ARKANSAS
“Onze chasseurs qui étaient dans la rivière des Arkansas ont été tués par les Osages, nation très-nombreuse qui habite entre l’Arkansas et le Missouri.
Narcurrocnes.
“Le commandant du fort lui écrit que ces sauvages ont voulu se révelter, et l’ont forcé de se tenir enfermé pendant six mois. Il ajoute que, quoiqu'ils paraissent assez tranquilles, il est toujours en garde contre eux.
“Enfin, il paraît que la colonie est menacée de tous côtés, et c’est en effet la coutume des sauvages de se révolter tous à l'exemple les uns des autres. Il espère pourtant ramener la tranquillité dans laquelle il avait laissé la colonie en 1725, lorsqu'il la quitta.”
Ainsi, M. de Bienville, aussitôt après son arrivée, avait tourné son attention vers les sauvages, dont toutes les | tribus avaient été mécontées par M. Périer. Il fallait | combattre les unes et apaiser les autres. Sur ce sujet, | Bienville écrivait le 26 juillet : “Il faut harceler les Chickassas, dont l'esprit turbulent a besoin d’être retenu par la crainte. D'ailleurs, il vaudrait mieux qu’ils émigrassent aux Abékas, qui les en sollicitent. Ils seraient ainsi suffisamment éloignés du Mississippi pour ne pas | molester nos voyageurs. Sur mon invitation, un parti | de Chactas va courir sur les Chickassas. Je leur aj donné Lesueur, avec dix hommes. pour les faire reconnaître des nations du Canada, en cas de rencontre. | “Il eut été bon d'envoyer un corps de Français un peu
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{aire enfin une action d'éclat, chose indispensable pour relever le moral de la colonie, mais la colonic est trop dénuée de forces ct trop pauvre, etil ne faut pas nous compromettre encore une fois. On a vécu l'an dernier pendant plus de trois mois de grains de roscaux, et je suis forcé de rester dans l’inaction, quelque douleur que j'en aie.” Ilest difficile, pour ceux qui connaissent le pays. de coraprendre comment la misère pouvait être poussée aussi loin.
Bienville écrivit ensuite, en date du 10 août: “J'ai cnvoyé un autre parti contre les Natchez des bords du fleuve. On a tué trois hommes, pris une femme et une fille. Les Natchez, se voyant ainsi traqués, se rendent tous chez les Chickassas. Ce qui laisse le Mississippi libre. Ni l’on avait fait ainsi l’an passé, l'habitation de Mme. de Mézières n’aurait pas été détruite, notre établissement à la Pointe-Coupée n'aurait point été insu!. té et il n’y aurait plus de Natchez aux environs du Mississippi.”
Le 16 octobre, il fut rendu un arrêt qui évoquait au «onseil du roi toutes les contestations nées et à naître relativement à ce qui était dû à la compagnie des Indes par différents particuliers de la Louisiane, et qui commettait le sieur Salmon, commissaire-ordonnateur, pour juger définitivement ces contestations.
Cet arrêt était motivé sur ce que tous les membres du conseil supérieur de la colonie étaient parties intérussées, étant débiteurs de la compagnie.
Le 28 avril 1734, M. de Bienville écrivait au ministre : “Nous avons eu l'honneur, M. Salmon et moi, de vous écrire en faveur de M. Livaudais que le roi emploie comme pilote à la Louisiane. Il conviendrait de ic faire capitaine de port.”
Dans la lettre à laquelle M. de Bienville fait allu- Sion, il disait que M. Livaudais était un sujet qu'il recommandait tout particulièrement de conserver. En
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marge de cette dépêche, il y a cette note sur M. Livaudais : Neveu de Lavigne Voisin, fameux corsaire de St. Malo. On verra plus tard d’intéressantes communications faites par ce M. Livaudais sur les différentes passes du Mississippi à son embouchure.
Le 12 juillet, M. de Bienville et M. Salmon décrétèrent que des casernes seraient construites des deux côtés de la place d’armes. Jusqu’alors, les troupes avaient manqué de logement convenable et il était temps d'y pourvoir. Il fut décrété aussi qu'il serait accordé des concessions aux soldats français et suisses qui, ayant fini le temps de leurs engagements, s’établiraient à la Louisiane.
Toute l’année 1734 se passa en négociations sans résultat avec les Chactas pour les engager à donner sur les Chickassas, et les dépêches de cette époque font souvent mention d’un chef nommé le Soulier Rouge, qui joue un grand rôle dans toutes ces transactons, et qui est tantôt pour les Français et tantôt pour les Anglais, dont il se servait comme de cartes quil jouait les unes contre les autres.
