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IV. — DE LA RÉVULSION ENVISAGÉE GOMME QUATRIÈME BASE DU NATURISME

Le naturisme trouve dans le fait thérapeutique de la révulsion, que chacun peut reproduire à volonté, une nouvelle preuve de la

réalité du principe. Si je démontre à mon tour qu'on peut utiliser la force vitale d'un organe sain pour en exagérer l'action dans le but de débarrasser ceux qui sont malades, et que cette vérité soit rendue incontestable, il sera évident que la nature de l'homme, qui spontanément le guérit de ses maladies, pourra encore, lorsqu'elle est sollicitée par les pratiques de l'art, produire de semblables résultats. Or, la démonstration est des plus simples.

L'étude des sympathies physiologiques, morbides et curatives, montre que les organes agissent les uns sur les autres, et qu'ils ont entre eux des antagonismes dont la vie seule peut rendre compte.

L'utérus qui est malade ou que fluxionne la menstruation, rend les mamelles plus grosses et souvent très-douloureuses. Le cerveau qui s'enflamme trouble les fonctions de l'estomac et provoque des vomissements. La peau a pour antagoniste la muqueuse de l'intestin, et une grande brûlure produit toujours de la diarrhée.

Enfin, il y a des métastases c'est-à-dire des maladies qui spontanément quittent un organe et se portent sur un autre, ce dont on a une preuve dans l'orchite qui remplace quelquefois les oreillons.

Il n'y a donc rien d'impossible à ce que l'art puisse provoquer l'état morbide d'une partie pour amoindrir ou guérir un autre état morbide. C'est l'imitation de la nature. On comprend qu'une excitation ou une fluxion substituée à une autre, crée un antagonisme susceptible de rétablir l'équilibre dérangé en produisant une métastase artificielle analogue aux métastases spontanées de l'état morbide .

Ce que cet exposé laisse comprendre est depuis longtemps accepté comme une vérité indiscutable par un grand nombre de médecins les plus justement célèbres. C'est une des bases de la thérapeutique d'Hippocrate et de ses disciples. C'est la doctrine de la révulsion introduisant dans la médecine pratique les conséquences de cette vérité, que si la nature travaille par ses moyens à la guérison des maladies, l'art peut abréger et faciliter son travail en l'imitant et en le dirigeant là où il semble se porter. La médecine hippocratique avait déjà constaté les antagonismes physiologiques et morbides qui produisent l'activité vitale d'une partie aux dépens d'une autre, faits qu'Hippocrate a résumés dans un aphorisme célèbre : Auo mïvwv

afj.oc ytvo[X£Vtov ja.Y) xaxà xov ocutov to-ttov, ô acpoôpoxspoç au.aupoT tov etepov.

Que je traduirai en disant : « Lorsque deux maladies différentes se développent au même moment sur des parties éloignées, la plus considérable amoindrit l'autre. » Pour Hippocrate, ce travail est

révulsif (arziaTzaaiç) , lorsqu'il a lieu dans des parties éloignées l'une de l'autre, et dérivatif (7rapoyÉT£u<7iç), au contraire, lorsqu'il se produit dans une région voisine du premier siège du mal.

.'AvTfa"i:oc<7iç Itti TOÎatv avo), xoctoi • avto, èià TOÏaiv xàxo). (( La révulsion a lieu dans les affections du haut vers le bas, et dans les affections du bas vers le haut. »

IIapoy£T£U(7tç yj lç ty]V xEcpaXrjv, r\ iç rà TiXocyta, ?\ {j-àXiata p£7t£t. (( La

dérivation se fait par la tête, ou sur les côtes, là où les humeurs tendent le plus. » (Hippocr., Œuvres, édit. Litlré, t. V, p. 477.)

Sur ces aphorismes repose l'antique doctrine de la révulsion et de la dérivation exposée dans les œuvres d'Hippocrate, formulée plus longuement par Galien, et venue jusqu'à nous à travers d'innombrables controverses. Qu'est-ce donc que la révulsion? La révulsion est l'art de diminuer ou de guérir les maladies par la création d'un autre état morbide sur quelque partie voisine ou éloignée du mal qu'on veut détruire. Exemples : une purgation dans la congestion cérébrale, ou bien un vésicatoire au bras dans une bronchite chronique.

