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CHAPITRE VIIL

CRÉATION DE LA COMPAGNIE DES INDES Oc< U MISSISSIPPI.—BIEN- VILLE ESF RENOMMÉ GOUVERNEUR DE LA LOUISIANE.—IL FONDE LA NOUVELLE-ORLÉANS.

La compagnie Occidentale, ou compagnie des Indes devait être composée d’actionnaires, à cinq cents livres par action,et ces actionnaires pouvaient être non seulement des sujets du roi de France, mais des étrangers. Le capital était de cent millions. Les articles suivants étaient les principaux de la charte.

La compagnie avait le privilège exclusif de faire le commerce avec la Louisiane pendant vingt-cinq ans ; elle avait aussi le privilège exclusif d'acheter les peaux de castor du Canada, et ce privilège devait durer depuis le premier janvier 1718 jusqu’au 31 décembre 1742. Le roi se réservait le droit, après avoir pris tous les renseignements nécessaires, de fixer la quantité de peaux que la compagnie serait tenre d'acheter des Canadiens, et le prix que les Canadiens en pourraient demander.

Elle avait le pouvoir de faire la guerre ou la paix

‘avec les Indiens. On lui accordait la propriété absolue de toutes les mines qu’elle pourrait Hhoanyels et exploiter.

Elle avait la faculté de faire des concessions de terres, de cunstruire des forts, de lever des troupes, de nom-

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mer les gouverneurs de la colonie et les autres officiers, qui cependant ne pouvaient être commissionnés que par le roi, sur présentation faite par les directeurs de la compagnie.

Elle était autorisée à construire des bâtiments de guerre et à faire couler dés pièces d’artillerie.

Elle pouvait nommer les juges inférieurs et tous les autres officiers de justice, le roi s'étant réservé seulement la nomination du conseil supérieur.

Les militaires pouvaient entrer au service de la compagnie sans perdre pour cela leur grade dans l’armée ou dans la marine, et les services qu’ils rendraient à la compagnie devaient leur être comptés comme s'ils avaient été rendus au roi.

On ne pouvait saisir, ni entre les mains des directeurs de la compagnie, ni entre celles de son caissier, de ses commis et préposés, les effets, actions ‘et profits des actionnaires, excepté en cas de faillite, banqueroute ouverte, ou décès des dits actionnaires.

Pendant la durée de la charte, les habitants de la Louisiane devaient être exempts de tout impôt, et les marchandises de la compagnie devaient être libres de tous droits d'entrée ou de sortie.

Quant aux droits de la compagnie sur le sol de la Louisiane, dans toute son étendu, elle avait le privilège d’en posséder toutes les portions sur lesquelles elle ferait des améliorations permanentes.

Enfin, la compagnie était revêtue de toute espèce de pouvoirs et de privilèges, à condition qu’elle jurerait foi et hommage au roi et fournirait, à chaque nouveau règne, une couronne d’or de trente marcs.

La Louisiane, quant à la juridiction ecclésiasti-

que, devait continuer de faire partie du diocèse de

Québec ; la compagnie devait bâtir des églises et en

payer le clergé. Elle s’engageait à faire transporter

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dans l4 colonie, pendant la durée de sa charte, six mille blancs et trois mille noirs ; mais il lui était défendude faire venir des autres colonies françaises aucun blanc, noir, ou individu quelconque, sans la permission du gouverneur de la Louisiane.

Pendant les deux premières années de l’existence de la compagnie, les directeurs devaient être nommés par le roi ; ensuite ils devaient être élus, tous les trois ans, par les actionnaires. Chaque actionnaire avait droit à une voix par cinquante actions.

Les premiers directeurs nommés par le roi furent Law, directeur général de la banque de France ; d’Artaguette, receveur général des finances d’Auch ; Duché, receveur général des finances de la Rochelle ; Moreau, député du commerce de la ville de St. Malo; Piou, député du commerce de la ville de Nantes ; Castaignes et Mouchard, négociants de la Rochelle.

