‹ Histoire de la mâedecine et des doctrines mâedicalesChapitre 49 sur 119 · VAN HELMONT · texte numérisé non relu

VAN HELMONT

Sommaire : Sa vie. — Sa philosophie. — Sa chimie et sa physique. Principe qui meut la matière et engendre les formes. Constitution des corps, des éléments et des gaz. — Sa médecine. De l'archée, des ferments, nature du principe de vie, force spécifique de chaque semence. — Blas général, altératif et moteur, ou force altérante et motrice. — Vivificalion du sang. — Puissance inhérente à chaque organe. — Siège de l'âme sensitive au centre épigaslrique. — Il y a six digestions de l'aliment. — Des vents intestinaux. — Nature des maladies, valeur de l'anatomie pathologique; gale. Épine de la pleurésie, germe de 11 goutte. — Alliance de l'âme immortelle avec l'âme sensitive. Effets vénéneux du fruit défendu. — Action du gouvernement ou sympathies. Égarements de l'école anatomique. — Nouvelle matière médicale créée par la chimie. — Action dynamique des médicaments.

Trente-six ans après la mort de Paracelse, naquit un homme éminent qui, s'inspirant des doctrines alchimiques et médicales de ce réformateur, devait continuer son œuvre tout en croyant jeter les bases d'un système nouveau : ce fut Van Helmont.

Ce médecin, né à Bruxelles en 1577, perdit son père à l'âge de trois ans, et malgré les instances de sa mère qui le suppliait de rester grand seigneur, il se livra à l'étude avec toute l'ardeur d'un roturier. Profondément versé dans la connaissance des langues grecque, latine et arabe, il s'occupa successivement de philosophie, de magie, de sciences naturelles, et enfin de médecine. Doué d'une imagination très-vive peu en rapport avec les exigences sévères du travail des sciences, il ne tint pas assez compte de la tradition et se montra trop dur pour le passé. Comme Paracelse il prétendit faire table rase de tout ce qui avait été fait avant lui pour asseoir les fondements d'une science nouvelle. Ce sont là des prétentions que ratifie bien rarement l'histoire. Chaque science est une souche vivante qui, recevant toutes les greffes conformes à sa nature, pousse de nouveaux rejetons, perd de vieilles branches et conserve une vitalité que ne sauraient à leur gré détruire les réformateurs. Est-il bien sûr d'ailleurs que ceux qui prétendent ainsi détruire et faire table rase de toutes leurs anciennes connaissances pour fonder un système, dépouillent le vieil homme autant qu'ils le pensent et ne se servent pas contre le passé qu'ils renient de ce que le passé leur a transmis de beau, de solide et de vrai? Van Helmont, tout entier à ses études, se crut le pouvoir de renouveler la médecine. Son organisation impression-

nable et rêveuse devait lui fournir cette illusion. Surexité par son ardeur, il eut, comme Pascal, Socrate et tant d'autres intelligences de premier ordre, des extases, des visions scientifiques dont il avait conscience et qu'il raconte dans ses œuvres, ce qui l'a fait considérer par quelques aliénistes comme un fou à mettre sur la liste des génies dont s'honore l'humanité et qui, pour eux, ne sont que des esprits différemment malades. Malgré sa vivacité d'imagination, son ardeur de réforme et ses convictions, Van Helmont resta dans la lutte aussi modéré que Paracelse son maître le fut peu, et sut toujours, en attaquant les doctrines de ses adversaires, respecter leurs personnes.

Sa méthode est celle de l'observation. Il proteste avec force contre les écarts du raisonnement des écoles de son temps, et, s'il ne sut pas toujours s'y conformer lui-même, du moins a-t-il fait effort pour y ramener la science. « La logique des écoles n'enfante que jactance et désordre. Celui qui m'enseigne la préparation de la pierre calaminaire me démontre quelque chose, mais celui qui aligne un argument en Barbara, que m'apprend- il, sinon une science de mots?... » Van Helmont est peu connu à cause de la lecture difficile du style de ses œuvres. Il n'a pas été traduit, et l'on n'a de lui que des études biographiques incomplètes. Il en est plusieurs cependant toutes modernes, par MM. Guislain, Marinus, Michéa, Chevreul, Bordes-Pagès et Cap, qui commencent à montrer ce savant sous son véritable jour. Nous distinguerons surtout celle qu'on doit à M. Bordes-Pagès, l'auteur de la belle étude sur Paracelse dont j'ai eu occasion de parler (1). Elle nous montre dans Van Helmont le philosophe, le chimiste et le médecin.

En philosophie, Van Helmont est l'adversaire d'Aristote et de la logique avec laquelle les écoles de son temps croyaient faire avancer la science. Un syllogisme ne prouve rien, et l'observation directe appliquée à l'étude des faits lui semble infiniment préférable. Voici comme il comprend le principe qui meut la matière et engendre les formes :

« J'entre dans une maison déserte, dit-il, il me faut balayer les immondices qu'on y a laissées, rechercher ce qui est inconnu, écarter les mauvaises traditions et vérifier exactement chaque objet en détail. » {Causœ et initia naturalium, p. 27-32.)

« Jusqu'à ce jour, les écoles ont attribué la génération de tous les corps aux mélanges des quatre éléments : l'air, la terre, le feu

(1) Revue indépendante , 4 846. Tout ce qui est compris entre guillemets est traduit par M . Pages.

et l'eau. Aristote distingue quatre causes.: la matérielle, la formelle, Y efficiente^ la finale. Il prétend que le principe du mouvement et du repos, dans le corps, est quelque chose qui est inhérent par soi et non par accident.

« Tous ces principes sont erronés : la nature est un ordre de Dieu, par lequel une chose est ce qu'elle est et fait ce qui lui a été commandé de faire.

