusa. Il fit seulement commander la compagnie de M. de Richebourg, qui n'était que de 34 hommes. M. de
Bienville engagea M. Duclos, commissaire ordonnateur, .
et Messieurs Rauzon et Labarre, agens de M. Crozat, de se joindre à lui, ponr représenter à M. de Lamothe l'impossibilité d'entreprendre la construction d’un fort et la guerre contre les Natchez, qui comptaient au moins 800 hommes, avec une compagnie de 34 hommes ! Mais tout fut inutile. 11 fallut donc partir avec cette compagnie à laquelle on ajouta 15 matelots. On partit dans huit pirogues.
“On arriva le 93 avril aux Tunicas, à dix-huit lieues des Natchez. On apprit là que les Natchez avaient encore assassiné un Français descendant des Illinois, et
tri.
WL.
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devaient en surprendre quinze autres qui étaient attendus au même endroit. M. Davion, missicnnaire des Tunicas, avertit M. de Bienville que les Natchez ignoraient que ces meurtres fussent connus des .Français, la chose étant tenue fort secrète parmi eux. Le missionnaire avertit en outre M. de Bienville de se tenir sur ses gardes contre les Tunicas, qui avaient même reçu des présents pour le tuer.’ Toutes ces nouvelles avaient dû donner de linquiétude à M. de Bienville qui, bien loin d’en faire. paraître, fit assembler tous les Tunicas, et, sans leur donner à connaître ce qu'il avait appris, leur dit que sa mission était d’aller aux Natchez pour y faire un petit établissement et un magasin qui pût fournir à cette nation et autres, en troc de leurs pelleteries, les marchandises dont ils pourraient avoir besoin, maïs que, comme ses gens étaient très fatigués du voyage et.comme il avait des malades, il allait se camper dans une ile à un tiers de lieue de leur village, pour se reposer quelque temps ; mais qu’ils lui feraient plaisir d'envoyer pendant ce temps là quelqu'un de leurs gens pour avertir les Natchez de son. arrivée. Ce qui fut fait dans le moment. Le sieur de Bienville, après avoir recu le calumet des Tunicas et fait fumer ceux-ci dans le sien, s’en alla avec sa petite troupe camper sur l’île, où il fit travailler, dès le lendemain 24, à un petit retranchement d’une enceinte de pieux, et à faire construire trois baraques : l’une pour mettre les vivres et munitions de guerre, l’autre pour corps de garde, et la troisième, pour prison.
“Le 27 avril, il arriva trois Natchez, qui étaient envoyés par leurs chefs à M. de Bienville auquel ils présentérent le calumet, qu’il repoussa en leur disant : qu’ils pouvaient faire fumer quelques-uns de ses soldats ; que pour lui, étant grand chef des Français, il ne fume-
rait que lorsque des calumets lui seraient présentés par
SOS H2ZSSREpSS
CHAP. Vi] 135
les chefs Soleil. Ce discours déconcerta un peu ces 1716.
trois guerriers. Cependant M. de Bienville, leur ayant fait donner à manger, affecta de rire avec eux, leur demanda des nouvelles en particulier de leurs chefs, témoignant de A'empressement pour les voir et de l’étonnement de ce qu’ils n’étaient pas déjà venus lui apporter des raffaichissements. Il ajouta qu'apparemment les Natchez ne se souciaient pas que les Français fissent faire un établissement chez eux ; que s’il croyait que la chose fût ainsi, il le ferait aux Tunicas. lIlsrépondirent, avec une satisfaction marquée, que toute léur nation ne désirait rien de mieux que d’avoir un établissement Français sur leur‘territoire et qu’ils étaient persuadés que, dans cinq ou six jours, les chefs de la nation ne manqueraiont pas d'en venir témoigner leur joie.
“Le 28 avril, ces trois sauvages s’en retournèrent. M. de Bienville fit pañftir avec eux, un jeune Français qui parlait parfaitement bien leur langue, auquel il expliqua tout ce qu'il fallait dire à ces chefs et tout ce qu'il avait à leur répondre pour les engager à venir.
