‹ Histoire de la machine à vapeur (volume 2)Chapitre 20 sur 141 · SAMUEL MORLAND · texte numérisé non relu

SAMUEL MORLAND

direction imprimée aux études et aux efforts des individus, elle était beaucoup plus considérable encore à cette époque. Et l'on peut bien admettre que les progrès rapides faits plus tard par la Grande-Bretagne furent, dans une grande mesure, la conséquence des habitudes bien connues de Charles II. Il est très admissible que ce peuple, doué d'une aptitude naturelle pour les arts mécaniques, ait été poussé par l'exemple de son roi dans une carrière où il devait conquérir de bonne heure le premier rang dans toutes les branches de la science appliquée.

La place de maître mécanicien sous la haute direction de sir Robert Moray, surintendant du laboratoire royal, fut donnée à sir Samuel Morland, gentilhomme qui, par sa connaissance pratique de la mécanique, son esprit ingénieux et fertile en inventions, semble avoir presque égalé Worcester. C'était le fils d'un clergyman du Berkshire; il fut élevé à Cambridge, s'y intéressa beaucoup à l'étude des mathématiques et entra bientôt après dans la vie publique. Il suivit le parti du Parlement sous Cromwell et émigra ensuite à Genève. Il avait des goûts littéraires très prononcés et écrivit une histoire des Églises de Piémont, qui lui fit, dans le parti protestant, une grande réputation. Il fut amené plus tard, lors de l'avènement de Charles II, à rentrer au service de ce monarque, dont il s'était concilié la faveur en lui révélant un complot formé pour l'assassiner.

Il obtint sa place et la dignité de baronnet en 1660, et se mit immédiatement à faire, partie à ses frais et partie à ceux du trésor royal, des expériences qui, d'habitude, n'étaient nullement rémunératrices. Il construisit différents modèles de pompes à incendie et prit, pour ces machines, des brevets qui lui rapportèrent aussi peu de profit que ses travaux pour le roi. Il inventa le porte-voix, des machines à calculer et un cabestan. Sa maison de Vauxhall était remplie d'appareils curieux, produits de son esprit inventif.

Il consacra de longues études aux machines destinées à élever l'eau. Il paraît s'être beaucoup occupé de modifier la pompe foulante, alors bien connue. Ses expériences attirèrent l'attention, et des expositions en furent faites devant

le roi, la "reine et la cour. On envoya l'inventeur en France pour affaires relatives aux ouvrages hydrauliques que le roi Charles faisait établir ; et pendant son séjour à Paris il construisit des pompes et des machines d*épuisement pour Louis XIV. Dans son livre^ publié à Paris en 1683 et offert au roi, ainsi que dans un manuscrit plus ancien * conservé encore au British Miiscrmi, Morland fait preuve d'une connaissance parfaite do la puissance de la vapeur. Il dit dans ce dernier ouvrage : « L'eau étant évaporée par la force du fou, ses vapeurs demandent incontinent un plus grand espace (environ 2,000 fois) que l'eau n'occupait auparavant, et plutôt que d'être toujours emprisonnées, feraient crever une pièce de canon. Mais étant bien gouvernées selon les règles de la statique, et par science réduites à la mesure, au poids et à la balance, alors elles portent paisiblement leurs fardeaux (comme de bons chevaux) ; et ainsi seraient-elles d'un grand service au genre humain, particulièrement pour releva tion des eaux, selon la table suivante, qui marqae le nombre de livres qui pourront être levées 1,800 fois par heure à 6 pouces de levée, par des cylindres à moitié remplis d'eau, aussi bien que les divers diamètres et profondeurs des<lits cylindres. »

I^ rapport, donné dans le livre de Morland, du volame de la vapeur produite à celui de l'eau, semble remarqaablement exact quand on le compare à ceux indiqués par d'autres anciens expérimentateurs. Desaguliers a donné pour ce rapport le nombre 1,400, qui fut admis pendant bien des années et jusqu'aux expériences de Watt, que le docteur Robison cita comme conduisant à un chiffre compris entre 1,800 et 1,900. Morland calcule aussi le « travail d de ses machines de la même manière que le font les ingé* nieurs d'aujourd'hui.

1. Élévation des eaux par toutes sortes de machines, réduite d la mesure, au poids et d la balance, présenta à Sa Majesté Très Ghrëtieniie par lo chevalier Morland, geniilhomme ordinaire de la chambre privée, ot maistro des méc.haniques du Roy de la Grande-Bretagne, 1683.

â. I.M Principes de la nounfelle force de feu, inventée par le chevalier Morland, Tan 4682, ot présentée à Sa Majesté Très Chrétienne, 1683.

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