La compagnie, étant ainsi organisée, expédia trois navires à la Louisiane, portant trois compagnies d’infanterie et soixante-neuf colons. Ces navires arrivèrent le 9 février 1718, et firent revivre dans 1: colonie l'espoir de jours meilleurs. Le gouvernement de la Louisiane était définitivement £t pour la seconde fois accordé à Bienville. Les colons s'estimèrent heureux de cette nomination de Bienville comme gouverneur. Ayant passé vingt ans dans la colonie, il en connaissait toutes les ressources, tous les besoïns, et s'était rendu cher à tous leshabitants. Le premier acte de son administration fut de chercher un lieu favorable sur les bords du Mississippi, pour y fixer l'établissement principal de la colonie. Il choisit l'endroit où se trouve maintenant la Nouvelle-Orléans et y laissa cinquante hommes pour nettoyer le terrain et construire des baraques. En cela, il eut la hardiesse d'agir contre les préventions de la cour qui penchaïit pour Manchac. Bienville eut assez de sagacité pour deviner les res-

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sources et les avantages futurs du site qu’il avait choisi, et l'évènement a prouvé qu’il avait été heureusement inspiré.

Les trois Canadiens, Deléry, Lafrénière et Beaulieu, qui étaient partisen 1716 pour fa province de Nuevo Leon, avec mission de chercher uñé seconde fois à enamer des relations de commerce avec les Espagnols, revinrent cette année à la Mobile. A peine s’étaientils”-mis en route pour accomplir leur mission, qu’ils avaient été rejoints par l’infatigable et persévérant St. Denis. Après s'être pourvus de mules et de chevaux aux Natchitoches, ils s'étaient hâtés de continuer leur voyage. Lorsqu'ils arrivèrent au premier village des Assinais, où ils furent forcés de s'arrêter pour se reposer et refaire leurs provisions, St. Denis, pressé de revoir sa femme, qu’il avait laissée au Presidio del Norte, se sépara de ses compagnons et continua sa route, en emportant une partie de ses marchandises. Lorsque Deléry, Beaulieu et Lafrénière arrivèrent au Presidio, ils apprirent que les marchandises de St. Denis avaient été saisies, et que lui-même était parti pour Mexico, dans l’espoir d’obtenir qu’elles lui fussent rendues. Pour éviter la saisie qui avait frappé St. Denis, ils cachèrent leurs denrées, qu’ils confièrent à des moines, et réussirent ensuite à les vendre à des marchands de Bocca de Leon. Ils en attendaient le paiement, lorsqu'ils furent informés que St. Denis avait été emprisonné à Mexico. Cette nouvelle les fit partir subitement, de sorte qu’ils n’emportèrent que de vaines créances en échange de leurs marchandises. Ils furent assez heureux pour arriver en sûreté à la Mobile, après un voyage aussi long que pénible et ‘angereux.

Plus tard, St. Denis revint aussi de Mexico, A son arrivée dans cette ville, il n'avait plus trouvé, pour viceroi, le duc de Linarez, qui l'avait si bien traité la première fois. Le successeur du duc était le marquis de

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Valero. Pendant quelque temps, St. Denis eut l'espoir d'obtenir la levée de la saisie de ses marchandises. Mais don Martin de Alacorne, gouverneur du Texas, irrité de ce que St. Denis avait traversé la province soumise à son gouvernement, sans daigner lui présenter ses devoirs et sans chercher à gagner ses bonnes graces, écrivit à Mexico, et le représenta comme un homme suspect, qui avait des intentions hostiles et dangereuses. Il n’en fallait pas tant pour éveiller les susceptibilités jalouses du gouvernement espagnol, d'ordinaire si méfiant envers les étrangers. On écouta les représentations de don Martin, et St. Denis fut incarcéré. Après un mois de détention, on le relâcha, et on lui rendit ses marchandises, qu’il vendit à un prix très élevé. Malheureusement, le paiement en fut fait à un agent infidèle, qui ne lui en rendit jamais compte. Exaspéré par cette série d’infortunes, St. Denis eut l’imprudence de se répandre en invectives contre les Espagnols, et de se vanter du mal qu’il pourrait leur faire, s’il voulait user de son influence sur les Indiens. Ces menaces de St. Denis provoquèrent un ordre d’arrestation de la part des Espagnols. Mais les parents de sa femme l’en informèrent à temps, et lui fournirent les moyens de s'échapper. Il revint rendre compte à la compagnie, qui avait succédé à Crozat, du résultat de son expédition. Tout le fruit qu’elle en put retirer consista en renseignements relatifs aux établissements espagnols.