“Ce même jour, M. de Bienville fit partir un Canadien, dés plus hardis et des plus adroïts, dans une petite pirogue, avec un sauvage Illinois, pour remonter le fleuve, passer la nuit devant les villages des Natchez, et aller au-dessus, pour avertir les quinze :.abitants des Illinois qui devaient descendre, de se méfier dés Nachez, et surtout de ne point débarquer chez eux. M. de Bienville remit à ce Canadien une douzaine de grandes feuilles de parchemin, pour les placer aux pointes de la rivière. Il avait écrit en gros caractères: “Les Natchez ont déclaré la guerre aux Français et M. de Bienville est campé aux Tunicas.”
“Le 4 mai, il arriva à notre camp six Canadiens
: oyageurs, dans trois pirogues chargées de pelleteries, de viandes fumées et d’huile d’ours ; lesquels nous con-
tèrent que, ne sachant pas que les Natchez eussent tué
136 Lonar. vi.
1716. de leurs camarades, ils étaient allés aborder chez eux, et qu’à peine ils eurent mis pied à terre, une vingtaine d'hommes sautèrent sur eux, les désarmèrent et enlevèrent tout ce qu’il v avait dans leurs pirogr-es. ‘ls furent conduits au v, ge du chef, nommé le Bgrbu, grand chef de guerre «.: cette nation, qui, aussitôt qu’il les vit, leur demanda combien il y avait encore de Français qui descendaient après eux ; qu’ils avaient répondu ingénument qu’ils,en avaient laissé douze en chasse dans six pirogues et qu 'ils,ne tarderaient pas à arriver ; que peu de temps après, les grands chefs de.cette nation étaient venus très en colère gronder ce chef de guerre de ce qu’il avait fait désarmer les Français et piller leurs pirogues ; qu’aussitôt, ces grands chefs leur firent rendre leurs armes et leur prômirent ge leurs effets se retrouveraient. Ils leur.donnèrent à pin à set on les mit dans une cabane séparée, où, ils restèrent trois jours. Pendant ce temps-là, ces chefs! et les principaux de la nation tenaient conseil, nüit et jour, pour délibérer sur ce qu’ils devaient faire des prisonniers. Le quatrième jour, les chefs étaient venus les prendre et les conduire à leurs pirogues dans lesquelles on avait réporté presque tout ce qu’on y avait pris. Là, ces chefs avaient appris à leurs prisonniers que M. de Bienville éiait aux Tuünicas, à se reposer, que dans peu il devait venir chez eux y faire un établissement, et que-dans quelques jours, euxmêmes comptaient lui envoyer des vivres.
“Le 8 mai, sur des 10 heures du matin, nous vimes venir quatre pirogues, dans lesquelles il y avait huit hommes debout qui chantaient le calumet, et trois hommes dans chaque pirogue qui étaient assis sous des parasols, douze qui nageaiïent, et deux Français. M. de Bienville ne douta pas que ce ne fût les chefs des Nätchez qui venaient tomber dans le piège qu’il leur avait tendu. Comme il savait parfaitement toutes les cérémonies des sauvages, il ordonna à la moitié de ses gens de
ne point paraître, mais de se tenir prêts avec leurs armes dans le corps de garde, et à l’autre moitié, de se tenir sans armes autour de sa tente et au débarquement, pour ôter les armes à ces sauvages à mesure qu'ils débarqueraient ; il recommäanda de ne laisser dans sa tente que les huit premiers chefs qu’il nomma, les connaissanttous par leurs noms de &uerre, et de faire asseoir les aûtres à la porte de la tente. Tout cela s'exécuta parfaitement. ‘Ces chefs entrèrent en chantant tous les huit, le calumet à la main, qu’ils passaient à plusieurs reprises sur M. de Bienville, de la tête aux pieds en signe d’union, et après, passant leurs mains sur son estomac sans!frotter, ensuite sur le leur. Ceci terminé, ils lui présentèrent à fumer. Ilrspousee avec mépris leurs ‘calumets et leur dit qu’il voulait entendre leurs harangues et savoir