BERNOULLI
Toblint pour un mémoire où il proposait des roues à palettes disposées comme les ailes d'un moulin à vent, — de véritables hélices, — dont une devait être placée de chaque côté du bâtiment et deux autres à l'arrière. Pour un navire de 100 tonnes, il proposait un arbre de U pieds de long et 2 pouces de diamètre, portant « 8 roues, pour agir sur Teau, à chacune desquelles il est perpendiculaire et dont il forme Taxe commun ; les roues devraient être à des distances égales Tune de Tautre. Chaque roue est formée de 8 bras de fer, chacun de 3 pieds de long, de sorte que le diamètre total de la roue est de 6 pieds. Chacun de ces bras, à la distance de 20 pouces du centre, porte une plaque de tôle ou palette de 16 pouces carrés, inclinée de façon à former un angle de 60° tant avec Parbre qu'avec la quille du bâtiment, parallèlement à laquelle Tarbre est placé. Pour supporter cet arbre et les roues, 2 fortes barres de fer, épaisses de deux à trois pouces, sont fixées perpendiculairement aux flancs du navire, à environ 2 pieds et demi au-dessous de la surface de Teau. » Il proposait d'adapter à l'arrière de semblables propulseurs à hélice et de les mouvoir au moyen d'animaux ou par la vapeur^
Mais Figuier cite un essai plus remarquable encore : le travail de l'abbé Gauthier, publié dans les Mémoires de la Société royale des sciences et lettres de Nancy, Bernoulli avait exprimé l'opinion que la meilleure machine alors connue, celle de Newcomen, n'était pas supérieure à quelques autres moteurs. Gauthier proposa d'employer cette machine à faire mouvoir des roues à palettes placées sur les flancs du bâtiment. Son système ne fut pas mis en pratique ; mais son mémoire contenait une description
1. Le mémoire dont il est question ici est sans doute celui de Daniel Bernoulli, couronné en 1753 par l'Académie des sciences de Paris. Ce mémoire est imprimé dans le Recueil des pièces qui ont remporté les prix, tome VII, publié en 1769. Nous n'avons pu y retrouver ni les chiffres ni les dispositifs mentionnés dans le texte ci-dessus; ce mémoire ne renferme que des calculs, assez développés du reste et fort hypothétiques, sur des inventions de Fauteur n'ayant aucun rapport avec l'hélice.
(Note du traducteur.)
10 LA NAVIGATION A VAPEDR.
enthousiaste des avantages qu'il devait procurer. Il expose qu'une galère, mue par 26 rames de chaque côté, ne faisait que 4,320 toises (8,420™) à l'heure et nécessitait un équipage de 260 hommes. Une machine à vapeur faisant le même travail serait prête à fonctionner en toutes circonstances; et, quand elle ne servirait pas à faire mouvoir le vaisseau, elle pourrait être appliquée à lever l'ancre, à manœuvrer les pompes, à renouveler l'air, pendant que son fourneau servirait aussi pour la cuisine. La machine occuperait moins de place et pèserait moins que les hommes, consommerait moins d'aliments et des aliments moins coûteux, etc. Il mettrait la chaudière à l'abri des explosions au moyen de bandes de fer. Le fourneau serait en fer avec un cendrier plein d'eau et reposerait sur une caisse plate également remplie d'eau. L'eau d'injection devait être puisée dans la mer et y retourner par un tuyau de décharge débouchant au-dessus de la ligne de flottaison. Les chaînes reliant habituellement l'extrémité du balancier aux tiges des pompes devaient s'enrouler sur des roues portées par l'arbre à palettes, et munies de tringles commandant un engrenage. De cette façon les palettes, ayant fait plusieurs révolutions pendant la descente du piston et le déroulement de la chaîne, devaient tourner librement pendant que ce piston remonterait ; un poids servait alors à faire tourner la roue qui tirait sur la chaîne et l'enroulait de nouveau. Le piston devait avoir 6 pieds de course et battre 15 coups à la minute, avec une force de 11,000 livres.
Un peu plus tard (1760), un pasteur suisse nommé J.-A. Genevois fit paraître à Londres un mémoire relatif au perfectionnement de la navigation ^ Le système qu'il proposait consistait à bander des ressorts par le moyen de la vapeur ou d'une autre force, pour employer ensuite à la propulsion du navire la puissance qu'ils développeraient en reprenant leur forme première.
C'est à cette époque que furent faites aux États-Unis les
1. Some New Enquiries tending to the improvement of navigation. Londres, 1760.
WILLIAM HENRY. il
premières tentatives pour résoudre ce problème, que Ton commençait à considérer comme l'un des plus importants dont les mécaniciens et les ingénieurs pussent chercher la solution.
William Henry était un habitant notable de Lancaster, alors petit village de Pensylvanie, et passait pour un mécanicien habile et heureux ^ Il vivait encore au commencement du siècle actuel.
M. Henry fut le premier qui fit des tapis « chiffon» et il inventa la tarière à vis. Sa famille était originaire d'Ecosse et du nord de l'Irlande. Son père , John Henry, et ses deux frères aînés, Robert et James, étaient venus aux États-Unis vers 1720. Robert finit par s'établir en Virginie, jBt on dit que Patrick Henry, l'orateur patriote, était aUssi de sa famille. Ses autres parents restèrent dans le comté de Chester en Pensylvanie, où William naquit en 1729. Il apprit le métier d'armurier, et, chassé de chez lui pendant la guerre des Indes (1755 à 1760), il vint se fixer à Lancaster.
En 1760, il se rendit pour afl^aires en Angleterre, où son attention fut attirée par l'invention de James Watt, alors toute nouvelle et dont on s'entretenait partout. Il comprit la possibilité de l'appliquer à la propulsion des bâtiments et des voitures, et commença, dès son retour, la construction d'une machine à vapeur, qu'il acheva en 1763.
Il l'installa dans un bateau muni de roues à palettes et l'essaya sur la Conestoga près de Lancaster ; mais, par suite de quelque accident, la petite embarcation coula à fond*, et fut perdue. Sans se décourager de cet insuccès, il fit un second modèle auquel il apporta quelques perfectionnements. Dans les archives de la Société de physique de Pensylvanie, il existe, ou du moins il existait, un dessin, présenté par Henry en 1782, de l'un de ses bateaux à vapeur. Le voyageur allemand Schôpflf visita les États-Unis en 1783, et chez M. Henry, à Lancaster, on lui montra « une machine
1. Lancaster Daily Express, du 10 décembre 1872. Ce compte rendu a été composé par l'auteur d'après plusieurs manuscrits et lettres en sa possession.