CHAPITRE Xt
ALBUCASIS
Albucasis, médecin arabe, natif de Cordoue, vivait au commencement du xne siècle et mourut en 1122.
Imbu des idées de Galien, de Paul d'Égine et de Rhazès, qu'il reproduit presque littéralement, il écrivit un abrégé de médecine théorique et pratique qui est surtout remarquable par le traité de chirurgie qui le termine.
Dans la partie médicale se trouve la reproduction des chapitres sur les maladies des enfants, sur les maladies arthritiques, sur les
DES NATURISTES — ALBUGASIS 257
médicaments capables de causer la mort, et sur la petite vérole de Rhazès.
Sa chirurgie, récemment traduite parle docteur Lucien Leclerc, est infiniment plus originale, et les éloges que lui donne Fabrice d'Acquapendente n'ont rien que de très-mérilé. On y voit beaucoup de figures de chirurgie. Par ce médecin s'est opérée la réintégration dans la pratique d'opérations importantes depuis longtemps négligées. Il a extirpé le polype du nez ; il a fait la bronchotomie ; il a employé la pierre infernale et a lait pour la cautérisation plus qu'on avait encore jamais osé faire.
Pour lui les caustiques ne devaient jamais être employés que chez les sujets d'une constitution sèche et chaude. Tous les métaux étaient bons pour cautériser par le feu, mais sa préférence fut pour le fer rouge. Il remployait dans le tic douloureux, aux commissures des lèvres ou derrière les tempes; dans la cataracte en brûlant le sommet de la tète ; dans les luxations spontanées autour des articulations; dans la lèpre noueuse ; dans les ulcères cancéreux à leur circonférence; dans les hémorrhagies, conjointement avec la division du vaisseau, les stypliques ou la ligature qu'on attribue généralement à Ambr. Paré; dans les déviations de la colonne vertébrale ; et, dit Éloy, dans les hernies.
Dans ce livre, composé de trois parties, la première est relative à l'emploi du cautère, la seconde traite des opérations qui s'exécutent avec l'instrument tranchant, et la troisième est consacrée au traitement des fractures et des luxations en général abandonnées à des ignorants pour lesquels on avait un profond mépris. Il est le seul des auteurs anciens, dit Éloy (loc. cit., t. I, p. 72), qui ait donné la description des instruments de chirurgie et parlé de l'usage qu'il convient d'en faire à chaque opération. Il ne se borne point au manuel, il pousse son attention plus loin, car il avertit du danger auquel on est exposé en opérant. Toutes les fois qu'il en prévoit quelqu'un, il en indique les causes et fait connaître les moyens qu'on doit employer pour les prévenir ou les dissiper. Tout cela lui a mérité une réputation qui est passée jusqu'à ses ouvrages ; c'est d'eux que les chirurgiens du x\T siècle ont tiré la plupart des choses qu'on apprécie dans leurs écrits.