leur pensée avant de fumer. Cela déconcerta ces chefs, qui sortirent de la tente et présentèrent les calumets au soleil... Un d’eux, grand prêtre du temple, parla en l’air, les yeux fixés sur le soleil pour l’invoquer, les bras étendus au-dessus de la tête, et ensuite ils rentrèrent et représentèrent de nouveau les ca- Jumets. M: de Bienville leur répéta, d’un ton ennuyé de leurs cérémonies, qu’ils eussent à lui dire quelle satisfaction ils voulaient lui faire pour les cinq Français qu'ils avaient assassinés. Ce discours les étourdit ; ils baissèrent la tête sansrépondre. Pour lors, M. de Bienville fit signe de les saisir et de les conduire tous dans la prison qu'il avait fait préparer pour eux. On les y mit aux fers. Sur le soir, on leur présenta du pain et de la viande. Ils ne voulurent point manger. Ils chantaïent tous leur chanson de mort. L’un des deux Français qu’ils avaient ämenés avec eux, était le jeune interprète qui avait été les inviter à venir, et l’autre était un habitant des Illinois qui, ne sachant pas la guerre, était allé se livrer entre leurs mains. Ils ne lui
avaient fait aucun tort. À l’entrée de la nuit, M. de
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Bienville fit venir dans sa tente le grand chef de la nation,'qu’on appelle parmi eux le Grand-Soleil, son frère le Serpent-Piqué, et un troisième frère, surnommé le Petit-Soleil. Comme ils étaient demi-morts, M. de Bienville, pour les rassurer, commença par leur promettre qu'ils ne voulaient point les faire mourir ; il leur dit qu’il savait que ce n’était point par leur ordre qu’on avait assassiné les cinq Français; qu’il. voulait que pour satisfaction on lui apportât non seulement les têtes des meurtriers, mais encore celles des.chefs qui en avaient donné l’ordre; qu’il ne se contenterait pas de leurs chevelures, mais”qu’il voulait leurs têtes, afin de les reconnaître par leurs piqûres; qu’il leur donnait cette nuit pour se consulter entr’eux sur les mesures qu'ils avaient à prendre pour lui faire une prompte satisfaction, sans quoi, il pourrait prendre un parti fâcheux pour toute leur nation. Il ajouta qu’ils n’ignoraient pas le crédit qu'il avait sur tousinos sauvages alliés; qu’il lui était facile de les’faire se déclarer contre eux et de détruire leurs huit villages sans risquer la vie des Français ;?qu’ils devaient se souvenir qu’en 1704, les Tchioumachaqui assassinèrent un missionnaire et trois autre Français; que sur leur refus de nous livrer les meurtriers, on avait détaché sur eux toutes nos nations alliées qui leur firent la guerre, de manière que de quatre cents familles qu’ils étaient, ils furent réduits en moins de deux ans à quatre vingts.
“M. de Bienville leur citasaussi l’exemple qu’il fit en 1702. Il leur rappela qu’il avait fait condamner à mort un Français pour avoir assassiné deux sauvages Pascagoulas ; qu'en 1703, les chefs Coiras ne firent aucune difficulté de faire mourir queire de leurs guerriers qui avaient assassiné un missionnaire et deux äutres Français; que cette même année il avait obligé les chefs Taouachas de tuer deux de leurs gens qui avaient assassiné un Chickassas ; que les Chacthioumans, ‘en
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1715,avaient eu pareille satisfaction des Chactas qui leur avaient tué deux hommes ; que les Mobiliens en 1707 portèrent la tête d’un de leurs gens qui avait tué un Taouachas ; que les Pascagoulas, en 1709, avaient tué un Mobilien, et qu’il les avait forcés à rendre satisfaction aux offensés, &ce., &c.
“Les chefs écoutèrent ce discours avec beaucoup d’attention et ne répondirent point. Ils ressentaient vivement la honte d'être aux fers avec quelques-uns de leurs valets.
