ETUDE SUR STAHL
Sommaire : L'animisme n'est qu'un naturisme transformé. — Prologue sur la philosophie d'Hippocrate. — Éloigner de la médecine ce qui Jui est étrange . — Différences entre le mécanisme et l'organisme. — Distinction du mixte et du vivant. — Justification des doctrines de l'auteur. — Vraie théorie médicale comprenant : la vie et la sanlé, les tempéramenls, les choses non naturelles, les passions, les maladies, surtout les hémorrhagies et les congestions sanguines, les mouvements et les spasmes, la fièvre, la phthisie, les hémorrhoïdes, etc.
De toutes les transformations du naturisme antique, idée purement païenne, la plus curieuse est celle qui a eu Stahl pour auteur, et il faut l'envisager comme la conséquence des idées religieuses
de l'époque. En effet, la philosophie règle le mouvement des sciences, et la médecine, qui n'échappe pas à cette autorité, reflète constamment par ses doctrines les principes de la philosophie dominante. L'époque où vivait Stahl était essentiellement religieuse et théocratique. Saint Thomas faisait loi en théologie, la pensée chrétienne de la nature de l'homme, considéré comme une âme utilisant les organes pour la fin voulue par le Créateur, devait avoir son écho en médecine. Stahl fut le porte-voix de cette doctrine. En se plaçant sous l'œil de Dieu, qu'il invoquait au début et à la fin de chacun de ses ouvrages, il théocratisait la médecine et créait cet animisme dont les viscissitudes sont celles de la foi, car il trouve surtout ses partisans parmi les fidèles du christianisme. Il n'y a pas à se le dissimuler, l'animisme est la manifestation d'un esprit chrétien. Ses adeptes sont tous animés de la même pensée religieuse, et il n'a d'adversaires que ceux qui, avec raison, repoussent l'alliance de la science et de la foi, ou que ceux qui se sont faits les partisans de l'athéisme et du matérialisme.
Né à Anspach en 1660, Georges-Ernest Stahl vint étudier la médecine à Iéna sous la direction de Wedel. Il fut nommé professeur à l'Université de Halle par la protection de son collègue Fr. Hoffmann, dont il devait être plus tard le plus violent adversaire; il devint médecin du roi de Prusse Frédéric-Guillaume Ier en 4711», et il mourut à Berlin en 1734.
Dès son apparition dans le monde médical, à ses débuts, par sa dissertation inaugurable, publiée en 1684 à l'âge de vingt-quatre ans, Stahl a montré ce qu'il devait être plus tard au point de vue philosophique. 11 n'a pas longtemps cherché sa voie; il s'y est engagé du premier coup, et le reste de sa vie, conforme à ses commencements, n'a eu pour but que le développement de ses premières idées de jeunesse.
Sa dissertation inaugurale, faite « avec l'aide et la permission du suprême auteur de toutes choses », a pour litre : Des intestins; DE L'ART DE BIEN CONNAITRE ET DE GUÉRIR LEURS AFFECTIONS
morbides et leurs symptômes. Ii commence par établir que les parties du corps animal qui tombent sous nos sens ne sont que les instruments « de Vâme », et qu'elles tombent à l'état « de confusion et de mort par la retraite de V agent micro cosmique qui les dirigeait. » Sa pensée éclate tout entière à propos du mouvement péristaltique des intestins, dont il discute les causes, et lorsqu'il dit : « Je me fais unplaisir de déférer plutôt cette influence à Vâme et à son action immédiate, comme étant dans le corj>s de l homme la seule cause efficiente de tout mouvement et
comme étant la seule capable d'agir au choix de sa volonté. » A part ces appréciations nécessaires pour établir sa méthode philosophique, l'auteur reste entièrement dans les détails anatomiques de son sujet. Il commence par étudier la substance des intestins., qui comprend les propriétés générales communes aux différentes parties, c'est-à-dire aux cinq tuniques qui le composent; les propriétés matérielles des intestins à leurs différentes régions, de l'estomac, du duodénum, du jéjunum, de l'iléon, du cœcum, du côlon et du rectum, sous le rapport de leur volume, de leur profondeur, de leur site et de leurs connexions, et il s'occupe ensuite de leur physiologie : « Aucune partie, aucun organe, dit-il, n'agit dans notre corps que d'une manière instrumentale, c'est-à-dire sous l'influence d'une prédestination, » et alors il intitule son chapitre : De la fin organique des intestins, et du but final de leur organisme formel. La finalité est, en effet, un des meilleurs arguments à produire en faveur de la doctrine du principe dirigeant, de l'organisation. Quand il a terminé tout ce qui concerne la physiologie de l'intestin, par la contenance absolue de ces viscères et par leur contenance relative au temps, c'est-à-dire par le mouvement péristaltique qui les retient en faisant cheminer les aliments, il aborde la pathologie, d'abord par les lésions de consistance, de forme, de longueur, de calibre et d'obstruction; par leurs changements de place, par leurs lésions de contenance relative, par leurs altérations de mouvement, par leurs troubles de sensibilité, enfin par la thérapeutique de ces différents états morbides. Il suit le même ordre, passe en revue le traitement de chacune des lésions qu'il a signalées, et là, reprenant avec méthode son point de départ, il indique succinctement les moyens curatifs en faveur de son temps, et qui, pour la plupart au moins, sont encore ceux que nous employons aujourd'hui.
