RÉSUMÉ HISTORIQUE DU PROGRÈS
diverses opérations importantes de la machine à vapeur se font désormais chacune dans un récipient distinct. La chaudière produit la vapeur, lé cylindre en tire la puissance mécanique, et finalement, la condensation a lieu dans un vase spécial; tandis que la force qui a été dégagée dans le cylindre, est transmise par d'autres organes, soit à des pompes, soit à un outil quelconque.
Watt prend aussi l'initiative de perfectionnements d'une autre nature. Il s'efforce d'augmenter le rendement, en améliorant les proportions des organes et le travail des matériaux; il étudie avec soin les détails d'exécution, dont l'importance est si grande dans le fonctionnement des machines et qui demandent une habileté de main toute spéciale.
Watt et ses contemporains commencent enfin à entrer dans la voie des hautes pressions et des larges détentes, qui constituent le caractère le plus frappapt dans les derniers progrès de la machine à vapeur. Newcomen n'employait la vapeur qu'à une pression à peine supérieure à celle de l'atmosphère, et élevait 105,000 livres d'eau à un pied de haut, en brûlant une livre de charbon. Smeaton avait augmentée un peu la pression et beaucoup accru le rendement. Watt débuta avec un rendement double de celui de Newcomen, et obtint 320,000 livres-pieds par livre de charbon, en employant la vapeur à la pression de 10 livres. Aujourd'hui les machinesde Gornouailles, établies sur le même plan général que celles de Watt, mais animées par delà vapeur à 40 ou 60 livres de pression, avec détente au 1/3 ou au 1/4, font un travail qui peut s'élever en moyenne à 600,000 livres-pieds par livre de charbon brûlé. La machine d'épuisement du système Compound atteint même le chiffre d'environ 1,000,000 ^
1. Voici la traduction en mesures métriques des chiiOrres ci-dessus:
105,000 — 320,000 — 600,000 — 1,000,000 livres-pieds par livre de charbon consommé, correspondent
à une consommation de. . . 8^^,40 — 2'^,90 — 1^^,50 — 0^^,90 de houille par heure et par force de cheval. fiV. du trad.)
L'augmentatioD des pressions et de la détente, qui s'est accusée depuis Watt, a été accompagnée de progrès considérables et d'un ordre différent. L'exécution matérielle des organes est devenue plus parfaite, grâce surtout aux machines-outils, qui sont aujourd'hui très perfectionnées et d'un usage général; l'installation des machines et chaudières est faite avec plus d'habileté et d'intelligence ; la vitesse du piston a été augmentée; on a soin d'avoir de la vapeur sèche, et d'empêcher les condensations jusqu'à la sortie du cylindre, soit par la chemise de vapeur, soit par la surchauffe, soit par une combinaison de ces deux systèmes ; à ces précautions est venue s'ajouter une attention plus scrupuleuse à éviter les pertes de chaleur par rayonnement et conductibilité. Enfin nous nous servons aujourd'hui de la machine compound ou à double cylindre, pour économiser une partie de la chaleur habituellement perdue par l'effet de la condensation interne et de la revaporisation, ainsi que par la précipitation de vapeur condensée qu'amène une grande détente.
Il y a, dans l'échelle des températures, une limite assez bien définie, au-dessous de laquelle nous ne pouvons espérer de descendre ; mais, si l'on cherche à augmenter l'écart des températures extrêmes, il est clair qu'il y a plus d'avantage à gagner un degré sur la température inférieure que sur la température supérieure ^
La tentative faite il y a vingt-cinq ans par l'ingénieur français Du Tremblay, et renouvelée depuis par d'autres inventeurs, pour utiliser une plus grande proportion de chaleur, en se rapprochant davantage de la limite infé-
1. On s'en rend aisément compte : supposons, par exemple, une machine alimentée par de la vapeur à la température de 400" au-dessus du zéro absolu et l'utilisant sans perte jusqu'à une température de 200°. Admettons qu'un inventeur dispose cette machine de façon à lui faire employer la vapeur entre 500° et 200°, et qu'un autre, les précautions prises contre, les pertes étant les mômes, la fasse travailler entre les limites de 400° et 100°; soit le môme écart, mais autour d'une moyenne plus basse. Dans le premier cas, le rendement était de 1/2, dans le second il devient 3/5, dansle dernier il atteint 3/4; c'est celui qui nous donne le meilleur résultat.