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. nombre de chevelures qu'il avait levées. Il nomma les cinq Français qu’il avait fait tuer, et dit qu’il mourrait avec.le regret de n’en avoir pas tué davantage. Le Serpent-Piqué, qui pour lors était le seul de sa nation parmi nous, l’écoutait attentivement, et dit à M. de Bienville : C’est mon frère, mais je ne le regrette point. Tu nous défais d'un méchant homme.
“Comme le Mississippi ne baissait point, et que l’eau était toujours à cinq ou six pouces sur la surface de la terre, ce qui continuait à nous donner beaucoup de maladies, M. de Bienville fit passer les malades et les convalescents au village des Tunicas, qui sont sur des terres très hautes. Ces sauvages eurent grand soin de leur fournir des viandes fraîches de bœuf et de chevreuil.
“Le 14 juin, il arriva chez les Tunicas huit Natchitoches, dans une pirogue chargée de sel, que ceux-ci venaient vendre. M. de Bienville eut pagces sauvages avis de la marche des Espagnols du Mexique, pour venir s'établir sur la rivière Rouge, au nombre de cinq cents hommes à cheval, avec deux cent cinquante mulets de charge. Pour les prévenir, il fit partir sur-lechamp six soldats et un sergent, pour aller prendre possession du haut de cette rivière avant eux.
“Le 1er de juillet, M. de Pailloux écrivit à M. de Bienville que les trois quarts des pieux pour notre fort étaient charroyés sur place ; qu’il y avait des sauvages qui travaillaient à faire des rigoles, et qu’il aurait besoin de six soldats des plus adroits pour montrer aux sauvages à planter des pieux droits et de hauteur égale, Le lendemain, 2 du dit mois, on lui envoya six soldats et tous les outils nécessaires.
“Le 22, M. de Bienville, ayant appris que son fort était presque fini, ordonna au chef des Tunicas de lui fournir trente de ses gens pour nous aider à monter la rivière, qui était très rapide. Il ne nous renal pas dix soldats en santé.
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“Le 26, nous arrivâmes aux Natchez. Le Serpent- 1716.
Piqué, que nous avions avec nous, fit venir cent cin- Le quante de ses gens, qui portèrent tous nos effets à notre fort, le même jour.
“Le lendemain, nous mîmes le peu de soldats que nous
Tu avions en santé au travail du fort, et continuâmes jusqu'au ? août, qu’il fut entièrement fermé. Les Natchez nous fournirent toutes les écorces qu’on leur avait de-
e la mandées, et qu'on employa à couvrir un magasin, une
ma- poudrière, un corps-de-garde-et des casernes. Le tout con- fut fini le 3 août. j ITS “Le 25, une trentaine d'hommes Yazous et Offagouleur las vinrent chanter le calumet à M. de Bienville, qui les s reçut parfaitement bien. Le même jour, les Natchez hito- vinrent, au nombre de cinq à six cents hommes, sans, ve- armes, et environ trois cents femmes, pour faire une danse publique devant notre fort. Les chefs entrèrent. decans, firent fumer M. de Bienville, et lui dirent que tous ces gens étaient venus danser à sa porte pour lui marquer leur joie d’avoir des Français établis parmi eux.
“Le 28 août, M. de Bienville, voyant que les choses étaient fort tranquilles dans sa garnison, et qu’il n’y avait rien à craindre de la part des sauvages, donna au sieur de Pailloux des ordres et instructions sur-ce qu’il y avait à faire, et prit le parti de descendre à la Mobile, pour rendre compte à M. de Lamothe Cadillac. Le 4 d’octobre, il arriva à la Mobile, où il lui fut remis un paquet du conseil de marine, dans lequel était pour lui un ordre du roi, pour commander en chef dans la colonie, en l’absence de M. de l’Epinay, nommé à ce gouvernement à la place du ‘ieur de Lamothe Cadillac, auquel il n’eut point le désagrément de rendre compte.”