Nous lui devons un peu plus tard, sur la Philosophie d'Hippocrate, un prologue inaugural à l'occasion de la thèse de Cober en 1704.
Ce fut une occasion pour lui de dire publiquement combien lui étaient chères ses études philosophiques, car il débute par celle phrase de Sénèque : « La philosophie est une chose si sainte, qu'elle fait les délices de ceux qui, ne pouvant en savourer les exquises délectations, s'en servent comme d'un faux apanage. » Ce prologue n'est qu'une paraphrase de la fameuse sentence hippocratique : « Le médecin philosophe se rapproche de la divinité », paraphrase ayant pour but d'interpréter plus sagement le pensée de son auteur, évidemment mal comprise par ceux qui l'ont exprimée en disant :
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« Le médeein philosophe est semblable à Dieu. » A cette occasion, Stahl développe ce qu'il veut dire en citant cet admirable passage du traité De la bienséance, où sont indiquées, à la gloire de la profession médicale, les qualités qu'Hippocrate attribuait au médecin :
« Il convient de bien saisir et comprendre tout ce que je viens de dire, afin de pouvoir appliquer convenablement à la médecine ce qui est dit de la sagesse, et d'appliquer à cette dernière tout ce qui est dit de la médecine. Le médecin, en effet, qui aime et cultive la sagesse, est presque divin, c'est-à-dire, presque semblable à un dieu, car tout ce qui a des rapports avec la sagesse se trouve aussi faire partie de la morale médicale : tels sont, en effet, le mépris de l'argent et du gain, la pudeur et le respect, la modestie dans les vêtements, une bonne réputation , un jugement sain , une juste appréciation des choses, la douceur, l'aménité, l'activité, la politesse, la propreté, une précision digne dans le langage, l'art de savoir distinguer les choses qui sont le plus souvent utiles et même nécessaires à la vie, afin que, par une intelligente discrétion, le médecin philosophe puisse se mettre à l'abri de la crainte des revers de fortune auxquels s'exposent l'avare et le superstitieux. »
Toute la pensée de ce prologue est là, et c'est une exhortation de morale professionnelle faite en l'honneur de la philosophie et de la pratique médicale.
La troisième partie comprend une série de traités médico-philosophiques et critiques destinés à servir d'introduction à la Vraie théorie médicale. Stahl s'y montre entièrement à découvert avec ses mérites et ses défauts, et, après avoir lu les quatre dissertations qui composent cette série, il est impossible de ne pas connaître parfaitement leur auteur. Elles ont pour titre :
1° Sur la nécessité d'éloigner de la doctrine médicale tout ce qui lui est étranger.
2° Recherches sur la différence qui existe entre le mécanisme et l'organisme.
3° Distinction à établir entre le mixte et le vivant.
4° Justification de ma doctrine et de mes écrits jusqu'en 1707 .
La première dissertation , datée de 1707, et qui a pour but d'établir l'inutilité de ce que l'on appelle aujourd'hui les sciences accessoires, pourrait prendre pour épigraphe cette phrase de l'auteur (p. 216) : « La où le physicien finit, le médecin commence. » On ne pourrait, sans parti pris, disconvenir delà vérité de ce principe; mais, en l'exagérant, comme le fait Stahl, chimiste et anatomiste à la fois, la science moderne ne peut l'accepter.