“Le 9 mai, à la pointe du jour, les trois chefs frères demandèrent à parler à M. de Bienville. On les fit venir. Ils Je prièrent de faire attention qu'il n’y avait personne dans leur village qui eut assez d'autorité pour entreprendre de tuer les hommes dont il demandait les têtes : que sil voulait le permettre, le chef Serpent- Piqué, comme 16 maître de la nation, irait accomplir cette dangereuse mission. Ce que M. de Bienville refusa ; et il nomma à la place du Sefpent Piqué, son frère cadet, le Petit-Soleil, qu’il fit sur le‘champ partir dans une pirogue armée de douze soldats et d’un officier, qui le menèrent à deüx lieues au-dessous du village des Natchez. De cet endroit, il s’en fut par terre, et notre
“détachement revint le lendemain matin.
“Le 10 mai, il arriva une pirogue dans laquelle il y avait deux Canadiens. Ils avaient heureusement vu, au-dessus des Natchez, une feuille de parchemin qui les avertit de se méfier des N atchez, sans. quoi ils seraient allés se livrer à eux.
“Le 12 de mai, le Canadien qui était parti le 27 avril avec un sauvage, pour aller au-devant des Français qui descendaient des Illinois, arriva avec onze Français qu’il'avait rencontrés à sept lieues au-dessus des Natchez, sans quoi cette troupe allait se livrer à cette nation, ne sachant point la guerre. Ce renfort fit d'autant plus de plaisir, qu’ils avaient sept pirogues chargées de
140 [orar, vs.
viandes et de farines, dont nous commencions à manquer. Nous apprimes qu’un Français, avec deux Illinois, qui s'étaient écartés des autres voyageurs, et qui montaient une pirogue, avaient encore été se faire prendre aux Natchez.
“Le 14 mai, le Petit-Soleil arriva. Il apporta trois têtes, dont on ne reconnut que deux pour être de celles que l’on demandait. M. de Bienville fit venir les chefs, et leur dit : Qu'il regrettait la mort d’un innocent qu'ils avaient fait tuer, et leur fit jeter cette tête aux pieds. Ils avouèrent qu’elle était celle d’un guerrier qui n'avait point eu de part dans l’assassinat des Français; mais que, comme il était frère d’un des meurtriers qui leur était échappé, ils avaient cru devoir le tuer à sa place. M. de Bienville leur marqua beaucoup de mécontentement de ce qu'on ne lui avait pas apporté les autres têtes, et leur dit qu'il voulait que le léhdémain ils renvoyassent encore quelque chef.” On remit le Petit-Soleil en prison et aux fers avec les autres. Le Français et les deux sauvages illinois qui étaient allés se livrer aux Natchez, depuis quatre jours, nous avaientété ramenés par le chef Petit-Soleil, auquel ilsidevaient Ja vie, car'il les avait délivrés du poteau où ils avaient été attachés pour être brûlés. Ce Français assura M. de Bienville* qu'il ne descendait plus de Français du haut du Mississippi, et qu’il était le dernier. Ce qui fit grand plaisir.
“Le 15, on envoya aux Naïîchez deux chefs de guerre et le gra:d-prêtre du temple, qui se faisaient fort de rapporter la tête du chef Oyelape, autrement dit la Terre- Blanche. Ils fütent conduits par un détachément de soldats près de leurs villages. Ce même jour, le chef des Tunicas vint avec M. Davion, leur missionnaire, avertir M. de Bienville de se bien tenir sur ses gardes: qu’il avait eu nouvelles par trois de ses gens qui venaient d'arriver des Natchez, que cette nation s’assemblait, et que leurs guerriers avaient pris la résolution de descen-
onAr. vi.] 141
dre tous en pirogues pour nous venir égorger dans notre camp, et sauver par là tous leurs chefs, ou périr avec eux. Ces Tunicas offrirent d'envoyer quarante de leurs
plus braves guerriers, toutes les nuits, pour nous garder. .
M. de Bienville, qui se méfiait autant de ceux-ci que des autres, les remercia, et leur dit qu’il ne craignait rien; que cependant, ils lui feraient plaisir de continuer à envoyer des espions chez ces Natchez, pour apprendre ce qu’ils faisaient.