« On se figure dans les écoles le premier moteur comme un être qui, immobile lui-même, pousserait de son bâton les divers corps de la nature. Cette conception est toute idolâtrique. Le glorieux moteur de l'univers, par le seul effet de sa volonté, a mis dans les objets une vertu, une puissance, un agent d'après lesquels ils se meuvent ensuite d'eux-mêmes. Et en réalité il n'y a que deux causes : la matière et Y agent.

« L'agent, c'est la force séminale, Yarchée, ou le principe créé de Dieu, qui fait qu'une chose est et devient spécifiquement ce qu'elle doit être. Chaque animal, comme chaque végétal, comme chaque minéral, a un ouvrier, un Vulcain, un architecte intérieur, une aura cachée, un principe recteur qui constitue le noyau spirituel de l'objet et dont les éléments extérieurs ne sont que l'écorce et la gousse. C'est donc l'archée qui opère dans la matière séminale le travail générateur qui se revêt d'un vêtement corporel, qui règle les formes, les propositions, les instincts du nouvel être, et qui transforme tout dans le corps, d'après son type ou son image. » (Archeus fàber, p. 33-34.)

« La matière, c'est l'élément auxiliaire ou corporel à l'aide duquel le principe séminal se développe. Elle constitue ces eaux desquelles sortent tous les corps de la nature, et dans lesquelles ils sont plus tard ramenés tous, par le moyen des principes recteurs. Par là s'explique ce texte de la Genèse, où il est dit que le souffle de Dieu (c'est-à-dire les principes actifs) flottait sur les eaux.

« L'archée et la matière sont deux causes qui ne peuvent agir l'une sans l'autre -, et toutes deux ensemble forment l'être concret. « Aristote prétend qu'un être vivant naît de la corruption d'un autre vivant par la chaleur... Mais premièrement, la mort n'est point une corruption ; c'est une cessation de la vie. L'archée s'envole ou s'éteint comme un flambeau, sans que la corruption l'atteigne. C'est seulement après que le corps en a été délaissé qu'il tombe en ruines et perd sa forme.

« Alors, des ferments étrangers qui toujours méditent le changement, étant apportés par l'air, introduisent la corruption dans la matière morte; ils l'imprègnent de leur odeur et y étouffent le baume

vital, à moins qu'on n'associe les chairs à des substances fixes comme du sucre, du miel, du sel. Ce sont donc ces fragments qui, attaquant la matière privée de vie, la désagrègent et la disposent à recevoir de nouveaux esprits.

« Les anciens ont méconnu ces ferments, et de là leurs vaines idées sur les effets de la corruption. Mais il est certain que la matière peut se corrompre sans engendrer des êtres vivants, et que ceux-ci peuvent mourir sans que leurs corps se corrompent.

« Quant à la chaleur, elle ne féconde que par accident; elle ne sert qu'à exciter l'architecte séminal qui organise l'individu selon le type de son espèce. Prendre la chaleur pour cause, c'est prendre la lime pour le serrurier.

« Le père lui même n'est pas le générateur de l'enfant; il ne fournit que le ferment séminal, il n'est que l'occasion de sa génération. Si la matière seule produisait l'être nouveau, on verrait les parents estropiés produire des enfants mutilés comme eux. Mais le véritable générateur du nouvel être c'est un Vulcain intérieur, créé de Dieu, et dont la forme est incorruptible; il est immédiatement efficient dans l'embryon, et persiste avec lui jusqu'à la mort. Sans cet architecte caché, le ferment séminal livré à lui-même tomberait en putréfaction.

« Dès lors, au lieu de dire avec Aristote que ce qui engendre est autre chose que ce qui est engendré, il faut dire, au contraire, que ce qui engendre fait partie de V engendré. »

Cette philosophie se rapproche singulièrement de celle de Paracelse; et, quoi que puisse dire son auteur, on en retrouve l'origine dans les livres d'Hippocrate et de Galien. Tous admettent une force première, principe de toute forme individuelle, ayant pour aide une faculté ou un agent susceptible de modeler la matière. Le langage n'est plus Te même ; les mots de terre, d'eau, d'air et de feu, employés métaphoriquement, comme ceux de soufre, de sel, de mercure dont se servait Paracelse, prennent une signification différente qui permet l'équivoque; mais si l'on tend à pénétrer dans l'esprit des doctrines au lieu de s'en tenir à la lettre, on ne tarde pas à être convaincu qu'elles ont une origine commune, et que, semblables aux individus que modifient les âges, les lieux, les climats, l'éducation, elles se sont métamorphosées par l'action du progrès dans la succession des siècles.

Dans ses études sur la constitution intime des corps, sur leurs éléments, sur les gaz qu'il commence à connaître, Van Helmont dit :

«. Les écoles se préoccupent de cette question : si chaque élément

perd ou non ses qualités dans le mixte, et s'il y a lutte ou combat entre eux,... Mais un élément c'est ce qui ne se résout en rien, et qui reste le même à quelque opération qu'on le soumette. C'est à tort que Paracelse a prétendu que l'eau en s'évaporant s'annihile; j'ai vu l'eau vaporisée se condenser de nouveau et conserver exactement la même quantité qu'auparavant. L'or, à quelque opération qu'on le soumette, se trouve toujours avoir le même poids: Quand on décompose le verre, on y trouve toujours la même quantité de sable et de cendre qu'on y avait employée. Un élément n'en détruit point un autre. Dieu aime la concorde et l'harmonie : la guerre des éléments est un conte de vieille. » (Elementa, p. 42.)

« Mais les éléments peuvent s'imbiber l'un de l'autre; l'eau se loge dans le vide de l'air. Mais l'air ne se change point en eau dans les cavernes pour y former l'origine des fontaines, comme le prétend Aristote. C'est la terre humectée qui, du fond des mers, rapporte l'eau au sommet des montagnes par des veines intérieures, de sorte que l'eau jaillit quand on ouvre ces veines.