Sans doute, la brièveté de la vie et l'amour sérieux de l'art médical nous obligent à en bannir les choses étrangères. Mais il faut s'entendre sur ce qu'on appelle les choses étangères à l'art médical et ne pas y comprendre « la minutieuse anatomie » ni la chimie, en disant, au chapitre intitulé : « L'anatomie n'est donc pas indispensable au médecin » (p. 235) :
«. Je dirai donc que je nie de la manière la plus formelle que dans l'universelle structure, dans la structure, dis-je, et dans la texture des diverses parties organiques du corps, — considérées tant d'une manière spéciale au point de vue mécanique, que d'une manière générale au point de vue de leur contexture et de leur structure, — il puisse s'y trouver la moindre des choses qui intéresse et regarde directement le médecin, quelque chose que l'homme de l'art doive absolument savoir et ne doive pas absolument ignorer. »
Il est vrai qu'il ajoute quelques lignes plus bas :
« Ce n'est pas que je professe le moindre dédain pour l'anatomie, et que j'éprouve pour elle la moindre répugnance ou que j'en proscrive absolument l'étude; ce n'est pas non plus que je veuille qu'on la néglige, non; mais ce qu'il y a de réel et de constant, c'est que je nie formellement que l'anatomie soit une partie intégrante de l'art médical, qu'elle lui appartienne en propre et qu'elle lui soit d'une utilité effective, bien loin qu'elle lui soit tout à fait indispensable. »
De tels correctifs équivalent à une condamnation, et il est fâcheux que de telles phrases se trouvent dans le chapitre consacré à la nécessité d'écarter les choses étrangères à l'art médical. Il est évident que, parmi les élèves auxquels les maîtres diront que l'anatomie n'a pas d'utilité effective en médecine, il en est bien peu qui voudront affronter les dégoûts et les fatigues qu'entraîne cette étude à ses débuts.
L'éloignement de Stahl, anatomiste, pour l'anatomie à enseigner aux médecins, n'est rien en comparaison de l'antipathie de Stahl, chimiste resté célèbre, contre la chimie médicale. « Pour ce qui est de la chimie, écrit-il, page 237, il est encore vrai de dire que, jusqu'à ce jour, cette science doit être regardée comme complètement étrangère et inutile à la vraie tbéorie médicale. » Que Stahl se moque, et en cela il a raison, des fantaisies chimiques auxquelles on doit les créations d'acide hémicr unique, d'acide ophthalmique, d'acide odontalgique, d'acide anginique, d'acide pleur étique, etc., je le comprends ; mais les erreurs et les écarts d'une science d'application ne prouvent rien contre les données exactes de cette science, et l'expérience des deux siècles qui se sont écoulés depuis
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l'anathème lancé contre la chimie par Stabl prouve une lois de plus la vérité de cet aphorisme de Celse :
Non crimen artis quod professons est.
En s'écriant avec énergie :
« Mais, vains efforts, inutiles labeurs! L'iatrochimie n'a été qu'un leurre lancé jusqu'à ce jour aux imaginations faciles et crédules; et ne voit-on pas encore en ce moment une grande partie de nos savants modernes se laisser prendre à cet appât trompeur, sans s'apercevoir seulement qu'ils s'éloignent de la vraie science médicale, qui seule peut satisfaire à leur universelle attente. »
Stahl a engagé son génie passionné sous les nuages de l'avenir qui, malheureusement pour lui, ont jeté sur ses affirmations le plus éclatant démenti. L'avenir, c'était Lavoisier apportant l'explication de la chaleur animale ; Thenard, Dumas, Berzelius, Orfila, Liebig, créant la chimie organique; Spallanzani, Tiedemann, Blondlol, Cl. Bernard, découvrant le mécanisme de la digestion, et tous ceux qui ont constitué l'édifice encore si incomplet de la chimie contemporaine.
