‹ Histoire de la machine à vapeur (volume 2)Chapitre 21 sur 141 · SAMUEL MORLAND · texte numérisé non relu

SAMUEL MORLAND

II est hors de doute que Morland connaissait les travaux de son illustre contemporain, lord Worcester; et son appareil semble avoir été très probablement une modification — peut-être un perfectionnement — de la machine de ce dernier. Il demeurait à Vauxhall et l'établissement organisé pour le roi se trouvait dans le voisinage. Il est possible que Morland ait mieux réussi à faire adopter la machine de son prédécesseur que l'inventeur lui-même.

Le docteur Hutton considérait ce livre de Morland comme le plus ancien ouvrage où soit décrite la machine à vapeur; il accepte la date de 1682 comme celle de l'invention de cette machine, et il ajoute que : « le projet semble être resté ignoré dans les deux pays jusqu'en 1699, lorsque Savery, qui probablement en savait plus long des inventions de Morland qu'il ne voulut l'avouer, prit un brevet, etc. ». Nous n'avons guère toutefois de renseignements plus complets ou plus exacts sur les travaux de Morland et sur leur importance réelle que sur ceux de Worcester. Morland mourut en 1696 à Hammersmith, près de Londres, et ses restes reposent dans l'église de Fulham.

Depuis cette époque, un grand nombre de mécaniciens s'occupèrent sérieusement de la solution de ce problème : élever l'eau à l'aide de la vapeur. Jusque-là, bien qu'on eût imaginé et même parfois construit un grand nombre de jouets ingénieux, où se trouvaient appliqués isolément, et quelquefois, dans une certaine mesure, simultanément, les principes sur lesquels repose la machine à vapeur, le monde n'était encore que tout juste préparé à profiler du travail des inventeurs qui se consacraient à ces études.

Mais, à la fin du xvu® siècle, les mineurs anglais commençaient à éprouver les plus grandes difficultés à débarrasser leurs puits des énormes quantités d'eau qu'ils rencontraient aux profondeurs considérables que l'on avait atteintes. Il devenait pour eux d'une importance capitale de trouver, pour cette besogne, un auxiliaire plus puissant que ceux dont ils disposaient. Us étaient donc, par leurs besoins mêmes, poussés à épier attentivement les inventions qui

n LA MACHINE A VAPEUR SIMPLE.

pouvaient s'offrir à eux et tout disposés à ea tirer immédia- " tement parti.

Les eipérieuces de Papin et l'applieatioD, par Sarery, de principes déjà connus, mirent entre leurs mains la machine qui leur était nécessaire.

Thomas Savery était d'une famille bien connue du

Fig. ]i. — Thomas Saiaty.

Devonshire, en Angieterrc, et naquit h Shilston vers 1650. 11 reçut une bonne éducation et devint ingénieur militaire. Il montrait un goût prononcé pour la mécanique, les mathématiques et la philosophie naturelle ; il consacrait beaucoup de temps à faire des expériences, à construire et inventer diverses sortes d'appareils. Il fabriqua une horloge, conservée encore dans sa famille, dontia conception mécanique est, dit-on, fort ingénieuse, et l'exécution matérielle excellente.

11 inventa et fit breveter un système de roues à palettes.

THOMAS SAVERY. 33

mues par un cabestan*, pour faire avancer les navires par temps de calme. Il essaya pendant quelque temps de faire adopter son invention par Pamirauté anglaise et le ministère de la marine, mais sans succès. Son adversaire le plus déterminé fut l'inspecteur de la marine. Ce fonctionnaire renvoya Savery avec ces paroles, témoignant de sentiments qu'on rencontre aujourd'hui moins fréquemment qu'alors dans les services publics, bien qu'ils n'aient pas encore entièrement disparu : « De quoi donc se mêlent ces intrus, qui n'ont rien à faire avec nous et qui s'avisent de fabriquer ou d'inventer des objets à notre usage^ ? » Savery adapta alors sa machine à un petit bâtiment qu'il fit fonctionner sur la Tamise. Toutefois l'invention ne fut jamais introduite dans la marine.

Peu après, Savery inventa une machine à vapeur. On ne sait s'il connaissait les travaux de Worcester et des inventeurs précédents. Desaguliers^ affirme qu'il avait lu le livre de Worcester, et que plus tard il s'efiforça de détruire toute preuve qu'il avait été devancé dans son invention par le marquis, en achetant et brûlant tous les exemplaires de la (c centurie w qu'il put trouver. Cette histoire n'est guère croyable. Néanmoins, en comparant les dessins donnés pour les deux machines, on y trouve une ressemblance frappante; et en admettant que celui de la machine du marquis soit exact, Savery a eu tout au moins l'honneur de réussira faire adopter définitivement la machine «demi toute-puissante commandant l'eau », de Worcester.

Le plus important progrès, au point de vue de la construction pratique, est donc dû à Thomas Savery. Il avait remarqué les frais perpétuels et considérables, et les diffi-

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