“Les débordements du Mississippi commencèrent à inonder tout le terrain de l’île où nous étions campés. Il y avait demi-pied d’eau par-dessus la plus haute terre. Ce qui nous çcausait beaucoup de fièvres, maux de jambeset coliques, ayant toujours les pieds dans de l’eau froide, par des chaleurs excessives. M. de Bienville ne pouvant plus, se tenir sous sa tente, fit faire une baraque entourée de pieux, couverte d'écorces d'arbres. Il fit aussi élever une petite poudrière.
“Le chef Serpent-Piqué ayant attrapé 14 fièvre, M. de Bienville le fit sortir de prison, lui ôta ses fers, et lui permit de se tenir tout le jour chez lui, Bienville, avec ses frèrés. Il avait lieu d’être content d'eux. M. de Bienville, qui passait ainsi toutes ses journées avec ces chefs, leur reprochait toutes leurs mauvaises manœuvres, en leur disant : Qu'ils avaient reçu l’anhée dernière des traiteurs anglais, et deux jeunes garçons de cette nation pour apprendre leur langue ; qu'après les avoir renvoyés sur sa demande, ils lui avaient promis que jamais ils ne se détacheraient de l'alliance et de l'amitié des Français ; que cependant, six mois après, ils avaient été assez traîtres pour assassiner les premiers Français qui avaient paru chez eux; qué'tout autre chef français que lui ne secontenterait pas de leur demander seulement les têtes des meurtriers, mais qu’il rait joindre à lui toutes les nations, leurs ennemis, et irait les détruire entièrement ; que néanmoins, ils pourraient le forcer à pren-
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142 Lonar. vi.
dre ce parti, s'ils osaient l’amuser encore long-temps. Ces chefs, après être convenus de toute la trahison et de toute la fourbekie de leur nation, assurèrent qu'ils n’avaient jamais paru dans les conseils qui s'étaient tenus pour inviter les Anglais à venir s'établir chez eux; que les Français qui étaient pour lors dans le village. des Natchez pourraient leur rendre cette justice ; que pour ce qui était de l'assassinat des Français, ils ne l'avaient su que huit jours après, et qu’ils les avaient regrettés et pleurés. Dans ce moment, ils jetèrent de grands sou- -pirs et versèrent quelques larmes. M. de Bienville leur demanda ce qu’ils regrettaient. Ils répondirent qu’il était temps d’avouer les choses telles qu’elles s'étaient passées ; que trois chefs de guerre des villages des N oyers, de la Terre-Blanche et des Grigas, étaient les seuls auteurs des désordres arrivés dans leur nation; que c’étaient ces trois chefs qui avaient attiré le8 Anglais dans leur village ; que c'était par leur ordre que les Français avaient été tüés; qu’il y en avait deux aux férs dans notre prison; que l’un s'appelait le chef Le Barbu, lequel était leur frère de mère, et l’autre Alahofléchia ; que le troisième n’était point descenduavec eux, et se nomiait le chef de la Terre-Blanche ; que ces trois chefs, depuis un an, avaient pris une autorité si grande sur leur nation, qu’ils étaient plus craints et obéis qu'eux. Le chef Serpent-Piqué avertit encore qu'il y avait aussi dans notre prison deux autres guerriers qui avaient tué le dernier Canadien au mois de mars, et, aflirma qu'il n’en cornaissait point d’autres. cts “M. de Bienville dit à ces trois chefs qu'il s'était toujours bien douté qu’ils n’avaient point eu de part aux mauvaises affaires arrivées,'et que désormais il ne voulait plus qu’ils entrassent dans la prison. Il leur fit faire des lits dans sa baraque. | “Le 25 mai, les deux chefs de guerre qui avaient été envoyés à leur village pour avoir la tête du chef de la
AP, VI
‘emps.
et de ls n’atenus 4 que re. des > pour vaient tés et ÿ soule leur I] était t pasoyers, ls autaient s leur ançais ns nolequel que le minait depuis ar rae chef i dans ué le qu'il
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aux B voUt faire
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CHAP. Vi.) 143
Terre-Blanche, revinrent sans la porter et en disant qu’il était en fuite. Ils amenèrent plusieurs esclaves qui appartenaient aux Français qu’on avait tués. Ils apportèrent aussi beaucoup de leurs effets. Le nombre des malades, qui augmentait tous les jours dans notre camp, engagea M. de Bienville à prendre le parti de terminer cette petite guerre.