A part ces erreurs de la partialité d'un grand esprit, il y a dans cette dissertation quelques pensées aussi heureuses qu'importantes sur la vie et sur l'influence des théories en médecine. Répondant à une idée assez répandue, même de nos jours, que la théorie n'influe en rien sur une heureuse pratique, il dit d'un ton qui fera plaisir à plus d'un jeune médecin distingué dont on redoute l'inexpérience :
« Ce qui, dans ma jeunesse, alors que je me livrais à mes études médicales, affectait vivement mon esprit, c'était d'entendre le vulgaire même tenir habituellement ces propos indécents à l'égard des médecins : Que le meilleur théoricien (le peuple dit ledits savant) est souvent celui qui obtient le moins de succès dans le traitement de ses malades. On voit même souvent les praticiens les plus expérimentés appuyer encore aujourd'hui (4) de leurs suffrages de pareilles sottises, en lançant sur les jeunes médecins le venin de leur malicieuse envie, et déversant sur eux tout le fiel de leur amère et méchante faconde, répétant sans cesse que la pratique diffère beaucoup de la théorie ; ils ne craignent pas d'ajouter que, dans la pratique, non-seulement on oublie peu à peu les plus importantes maximes théoriques, mais encore (ce qui mérite ici une mention
(1) Les hommes n'ont pas changé, car on peut dire qu'en 1864 c'est encore comme en 1707.
particulière) que cet oubli est vraiment nécessaire pour exercer avec succès la pratique de l'art médical. » (Page 216.)
Il ne faudrait pas voir dans ce dépit rétrospectif de Stahl le souvenir seulement d'un sentiment d'intérêt blessé , non, ce serait le petit côté de la question, et de pareilles scories n'existent point dans les œuvres du fondateur de l'animisme. En s' exprimant comme je viens de le dire, ses visées sont plus hautes et n'atteignent rien moins que le problème des sources de la connaissance, en opposant les prétentions de l'empirisme à la puissance de la raison. Ce qui lui était pénible à entendre, comme il le dit lui-même, c'était ce langage qui signifiait qu'il faut être sourd aux cris de la raison , car elle n est jamais d'accord avec V expérience. Stahl ne pouvait hésiter, et, voyant là des paroles inspirées plutôt par une sorte de cabale médicale que par la saine raison, il proteste contre ce langage, qui semblerait faire que les plus instruits sont les moins capables de donner des soins aux malades.
L'autre pensée par laquelle Stahl termine sa dissertation est relative à la prescience de la vie. Ne voulant pas admettre la définition de quelques philosophes, que le mouvement soit la vie ni que le mouvement dépende des propriétés de la matière, il établit que la nature est la source de la vie par son énergie propre et par les excrétions qu'elle détermine.
(( Il en est autrement de la nature, auteur et soutien de notre vie, de la nature animale, dis-je, c'est-à-dire de l'âme.
« C'est par le mouvement, en effet, que Y âme humaine accomplit son œuvre dans et sur le corps, autant et aussi longtemps qu'elle le peut ; mais on ne saurait dire d'une manière absolue et vraie que le mouvement c'est la vie dans le vrai sens de ce mot. C'est encore par le mouvement circulatoire des humeurs que la nature opère le phénomène de la vie; mais ce n'est point une raison pour cela de dire que la circulation des humeurs c'est la vie, car elle n'en est qu'un simple instrument, voire même éloigné. La nature animale, enfin, préside à l'existence, à la durée de l'être et l'entretient au moyen ^incessantes sécrétions et ^excrétions convenables des matières non -seulement inutiles, mais encore nuisibles : personne néanmoins n'oserait soutenir que ces sécrétions et ces excrétions constituent la vie; elles n'en sont réellement que le suprême et le plus immédiat instrument auquel la nature a recours pour rejeter au dehors tout ce qui lui est impropre et étranger, pour retenir et assimiler au-dedans tout ce qui est utile en vue de la conservation du corps.
« C*est de cette manière que s'accomplit la vie, Ce grand phéno-
menti de la conservation du corps liumain et de la mixtion; c'est ainsi que s'effectue sa préservation contre toute corruption , à laquelle il est d'ailleurs si naturellement exposé par sa propre constitution matérielle. » (Page 249.)