Au temps d'Hippocrate, la révulsion et la dérivation étaient des choses distinctes.

Dans la première, on agissait loin du siège du mal, sur une partie éloignée de la partie malade, « du haut vers le bas ou du bas vers le haut, » pour arracher le mal, revellere ; dans la seconde, au contraire, on provoquait le phénomène morbide dans les parties voisines du mal pour le détourner, derivare, là où les humeurs tendent le plus. Exemples : des sangsues autour d'un phlegmon, ou des cautères sur le dos, dans le voisinage d'une carie vertébrale. C'est là une distinction secondaire qui ne touche en rien au principe de la doctrine. Il est évident que la dérivation n'est qu'un procédé de la révulsion, et que le fait reste le même en ce qui touche la nécessité de faire naître, dans un but curatif, une manifestation morbide capable de faire diversion à un mal plus ancien.

Révulsion et dérivation sont donc des choses distinctes dans l'application, quoique semblables dans leur principe Elles ne diffèrent que par le mode extérieur, aussi sont-elles aujourd'hui généralement confondues dans l'esprit de ceux qui, n'attachant pas une grande importance à la doctrine, ne font guère attention aux mots qui la représentent.

La révulsion et la dérivation en thérapeutique sont nées de l'observation qui a montré le fait des révulsions spontanées. La constatation des unes devait inévitablement conduire à l'institution des autres. Quand on eut observé l'action sympathique d'un organe sur

l'autre, les crises des maladies et les antagonismes morbides, quand on eut enregistré l'influence de la grossesse sur la phthisie pulmonaire dont elle suspend momentanément les progrès, on dut croire à la possibilité du déplacement des maladies et aux bons effets de la révulsion. Ces exemples ne sont pas les seuls et l'on pourrait les multiplier à l'infini. Ainsi, j'ai vu plusieurs fois la grossesse suspendre momentanément Y acné rosacea ou couperose qui revenait après l'accouchement. La lactation des nourrices suspend et retarde le travail de l'ovulation et l'apparition des règles. Une maladie aiguë chez une personne qui a une suppuration d'ulcère ou un vésicaloin* tarit momentanément la suppuration, qui recommence dès que la phlegmasie tend à disparaître. Un érysipèle fait souvent disparaître une bronchite. Un grand écoulement d'urine a quelquefois guéri l'ascite. Il en est de même de la diarrhée, et cela est si vrai, qu'on peut, à l'aide de violents drastiques, guérir pour plusieurs mois et pour plusieurs années, des anasarques symptomatiques d'une maladie du cœur. Si ces faits ne sont pas constants, leur fréquence est du moins assez grande pour servir de base sérieuse à une méthode thérapeutique, et pour autoriser la conduite du médecin qui prend la nature pour guide, en cherchant à déplacer les maladies. Chez les animaux, le fait de la révulsion est encore plus facile «à démontrer, car on peut multiplier les expériences d'une façon qu'il serait impossible d'imiter chez l'homme.

Des sétons de 50 centimètres, appliqués à des chevaux, peuvent donner, d'après M. Bouley, 48 grammes de pus en vingt-qualre heures. On en met, suivant les cas, cinq ou six à la fois pendant six jours, ce qui fait une spoliation de 2000 grammes de liquide dans un assez court espace de temps. De pareils moyens ne peuvent être sans énergie, et, en réalité, leur puissance curative est trèsgrande.

Quand on étudie ce qui concerne la révulsion et la dérivation, il y a deux choses à approfondir :

1° La nature des agents de révulsion; 2° Le mode d'action des agents révulsifs.

1° Agents de révulsion. — Les agents révulsifs sont des moyens susceptibles : 4° de détourner l'afflux sanguin d'une partie enflammée; 2° de développer dans un organe une activité fonctionnelle plus grande; et enfin, 3° de produire sur des parties saines une hvpérémie ou une sécrétion humorale abondante.

Tout ce qui augmente la vitalité des parties, attire les humeurs ou détourne le sang, peut devenir un agent de révulsion.

Ces moyens sonthygiéniques, chirurgicaux eipharmaceutiques.

A. Les agents hygiéniques de la révulsion sont : le calorique, l'air, l'eau, les bains chauds et froids, l'hydrothérapie, les frictions de toute nature, les vêtements de laine, l'alimentation, l'exercice qui excite la vitalité des organes locomoteurs, les influences morales, le mariage, la grossesse qui suspend la marche de la phthisie, l'allaitement, etc.

