TENDANCE VERS LE TYPE MODERNE
une force appliquée à Pune de ses extrémités jusqu'à la résistance qu'il s'agissait de vaincre à l'autre bout. La machine qu'il inventa, et qui est connue sous le nom de (( machine à vapeur atmosphérique », fut le premier spécimen d'un type entièrement nouveau.
Les améliorations successives apportées par Worcester, Savery et Desaguliers à l'ancien type de machine simple, l'avaient amené au plus haut degré de perfection qu'il fût probablement capable d'atteindre par des modifications de détail. Aucun progrès nouveau ne pouvait être réalisé que par un changement complet de type, et pour cela il suffisait de combiner ensemble des procédés connus déjà et essayés avec succès.
On sait peu de chose de l'histoire personnelle de Newcomen. Sa position sociale était peu relevée, et dans ce temps un inventeur n'était pas même considéré comme un individu pouvant être utile à la société. On le regardait simplement comme un membre de la classe excentrique des faiseurs de projets, et la catégorie de ceux, qui s'occupaient de questions mécaniques était mise au dernier rang de cette classe peu estimée.
On suppose que Newcomen connaissait parfaitement la machine de Savery et qu'il avait probablement rendu visite à celui-ci dans sa maison de Modbury, dont il ne demeurait qu'à trois ou quatre lieues. Quelques biographes de ces inventeurs ont pensé que Newcomen fut employé par Savery à forger les pièces les plus compliquées de sa machine. Dans son Lexicon technicum, Harris affirme que les dessins de la machine de Savery tombèrent entre les mains de Newcomen, qui s'en servit pour construire un modèle, le fit fonctionner dans son jardin et essaya de le perfectionner. Mais Switzer dit que Newcomen « fut aussi original dans son invention que Savery dans la sienne ».
Newcomen était assisté dans ses expériences par John Cawley, qui prit le brevet avec lui. On a prétendu que leur attention avait été pour la première fois appelée sur ce sujet lors d'un voyage dans le Gornouailles, où ils virent fonctionner une machine de Savery; pourtant un ami de ce
dernier témoigne lui-même que la conception générale de Newcomen était aussi ancienne que celle de Savery.
Après avoir débattu la question avec Gawley, Newcomen écrivit au docteur Hooke, lui proposant une machine à vapeur qui devait consister en un cylindre analogue à celui des machines de Papin, et faire marcher une pompe séparée, semblable à celles dont on se servait généralement quand on élevait Peau avec des machines mues parle vent ou par des chevaux. Le docteur Hooke combattit énergiquement le projet des inventeurs et s'efforça de les en détourner; heureusement la foi opiniâtre de ces artisans sans instruction ne céda pas devant les dissertations savantes de leur illustre correspondant : Newcomen et Gawley essayèrent de construire une machine d'après le plan qu'ils avaient conçu. Leur succès fut assez complet pour les engager à continuer leurs études et à prendre en 1705, de concert avec Savery, — qui était en possesssion du droit exclusif d'appliquer la condensation par surface, et qui les amena à lui accorder un intérêt dans leur affaire, — un brevet ^ pour une machine fondée sur la combinaison simultanée du cylindre à vapeur et du piston, avec la condensation par surface, l'emploi d'une chaudière et d'une pompe séparées.
Dans la machine atmosphérique, telle qu'elle était organisée au début, la lenteur avec laquelle s'opérait, par application d'eau froide à l'extérieur du cylindre, la condensation destinée à produire le vide, avait pour conséquence de longs intervalles entre les coups successifs du piston; mais un perfectionnement fut bientôt introduit, qui rendit la condensation infiniment plus rapide. Un jet d'eau fut lancé directement dansle cylindre, réalisant ainsi pour la machine de Newcomen ce que Desaguliers avait fait précédemment pour celle de Savery. C'est avec ce perfectionnement que la machine est représentée dans la figure 22.
La vapeur se rend de la chaudière b par le robinet d dans le cylindre a, faisant équilibre à la pression
1. On a nié qu^in brevet ait été accordé, mais il est hors de doute que Savery réclama et obtint un intérCt dans la nouvelle machine.
NEWCOMEiN. 6i
atmosphérique, et permettaot ainsi la chute de la lourde tige de pompe k, dont le poids, agissant par l'intermédiaire du balancier ii, soulève le pistou s au haut de sa course. On suspend à la tige m un contrepoids si c'est nécessaire. Le robinet d étant alors fermé, on ouvre f, et un jet d'eau proveuaut du réservoir g s'élauce dans le cylindre, où il condense la vapeur et produit un vide. La pression que l'air exerce au-dessus du piston le force alors à descendre, et par
Fig, 22. — Machins da Hencomen, ITOj.
là même à soulever la tige de la pompe. La machine continue ainsi à travailler indéfiniment.
Le tube h sert à maintenir une légère couche d'eau sur ta partie supérieure du pistou pour empêcher les fuites. C'était une méthode imaginée par Newcomeu. Deux robinets de jauge ce et une soupape de sûreté N sont représentés sur la figure ; mais on remarquera que cette dernière diffère entièrement comme forme de celles en usage aujourd'hui : dans ces machines, la pression employée était à peine supérieure à celle de l'atmosphère, et le poids de la soupape ellemémesuffisait ordinairement à la tenir fermée. L'eau destinée à produire la condensatiou s'écoulait, en même temps que celle provenant de la vapeur condensée, par le tube ouvert^.
Dans la première machine de Newcomen, on n'obtenait que 6 ou 8 coups de piston par minute ; dans les dernières, plus perfectionnées, ce nombre s'élevait jusqu'à 10 ou 12.
La machine à vapeur a maintenant pris une forme qui ressemble quelque peu à celle qu'elle doit conserver pendant la période moderne.
On voit d'un coup d'œil que la machine de Newcomen a été le produit d'une combinaison d'idées plus ancieDoes. C'est la machine d'Huyghens, avec son cylindre et son piston, que Papin avait perfectionnée en substituant la vapeur aux gaz produits par l'explosion de la poudre à canon , que Newcomen et Gawley avaient perfectionnée plus encore en y ajoutant le mode de condensation employé dans celle de Savery, et qui reçut enfin une dernière modification par l'introduction du balancier placé au-dessus, pour permettre de l'appliquer directement à faire mouvoir les pompes des mines : le piston était suspendu à l'une des extrémités de ce balancier ; la tige de la pompe, à l'autre.
Les avantages obtenus par cette combinaison d'inventions diverses étaient nombreux et manifestes. Non seulement le piston produisait une économie de vapeur par son interposition entre l'air et l'eau froide, mais comme on pouvait en augmenter la surface à volonté, il devenait loisible à Newcomen d'employer telle pression qui lui convenait et de donner à sa machine des dimensions en rapport avec le travail qu'il s'agissait d'exécuter. Retirer l'eau froide de l'intérieur du cylindre et la puiser avec une pompe spéciale» c'était évidemment réaliser une très grande économie de vapeur.
Cette disposition offrait aussi l'avantage qu'on pouvait faire succéder rapidement l'une à l'autre la condensation et l'admission de vapeur. Enfin l'inventeur était entièrement libre dans le choix des moyens d'obtenir une prompte condensation.
Dans son récit des origines de la machine de Newcomen, Desaguliers dit que lui et son aide Cawley « firent plusieurs expériences, en particulier vers l'année 1710, et que, dans la dernière moitié de 1711, ils offrirent d'épuiser