« Chaque élément reste donc ce qu'il est; il n'y a que les esprits séminaux qui puissent y opérer des transmutations. L'alcahest de Paracelse convertit en eau les corps les plus solides. C'est ainsi que, selon la nature de l'esprit séminal (c'est-à-dire des agents spécifiques), les eaux qui, d'après la Genèse, sont la matière première élémentaire, peuvent être changées en toutes sortes de terres, de plantes, de fruits, d'animaux, de météores. En voici un exemple ; une branche de saule du poids de 5 livres plantée dans un vase contenant 200 livres de terre, et arrosée seulement d'eau de pluie ou d'eau distillée, pesa au bout de cinq ans 169 livres, et la terre n'avait perdu que 2 onces de son poids. L'eau donc s'était convertie en 164 livres de bois. » (Complexionum atque mistionum elementalium figmentum, p. 88.)

« Le feu et la lumière paraissent être de même nature, et ne

différer entre eux que par la connexion et l'intensité. Ils sont un être neutre, qui est moins une substance et plus qu'une simple propriété.... Aussi le feu ne se nourrit pas; il ne transforme rien en soi; son rôle est de séparer; il détruit toutes les semences; il change en gaz leurs matières combustibles. »

Ayant vu diminuer l'air d'une cloche où brûle une bougie, il devine que ce n'est plus un élément simple et qu'il renferme des parties qui se détruisent par la combustion. C'est en germe la découverte de Lavoisier. « Alors Vair passerait à quelque chose de plus simple et d a)itérieur à lui, et il cesserait d être élément. »

C'est lui qui invente le mot de gaz pour désigner un fluide plus subtil que les huiles essentielles, ayant un principe intime qui le fait autre qu'une simple vapeur, et sous le nom d'esprit sauvage (acide carbonique), il fait connaître « le gaz qui se développe dans la combustion du charbon, dans la fermentation du moût des raisins, dans celle du miel, des fleurs, des fruits, et des feuilles contuses, et qui éclate en mille atomes de l'explosion du salpêtre, du soufre et du charbon combinés. »

Le mécanisme de l'évaporation spontanée de l'eau amenant la pluie était connu de lui.

« Il y a un gaz de l'eau qui, même sous un froid glacial, ne laisse pas de s'évaporer.... On sait quelle mauvaise odeur répandent certains nuages dans les régions basses ; il faut qu'ils s'élèvent et se subtilisent pour se débarrasser des miasmes fétides qui pourraient donner la mort aux créatures vivantes. C'est dans l'air que se fait ce départ. L'air, c'est le firmament de la pensée, qui sépare les eaux d'avec les eaux; il contient diverses couches de gaz aqueux qui sont les sources de la grêle et de la neige.... Le blas des astres (leur influence) en ouvre et en ferme les portes, et chaque astre a les siennes; de là les vents et les tempêtes.

« Mais, dans ce mouvement perpétuel de la nature, aucun élément ne périt ; l'eau descend et remonte de la terre au haut des airs sans qu'une seule goutte se soit perdue depuis l'origine du monde.... Ainsi tous les éléments vivent; ils concourent au bien de l'homme et à la conservation du monde; le fil des actions n'est jamais interrompu, chaque créature obéit aux fins assignées par son créateur, l'homme seul le néglige. » (Blas aquœ, p. 59. — Blas meteorum, p. 65.)

Sans doute ce ne sont là ni la chimie ni la météorologie modernes, et cette intervention de Dieu et des textes bibliques dans la science n'aurait plus de succès aujourd'hui. Mais il faut faire la part des idées de l'époque, et comprendre que dans ces temps de mysticisme général, cet appel à l'examen de toutes choses par l'expérience et par l'observation, exigeait un grand effort d'intelligence. Il faut savoir enfin que ce n'était qu'un commencement de la science, le début d'une physique et d'une médecine nouvelles greffées sur l'ancienne médecine, et que, sans être trop sévère pour des erreurs qui sont celles de l'époque, il faut honorer les premières conquêtes scientifiques de ces vaillants esprits qui n'ont eu de leur vivant que des outrages pour récompense de leurs travaux.

En médecine Van Helmont est le disciple immédiat deParacelse, tant sous le rapport du rôle qu'il attribue aux forces que de l'in-

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lluence des agents substantiels impondérables qui régissent la matière et lui impriment une forme et une destinée spéciales. Aux propriétés spécifiques des corps bruts et des corps vivants dont il repousse l'action sympathique, il substitue, en ne s'occupant que des êtres animés, le fait d'une force première aidée d'un ferment spécial, dirigeant leur matière à la forme prédéterminée.

Tout ce qui vit commence, s'accroît et périt, et suppose un principe recteur qui conduit « la tragédie » de toute créature vivante.

Ce principe recteur, Van Helmont l'appelle Archée ou Arclritecte, c'est-à-dire constructeur des corps; Y Esprit vital; le Vulcain, ou le forgeron qui allume la chaleur vitale et qui fabrique nos membres; Y Être séminal, ou force inconnue, ou propriété spécifique de la semence, ce que de nos jours Blumenback a nommé Nisus formativus ; d'autres, Force plastique, Principe vital, Propriétés vitales, Fluide nerveux, ou Force nerveuse, Magnétisme animal, Électricité animale.

Tous les êtres renferment un semblable principe, d'un ordre plus ou moins élevé suivant leur nature, et auquel obéissent les ferments. Il y a dans cette grande idée, qui plus tard a servi de base aux théories prématurées de Sylvius et de Willis, quelque chose que la science moderne ne doit pas répudier, et dont elle tirera le parti le plus heureux.

« Un ferment est ce qui convertit quelque chose en sa propre forme par une vertu séminale. C'est ainsi qu'un peu de levure imprime son type à toute une masse de farine d'orge et la convertit en bière; puis, quand sa vertu s'est dissipée, cette bière redevient eau.

