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LE CONDENSEUR DE WATT

défaut en fermant le haut du cylindre par un couvercle, et faisant passer la tige du piston à travers une boîte à étoupes ou « stuffing-box » — procédé que connaissaient depuis longtemps les ouvriers.

Non seulement il couvrit le haut du cylindre, mais il entoura celui-ci tout entier d'une enveloppe extérieure ou (( chemise de vapeur », et s'arrangea aussi pour que la vapeur passant autour du cylindre vînt presser sur la face supérieure du piston, où sa pression était variable à volonté et par conséquent plus facile à régler que celle de Tatmosphère. Cette vapeur, outre qu'elle maintenait le cylindre chaud, était moins nuisible que Tair en cas de fuite par le piston ; car on pouvait toujours s'en débarrasser promptement en la condensant.

Quand il eut décidé de construire le modèle de grandes dimensions qu'il voulait essayer. Watt, résolu à donner tout son temps et toute son attention à ce travail, loua une salle dans une vieille poterie abandonnée près du Broomielaw. Là, il travailla sans interruption pendant plusieurs semaines, avec un ouvrier nommé John Gardiner, qu'il avait pris à son service. Dans l'intervalle il avait fait, probablement par l'entremise de son ami le docteur Black, la connaissance du docteur Rœbuck, un riche médecin qui, de concert avec d'autres capitalistes écossais, venait de fonder la fameuse usine Carron. Il était entré en correspondance avec lui, et le tenait au courant des progrès que faisait la construction de la nouvelle machine.

Cette machine avait, nous dit Watt, un cylindre à vapeur de « 5 ou 6 » pouces de diamètre, et de 2 pieds de course. Il était en cuivre, martelé mais non alésé, et « pas très bien fait ». Ce cylindre était emboîté dans un autre en bois. Au mois d'août 1765, il essaya la petite machine et il écrivit au docteur Rœbuck qu'il avait eu « bonne réussite », quoique l'instrument fût très imparfait. « Quand on ouvrait l'échappement, le piston, s'il n'était pas chargé, montait avec la rapidité d'un coup de marteau; et quand il était chargé de 18 livres (soit 7 livres par pouce), il montait encore aussi vite qu'il l'eût fait avec l'emploi du système

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ordinaire d'injection. » Il informe alors son correspondant qull était en train de faire le grand modèle. Celui-ci fut terminé en octobre 1765. La machine, lorsqu'elle fut prête à être essayée, était encore très imparfaite. Elle n'en fonctionna pas moins bien, pour un appareil aussi grossier.

Watt se trouvait alors réduit à la pauvreté ; et, après avoir emprunté à des amis des sommes considérables, il fut obligé finalement d'abandonner pour quelque temps ses projets et de chercher un emploi, afin de subvenir aux besoins de sa famille. Pendant environ deux ans, il gagna son pain en dressant des plans et dirigeant les explorations des terrains carbonifères dans le voisinage de Glasgow, pour le compte des autorités municipales. Il ne renonça pourtant pas entièrement à son invention.

En 1767, le docteur Rœbuck se chargea des dettes contractées par Watt, jusqu'à concurrence de 1,000 livres sterl. ; il s'engagea de plus à fournir le capital nécessaire pour continuer les expériences et faire adopter l'invention, tandis qu'en retour Watt consentait à céder au docteur les deux tiers de son brevet. Une autre machine fut alors construite, dont le cylindre avait 7 ou 8 pouces de diamètre, et qui fut terminée en 1768. Elle fonctionna d'une manière assez satisfaisante pour engager les associés à demander un brevet, dont les spécifications et dessins furent terminés et présentés en 1769.

Watt construisit aussi et installa plusieurs machines de Newcomen, sans doute pour se familiariser complètement avec les détails pratiques de la construction des machines. Pendant ce temps il avait préparé les plans et achevé enfin la fabrication, d'une machine assez grande de son nouveau type. Le cylindre avait 18 pouces de diamètre et le piston 5 pieds de course. Cette machine fut faite à Kinneil et terminée en septembre 1769. Ni la construction ni le fonctionnement n'en étaient entièrement satisfaisants. Le condenseur était à surface, composé de tuyaux k peu près semblables à ceux employés dans son premier petit modèle, et n'était pas suffisamment étanche. Le piston à vapeur aussi avait des fuites importantes, et des essais

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répétés ne servirent qu'à eu rendre les imperfections plus évidentes. Watt fut soutenu dans ce moment difficile par le docteur Black et le docteur Rœbuck; mais il sentait vivement les risques qu'il courait d'entraîner ses amis dans des pertes considérables, et il était complètement découragé. Écrivant au docteur Black, il lui disait : « De toutes les choses de cette vie, il n'y en a pas de plus folle que de faire des inventions » ; et probablement la plupart des inventeurs ont été conduits par leur propre expérience à exprimer la même opinion.