B. Les agents chirurgicaux de la révulsion sont : la saignée du bras et du pied, les sangsues en petit nombre, les ventouses sèches et scarifiées, les ventouses Junod, le séton, les moxas, les cautères.

C. Les agents pharmaceutiques de la révulsion sont : les cataplasmes, l'ortie, les acides, la moutarde, l'huile de croton, le tartre stibié, l'ammoniaque, les vésicanls, la potasse, la poudre de Vienne, agissant sur la peau et sur le tissu cellulaire ; ceux qui agissent sur les muqueuses et sur les organes sécréteurs sont : les sudorifiques, les diurétiques, les sialagogues, les vomitifs, les purgatifs salins ou drastiques dont l'action est évidente, les dépuratifs, les fondants et les résolutifs, dont l'action, moins appréciable, n'est pas moins certaine, et qui agissent sur la vitalité des tissus.

2° Mode d'action des révulsifs. — Quelques médecins n'ont jamais voulu voir dans la révulsion que la sortie de?s humeurs occasionnelles de la maladie. C'est une erreur. La révulsion produit aussi une modification de la vitalité des tissus. En effet, quand on examine le genre d'action des révulsifs, on voit qu'il n'est pas toujours le même et qu'il faut l'étudier, tantôt dans l'organe impressionné par le révulsif, et tantôt dans ceux qui en ressentent les effets indirects ou secondaires.

1° Les révulsifs produisent la déviation du cours du sang et l'anémie d'un tissu (saignée locale, bains de pied très-chauds pouvant amener la syncope) ; la congestion (cataplasmes ou bains) ; les hypersécrétions (sialagogues, diurétiques et purgatifs) ; l'hyperesthésie (plantes acres, ortie piquante, sinapisme, etc.) ; l'excitation sans douleurs (stimulants, antimoniaux, tartre stibié) ; la phlegmasie (érythème, vésicules, bulles, pustules) ; les phlegmasies purulentes (cautères, feu, etc.) Dans ces cas, l'action révulsive est une suractivité vasculaire, nerveuse, véritable action vitale dont les effets ne peuvent être contestés.

2° La révulsion produit des phénomènes indirects variables.

Parfois elle excite tout l'organisme et même l'organe malade. C'est un effet de la sympathie, mais le fait est rare. Dans les cas ordi-

naires, elle apaise les désordres occasionnés par l'état morbide et provoque un salutaire antagonisme, d'où le nom de méthode antagonistiqne qui lui a été donné par Hufeland.

Le tartre stibié à baute dose, la digitale, etc., sont des controstimulants, dont l'usage apaise beaucoup les maladies imflammatoires et diminue notablement la fréquence du pouls.

Si la révulsion ne produit pas toujours l'effet qu'on en altend, c'est qu'on ne sait pas assez quelles sont les causes de la variabilité du phénomène, et qu'on n'a pas appris à neutraliser ou à éviter les motifs de cette inconstance. Pour obtenir de bons effets au moyen de la révulsion, il faut tenir compte des dispositions de l'organe malade, de l'état général de l'organisme, de l'espèce du révulsif à employer, et du lieu où l'on croit devoir agir, conditions que M. Guérin (de Mamers) a étudiées avec un rare talent d'observalion.

Circonstances relatives à Vorgane malade. — Quand un organe est très-malade, les révulsifs risquent d'augmenter sympathiquement l'état morbide, et il faut commencer par les sédatifs. Ainsi, on ne commence pas le traitement d'une pneumonie ou d'une pleurésie par l'application d'un vésicatoire. C'est un moyen à réserver pour la fin de la maladie, lorsque la résolution ne se fait pas assez rapidement.

A ses débuts, une irritation faible peut être arrêtée par les révulsifs, c'est là le cas de certaines maladies héréditaires qu'on prévient par des exutoires.

Quand une maladie, ayant perdu son intensité, passe à l'état chronique, c'est le cas d'employer les révulsifs pour prévenir les dégénérescences organiques. Exemples : un vésicatoire sur une hydarthrose ancienne, sur une sciatique rhumatismale, sur la poitrine occupée par une pleurésie, etc.