« Toutefois, ces ferments ne sont point encore la vie ; ils disposent seulement la matière à la recevoir, ils s'emparent d'une substance morte, ils en détruisent la première forme, et la mettent sur le chemin d'une vie nouvelle. Mais le véritable vivificateur c'est une autre aura ou archée, sorte de gaz spirituel, que le générateur inspire à la semence avec sa propre image et la prescience des formes à donner.

ce II est vrai qu'un ferment pousse quelquefois son entreprenante au lace jusqu'à former une âme vivante. Ainsi s'engendrent des poux, des vers, des punaises, hôtes de notre misère, nés soit de l'intérieur même de notre substance, soit de nos excréments. Vous n'avez qu'à boucher avec une chemise sale un vase plein de froment, vous verrez s'y engendrer des rats, produit étrange de l'odeur du blé et du ferment animal attaché à la chemise.... »

A part ce que cette dernière assertion renferme d'inexact, il est

certain que comme loi générale la fermentation est bien, comme le dit Yan Helmont, l'origine du développement d'un très-grand nombre d'animaux ou de végétaux parasites.

Ces ferments agissent sur la matière pour la dissocier ; ils la subtilisent et la transforment en faisant entrer les éléments qui restent inaltérables dans des combinaisons nouvelles.

« C'est ainsi que le ferment de l'estomac rend le sucre acide ; que le poisson convertit l'eau salée de la mer en une chair suave ; que le ferment d'un vase infecte et fait moisir l'eau la plus pure ; que les végétaux changent en bois l'eau de pluie; que les rivières, les fontaines, les étangs conçoivent des semences; que la rosée devient sucrée ; que le vent lui-même, incorruptible à l'air, est altéré sous terre.... Les ferments, par le moyen de la vertu séminale, jouent donc toutes sortes de rôles sur la scène du inonde. » (Imago fermenti imprœgnet massam semine, p. 90.)

Il faut savoir qu'en accordant à la fermentation une si grande part dans la manifestation des actes vitaux, Van Helmont ne se méprend pas sur la signification du phénomène qu'il signale, car il le considère comme un effet d'une cause plus puissante, c'est-à-dire du principe recteur de l'animalité, y compris l'homme, ou, si l'on veut, de Varchée. Ce principe, ou esprit vital, est plus qu'un simple accident de la matière et moins qu'une substance impérissable ; car, ainsi que M. Pages le remarque, Van Helmont n'accorde le nom de substance :

« Qu'à ce qui n'est annihilable ni par la puissance de la nature, ni par celle de l'art ; en sorte qu'il n'y a que les esprits immortels qui soient véritablement substances, c'est-à-dire appelés à toujours subsister. Il prétend que l'âme vitale, de même qu'une lumière, s'allume au moment de la conception, sous l'influence du ferment fourni par les parents ; qu'elle préside au développement du corps, dure autant que la vie, et s'éteint avec elle. Notre corps est donc un logement qui organise une aura spéciale, un principe moteur, ce xb svopjxov d'Hippocrate; dites agent nerveux , si vous voulez , cela ne changera rien aux faits. Puis, quand le logis est suffisamment préparé, Fàme ou l'esprit immortel, qu'il faut bien distinguer de l'àme vitale, vient l'habiter en s'unissantà celle-ci. »

Chaque être a sa force particulière qui le maintient ce qu'il est, ce que Paracelse appelait son esprit spécifique ; esprit d'un ordre différent, plus ou moins élevé, d'après le rôle qu'il doit remplir. De cet esprit résulte la spécificité de chaque semence, et il y en a quatre espèces, ce qui, pour Van Helmont, constitue quatre degrés dans la forme et dans la hiérarchie des créatures.

« 1° La forme essentielle. C'est le cas des êtres dont le caractère essentiel est d'avoir une forme arrêtée : ainsi les cristaux, le soufre, les liquides, les terres.

« 2° La forme vitale. C'est quand les êtres ont déjà un prélude de vie, par exemple les aliments.

v( 3° La forme substantielle. C'est le cas des animaux qui vivent, sentent et se meuvent, c'est-à-dire des êtres qui, avec une forme déterminée, ont quelques attributs d'une substance bien qu'ils soient périssables.

« 4° Enfin la substance formelle, c'est-à-dire un esprit immortel, qui est uni à un corps sous une forme donnée : c'est le cas de l'homme. » (Formarum ortus, p. 104.)

Le mot forme indique ici la destination des êtres ayant des forces spécifiques graduées. D'après M. Pages, ce ne sont d'abord que des forces inférieures arrêtant les formes du inonde inorganique, puis des forces plus parfaites créant la vie latente dans le monde organique non animé ; ailleurs, des forces s'élevant presque aux fonctions d'âme substantielle, et les quatrièmes enfin constituant des individualités impérissables qui procèdent d'une lumière supérieure et éternelle, source de toute vie.

Il y a entre ces forces des rapports intimes et immédiats.

« Bien que l'archée d'un être vivant soit éteint, son cadavre cependant conserve quelque chose de sa vie première, et quand il sert d'aliment à un nouvel individu, il transporte chez celui-ci ce reste de ses qualités. Ainsi, un goût de chou se conserve dans la chair du lapin qui en a été nourri; le porc a le goût des coquillages qu'il mange sur le bord de la mer; la grive, celui du genièvre ; le poisson des marais sent la vase. Les aliments, en devenant une partie de nous-mêmes, gardent donc un reste plus ou moins obscur de leur vie première ; c'est ce que Van Helmont appelle une vie moyenne, c'est-à-dire qui est entre celle de l'individu d'où ils proviennent et celle du nouvel être dans lequel ils sont entrés, et il appelle ambulantes ces qualités qui passent d'un être à l'autre.

