ERICSSON
première et contribuèrent à faire découvrir les proportions les plus convenables pour obtenir le maximum d'efficacité. Dans des spécimens postérieurs de l'hélice Woodcroft, on fit môme les branches mobiles et ajustables à volonté, méthode encore en usage aujourd'hui et qui sous certains rapports a été reconnue fort avantageuse.
En arrivant aux États-Unis, Ericsson eut presque immédiatement l'occasion de construire le Princetoriy grand steamer à hélice; vers la même époque, les gouvernements français et anglais firent aussi exécuter des bâtiments à vapeur d'après ses plans, ou d'après ceux de son agent en Angleterre, le comte de Rosen. Dans ces derniers navires, ÏAmphion et Idi Pomone, on fit usage des premières machines horizontales à connexion directe qui aient jamais été construites; elles étaient munies de pompes à air à double effet, avec soupapes en toile, et comportaient d'autres détails nouveaux. La grande supériorité dont firent preuve ces bâtiments sur les steamers à roues du temps fut, pour la propulsion à hélice, ce que dix ans auparavant la locomotive de Stephenson, la Fusée, avait été pour la locomotion sur les chemins de fer.
En 1839, le Congrès avait autorisé la construction de trois bâtiments de guerre, et le secrétaire d'État de la marine ordonna l'année suivante d'en exécuter immédiatement deux. L'un était le Princeton^ dont la machine fut dessinée par Ericsson. Sa longueur était de 16i pieds, sa largeur de 30 1/2 et sa profondeur de 21 1/2. Il tirait de 16 1/2 à 18 pieds d'eau et déplaçait de 950 à 1050 tonneaux. La coque, large et plate au fond, avait les extrémités fines et les lignes en étaient considérées à l'époque comme remarquablement belles.
L'hélice était en bronze à canon, à six branches, et avait Ik pieds de diamètre. Le pas était de 35 pieds; c'est-à-dire que s'il n'y avait pas eu de recul, et que l'hélice eût tourné dans un écrou solide, le bâtiment aurait avancé de 35 pieds à chaque révolution.
Il y avait deux machines d'une forme toute particulière : le cylindre était, en réalité, un demi-cylindre portant un
axe autour duquel oscillait, comme une porte sur ses gonds, un piston rectangulaire, qui recevait alternativement sur ses deux faces Taction de la vapeur. Cet arbre portait, à son extrémité extérieure, un bras qui, au moyen d'une bielle, agissait sur la manivelle et constituait ainsi une machine à connexion directe.
Le tirage des foyers était activé par une soufflerie. Ericsson avait adopté cette méthode de tirage artificiel, dix ans auparavant, dans le Corsaire, un de ses premiers navires. Le Pmce^on portait un canon de 12 pouces en fer forgé. Cette bouche à feu fit explosion après quelques coups d'essai; accident désastreux qui causa la mort de plusieurs personnes distinguées, parmi lesquelles se trouvaient des membres du cabinet du Président.
Le Princeton fut, comme steamer à hélice, un véritable succès; il atteignit une vitesse de 13 nœuds, qui passait alors pour très remarquable. Le capitaine Stockton, qui le commandait, était enthousiasmé de son bfttiment.
Ce fut le signal d'une révolution immédiate dans la construction des navires, tant pour la marine marchande que pour la marine militaire. Le Princeton fut le premier spécimen de ces bâtiments à hélice, qui maintenant ont entièrement pris la place des vapeurs de l'ancien type. L'usage de l'hélice se répandit dès lors avec une grande rapidité. En 1841, 6 steamers seulement étaient munis de l'hélice d'Ericsson ; il y en avait 9 en 1842 et près de 30 en 1843.
En Angleterre, en France, en Allemagne, et dans les autres pays de l'Europe, la révolution finit par s'accomplir également et ne fut pas moins complète. Presque tous les bâtiments de mer, construits vers la fin de la période que nous étudions, furent des steamers à hélice, munis de machines à connexion directe et à marche rapide. Il s'écoula toutefois bien des années avant que les ingénieurs eussent acquis, dans l'établissement, l'exécution et la direction de ces nouvelles machines, l'expérience nécessaire pour les accommoder convenablement aux différents services auxquels ils avaient â les appliquer. Entre autres modifica-