Circonstances relatives à Vétat général de l'organisme. — Un état fébrile très-violent, une grande pléthore et une vive sensibilité excluent l'emploi des révulsifs énergiques, et demandent de grands ménagements dans leur usage.

Quand, au contraire, les forces sont abattues, c'est le moment de recourir à la révulsion la plus active.

Du choix des révulsifs. — On doit toujours choisir le révulsif dont l'effet est en rapport avec l'accident à détruire. Exemples : la congestion par la saignée, et un flux par une sécrétion antagoniste.

Il faut toujours choisir le révulsif dont l'énergie soit proportionnée

à celle du mal qu'on veut détruire : cataplasmes, bains, vésicatoires, cautères, feu, etc.

L'action du révulsif doit être assez forte pour détruire le mal auquel on l'oppose, mais il faut prendre garde qu'elle soit assez violente pour provoquer sympathiquement une réaction nuisible ou dangereuse.

Les révulsifs n'ont pas besoin de produire sur la partie où on les applique, une action aussi forte que celle du mal pour lequel on les emploie.

La persistance d'action des révulsifs est nécessaire à leur efficacité.

Pour agir avec efficacité, les révulsifs doivent être étendus s'ils sont superficiels, et profonds, au contraire, quand ils sont étroits.

Les révulsifs destinés à produire, une hypersécrétion cutanée, n'ont de bons effets que s'ils donnent des produits suffisants et de convenable qualité.

Circonstances relatives au lieu d'application des révulsifs. —

Les parties où l'on met les révulsifs doivent avoir une vitalité suffisante.

Les révulsifs ne doivent être appliqués que sur des parties saines et exemptes de maladie antérieure.

Plus la vitalité d'une partie est grande, plus la révulsion produite par son excitement est puissante.

Quand on veut rappeler une maladie extérieure dont la suppression donne lieu à des accidents graves, c'est sur le siège primitif de l'affection que l'on doit appliquer le révulsif.

Quand une affection est récente et intense, les révulsifs doivent être appliqués à une grande distance du lieu malade.

Quand les affections légères, sans réaction générale ou ayant pris la forme chronique, menacent de désorganiser les tissus et qu'elles ont résisté aux révulsifs éloignés, c'est près du siège de l'affection locale qu'il faut agir.

Enfin, si la nature dirige ses efforts dans un sens utile au malade, il faut que la révulsion ne nuise pas à ce travail favorable et le serve si cela est possible. « Quo natura vergit eo ducendum. »

Tels sont les principes de l'emploi des révulsifs, ce que l'on pourrait appeler aussi les lois de la révulsion parfaitement exposées de nos jours par M. Gintrac. Il y a encore beaucoup à faire à cet égard. Il faudrait, par exemple, déterminer le rapport qui existe entre l'impulsion révulsive et l'acte curatif. Mais c'est là une chose difficile, car entre l'effet produit et le moyen employé, il y a pour intermédiaire, la nature vivante, qui engendre toujours un effet

individuel sous l'influence d'une cause générale. Sans prétendre aller aussi loin, on peut se borner à étendre les recherches cliniques à la détermination des circonstances propices ou défavorables à la révulsion, et, dans ces limites, l'observation peut encore beaucoup pour les progrès de la science.

Quoi qu'il en soit, la révulsion et la dérivation existent et reposent sur deux ordres de faits, les uns naturels ou spontanés, et les autres accidentels provoqués par le médecin. Elles n'ont rien de constant, ce qui les rapproche de tous les autres phénomènes vitaux, morbides ou curatifs. Nier la révulsion, parce que des agents révulsifs ne révulsent pas toujours le principe morbide qu'on voudrait détruire, ne prouve rien. Autant vaudrait nier les propriétés narcotiques de l'opium et les propriétés stimulantes de l'alcool, parce qu'il arrive souvent au premier d'exciter, et à l'autre d'endormir.

Ce ne sont là que de faibles objections. La révulsion est un fait vital, qui relève de la force individuelle toujours très-difficile à déterminer, et l'acceptant comme vraie, d'après les observations de l'homme souffrant , nous devons y voir la confirmation de la doctrine qui accorde un rôle actif à la nature dans la guérison des maladies. C'est pour cela que nous l'avons fait connaître comme une des bases les plus solides du naturisme hippocratique.

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