« Eh bien, c'est de cette vie moyenne que résultent la puissance des médicaments et la cause des maladies ; car l'hôte étranger qui a logé sa vie en nous irrite notre archée par sa présence, et le porte à se perdre par ses propres fureurs. Les poisons, par exemple, introduisent en nous leur propre vie, ils oppriment la nôtre ;ou bien, par une connexion qu'ils contractent avec elle, ils l'entraînent dans leur sphère d'action, ils l'imprègnent de leur image, de leur contagion, de leur propre lumière (ou vertu), et ne faisant qu'une seule unité, tantôt ils font prédominer Vidée canine (hydrophobie), tan-

tôt ils lui t'ont produire des cancers et bourreler le corps. Quelquefois ils excitent de vives idées de fureur, sans matière palpable de fièvre. »

Au-dessous de YArchée qui ordonne et coordonne, il y a donc le ferment qui sert de moyen d'action. Chez l'homme, cette action constitue la vie, c'est-à-dire une force générale, Blas humanum ou Blas humain, divisé en Blas alterativum ou Blas altèratif, et Blas motivum ou Blas moteur, désignations qui s'appliquent à la vie végétative et à la vie de relation admise par tous les physiologistes. Seulement, la manière dont Van Helmont comprenait la vie végétative et la circulation qui en est la base ne saurait être acceptée, puisque le cours du sang ne lui était pas connu, et qu'il en était réduit à discuter les hypothèses de Galien sur le rôle de l'air enfermé dans les artères.

Ses idées à ce sujet différaient cependant des idées reçues.

« L'air respiré n'est pas destiné, comme le dit l'école, à empêcher que le sang ne s'enflamme pas trop sous l'influence du feu vital. Un soufflet anime le feu au lieu de le rafraîchir, mais l'air introduit par la respiration sert à séparer, à évaporer les parties du sang qui ne se convertissent ni en chair ni en esprit vital. Le sang, pour se volatiser, a besoin de deux ailes d'air et de ferment, sinon ses résidus formeront des nodosités, des squirrhes, des apostèmes, causeront la fièvre et l'asthme.... L'hiver nous mangeons davantage, parce qu'alors l'air est plus dense, la respiration plus active, et, par conséquent, les séparations (sécrétions) le sont aussi.

« Les aliments et les boissons s'élèvent donc peu à peu au grade de chyme, de chyle, de cruor veineux, de sang artériel, d'éther très-subtil ou d'esprit vital qui sert de lit à l'âme immortelle. Ainsi se continue ce Vulcain de la vie par les perfections successives et appropriées. Autant le sang veineux diffère du chyle, autant le sang artériel diffère du veineux.

<( Un aliment mis directement dans les artères ou dans les veines n'y deviendrait pas du sang; il a besoin d'être élaboré dans le cœur, vivifié et individuellement illuminé. L'esprit du vin nous enivre, parce que cet étranger, introduit tout à coup dans le cœur et la tête, n'a pas été préalablement travaillé dans les officines d'une manière suffisante.

« Et il ne faut pas regarder l'aliment comme une rosée que les vaisseaux sanguins répandent sur les parties : chaque animal, au moyen de son ferment, fait du même pain une conversion différente; mais, de plus, l'esprit vital lui imprime, dans chaque partie, le cachet de sa destination spéciale. Ainsi l'esprit optique (l'inner-

vation rétinienne), quoique de môme nature que celui du goût, ne sait pas goûter, ayant reçu d'autres attributions. Le même esprit devient donc tactile à la main, gustatif à la bouche, visuel dans l'officine optique, moteur dans la moelle épinière, etc., selon la fonction spéciale de la partie.

« Il possède une salure balsamique qui le garde contre la corruption. Mais ce n'est point en tant que salé que l'esprit vital remplit ces fonctions, mais en tant qu'illuminé de vie, c'est-à-dire pourvu d'une lumière, non pas brûlante, ou ignée, ou visible par ses rayons, mais d'une lumière formelle, spécifique, qui individualise, et il y a autant de ces lumières qu il y a de créatures vitales. Il existe devant Dieu une république et des légions innombrables d'esprits lumineux ; car il y en a plus encore que nous ne voyons de corps sublunaires.

« Il est donc ridicule de confondre la lumière vitale (force vitale' avec la chaleur. S'il se produit des érysipèles qui semblent brûler, ou bien des gangrènes, des eschares, des érosions, c'est en vertu de sels vitaux corrosifs, dégénérés, mis hors la loi, proscrits de la république vitale: le sang dissous devient alors ichor, virus, ictéritie; la nature corrompue dans son propre blas (force altérante ou motrice) s'irrite, prend les armes contre elle-même, et se blesse d'une infinité de manières. Aussi ces accidents ne se voient-ils que chez les vivants, et nullement dans le cadavre. » (Endemica, p. 155. — Spiritus vitœ, 157.)

Tout en admettant que la vie imprime aux organes la direction nécessaire à la fin de l'être vivant, Van Helmont n'a pas, comme on l'a dit si légèrement, délaissé l'étude des organes. Il insiste tout particulièrement sur leurs propriétés différentes, qu'il considérait presque comme des entraînements passionnés irrésistibles, et c'est là ce qui l'avait conduit à reconnaître dans chaque organe une force en rapport avec ses fonctions. Cela n'est pas si ridicule que de sols historiens veulent le faire croire, car enfin il est bien évident, comme l'a dit Bordeu, que les glandes hépatiques, rénales, pancréatiques, salivaires, ont des propriétés différentes, et qu'elles sont l'agent par lequel l'être pourvoit instinctivement, et fatalement, à ses besoins.

L'estomac a une activité et des qualités particulières. C'est un viscère vivant, qui goûte, flaire et prend ou repousse les aliments. L'utérus réagit sur toute l'organisation de la femme (pr opter solum uterum est mulier id quod est). C'est le point de départ de l'hystérie, etc.

Entre tous, l'estomac, en outre de ses qualités spéciales, a une influence particulière sur tout le corps C'est en quelque sorte le

siège de Vàme sensitive, en ce sens que, bien que toutes les parties soient vivantes, soient sensibles, c'est surtout dans ce viscère que retentissent les contre-coups des passions, des troubles des autres organes, des miasmes et des poisons.

