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place, lorsqu'il avait été censuré pour avoir résisté à M. de la Chaise. Rossart fut nommé secrétaire du conseil.
Afin de faire revivre le commerce, qui avait été complètement détruit par le privilége exclusif de la compagnie des Indes, le roi accorda plusieurs priviléges et avantages à tous ceux de ses sujets qui enverraient des navires à la Louisiane. Ainsi, par un arrêt du 13 septembre, il exempta de tous droits d’exportation les marchandises qui y seraient envoyées de France, et de tous droits d'importation, en France, tout produit de la Louisiane.
C'était enfin entrer dans la bonne voie, dans la seule qu'on aurait dù suivre depuis la fondation de la colonie, au lieu de l’écraser par un stupide monopole, accordé à un seul homme ou à une compagnie, qui non-seulement forçait les colons de lui vendre leurs denrées au prix qui leur était imposé, mais encore qui vendait à ces mêmes colons, à 200 pour cent de bénéfice, les marchandises que nul autre qu’elle, en vertu de son privilége, avait le droit d'importer. Mais aussitôt que l’on sut que les ports de la Louisiane étaient ouverts à la concurrence, les marchands de St. Malo, de Bordeaux, de Marseilles et du Cap-Français se préparèrent à y envoyer des navires.
Outre cet arrêt du roi, relatif au commerce, il y en eut un autre qui fixait les forces de la colonie à huit cents hommes de troupes de ligne. L’attention du gouvernement se porta aussi sur les finances, qui avaient toujours été dans un état de flux et de reflux, de hausse et de baisse, et il y eut une ordonnance qui décrétait que, dorénavant, puisque les piastres passaient pour 5 livres, et les demi-piastres pour ? livres 10 sous, les quarts passeraient pour 25 sous, et les huitièmes pour 12 sous 6 deniers, lesquels ne passaient auparavant que pour 20 sous et 10 sous.
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Bienville avait été renommé gouverneur de la Louisiane, et s'était mis en route pour prendre possession de son gouvernement. S'étant arrêté au Cap-Français, il écrivait de là au ministre, en date du 28 janvier :
“J'ai vu ici, Monseigneur, les chefs des Natchez qui sont esclaves, entr’autres, le nommé St. Côme, auxquels on avait fait espérer qu’ils pourraient retourner avec moi. Ils m'ont assuré qu’il n’y avait eu que leur nation qui était entrée dans la révolte, et que les façons dures avec lesquelles on avait agi à leur égard, les y avait forcés, et qu’ils s’y étaient déterminés sans prendre conseil des autres nations, Si je veux les en croire, mon arrivée dans la colonie y rendra la tranquillité que j'y avais laissée.
“Il y a ici plusieurs habitants de la Louisiane qui de- : mandent à y retourner.”
Le 18 mars, une ordonnance du roi fixa le prix du tabac venant de la Louisiane, prix auquel les fermiers-généraux étaient tenus de le recevoir, savoir : pour 1733, 35 livres le quintal; pour 1734 et 1735, 30 livres le quintal ; pour 1736 et 1737, 27 livres, et pour 1738, 25 liv.
Diron d’Artaguette qui avait été faire un voyage en France revint avec Bienville. Il paraît qu’il trouva la colonie dans une triste situation, car il écrivit de la Mobile, le 23 avril: “Je trouve en arrivant dans ce poste, deux sortes de maladies contagieuses, la petite vérole qui a enlevé et qui enlève encore tous les jours quantité de personnes de tout sexe et de tout, âge, avec une disette générale de vivres, dont tout le monde se ressent et qui provient d’un ouragan qui a ravagé la dernière récolte. Nos habitants et nos ouvriers meurent de faim. Ils ont cela de commun avec ceux de la Nouvelle- Orléans. Ceux-ci demandent à passer en France, ceuxlà s’en vont aux Espagnols sans rien dire. La colonie est à la veille de se dépeupler.” Voilà la situation dans laquelle était la colonie, trente-quatre ans après sa fonda-
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tion, dans un pays aussi fertile que la Louisiane. Dès les premiers jours de son existence, un état de disette avait été et continuait d’être son etat normal. Il fallait donc qu’il y eut un vice radical, bien profond, dans l’organisation et dans l’administration de la colonie. Il fallait qu’il y eut un ver rongeur bien actif dans les racines de l'arbre que l’on avait transporté dans un sol si riche, et qui loin de grandir, de se parer de feuilles, de fleurs et de fruits, languissait, et ne pouvait qu'avec peine conserver assez de sève pour végéter. (C'était l'air qui lui manquait, l'air de la liberté !
On n’apprendra peut-être pas sans intérêt quel fut le premier Louisianais. Il résulte d’une lettre de Messieurs de Bienville et Salmon, en date du 6 mai, que Claude Jousset fut le premier créole de la colonie. Il était fils d’un Canadien, qui faisait un petit commerce à la Mobile.
Le 12 mai, Bienville et Salmon écrivaient conjointement au ministre :
“L'état misérable où les habitants ont été réduits par l’ouragan qui ravagea la colonie, le 29 août 1732, ne permet pas de penser à la contribution projetée relativement aux ponts.
“A l'égard des concessions, quoiqu’on eut publié l’ordonnance rendue pour obliger les habitants à produire dans trois mois les titres en vertu desquels ils possèdent, il y a encore beaucoup de rétardataires. Quelques-uns ont produit des ordonnances au bas des requêtes qu’ils avaient présentées au conseil supérieur, ordonnances en vertu desquelles ils ont été mis en possession. Nous estimons qu'il convient de retirer toutes ces requêtes, au pied desquelles le conseil supérieur a donné, au nom de la compagnie, toutes ces concessions, et d’en accorder les titres au nom du roi, de même qu’à ceux qui n’ont que la possession.