On. ne saurait se refuser à payer un tribut d’admiration à St. Denis. Cet homme remarquable a droit à ume des premières places parmi les fondateurs de la colonie. C'était ne ame de chevalier dans un corps de fer. Aucuse entreprise ne paraissait impossible à son audace ; aucun revers ne pouvait ébranler sa persévérance. Certes, il ne fallait pas être un homme ordinaire pour oser, à cette époque, aller fdeux fois de la Mobile à Mexico par terre, et en revenir par la même route, au tra-

vers de tant de dangers et d’obstacles sans nombre !

Crozat avait fait de vains efforts pour commercer avec les Espagnols du Mexique, et pour découvrir des mines de métaux précieux. Les tentatives infructueuses de Crozat servirent de leçon à la compagnie, qui, pour le moment, s'abstint sagement de suivre ses traces. Elle sentit que le x | erce exclusif qu’on lui avait accordé avec une province, d’une étendue immense, mais qui n'avait presque pas d’autres habitants que quelques tribus sauvages, ne pouvait donner aucun profit ; parce qu'il ne peut pas y avoir de commerce important, là où il n’y a pas d'hommes soumis aux besoins de la civilisasation, et pas d'importation surtout, là où il n’y a rien ou peu de chose à recevoir en rétour. La compagnie jugea avec raison qu’il fallait encourager l’agriculture, et crut atteindre ce but, en faisant de fortes concessions de terres à plusieurs des personnes les plus riches et les plus puissantes du royaume. En conséquence, elle concéda quatre lieues carrées, sur la rivière des Arkansas, au fameux Ecossais Law, qui jouissait alors d’un grand crédit auprès du régent, qu’il avait fasciné par ses projets de finance. Elle fit plusieurs concessions sur la rivière des Yazoux à une compagnie composée de Le Blanc, secrétaire d'Etat, du comte de Belleville, du marquis d’Auleck, et de Le Blond, qui vint ensuite à la Louisiane, comme commandant en chef du corps des ingénieurs de la province. Aux environs des Natchez, elle fit des concessions à Hubert, le-commissaire-ordonnateur, et à une compagnie de marchands de St. Mälo ; aux Natchitoches, sur la rivière Rouge, à Bernard de la Harpe ; aux Tunicas, à St. Reine ; à la Pointe-Goupée, à de Meuse. L'endroit où est située maintenant la ville de Bâton-Rouge fut concédé à Diron d’Artaguette ; cette partie de la rive droite du Mississippi, qui est vis-à-vis le bayou Manchac, à Paris Duvernay ; les Tchoupitoulas, à de Muys ; les Oumas, au marquis d’Anconis ; les

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Cannes-Brûlées, au marquis d’Artagnac ; la rive opposée, à de Guiche, de la Houssaie et de la Houpe ; la baie St. Louis, à Mme de Mézières, et les Pascagoulas, à Mme de Chaumont.

Il avait été stipulé entre la compagnie et Law, qu’il établirait sur les terres qu’elle lui avait concédées quinze cents Allemands, et qu’il entretiendrait un petit corps de cavalerie et d'infanterie pour les protéger. Toutes les autres personnes à qui des concessions avaient été faites, devaient aussi fournir un certain nombre de colons, chacune suivant l’étendue de sa concession. Cette épreuve ne réussit pas. Quelques paysans furent en effet envoyés à la Louisiane par ces grands propriétaires, mais la plupart périrent victimes du climat, et les autres, qui n'étaient pas surveillés par leurs patrons absents, ne se livrèrent à aucune occupation utile.

La compagnie eut donc à tourner toute son attention vers la traite des nègres, et parmi les marchandises qu’elle devait envoyer à la Louisiane, elle eut à déterminer comment serait classée la marchandise vivante qu’elle devait transporter d'Afrique. En conséquence, elle publia ce réglement :

“La compagnie considère comme pièce d'Inde tout nègre de dix-sept ans et au-dessus, sans défaut corporel, ainsi que toute négresse de quinze à trente ans.

“Trois négrillons ou négrites, de huit à dix ans, feront deux pièces d'Inde.

“Deux négrillons, au-dessus de dix ans, feront pièce d'Inde.

“Il sera accordé aux anciens habitants un an de terme pour la moitié du prix. L'autre moitié devra être payée comptant.

“Sont réputés anciens, les colons qui sont établis depuis deux ans.

“Les nouveaux habitants auront un an et deux ans de terme.”

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