A cette occasion, Van Helmont, indiquant l'action des troubles de l'âme sensitive sur l'intellectuelle, donne cette définition de la folie, reproduite à notre époque par M. Moreau : « La folie est le songe de l'homme éveillé » (dementia nihil nisi somnium vigil, p. 247).

A cette action de l'estomac se joint celle de la rate qui lui envoie son ferment, en sorte que les archées de ces deux viscères forment un duumvirat qui réagit sur tout le reste du corps, car toutes propriétés de chaque organe et de chaque tissu, c'est-à-dire les archées secondaires, ne sont que des lieutenants de l'estomac. Leur puissance relève de la sienne; et c'est ce concours dans l'état de santé ou de maladie, qui est l'origine des sympathies sur lesquelles repose l'action de la vie.

D'après ces idées, Van Helmont refait une nouvelle étude de la digestion, dont l'interprétation, faite au point de vue chimique, indique un réel progrès sur les connaissances du temps.

Les écoles avaient admis trois digestions : l'intestinale, l'hépatique et l'assimilatrice. Van Helmont en admet six (sextuplex digestio alimenti humani, p. 167). La digestion de l'aliment humain a six degrés ; elle se fait dans six officines, dont chacune a

son ferment et abhorre le ferment de la partie voisine Non qu'il

y ait jalousie 'entre les ferments, mais un amour purement aveugle de la fin que chacun doit remplir.

C'est dans l'estomac que se fait la première digestion. Le duodénum fait la seconde ; la troisième est faite par le fiel, « qui convertit en sel la crème acide de l'estomac » ; dans le foie s'opère la quatrième ; dans le cœur et dans les artères, où arrive Y aura vital, s'accomplit la cinquième, et la sixième enfin se fait dans les cuisines particulières des membres (in culinis singulis membrorum, p. 178). Il y a autant d'estomacs que de membres à nourrir (sunt totidem stomachi quot membra altilia, p. 178). Ces estomacs siègent au dedans de chaque partie solide.

Il serait sans doute puéril de considérer cette manière d'envisager la digestion comme une chose parfaite. Chacun en voit les défauts. Mais, en interprétant le sens obscur de cette physiologie naissante, on voit que si Van Helmont ne connaissait pas les détails de la digestion telle que nous la professons aujourd'hui, il en avait deviné le mécanisme.

Elle s'opère : 1° au moyen d'un ferment (la pepsine) et du suc gastrique dans l'estomac ; 2° au moyen du ferment pancréatique qui émulsionne la graisse dans le duodénum ; 3° à l'aide du fiel qui forme des sels de soude avec la crème acide de l'estomac ; 4° en passant dans le foie pour se mêler à la glycose ; 5° en passant dans le cœur et dans les artères, où arrive Yaura vital, c'est-à-dire l'air introduit par les poumons; 6° enfin dans tous les tissus où s'accomplit l'acte de nutrition moléculaire, terme final de la digestion. Telles sont les six digestions de l'aliment humain.

« Quant aux vents intestinaux, il y en a autant d'espèces que de ferment digestifs différents. Ceux qu'on lâche en rotant ne sont que l'esprit sauvage (acide carbonique) ; ils éteignent une bougie ; ceux qu'on pousse par le bas brûlent au contact d'une lampe allumée avec une flamme qui offre des couleurs diverses, comme l'arc-enciel (hydrogène carboné ou sulfuré). Ces gaz sont une sécrétion de l'intestin, et empêchent les parois intestinales de s'accoler et de se flétrir. »

Qu'est-ce que la maladie ? Les écoles, dit Van Helmont, la définissent une lésion des actions, ce qui est faux; caria lésion d'action est un phénomène secondaire. Dans certaines maladies, quelques diathèses, cette lésion d'action n'existe pas dans l'intervalle de paroxysmes. Il y a des modifications de la vie elle-même dans l'intimité de l'âme sensitive, exemple : les maladies chroniques et héréditaires.

La santé, c'est l'intégrité de la lumière vitale ; la maladie, c'est cette lumière troublée, éteinte ou dégénérée.

Les écoles « catarrheuses » n'ont pas compris ce texte d'Hippocrate, que tout mouvement, tant vers la maladie et la mort que vers la santé, dépend immédiatement de Yimpetum faciens, ou âme vitale (omnem motum ad morborum mortem, atque sanitatem efficienter fieri ab impetum faciente spiritu) ; ni cet autre principe, que les natures elles-mêmes sont les médicatrices des maladies (ipsas naturas esse morborum médicatrices), et par conséquent qu'elles les produisent aussi [morborum factrices). Le poivre, le vésicaloire, le caustique, ne produisent rien sur un mort : c'est donc le principe de vie qui produit les phénomènes de la vésication et ceux de la brûlure. C'est l'archée qui allume la fièvre, qui pervertit ses sucs, ses excrétions, et détermine toutes sortes de lésions, hydropisies, calculs, squirrhes, cataractes, cancers, ulcères. C'est cet impetum faciens troublé qui, excité par une cause occasionnelle, trouble les fonctions et désorganise la matière selon une idée et des fins arrêtées.

Quand un anatomo-pathologiste trouve une lésion des solides, il dit : « Voici un viscère qui pourrissait depuis longtemps. » Et voilà la cause de la mort. Non pas, dit Van Helmont, la vraie cause n'est pas cette altération qu'on voit, mais bien le principe qui l'a produite.

La gale, qu'on traite par des saignées et par des purgations, ne guérit que par des frictions sulfurées qui détruisent un germe contagieux développé dans la peau, dont la pustule est le fruit; de même, les goitres et les cancers qui résultent d'un ferment virulent viciateur des sucs destinés à nourrir.

