‹ Histoire de la machine à vapeurChapitre 19 sur 87 · OLIVIER EVANS · texte numérisé non relu

OLIVIER EVANS

C'était la première application de la machine à vapeur à la marine de guerre, et, pour l'époque, elle était des plus remarquables. Malheureusement, Fulton ne vécut pas assez pour voir le bâtiment achevé. Il était engagé dans un procès, de concert avec Livingston, qui cherchait alors à obtenir de rÉtat de New-Jersey la permission d'établir une ligne de bateaux à vapeur dans les eaux de PHudson et de la baie de New-York ; en revenant d'assister à une séance de la législature à Trenton, en janvier 1815, il se trouva exposé dans la baie à un temps rigoureux, que sa santé n'était pas alors en état de supporter. Il tomba malade et mourut le 2k février suivant. Sa mort fut pleurée comme une calamité nationale.

D'après le rapide historique que nous venons de faire de la vie de cet homme distingué et de ses travaux, on voit que si Robert Fulton n'est pas, à proprement parler, un inventeur, il fut au moins l'un des plus capables, des plus persévérants et des plus heureux parmi ceux qui ont bien mérité de l'humanité en la mettant en possession d'inventions déjà faites. C'était un ingénieur intelligent, un industriel entreprenant, dont l'habileté, la pénétration et l'énergie ont doté le monde des fruits du génie inventif de tous ceux qui l'ont précédé, et lui ont ainsi acquis une renommée qui ne doit pas périr.

Fulton eut quelques rivaux actifs et entreprenants.

En 1801 ou 1802, Olivier Evans envoya à la Nouvelle- Orléans une de ses machines, d'environ 150 chevaux, qui devait servir à la propulsion d'un bâtiment appartenant à MM. Mackeever et Valcourt. Le bateau attendait le moteur qui fut effectivement installé à bord; mais les eaux étaient basses, et avant de faire les essais il fallait patienter quelques mois, jusqu'à ce que la rivière eût remonté. Les agents d'Evans, n'ayant pas de fonds suffisants pour attendre pendant un temps aussi long, furent amenés à retirer leur machine du bateau et à l'établir dans une scierie, où elle étonna tout le monde par la quantité de bois qu'elle débita.

Livingston et Roosevelt s'étaient aussi occupés d'expé-

riences de môme nature, aussi tôt que Fulton et peut-être avant lui.

La victoire remportée par ce dernier lui fut disputée de très près par le colonel John Stevens de Hoboken, que nous avons déjà cité en racontant les origines des chemins de fer, et qui, depuis 1791, s'occupait d'expériences de ce genre. En 1789, il avait adressé une pétition à la législature de rÉtat de New- York, pour obtenir le privilège qui avait été accordé à Livingston, et dès lors il affirmait que ses plans et ses dessins étaient entièrement prêts.

En 1804, pendant que Fulton était en Europe, Stevens

Fig. 80. — Coupo do chaudière à, vapeur. 1804.

avait construit et équipé un bateau à vapeur de 68 pieds de long et U de large. Ce bâtiment réunissait une série de dispositions nouvelles et avantageuses, témoignant d'un remarquable talent inventif ainsi que d'une parfaite appréciation de la nature du problème que l'inventeur s'était proposé de résoudre. Sa chaudière (fig. 80) était du type connu maintenant sous le nom de chaudière à tubes à eau. Elle ressemblait beaucoup à quelques-unes de celles appelées aujourd'hui chaudières à compartiments, et contenait 100 tubes de 2 pouces de diamètre et 18 pouces de long, dont chacun, fermé à une extrémité, communiquait par l'autre avec un cylindre central plein d'eau et surmonté d'un tambour à vapeur. Les gaz du foyer passaient entre les tubes, dont la flamme léchait les parois, et qui contenaient l'eau à échauffer. La machine (fig. 81) était à connextion directe, à haute pression, et à condensation; elle avait un

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