PREMIERS STEAMERS TRANSATLANTIQUES
commencèrent en 1808 la création de la flotte à vapeur de haute mer, dont l'importance s'accrut rapidement, au point qu'aujourd'hui elle a presque chassé de l'Océan les bâtiments à voiles. La navigation à vapeur transatlantique fut inaugurée, en 1819, par le steamer américain Savannah, de Savannah (Géorgie), qui se rendit à Saint-Pétersbourg en passant par la Grande-Bretagne et les ports du nord de l'Europe. Fulton avait fait, peu de temps avant sa mort, le plan d'un vaisseau qui devait naviguer sur la mer Baltique; mais les circonstances obligèrent à en changer la destination, et finalement il fut placé sur la ligne de Newport (Rhode Island) à New-York; de sorte que le Savannah, quelques années plus tard, accomplit le voyage que devait faire le navire de Fulton. Le Savannah jaugeait 350 tonneaux et avait été construit par la maison Crocker & Fickelt, de Corlears Hook (New-York). Il fut acheté par M. Scarborough de Savannah, qui en confia le commandement au capitaine Moses Rogers, précédemment chargé de celui du Clermont et du Phénix, le bateau de Steveus. Le vaisseau, muni de sa machine à vapeur et de roues à aubes, partit le 27 avril 1819 pour Savannah, où il arriva en sept jours, après une heureuse traversée. De là il fit voile pour Liverpoolle 26 mai, et atteignit ce port le 22 juin. Dans ce voyage, on se servit des machines pendant dix-huit jours, et le reste du temps on navigua à la voile. Le Savannah repartit le 23 juin deLiverpool pour la Baltique, touchant à Copenhague, Stockholm, Saint- Pétersbourg, et autres ports. Dans la capitale de la Russie, on débarqua lord Lyndock, qui avait pris passage à bord ; en prenant congé du commandant du steamer, cet hôte distingué lui fit présent d'une bouilloire à thé en argent, ornée d'une inscription indiquant l'importance de l'événement qu'elle était destinée à rappeler. Le Savannah quitta SaintrPétersbourg en novembre, passa en vue de New- York le 9 décembre et atteignit Savannah cinquante jours après son départ. Il s'était arrêté quatre jours à Copenhague et autant à Arundel en Norwège. Le bâtiment essuya dans l'Atlantique plusieurs coups de vent assez violents, mais qui ne lui firent pas éprouver d'avaries sérieuses.
Le Savannah était un navire muni d'un gréement complet. Les roues étaient mues par une machine à basse pression, inclinée, à connexion directe, dont le cylindre avait 40 pouces de diamètre et le piston 6 pieds de course. Les roues à aubes étaient en fer forgé et attachées de façon à pouvoir au besoin être démontées et hissées à bord. Après le retour du Savannah aux États-Unis, la machine fut enlevée et vendue à Fusine Allaire de New- York. Les acheteurs exposèrent le cylindre à la « Foire universelle » {WorUTs fair) de cette ville, trente ans plus tard. Le bâtiment fut employé comme voilier sur la ligne de New-York à Savannah, et finit par se perdre en 1822. A la voile et avec un vent modéré, il faisait, dit-on, 3 nœuds à Pheure, et à la vapeur 5 nœuds. Le combustible employé était du bois de pin, ce qui explique pourquoi Ton fut obligé de faire à la voile une partie du voyage transatlantique.
Renwick rapporte qu'un autre navire, gréé en vaisseau et muni d'une machine à vapeur, fut construit à New-York en 1819, pour faire le service entre cette ville et Gharleston, puis jusqu'à la Nouvelle-Orléans et la Havane ; il assure que ce navire réussit parfaitement comme steamer, ayant une bonne vitesse et se comportant fort bien à la mer. Toutefois l'entreprise échoua pécuniairement, et le vaisseau, dont on avait enlevé la machine, fut vendu au gouvernement brésilien. En 1823 le steamer Entreprise fit un voyage dans l'Inde, marchant à la voile ou à la vapeur, suivant que son approvisionnement en combustible le lui permettait. Le voyage dura quarante-sept jours. Malgré ces traversées transatlantiques heureusement eflfectuées et le succès complet des steamboats sur les fleuves et dans les ports, on continua jusqu'en 1838 à entendre des personnes, dont les paroles faisaient autorité , soutenir qu'il était tout à fait impossible pour des steamers de franchir l'Océan, sauf peut-être en se rendant des côtes d'Europe à Terre-Neuve ou aux Açores, pour y réapprovisionner leurs soutes, et reprendre ensuite leur course vers les grands ports d'Amérique. Pourtant cette même année deux vapeurs firent ce voyage. C'étaient : le Sirius, navire de 700 tonneaux et 250 che-