‹ Histoire de la Louisiane [microforme]Chapitre 42 sur 95 · ER SE EE · texte numérisé non relu

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du sieur Crozat, et les aider quand ils en auront besoin, et autant qu’il sc:a en leur pouvoir.

“Si,après ces explications, il survient quelque difficulté entre les sieurs de l’'Epinay et Hubert, à laquelle on n'ait pas prévu, Sa Majesté souhaite, qu’ils s’en expliquent ensemble avec douceur et amitié, et toujours en vue du service et du bien public, et s'ils ne peuvent pas s'entendre, ils proposeront chacun leurs raisons, sur lesquelles Sa Majesté leur fera savoir ses intentions.

“Ils trouveront ci-incluses les lettres patentes qui établissent pour toujours le conseil supérieur de la Louisiane, et Sa Majesté se remet à eux d’en tenir les séances à l’île Dauphine, ou au fort St.-Louis de la Mobile, suivant qu’ils l’estimeront plus convenable et plus commode pour les habitants.

“L'île à ‘la Corne est concédée à M. de Bienville en roture, ne voulant pas la donner en fief, comme elle avait été demandée.” R

On voit par ce document qu’une faveur féodale que Bienville avait demandée lui était refusée, mais, d’un autre côté, on lui donnait la croix de St. Louis que M. de l'Epinay était chargé de lui remettre. Cela ne calma pasle mécontentement de Bienville qui se croyait, plus que.tout autre, des titres au gouvernement de la Louisiane. Aussi, à peine M. de l’Epinay était-il dé barqué, qu’une funeste mésintelligence éclatait entre lui et Bienville, et que la colonie se divisait encore en deux partis ennemis, Bienville avec sa faction d’un côté, et de l’autre, l’Epinay, Hubert et tous ceux qui étaient mécontents ou jaloux de Bienville. "L

Une convention avait été faite entre Crozat et de l’Epinay, par laquelle Crozat s’engageait à donner à de l'Epinay une somme de 2000 livres par an et lui accordait divers autres avantages, à condition qu’en sa qualité de gouverneur il ferait strictement et sévèrement éxécuter l'ordonnance royale qui concédait à Crozat le

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commerce exclusif de la Louisiane, (in vait que Crozat craignait que le gouverneur lui-nc ne se prétât à la violation de ces lois qui étaient prohibitives de tout commerce étranger dans la colonie ; il prenait donc.ses précautions en conséquence. Mais payer un homme pour qu’il ne soit pas infidèle à son mandat, ne constitue qu’une triste et qu’une bien faible garantie.

En acceptant la charte qui le faisait seigneur suzerain de la Louisiane, Crozat avait eu pour but principal de faire, sur une grande échelle, un commerce de contrebande avec les possessions Espagnoles, s'il n’obtenait pas l’autorisation d’en faire un plus légitime. II ne réussit ni dans l’un ni dans l’autre de ces projets. Le littoral du Mexique était trop bien surveillé et la distance par terre se trouvait trop grande, pour qu’il pût écouler ses marchandises en échappant au"fisc Espagnol. Ses agents à la Louisiane s'étant avisés d’envoyer directement à la Vera-Cruz des marchandises de la valeur d’un million de livres, choisies pour le mar- ché Mexicain, 16 vice-roi n’en permit pas l’entrée et fut sourd à toutes les représentations. Ce qui, dureste, n’était pas étonnant, l'Espagne aimant, à;cette époque, autant qu'aucune nation et peut-être plus que toute autre, à se réserver le commerce exclusif de ses.colonies. Cette riche cargaison revint à la Louisiane, où il n’y avait pas de débouché pour elle, et fut presque entièrement perdue.

Il ne restait donc à Crozat, pour toute ressource, que le commerce avec les Indiens, lequel était beaucoup trop insignifiant pour le dédommager des dépenses qu'il s'était imposées par l'acceptation de la charte qui lui avait été accordée. D'ailleurs, ses agents avaient rencontré partout dans le pays une opposition sourde, mais

‘qui n’en était pas moins active. En. effet, les chefs de

la colonie avaient jusqu'alors fait pour leur compte un petit commerce assez avantageux, qu'on appelait in-

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terlope, avec la Vera-Cruz, la Havane et Pensacola. 11 ne leur fut pas facile de le continuer sous les yeux vigilants des agents de Crozat qui voulait que son monopole fut une vérité.

Ne rencontrant que des obstacles et ne faisant que des pertes dans la gigantesque entreprise à laquelle il s'était livré, Crozat se dégoûta de sa charte et offrit humblement de la remettre au roi, en lui représentant qu’il s'était chargé d’un fardeau au-dessus de ses forces. Cette proposition, faite au mois d'août, fut acceptée, et le 27 d'octobre, le conseil d'état envoya à M. de l’Epinay l’ordre de remettre le gouvernement de la colonie à M. de Bienville et de repasser en France. M. de l’Epinay était arrivé au mois de mars, et lorsqu'il fut rappelé, ce qu’il avait fait de plus remarquable était d’avoir publié une ordonnance, par laquelle"il défendait aux habitants de vendre de l’eau de vie aux sauvages. Il est facile de.deviner l’impopularité que lui valut cette ordonnance, puisque cette liqueur était l’un des’articles de commerce qui rapportuit le,plus d'argent aux colons et était un puissant moyen de séduction pour tout obtenir des sauvages. ,

La proposition de Crozat avait été faite dans les premiers jours d'août, ainsi qu’il est dit plus haut, et avait été acceptée, sur la délibération suivante du conseil de marine, en date du 13 du même mois :

“Le conseil, ayant examiné avec attention les mémoires de M. Crozat, au sujet de la Louisiane, est persuadé qu’il est très avantageux au bien de l'Etat de soutenir cet établissement, par beaucoup de raisons essentielles, que l’on ne détaille point, étant connues de tout le monde. Le conseil croit aussi que c’est une entreprise trop considérable pour qu'un seul particulier en demeure chargé; qu'il ne convient point au roi de s'en charger luimême, attendu que Sa Majesté ne peut entrer dans tous les détaïls de commerce qui en sont inséparables; qu’ainsi,

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