“Le ler de juin, il fit sortir du fort tous lés chefs et autres qui y étaient depuis un mois, à la réserve des quatre criminels. Il les fit venir chez lui, où étaient les trois autres chefs, et leur dit : qu’il voulait bien leur donner la vie et leur accorder la paix, à condition qu’ils lui donneraient parole qu’ils tueraient le chef de la Terre-Blanche
sitôtiqu’ils le pourraient joindre, et en apporteraient la tête à l'officier français qui serait chez eux : qu’ils consentiraient dès à présent à ce que les: deux c'efs de pner re et les deux güerriers, qui étaient actuellement au: fers dans notre prison, fussent mis à mort, pour réparation
de l’assassinat qu’ils avaient commis ; qu’i: feraient restituer tout ce qui avait été pillé ; que pour ce jui se trouverait perdu, ils forceraient leurs gens à en payer la valeur'en pelleteries et en vivres ; qu'ils obligeraient leur nation à couper deux mille cinq cents pieux de bois d’acatias, de treize pieds de long et de dix pouces de diamètre, et à charroyer le tout près de la rivière Mississippi, au lieu qui leur serait par nous indiqué, pour nous faire un fort; qu’ils s’obligeraient, en outre, à nous fournir trois mille.écorces d'arbres de cyprès, pour couvrir nos logements, et ce, avant la ji: de juillet. | “Tous ces chefs remercièrent M. de Bienville, lui firent chacun une harangue où ils protestèrent de leur dévouement aux Français, en disant qu’à l’avenir ils se conduiraïent de manière à ne plus mériter de reproches de nous, qu’ils louaient le soleil, leur Dieu, de leur avoir inspiré d’engager leurs chefs de guerre, meurtriers des Français, à venir avec eux pour se livrer à nous ; que
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sans cela il léur aurait été impossible de nous faire satisfaction par la grande autorité que ces malheureux avaient prise sur leur nation, et qr'’il était juste que nous les fissions mourir avec les deux autres. Ils répétèrent ensuite tous les articles et toutes les conditions auxquels ils s’engageaient, promirent de les exécuter fidèlement et d’en faire même davantage.
“Après ces harangues finies, ces chefs demandant à M. de Bienville, s’il voulait leur permettre qu'ils lui présentâssent à fumer dans leurs calumets de paix, il leur dit qu'il n’était pas encore temps; qu’il voulait auparavant qu’ils allässent à leurs villages y faire assem- “bler leurs guerriers et leur expliquer: les conditions auxquelles il leur accordait la paix, et qu’il enverrait aveceux un officier et deux soldats pour en être témoins. di: si
“Les quatre criminels, se voyant seuls dans cette prison, se doutèrent bien que nous étions instruits de ce qu’ils avaient fait et redoublèrent leurs cris et leurs chants de mort. Le Serpent-Piqué, craignant que ceux de ses gens qui devaient partir pour aller à leur village, ne fussent rapporter qu’on voulait faire mourir ces grands guerriers, ct. que cela n’occasionnât une rumeur parmi la nation, par la grande estime qu’on avait pour eux, pria M. de Bienville de faire courir le bruit seulement de les envoyer au bas de la colonie au gouverzeur, qui déciderait de leur sort, et lui-même alla les trouver en prison pour leur assurer qu’ilsine mourraient point et qu’ils devaient être tranquilles.
Le 3 de juin, le sieur de Pailloux, aide-major, fut commandé avec deux soldats, pour aller au village des Natchez avec tous les chefs” et autres, à la réserve du chef Serpent-Piqué et de son frère, que M. de Bienville voulut garder pour ôtages. Il donna ordre à M. de Pailloux, en cas que cette nation acceptât le traité de paix, de rester au grand village avec un soldat et de renvoyer