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rante lieues de la Nouvelle-Orléans, à l’endroit nommé la Pointe-Coupée, environ quarante habitants, qui s’étaient établis des deux côtés du fleuve. Mais ceux qui étaient du côté de la Nouvelle-Orléans se sont retirés de l’autre côté,à cause des incursions que firent les Natchez, l’année dernière. Les uns ni les autres n’ont aucun titre et ont pris autant de terrain qu’ils ont voulu, la compagnie ayant permis verbalement de s'établir à ceux qui en ont fait la demande.
“Le pays est bon, mais comme tous les pays neufs est sujet à beaucoup de contre-temps dans les saisons. D'ailleurs, les habitants sont encore inexpérimentés et pas assez bien arrangés sur leurs habitations. Ils demandent des cargaisons de nègres et se plaignent de ce que le commerce prend 200 pour cent, pour les marchandises. Ils se plaignent aussi de ce que la compagnie a envoyé des gens inutiles et des vagabonds.”
Parlant des Ursulines, Bienville ajoute : “Elles sont très laborieuses et nullement intéressées. Elles ont beaucoup d’occupations et vivent de peu.”
Le 15 du même mois, Bienville envoya un mémoire intéressant sur les dispositions des sauvages envers les
Français.
Memoire DE BIENVILLE.
“Depuis la guerre des Natchez, les nations ont conçu pour les Français un mépris souverain, par la mollesse avec laquelle ce coup a été vengé. De là vient que les sauvages ont vendu si cher à M. Périer les faibles secours qu’il en retira pendant cette guerre. De là vient encore l’insistance avec laquelle ils ont prétendu ériger en tribut les présents que le roi veut bien leur accorder. D'un autre côté, les Anglais ont fait des progrès infinis dans leurs esprits. Les Chickassas sont entièrement à eux, une partie des Chactas chancelle, les nations du haut de la rivière des Alibamons penchent
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plus de leur côté que du nôtre ; et les Illinois ont donné 1733. des preuves de leur mauvais vouloir.
Cuacras.
“Les Chactas tuërent, l’automne dernier, deux Anglais et pillèrent quinze chevaux chargés de munitions qui allaient aux Chickassas. Leur façon de penser pour nous est pourtant bien changée. On a laissé s’introduire de grands abus chez eux : par exemple, la multiplicité des chefs, desquels on compte maintenant cent onze. Le premier inconvénient de cette multiplicité de chefs, c’est que la nation est infiniment plus difficile à gouverner. Chacun de ces chefs, au moyen des présents qu'il reçoit et fait distribuer, se forme un parti dont il dispose sans contrôle, de sorte que le grand chef n’est plus chef que de nom. Donc, pour faire marcher la nation, il faut gagner tous les chefs, qui se font valoir le plus qu’ils peuvent. De là, augmentation de dépenses, puisqu'il faut faire des présents à tous ces chefs. Autrefois, on donnait au grand chef des présents pour le corps de la nation, Il les distribuait par village, ou de la façon qu'il lui plaisait : on avait seulement lat- : tention de lui donner un présent particulier. On avait soin d’ailleurs de ne point parler d’affaires à d’autres qu’à lui et de ne recevoir de parole que de lui. De cette façon, il y avait économie et prise facile sur la nation. Maintenant tout est bouleversé et il sera bien difficile de revenir aux anciens usages.
NaToEz.
“Depuis son arrivée, les Natchez n’ont fait aucune entreprise contre les Français ni contre leurs alliés. Mais ils ne sont point détruits. Seulement on ignore leurs forces. Les Tunicas lui ont assuré qu'ils sont divisés en trois troupes. [/une, la moins forte, est retirée dans
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l'intérieur des terres, un peu au-dessus de leur village, mais dans des pays impraticables ; la seconde, plus considérable, habite les bords du Mississippi, du côté des Ouachitas, vers la rivière Yazoux; la troisième, et la plus nombreuse, est retirée auprès des Chickassas, qui lui ont donné des terres pour faire village.
“Il a envoyé des Affagoulas à la recherche de la première troupe. Ils ont trouvé un Natchez qu’ils cut tué. Ce fragment de la nation des Natchez peut se composer de cinquante guerriers.
[1 a aussi engagé les Tunicas à marcher contre ces Natchez, avant qu’ils ne puissent se fortifier. Ils le lui ont promis et tiendront leur promesse.
“La défaite des deux autres troupes est moins aisée. ’une est soutenue par les Chickassas, et l’autre s’est fortifiée dans un pays inaccessible aux Français. Il les fera inquiéter.
Cnickassas.
“Si cette nation ne vient pas d'elle-même à composition, il faudra la contraindre à quitter la colonie. Mais il sait trop combien il est nécessaire de rétablir la réputation des Français parmi les sauvages, pour qu’il n’assure pas le succès des entreprises qu’il fera.
“Il se concertera avec M. de Beauharnais, gouverneur du Canada, pour attaquer en même temps.
Izzinors.
“Le commandant de ce poste lui mande qu’il n’est pas certain de la fidélité des Illinois, et qu'ils lui donnent souvent des alarmes. C’est pourquoi il y envoie M. d’Artaguette, comme l'officier le plus convenable pour un pareil commandement. Car un soulèvement de cette nation ruinerait la colonie.
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“Cette nation est dans les mêmes dispositions que les Illinois.