« Un malheur ne vient jamais seul », et Watt fut accablé par le plus grand de tous — la perte d'une compagne fidèle et affectionnée — alors qu'il ne pouvait encore entrevoir un résultat heureux à ses recherches. Presque aussi désolante pour lui fut la ruine de son fidèle ami le D^ Rœbuck, et par conséquent la perte de son soutien. C'est à peu près dans ce temps, en 1769, que s'ouvrirent les négociations, qui eurent pour résultat le transfert des capitaux engagés * dans la machine de Watt, au compte du riche manufacturier, dont le nom, joint à celui de l'inventeur, est devenu parla suite connu dans tout le monde civilisé; car c'est grâce à son énergie et à sa connaissance des affaires, que la machine à vapeur, sous sa forme nouvelle, finit par devenir d'un usage général.

Ce fut en 1768, dans le voyage qu'il fit à Londres pour obtenir son brevet, que Watt rencontra M. Boulton qui devint plus tard son associé. Celui-ci examina ses dessins, et comprenant immédiatement le mérite de l'invention, lui offrit d'acheter une part dans l'affaire. Watt ne pouvait alors répondre d'une façon définitive à ces ouvertures, à cause de ses conventions avec le D' Rœbuck ; mais, avec le consentement de ce dernier, il proposa ensuite à Boulton d'entrer pour un tiers dans leur association, en payant à Rœbuck une moitié de toutes les dépenses précédemment faites, et en outre, ce qu'il jugerait à propos d'ajouter comme compensation « du risque qu'il avait couru ». Plus tard le D> Rœbuck offrit de céder à Boulton et au D' Small, qui désirait prendre un intérêt avec lui, une moitié de ses

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droits de propriété sur les inventions de Watt. Rœbuck devait recevoir en échange « une somme qui ne pourrait être inférieure à 1,000 livres » et dont le taux serait fixé à ce qui semblerait « juste et raisonnable » après l'achèvement des expériences sur la machine. Une année était accordée pour le règlement des comptes. Cette proposition fut acceptée en novembre 1769.

Matthevsr Boulton, qui devint alors l'associé de James Watt, était le fils d'un fabricant d'argenterie de Birmingham, et avait pris la suite des affaires de son père. Il avait organisé un vaste établissement qui, dans ce temps, était bien connu, ainsi que son propriétaire. Watt, écrivant au D' Rœbuck avant que les conventions définitives n'eussent été faites, le pressait de traiter avec Boulton pour les motifs suivants : « 1° à cause de la réputation, qu'a M. Boulton, d'homme intelligent, honnête et riche; 2<> parce qu'il serait difficile et coûteux de se procurer des ouvriers honnêtes et soigneux, de les pourvoir des outils convenables, et de trouver un ou plusieurs surveillants dignes de confiance : si, pour éviter cet inconvénient, vous traitiez de l'exécution du travail avec un maître-ouvrier, il vous faudrait abandonner une grande part des bénéfices; 3° le succès de la machine est loin d'être certain : si M. Boulton accepte sa chance de gain, calculée d'après le rapport que j'enverrai au D' Small , et vous paye une part proportionnelle de l'argent dépensé, il diminue vos risques, et, dans une bien plus grande proportion qu'il ne diminuera, je crois, vos bénéfices ; k^ l'assistance de l'esprit ingénieux de M. Boulton et du D' Small (si ce dernier s'engage dans l'affaire) peut nous être d'une grande utilité dans le perfectionnement de la machine, et elle peut nous permettre de surmonter des difficultés devant lesquelles, sans cela, nous pourrions succomber. Enfin, réfléchissez à l'état incertain de ma santé, à mon caractère irrésolu et sans activité, à mon peu d'aptitude à conclure des marchés et à débattre mes intérêts avec autrui : toutes choses qui me rendent impropre à toute grande entreprise. De notre côté, considérez la première mise de fonds et les intérêts, le brevet, la machine actuelle qui vaut environ 200 livres (quoiqu'il

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