BIENVILLE, DE LA CHAISE, FAZENDE, BRUSLÉ, PERRY
La compagnie, qui, dans le cours de cette année, s’occupa de la législation de la Louisiane beaucoup plus qu'on ne l'avait encore fait depuis la fondation de la colonie, obtint du roi l’ordonnance suivante en date du 29 mai :
Ordonnance du roi concernant la violation des lettres.
“Les directeurs de la compagnie des Indes ayant fait
Fe PT LT représenter qu’il se commet dans notre province de la ES Louisiane beaucoup d’infidélités sur les lettres et pa- Mis quets que l’on reçoit d'Europe et sur celles qu’on écrit | dans la dite colonie, pour être remises dans notre royau- El me ; que quelques personnes mal intentionnées, ou par {'
une curiosité très condamnable, les interceptent, et,
après les avoir ouvertes, rendent public ce qu’elles con-
tiennent, ce qui cause des querelles et des animosités
dans la colonie, nous avons crû devoir arrêter le cours
d’un abus si préjudiciable au commerce et si contraire à
la bonne foi. A ces causes, nous avons dit, déclaré et , ordonné que toutes personnes, officiers, employés, habi-
tants ou autres, qui seront convaincus d’avoir retenu ou intercepté une ou plusieurs lettres ou paquets, soient
condamnés, savoir : les officiers ou employés à l’amende
de cinq cents livres, et qu’ils soient en outre cassés de | leurs charge: ou révoqués de leurs emplois, et déclarés
incapables d'en posséder aucun à l'avenir, et, à l'égard
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des habitants et autres, qu’ils soient condamnés au carcan et en outre à une pareille amende de cinq cents livres.”
Pour récompenser l'ingénieur Pauger des excellents mémoires qu’il avait envoyés sur le pays et sur l’embouchure du Mississippi, il lui fut envoyé des lettres patentes qui lui accordaient séance et voix délibérative dans le conseil supérieur de la Louisiane. Le :besoin d’arpenteurs se faisant de plus en plus sentir dans le pays, le gouvernement, au mois de juin de cette année, breveta en cette capacité les frères de Lassaus.
Le 6 septembre, les forces militaires de la colonie étaient réduites à dix compagnies. Voici la liste des capitaines qui les commandaient, av:c la date de leurs
commissions :
Marigny de Mandeville.
De la Tour ; D’Artaguette.
Du Tisné ; Lamarque.
Leblanc ; Desliettes ; Marchand de Courcelles ; Renault d'Hauterive ; Pradel.
La compagnie ne se borna pas à pourvoir à la législation de la colonie, mais elle fit, presque coup sur coup, relativement aux finances, plusieurs réglements, dont il est difficile de préciser au juste la cause ou le but. Ces réglements, qui jetaient la plus grande incertitude dans la valeur des espèces ayant cours dans le pays, ne pouvaient avoir et n’eurent en effet que des résultats dé-
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amnés au cinq cents
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plorables. Les monnaies espagnoles étaient presque les seules qui circulaient dans le pays. La compagnie, non contente d’avoir, par un édit du 23 février de l’année précédente, haussé subitement le taux de ces espèces à presque le double de ce qu’il était auparavant, (car elle avait porté la piastre de 4 livres à 7 livres 10 sous), jugea convenable de tout changer de nouveau : ainsi, d’après un décret du 26 février de cette année, la pistole, qu’elle avait fixée un an auparavant à 30 livres, fut réduite à 28 livres, et la piastre de 7 livres 10 sous à 7 livres. Le 2 mai suivant, tout fut encore bouleversé, et les colons virent avec étonnement surgir un autre arrêt qui réduisait la piastre de 7 livres à 5 livres 12 sous, et la pistole de 28 livres à 22 livres 8 sous. Quant aux pièces de cuivre, les pièces de vingt au marc, dont le poids était de 18 deniers, ne devaient valoir dorénavant que 12 deniers, et ainsi de suite. Les colons croyaient en être quittes, pour cette fois, mais à peine étaient-ils evenus de leur étonnement, que, le 30 octobre, on leur lançait une autre ordonnance qui détruisait ce qui venait d’être fait, e* qui réduisait encore la pistole de 22 livres 8 sous à 18 livres, et la piastre de 5 livres 12 sous à 4 livres 10 s. Ainsi, dans moins de deux ans, il y avait eu dans la circulation monétaire du pays, et cela par le fait de décisions arbitraires de la compagnie, une hausse et une baisse d’environ 80 pour 100. Il est facile de se faire une idée de la perturbation qu’une pareille fluctuation dans la valeur de l'or et de l'argent jeta dans toutes les affaires, et surtout dans les relations de créanciers et de débiteurs. Sous quelque face que l’on envisage la question, il est hors de doute que toutes ces ordonnances, si contraires les unes aux autres, ne pouvaient être d'aucune utilité pour le pays. Il est donc permis de présumer que la compagnie, qui avait le commerce exclusif de la Louisiane, et qui, à cet avantage, joignait celui de fabriquer de la monnaie de papier ou
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