« Quelle folie de ne combattre que les produits de la corruption et non la racine! »... De même que le ferment digestif, selon son espèce, convertit l'aliment en homme, en chat, en poule, ainsi il y a autant de genres d'altérations qu'il y a de virus différents. Les caustiques agissent en mettant à mort ces ferments étrangers, ces fabricants d'ulcères (scabies et ulcéra scholarum, p. 255). »

Les organes qui donnent accès à l'air, le nez, le larynx, les poumons, ont une faculté gardienne, et quand le froid fait impression sur ces parties, la muqueuse sécrète un suc muqueux qui les protège, etc.

Certaines maladies sont traitées par un seul remède, les saignées répétées, qui ôtent le sang et les forces, et font désister de son travail la nature frappée d'horreur, tandis qu'il vaudrait mieux arrêter le principe même de la fluxion. La pleurésie est de ce nombre. Elle est due à un aiguillon interne, et, de même qu'une épine dans le doigt y attire le Sang et l'inflammation, de même il y a dans la plèvre, métaphoriquement parlant, une épine, c'est-à-dire un acidulé, un venin, un stimulant, qui souille larchée et mortifie la chair. — Si le venin se propage au poumon et l'irrite, la conséquence est semblable, et il se fait une pleuro-pneumonie.

(.( Alors, vous répétez les saignées et les purgatifs pour arrêter l'augment ; et, quant au fond même de la maladie vous l'abandonnez à la nature et aux jours critiques, vous la laissez dégénérer en phthisie; ou bien, si quelque sujet jeune et robuste en réchappe, vous attribuez sa guérison à vos moyens, et vous prenez de là prétexte pour en tuer des centaines d'autres... G'est l'épine radicale, c'est le virus qu'il fallait extirper par un remède balsamique spécial. Une fois cette épine ôtée, aussitôt cessent la douleur furieuse, la fièvre, la toux et les crachats sanguinolents, à moins que l'aiguillon n'ait déjà trop vivement imprimé son cachet dans la partie ou laissé quelque aposthème, qui joue le rôle d'épine à son lour (plura furem, p. 317). » (Traduction de Bordes-Pagès.)

?9K HISTOIRE DE LA médecine

La goutte est de même un caractère morbide imprimé au principe delà vie.

« Elle se transmet inexorable jusqu'aux petits-neveux, et se perpétue séminalement, en sorte qu'un père goutteux, même avant d'en avoir éprouvé les attaques, engendre un (ils goutteux comme lui. Douce ou cruelle, son essence est la même; elle dort longtemps, et ne paraît que quand son fruit est mûr. Aux approches de l'accès, l'esprit vital engendre un acide fermentai, premier indice de corruption (nous disons aujourd'hui acide urique). La région précordiale devient plus susceptible quant aux aliments et à l'air; une fièvre éphémère s'allume : la douleur se fait sentir dans l'articulation, et comme une trompette elle y appelle le suc aqueux du corps, comme pour laver la partie. Le synovie (mot créé par Paracelse) s'épanche et s'agglutine dans le foyer; puis, se desséchant, elle forme ces productions caséiformes, calcaires, crétacées, et d'autres monstres pierreux, qui déforment la superbe structure de l'homme. Les écoles, que font-elles contre cette maladie? Elles répandent à flots le sang, qui est pourtant fort innocenl ; car que de fois ne s'est-il pas renouvelé sans que le germe de la goutte ait été détruit! Elles ouvrent des cautères, elles font des scarifications, elles purgent, et ne font qu'affaiblir le malade et user la vie. La nature, à la suite de ces pertes, saisie d'épouvante, s'adoucit et paraît soulagée, mais bientôt la goutte reparaît anomale et plus formidable. C'est que l'acide fermentai, ainsi que les tufs de l'articulation, ne sont pas la vraie goutte, mais ses produits ; les attaquer, c'est s en prendre aux effets et non à la cause. Quand même vous couperiez le doigt malade, vous ne guéririez pas la goutte. La tumeur suit la douleur et ne la précède pas. C'est dans son essence séminale qu'il faut détruire cette affection.

« Distinguez donc une maladie d'avec ses produits.

« Pour guérir un calculeux, il ne suffit pas d'extraire la pierre de la vessie, il faut détruire la disposition lapidifique des reins qui peut la reproduire ; car c'est l'archée rénal qui engendre le calcul par un égarement de sa fonction. La soustraction de la cause matérielle n'enlève pas toujours la maladie ; quand vous avez retiré l'épée d'une plaie, il faut calmer les fureurs de l'archée, irrité par la présence de cette étrangère.

« Mais, d'un autre côté, la maladie première peut avoir disparu tandis que ses produits persistent, et les effets, à leur tour, deviennent cause de maladie. Aussi le calcul vésical, à litre de corps étranger, peut déchirer l'organe, produire des hémorrhagies et la mort; la sanie d'un ulcère peut corroder des parties saines; et l'eau

de l'hydropique, qui n'est qu'un simple effet, erreur de l'archée des reins, peut en s'amassant suffoquer le malade ; il faut donc s'en prendre tantôt à la maladie, tantôt à ses prodv.its. » (Bordes - Pages, loc. cit.)

Van Helmont s'essaye ensuite à faire comprendre l'alliance de l'àme immortelle et de l'àme sensitive d'après un songe, puis a expliquer l'action du mal physique et de la douleur, ce qu'il fait au moyen du péché originel, en disant que le fruit défendu, de nature vénéneuse, avait eu pour effet d'allumer le feu de la concupiscence, l'insurrection de l'archée et la transmission héréditaire de tous les désordres.

Il n'avait pu observer les malades sans remarquer l'action exercée par certains organes sur les autres, et il donnait à ce phénomène le nom à'actio regiminis, action que la structure ne saurait expliquer.