“A ce sujet, Diron d’Artaguette écrivait en date du 15 juillet : “V’appréhende que les Chactas n’exécutent pas le projet qu'ils avaient formé d'aller en grand nombre harceler encore les Chickassas le mois prochain. Leurs dispositions sont fort équivoques, tant à cause du refus de vivres qu’on leur a fait, qu’à cause des ordres de M. de Bienville de ne leur payer les cheveluies, qu'à proportion de leur grandeur, voulant réformer les abus qu’ils commettaient en les divisant et diminuer les dé-
penses par suite. J’ai fait des objections contre ces décisions fort bonnes en elles-mêmes, puis qu’il s’agit de réprimer des abus et de ramener plus d'économie dans les dépenses, mais dangereuses par le pendhant des Chactas pour les Anglais, à cause de notre dénuement, et j'ai été autorisé en réponse à satisfaire les parties
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indirectement, au moyen de gratifications. Malheureusement, je crains qu'il ne soit trop tard. Les Anglais ont profité du mécontentement des sauvages pour leur envoyer des traiteurs avec douze chevaux chargés de marchandises. Le Soulier Rouge a été engagé par eux à aller visiter les établissements de la Caroline et leurs magasins. Ce qu'il a fait. Jusqu'au retour de ce chef, tout préparatif de guerre est suspendu, comme si les Chactas attendaient son retour pour savoir s’il fallait prendre ou quitter les armes. C’est cependant ce chef, le Soulier Rouge, que le père Baudoin, jésuite, a toujours dépeint à M. de Bienville comme un mutin sans crédit parmi la nation et auquel on a préféré pour les présents, sur la foi de ces renseignements, d’autres sujets n'ayant ni nom ni autorité. Ce qui l’a fortement indisposé. Les manières de l'officier qui réside parmi les Chactas l’ont également indisposé. On n’a même pas essayé de le retenir lorsqu'il est allé aux Anglais. Il est probable que Soulier Rouge reviendra tout Anglais, et entraînera la nation.”
En effet, le 4 octobre suivant, Bienville apprit le retour de Soulier Rouge avec le pavillon Anglais, des présents et une médaille.
Le 23 août, M. de Bienville écrivit au ministre :
“Jai demandé l’an passé à M. Diron d’Artaguette de me faire savoir dans quelle disposition étaient les Chactas au sujet de la guerre des Chickassas. Il me répondit qu’ils étaient disposés à faire un mouvement considérable contre eux, si je pouvais leur donner les munitions nécessaires. J’envoyai en conséquence par le sieur de Lavergne, enseigne, un millier de poudre, deux milliers de balles, vingt fusils, &c.
“Cette première proposition acceptée, M. Diron d’Ar: taguette m’en fit une seconde, qui fut de faire marcher à la tête des Chactas cent Français et de lui en donner le commandement. Si j'avais été en position, de
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faire marcher un corps considérable, je n'aurais pas attendu sa demande. Mais je ne le pouvais pas, faute d'armes et faute de vivres. Je refusai donc, et je fis connaître à M. Diron que je ne pouvais le mettre à la tête d’une si faible troupe, pour ne pas compromettre notre réputation et la sienne, surtout devant agir avec la nation des Chactas dont la bonne conduite était douteuse, vu qu’une bonne partie penchait pour la paix et pour le commerce anglais. Il me demanda au moins quelques soldats, afin de faire reconnaitre les Chactas par les nations du Nord qui donnaient alors sur les Chickassas. J'envoyai Lesueur avec quinze soldats. Sur ce que me manda le père Beaudoin, jésuite, que ce détachement de Français était trouvé bien faible par les Chactas, je l’augmentai de quinze hommes sous les ordres de l'enseigne Bonelu. Ces trente hommes suffisaient, si les Chactas avaient été de bonne volonté, et leur nombre n’était pas assez considérable pour nous attirer de la honte en cas d'échec. Je me suis applaudi plus tard de n’avoir point suivi le conseil de M. Diron, qui s’est trompé évidemment sur les dispositions des Chactas. À l’arrivée de Lesueur chez eux, ils étaient tous divisés et fort mal disposés. Cependant, Lesueur les décida à s’armer, et ils partirent près de mille hommes. Arrivés dans le voisinage de l'ennemi, ils tinrent un conseil où il fut résolu, suivant l’usage assez fréquent de tendre un piège, d'envoyer un de leurs chefs au chef des Chickassas pour traiter de la paix, pendant que le corps d'armée donnerait sur les villages. Mais le député de nos alliés se laissa gagner par les Anglais qui se trouvaient parmi les Chickassas, et gagna à son tour le reste desa nation qui rebroussa chemin, à l'exception de Soulier Rouge qui, désolé de ce contre-temps, se réunit à quelques amis et parents pour aller faire un coup.”
Il paraît, d’après une dépêche de M, Diron, que le Sou-
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