Ainsi finit la première guerre des Natchez. Il fut d'autant plus agréable à M. de Bienville de n’avoir pas à rendre compte de sa conduite à M. de Lamothe Cadil-
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lac, que celui-ci l'avait déjà jugée, et l'avait déclarée exécrable. Comme on l'a vu par la lettre du commissaire-ordonnateur Duclos, M. de Cadillac avait accusé M. de Bienville de s’être rendu coupable, envers les Natchez, d’un horrible guet-à-pens, et d’avoir violé le droit des gens en faisant mourir les chefs dont il s'était emparé rar surprise. Les reproches adressés à Bienville par le gouverneur n'étaient peut-être pas sans fondemer*, inais il ne lui appartenait pas d’être si sévère. Car il aurait dû se souvenir qu’il s'était vanté au ministre, dans une de ses dépêches, d’avoir fait assassiner le chef des Chactas par son frère, en lui promettant sa
, pluce.
M. Crozat ayant demandé qu’il lui fût accordé de lais- :ser passer à la Louisiane cent faux sauniers par an, qui devaient travailler trois ans comme engagés, et rece-. voir ensuite des terres ; et que le gouvernement portât les troupes à huit compagnies, avec permission à deux soldats par compagnie de s'établir dans le pays, -cette demande lui fut accordée, ainsi que celle de prendre dans les hôpitaux cent filles par an, pour accélérer la population.
L’infatigable curé de la Vente ne fut pas aussi favorablement écouté. Il avait demandé que l’on autorisât. les mariages des Français avec les sauvagesses devenues chrétiennes. Mais M. de Lamothe Cadillac et M. Duclos ayant été consultés, et ayant opiné négativement, la demande du curé fut rejetée.
M. de St. Denis avait été chargé par M. de Lamothe Cadillac, en 1714, d’aller s'opposer à un établissement aux Natchitoches, que l’on supposait être projeté par les Espagnols, et avait aussi reçu la mission d’aller jusqu’au Nouveau Mexique, pour s’enquérir sil n’était pas possible d'ouvrir un commerce par terre entre la Lonisiane et les possessions d'Espagne, où l’on espérait que M. Crozat trouverait un vaste débouché pour ses marchan-
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dises. Cet intrépide officier revint, au mois d’août de cette année 1716, de son aventureuse éxpédition, qui mérite une mention honorable, et qui n’est pas exempte d’une certaine teinte romanesque. M. de St. Denis était arrivé sans accident aux Natchitoches, avec les Canadiens et les Indiens qui formaient sa Süite. Il y ‘fit construire quelques huttes pour'ceux des Canadiens qu’il devait y laisser, et auxquels il donna quelques outils aratoires. ét des grains, pour ensemer.cer la terre. Prenant avec lui doute conan d'élite et quelques Indiens, il s'éloigna de la rivière Rouge, et se hasarda courageusement à s’avancer dans‘une direction ouest, au travers de pays sauvâges et inconnus. Après avoir voyagé vingt jours, il arriva à un village des Assinais, non loin de l’endroit où Lasalle avait été assassiné vingt-six ans
Qi Là, il obtint des guides qui le conduisirent au premier établissement des Espagnols, sur le Rio Bravo. Cet établissement était connu sous le nom de St. Jean-Baptiste, ou Presidio del Norte. Don Pedro de Vällescas, qui y commandait, reçut les Français avec un® chevaleresque hospitalité. St. Denis lui annonça À il était envoyé par Île gouverneur de la Louisiane * pour faire des arrangements de commerce, qui pourraient être également avantageux aux Espagnols et aux Français. Don Pedro répondit qu’il ne pouvait rien faire sans consulter le gouverneur de Caouis, son supérieur. Cet officier résidait à une distance de cent quatre-vingts milles, et lorsqu'il reçut la missive de don Pedro, qui lui annonçait l’arrivée des Français, il envoya une troupe de vingt-cinq cavaliers pour lui amener St. Denis. Sous différents prétextes, il garda St. Denis jusqu’au commencement de 1715. Ce fut alors qu'il lui apprit aw’il était de son devoir de l'envoyer an vice-roi à Mexico. St. Denis, au moment de son départ, écrivit à ses compagnons, jui l’attendaient au Presidio del Norte, de retourner aux Natchitoches.