« Les écoles ne comprennent pas que deux objets puissent agir l'un sur l'autre si elles ne voient pas une chaîne matérielle et continue qui les fait communiquer Ainsi, sans qu'il soit toujours

besoin de connexions et de canaux, nos organes font chacun ce qu'il doit faire ; ils sont entre eux dans une dépendance mutuelle et aveugle J'admets assurément l'imporlance des canaux, des conduits, des actions corporelles; il y aurait de la folie à nier cela; mais il ne faut point perdre de vue Yactio regiminis qui s'exerce dans le corps humain. La barbe vient des testicules, puisque les castrats la perdent ; les eunuques diffèrent de tout au tout des individus entiers. Cependant, entre les testicules et le menton il n'y a ni canaux particuliers, ni fibres, ni vapeurs; non plus qu'entre les plumes du coq ou les cornes du taureau et les testicules de ces animaux. Mais ces organes, de même que l'utérus, agissent sur ce corps par une action sympathique ; ils ont un influx impalpable comme la lune a le sien. »

Toutes les études de Van Helmont devaient aboutir à une nouvelle méthode thérapeutique fondée, comme celle de Paracelse, sur les vertus des simples de chaque substance, c'est-à-dire des principes actifs renfermés dans chaque substance.

Sans croire que la nature puisse tout faire par elle-même pour la guérison des malades, il pense qu'il faut souvent venir à son secours et l'aider dans son travail par des moyens appropriés.

« Tant que ces médecins ont ignoré la pyrotechnie (chimie), ils ont pu dire qu'ils ne faisaient que traiter les maladies ; mais depuis que Paracelse a mis sur la voie des arcanes, ils peuvent se flatter de les guérir. Exemple : le soufre contre la gale et le mercure contre la syphilis, qui avaient été indiqués par Paracelse.

« Pour produire l'ellet médicaleur, le remède n'a pas toujours besoin d'être digéré et absorbé, ni de pénétrer matériellement jusque dans l'intérieur des viscères. 11 suffit que sa présence dans l'estomac fasse impression sur le principe recteur de la vie. Celui-ci, averti par la sensation du remède, modifie ses actes, et produit la médication dans les parties du corps les plus reculées. Plus un remède est subtilisé en atomes, mieux l'estomac en lire parti.

« Les remèdes agissent donc par une éjaculation de leurs forces, par une vertu dynamique, par une odeur, un goût, une effluve, un baume dont l'action est quelquefois instantanée. Quand vous appliquez un emplâtre à une plaie, vous ne pensez pas que cet emplâtre se change en chair; il opère magnétiquement par sa seule présence; il en est de même des remèdes internes. Plus une nature est spirituelle, plus elle est puissante (quo spiritalior, eo potentior est, p. 617). C'est le même principe de Paracelse : moins il y a de corps et plus il y a de vertu médicinale (quo minus est corporis, eo magis virtutis inmedicina). Une substance saupoudrée de sa matière peut communiquer des qualités puissantes à une grande quantité

de vésicules. Regardez à la qualité plus qu'à la quantité Il n'en

est pas en médecine comme en mathématiques : dix fois plus d'aliment ingéré ne fait pas dix fois plus de nutrition On s'étonne

qu'un remède puisse agir aussi subtilement sur la vie. Mais personne n'oserait s'appliquer sur la peau un plumasseau souillé du pus d'un pestiféré. Pourquoi un remède ne ferait-il pas en bien ce que ce virus l'ait en mal? Une piqûre venimeuse n'est presque rien quant à la quantité, et sèche ou humide la dent de l'enragé n'en communique pas moins l'idée contagieuse. De même les antidotes agissent par une vertu séminale, qui efface dans l'archée l'idée morbide que lui avait fait concevoir le venin; mais ils restent eux-mêmes externes par rapport à la vie. » (Bordes-Pagès, loc. cit.)

Chaque substance de la terre renferme un agent, quelquefois un poison, qui devient un héroïque remède entre les mains du médecin qui en a l'intelligence.

Ces puissances médicatrices, emprisonnées au sein des pierres et des herbes, crient vers le Créateur : Nous sommes ici en vain , personne ne vient nous dégager de nos chaînes !

C'est par l'action du feu qu'on découvre ces substances et qu'on reconnaît les propriétés des corps.

Chaque substance a sa vertu spécifique, et une chose n'est un poison que relativement.

Certaines substances renferment plusieurs propriétés qu'on ne peut extraire, ce qui oblige à les donner à l'état de crudité. Ail-

leurs, on se sert de l'eau de l'alcool ou de la calcination pour isoler leur principe d'action ; mais le grand séparateur, c'est le feu, et Van Helmont, pour ce motif, s'appelait philosophus per ignem.

Il n'y a jamais absolue nécessité de saigner, de purger ni d'ouvrir des exutoires. Le vrai remède, c'est celui qui, par une vertu spécifique, détruit le venin excitateur de la lièvre.

« Puisque les chiens ont un ferment digestif qui dissout les os sans léser leur estomac, il ne serait pas impossible de découvrir un agent qui développerait du côté des urines un agent capable de dissoudre la pierre dans la vessie. Nul solide ne résiste à l'action de Yalcahest (réactif secret et inconnu). L'unité du principe de vie nous permet d'espérer que nous découvrirons l'unité du remède, c'est-à-dire une panacée pour toutes les maladies.

« Il y a une force magique magnétique ou sympathique, un éther universel, magnale maynum, qui relie toutes choses, et les tient en correspondance mutuelle, de même que dans une lyre une corde

qui vibre en fait vibrer une autre Au dernier jour, il suffira à

l'auteur de la nature de reprendre les esprits séminaux répandus dans la matière, aussitôt les étoiles tomberont, et le monde actuel périra. »

Si abrégée que soit cette analyse des idées et des doctrines de Van Helmont, elle est suffisante pour établir leur importance, et pour être juste envers ce génie méconnu de ses contemporains, l'histoire doit le placée aux premiers rangs de la phalange de ceux qui ont contribué aux progrès du naturisme.

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