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pour s'emparer de l’interlope. M. de Velles y eut dixsept hommes mis hors de combat et se retira. Sur ces entrefaites, M. Diron d’Artaguette reconnut sa faute et envoya M. de Bombelles avec vingt hommes renforcer le premier détachement, mais trop tard. Le mal était déjà fait, et l’interlope gagna le large.”
On voit que Messieurs de Bienville et Diron d’Artataguette ne s'épargnaient pas les récriminations.
Quoique Bienville et le commissaire-ordonnateur Salmon, que l’on devait regarder comme des juges compétents de l’état du pays, puisqu'on les avait consultés sur l'opportunité d'y introduire un nouveau papier-monnaie, eussent, dans leur réponse, fait connaître la nécessité de différer de deux ans l’exécution de la mesure projetée, tout en faisant entendre indirectement qu’ils étaient opposés au système lui-même qu’ils n’osaient combattre ouvertement, le gouvernement français, au mois de septembre de cette année, ordonna l’émission de deux cent mille livres de papier-monnaie. C'était là le ballon d’essai. Les autres ne devaient pas se faire attendre.
L'année 1736 s’ouvrit par une dépêche de Diron d’Artaguette, du 12 janvier, dans laquelle il annonçait que du Coder s'était échappé de chez les Chickassas, et dans laquelle il se plaignait de ce que Bienville suivait les traces de M. Périer, en imitant sa condesceadance pour lessauvages, qui obtenaïient, disait-il, tout ce qu’ils voulaient et devenaient par suite de plus en plus arrogants.
Diron d’Artaguette faisait injure à Bienville en le comparant au faible et cruel Périer. Ce dernier avait en effet cherché, d’abord, à gagner les sauvages par des caresses, des présents, et des concessions peut-être poussées trop loin. Mais lorsqu'il s’aperçut que ces moyens de séduction ne produisaient pas sur les Indiens l'effet désiré, il tomba dans l’excès contraire et brûla sans pitié ces malheureux, lorsqu’il ne les envoyait pas vendre comme esclaves dans les Antilles françaises.
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Bienville ne fut jamais coupable de faiblesse ni de cruauté ; de tous les gouverneurs de la Louisiane, il est celui qui sut le mieux manier les nations indiennes et qui exerça le plus d'influence sur elles. Mais lorsqu'il revint de France pour remplacer Périer, il trouva que les Indiens, qu’il avait laissés amis”des Français, ou du moins dans un état d’indifférence, étaient en guerre ouverte contre la colonie, ou dans une attitude menaçante. Après tant d'échecs honteux, le nom Français avait perdu de son prestige auprès des sauvages. Bienville pensa qu’il fallait remonter le moral de la colonie et faire impression sur les Indiens par quelque action d'éclat. Cela l’entraîna dans des guerres qui furent désastreuses et qui amenèrent encore une fois sa destitution.
Au commencement de l’année, M. de Bienville avait marché contre les Chickassas et n’avait fait qu’une campagne extrêmement malheureuse. M. Diron d’Artaguette, qui était devenu l'ennemi de Bienville, se hâta d'en donner avis au ministre.
“C’est avec une peine extrême, Monseigneur, écrivait-il le 9 juin, que je prends la liberté de vous marquer le mauvais succès de nos armes contre la nation des Chickassas. Notre armée, composée de plus de quinze cents hommes et commandée par M. de Bienville, a échoué,comme vous l’apprendrez par lui-même, à l’attaque du premier village qu'ils ont trouvé sur leur chemin. Ce village était défendu par trente ou quarante hommes retranchés dans un fort et dans plusieurs cabanes aux environs, également fortes, par lesquelles ils ont fait des décharges si à-propos, qu’ils nous ont mis environ cent hommes hors de combat. Ce qui a mis parmi nos gens un désordre si considérable, que M. de Bienville a été obligé de s’en revenir. Nous ne pouvonsdire avoir tué un seul Chickassas, et, sans le secours de nos Chactas, plusieurs disent qu’iln’en serait pas échappé quatre pour nous porter la nouvelle de cette défaite.”
