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L'HÉLICE

les pistons énormes parcouraient lentement une longue course, par d'autres bien plus légères, dont les cylindres devaient être petits et les pistons animés d'une grande vitesse, c'était une transformation qui ne pouvait s'accomplir que peu à peu et devait forcément être accompagnée d'erreurs et d'accidents, inévitables dans ces époques de transition. Il fallait d'abord que les ingénieurs apprissent à organiser des machines satisfaisant aux nouvelles conditions qu'imposait l'emploi de l'hélice; et l'expérience nécessaire ne pouvait être acquise qu'au prix d'une foule de mésaventures et d'échecs coûteux. Les meilleures proportions à donner à la machine et au propulseur pour chaque bâtiment ne purent être déterminées qu'après de longs tâtonnements, malgré les grands services qu'a rendus, à ce point de vue, la série très complète d'expériences exécutées avec le steamer français le Pélican. Il fallut aussi former un corps de mécaniciens capables de conduire ces nouvelles machines ; car elles exigeaient des soins et une habileté sans exemple.] usqu'alors. Enfin, tout en satisfaisant à ces conditions indispensables de succès, il fallut encore faire comprendre au public, gens du métier ou autres, les avantages réels du nouveau système. C'est pour toutes ces raisons que l'hélice eut besoin d'un temps considérable pour conquérir sa place légitime et supplanter définitivement la roue à aubes, qui finit par ne plus être employée que dans les eaux peu profondes.

Aujourd'hui nos grands steamers à hélice surpassent en vitesse tous ceux à roues qui parcourent encore l'Océan, et sont bien plus économiques; cette économie est due non seulement à l'emploi d'un propulseur plus efficace et aux modifications déjà décrites, mais aussi à d'autres perfectionnements apportés aux machines motrices. Dans les premiers temps de l'adoption de l'hélice, on en était encore pour la vapeur à des pressions de 5 à 15 livres (par pouce carré) ; on se servait de machines à engrenages, munies de condenseurs à injection, et dans lesquelles, pour obtenir une puissance d'un cheval, il fallait brûler par heure de 7 à 10 livres de charbon et même davantage. Un peu plus

tard vinrent les machines à connexion directe, toujours avec condensation par injection, mais avec des pressions de 20 livres et qui ne demandaient plus que 5 à 6 livres de charbon par cheval et par heure; puis Tadoption de la détente amena des pressions un peu plus fortes, et Téconomie de combustible s'accrut encore. L'introduction du condenseur par surface, qui commença à se répandre il y a une dizaine d'années, lit descendre la consommation des meilleures machines à 3 ou i livres. A peu près vers la même époque, ce mode de condensation aida beaucoup à triompher des difûcultés provenant de Tincrustation des chaudières, qui jusque-là s'étaient opposées à ce qu'on dépassât des pressions de 23 livres par pouce carré. Les injïénieurs ayant démontré que les dépôts calcaires dans les chaudières marines sont dus plutôt à la température qu'au degré de concentration, et que toute la chaux qui pénètre dans le générateur s'y dépose à la pression que nous venons d'indiquer, il en résulta tout de suite un progrès important, l ne disposition rationnelle, un travail d'exécution plus parft\it et une direction mieux comprise du condenseur par surface en firent un instrument très efficace; les dangers des incrustations se trouvant ainsi diminués, on s'achemina de nouveau vers les hautes pressions; aujourd'hui, dos pressions de 75 livres par pouce carré sont d'un usage très courant, et l'on a même dépassé parfois 125 livres.

La fin de cette période fut donc marquée par la construction des types les mieux réussis de steamers à roues, le succès complet de la navigation à vapeur transocéanique, Tadoption de l'hélice et du type spécial de machines que son usage comporte, et enfin par un progrès général dans le sens des mouvements rapides, qui conduisit à l'emploi de pressions plus élevées, d'une délente plus considérable, de machines plus légères travaillantpl us vite, comme aussi de dispositions mieux comprises, d'une construction plus parfaite et de matériaux de meilleure qualité. Ces modifications se traduisirent par une diminution des frais depremier établissement et d'entretien, par une augmen-

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