‹ Histoire de la machine à vapeur (volume 2)Chapitre 93 sur 141 · GEORGE STEPHENSON · texte numérisé non relu

GEORGE STEPHENSON

cations de son esprit inventif. Ainsi un jour un camarade lui apportant une montre à réparer, il la mit sur le poêle pour la « faire cuire » ; il avait vu du premier coup d^œil que le seul obstacle au jeu de la montre était Thuile congelée dans les rouages.

Smiles*, son biographe, décrit le cottage qu'il habitait comme une véritable boutique de curiosités, remplie de modèles de machines, d'engins de toute sorte, et d'appareils nouveaux. Chez ses voisins, il rehait les berceaux des enfants aux tourne -broches des cheminées, débarrassant ainsi les mères de famille du soin de bercer constamment leurs nourrissons; il péchait la nuit avec une lampe sous-marine, qui attirait le poisson de tous côtés et lui procurait des pêches merveilleuses ; il trouvait même encore le temps de donner des conférences familières pour l'instruction des ouvriers, ses camarades.

Il construisit pour sa fosse un plan incliné automatique, sur lequel les wagons descendant chargés remontaient les trains vides ; il apporta tant d'améliorations à ce puits de Killingvvorth, que le nombre des chevaux employés au fond de la mine put être réduit de 100 à 16.

Stephenson avait maintenant plus de temps libre que lorsqu'il était employé aux freins; ayant entendu parler des expériences de Blackett & Hedley à Wylam, il vint visiter leur houillère pour étudier leur machine. Il se rendit aussi à Leeds, pour voir celle de Blenkinsop traîner, dans ses essais, 70 tonnes à la vitesse de 3 milles par heure, et formula son opinion par cette remarque caractéristique : « Je crois que je pourrais mettre sur pied une machine meilleure que celle-ci ». Il ne tarda pas à l'essayer.

Il exposa la question en présence des propriétaires de la concession en vertu de laquelle la houillère était exploitée ; le principal d'entre eux, lord Ravensworth, convaincu des avantages que devait procurer l'emploi d'une « machine voyageante », avança les fonds nécessaires. Stephenson

1. Lives of George and Robert Stephenson, par Samuel Smiles. New- York et Londres, 1868.

commença sans délai sa première locomotive, qu'il construisit dans les ateliers de West Moor, aidé principalement par John Thirlwall, le forgeron de la houillère. Il y consacra deux années et la termina en juillet 181&.

Cette machine avait une chaudière en fer forgé de 8 pieds de long et 2 pieds 10 pouces de diamètre, avec un seul carneau de 20 pouces. Les cylindres étaient verticaux, de 8 pouces de diamètre et 2 pieds de course, implantés dans la chaudière même, et faisaient mouvoir une série de roues, qui engrenaient Tune avec l'autre et avec d'autres roues dentées calées sur les deux essieux moteurs. Un réchauflfeur d'eau d'alimentation entourait le pied de la cheminée. La machine traînait 30 tonnes, en remontant une rampe de 10 à 12 pieds par mille, avec une vitesse de k milles à Pheure. Mais elle avait de nombreux défauts, et le travail qu'elle fournissait revenait à peu près au même prix que celui des chevaux.

Stcphcnson se décida alors à en construire une autre sur un plan un peu différent, et fit breveter son système en février 1815. Cette nouvelle machine donna des résultats beaucoup plus satisfaisants que le Blûcher, — c'était le nom de la première.

La seconde locomotive de Stephenson (fig. 58) était encore munie de 2 cylindres verticaux Ce, mais les bielles étaient attachées directement aux k roues motrices W W. Afin de permettre la liberté des mouvements, on avait adopté l'articulation « à genou » pour relier les bielles aux traverses Rr et aux manivelles R'Y'. Les deux essieux moteurs étaient réunis par une chaîne sans fin T t\ L'essieu coudé et l'accouplement extérieur, d'après les spécifications du brevet, ne furent mis en usage que plus tard, parce que l'on ne put parvenir à fabriquer les arbres à villebrequin. Le tirage forcé, produit par la vapeur d'échappement, fut appliqué à cette machine, ce qui permit d'en doubler la puissance, d'employer le coke comme combustible et d'adopter la chaudière multitubulaire. De petits cylindres à vapeur s, s, s supportaient la machine et faisaient office de ressorts.

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