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320 Louar. xiv.
Il est facile de voir percer dans cette lettre toute l’hostilité dont Diron d’Artaguette était animé contre Bienville.
Voici maintenant la dépêche de Bienville lui-même sur cette campagne :
“Le retard des vaisseaux du roi, qui devaient me porter des mortiers, m’a fait perdre le mois de février tout entier. Le vaisseau qui arriva à la fin de février se trouva ne pas les avoir embarqués. Déplorable négligence !
“Cependant les choses étaient trop avancées pour reculer sans perdre la confiance des Chactas. Mais tout a tourné contre nous. À la Mobile, j’appris que les préparatifs dont j'étais convenu avec M. Salmon, avant mon départ de la Nouvelle-Orléans, languissaient, et que les voitures que j'avais demandées pour le mois d’octobre, n'avaient point été fournies par les entrepreneurs, le 15 janvier. Je partis sur le champ pour la capitale (Nouvelle-Orléans), malgré la rigueur de la saison. Je dépéchai en arrivant un second courrier à M. d’Artaguette, pour lui ordonner de retarder son départ des Illinois jusqu’à la fin d'avril.
“Je fis travailler avec plus de vivacité aux préparatifs, et lorsque je les vis au point où je voulais, je tirai des garnisons des Natchez, des Natchitoches et de la Balise tout ce que je pouvais tirer d'officiers et de soldats sans dégarnir ces postes. Je formai une compagnie de volontaires, composée de jeunes gens et de voyageurs qui se trouvaient à la Nouvelle-Orléans, et une autre compagnie de bourgeois non mariés. Je fis passer toutes nos forces à la Mobile, à mesure que les voitures étaient prêtes. Enfin, je me mis en route le 4 mars, après avoir envoyé par le bas du fleuve les grands bateaux chargés de vivres et d’ustensiles, et je ne laissai après moi que quatre compagnies françaises, que j'ordonnai à M. de Noyan de conduire à la Mobile, dès que le reste des voitures serait fini. Les troupes, contrariées
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par les vents, n’arrivèrent que le 22. Le 928, arriva un grand bateau chargé de riz, parti avant moi de la Nouvelle-Orléans, et lequel, par le mauvais temps, avait perdu la moitié de sa cargaison. Ce contre-temps m’obligea à faire plus de biscuit, pour remplacer ce riz; mais comme ce remplacement avait beaucoup retardé mon départ de la Mobile, j'envoyai des boulangers à notre nouvel établissement de Tombekbé, par les Chactas, et j'écrivis à M. de Lusser, qui y commandait, de faire des fours, et d'employer en biscuits toutes les farines qui lui restaient. Enfin, partis de la Mobile le ler d'avril, nous arrivames le 23 à Tombekbé. Retardés par les courants et par des pluies très fréquentes, je n’avais garanti mes vivres que par miracle. Je fus même obligé en arrivant de faire travailler aux fours, parce que la terre du pays, trop grasse, se fendait au feu. M. de Lusser, après bien des épreuves, n’en avait qu’un qui fût en bon ét: Nous en fimes encore trois autres, en mêlant la ter . :: °c de la marne et du sable. Mais tout cela ne put que fournir du pain frais pendant notre séjour et en donner pour trois en partant.
“En attendant l’arrivée des chefs chactas, qui devaient me joindre là, je fis la revue des troupes, dont l’état est ci-joint.
“Les troupes blanches se composaient de cinq cent quarante-quatre hommes, non compris les officiers.
“Les troupes noires étaient de quarante-cinq hommes
commandés par des nègres libres.
“Le reste se composait d'Indiens. Parmi les principaux officiers, on comptait Messieurs Deléry, d'Hauterive, de Lusser, de Courtillas, Petit, Berthel, de Bombelles, Bénac, Leblanc, de Membrède, de Macarty, de St. Pierre, de Velles, de Bouillé, Des Marets, de Contre- Cœur, Populus de St. Protais, Pontalba, Vanderek, Montbrun, Noyan. A la tête des Suisses étaient du Parc et
Volant. Montmolin en était le porte-drapeau.
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