11 n'y a pas d'autre raison de la conservation vitale que la nature, l'art médical ne possédant aucun moyen de secours qui soit capable d'y suppléer dignement en cas de suspension ou d'arrêt. Sa puissance se montre partout, même chez les brutes; elle s'exerce en santé comme en maladie, et, sans cette autocratie méthodique de la nature, il n'y a pas de conservation vitale possible. « Par elle, dit-il en terminant et en reproduisant la pensée antique, l'homme sujet aux maladies les plus affreuses se trouve spontanément délivré de ses souffrances et est rendu à la santé après avoir été arraché à une mort imminente. » Tout cela est très-vrai; mais encore faut-il ne rien exagérer, car, et c'est là que brille le médecin véritablement instruit, si l'art médical ne peut refaire les organes altérés, il peut les débarrasser de ce qui les gêne, il peut favoriser l'exercice de leurs fonctions, en un mot aider à la nature, écrasée par des efforts supérieurs aux siens. Comptons beaucoup sur la nature, cet excellent médecin qui vient toujours au secours de ses confrères, et ne dit de mal sur personne; rien de mieux, mais comptons aussi sur nous, sur nos propres forces, qui peuvent nous sauver ou nous perdre suivant l'à-propos de leur application. Toutefois, à choisir entre ces deux auxiliaires, du remède ou la nature, je suis de l'avis d'Hippocrate et deJStahl, et je dirai, en retournant une phrase célèbre : Melius nullum remedium quam anceps.
Le second traité médico-philosophique servant de préface à la vraie théorie médicale a pour titre : Recherches sur la différence qui existe entre le mécanisme et V organisme. C'est une dissertation de haute portée dans laquelle Stahl débute par des considérations philosophiques sur la nature des choses, et particulièrement sur les différences qui existent entre le hasard et le destin, l'un instable et incertain, sans but final et posé d'avance; l'autre, au contraire indiquant une fin constante, inévitable et prévue.
C'est alors qu'en étudiant le mécanisme pour indiquer ses différences avec l'organisme, il considère le premier comme une machine qui fonctionne « sans aucun but réel, n'importe le motif, la manière et la fin de son mouvement par rapport aux autres corps. » (Page 288.) C'est un instrument, rien de plus, tandis que l'organisme a ce caractère, de constituer la nature de toute raison, c'est-àdire la cause instrumentale. Le mécanisme est subordonné à l'organisme, mais peut subsister par lui-même, sans jamais atteindre
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naturellement et directement au caractère distinctif de l'organisme. Celui-ci se reconnaît à sa destination et à son intervention actuelle pour la production d'un effet tout spécial, unique, et réellement si exceptionnel qu'il résulte d'une raison de constitution spécifique et formelle différente de la constitution générique matérielle. Stahl cite alors comme exemples le cours d'eau, mécanique fluide dont s'empare l'industrie humaine dans des intentions et vers une fin sociale arbitraire, au moyen de canaux, de réservoirs, de bassins, de chutes, pour en faire des instruments et une sorte d'organisme; l'horloge, qui peut marquer les heures, et qui n'est qu'une machine tant que la main d'une personne habile ne la règle pas d'une façon convenable et ne l'a pas montée pour lui donner son caractère d'organisme.
Il y aurait beaucoup à dire sur les comparaisons souvent employées par la philosophie, et qui, dans l'espèce, ne donnent pas à la doctrine de Stahl tout l'appui qu'y recherche son auteur. Elles sont sans force à nos yeux, et il nous semble que Stahl eût été bien plus fort si, au lieu de se laisser aller à des subtilités qui ne seront pas bien comprises, il eût fait du mécanisme l'agencement matériel subitement créé pour l'usage fonctionnel que représente l'organisme, considérant celui-ci comme l'auteur de la création progressive et de l'entretien du mécanisme, sans aucun autre secours que luimême. Un mécanisme, se créant seul au fond de la terre, dans les airs et dans les profondeurs d'un autre mécanisme, n'est pas simplement un mécanisme comparable à la locomotive ou à l'horloge construite par un ingénieur, il y a là, dans le germe de tout ce qui sera un organisme et avant l'apparition de tout organe, un mouvement sans muscles, une sensibilité sans nerf, et dans ce qui sort de la matière amorphe, une forme distincte qui, sous l'influence d'un ingénieur invisible, quoique tout-puissant, feront certainement le mécanisme dont plus tard aura besoin l'organisme pour se maintenir sous le ciel, se perpétuer tout aussi savamment qu'il s'est produit, et disparaître en laissant son mécanisme en gage à notre mère commune qui est la terre .
Le développement par soi-même : voilà en quelques mots, si nous ne nous trompons pas, la différence de l'organisme avec les mécanismes qui réclament toujours l'intervention d'une main étrangère. Stahl a constamment tourné autour de cette solution sans la donner, et il nous semble que c'est là ce qu'il a voulu dire en parlant du mouvement qui conserve la constitution matérielle du corps (p. 317) ; de Vactionde Vâme sur le corps (p. 332) ; de Yétymoloyie du mot âme (p. 335); de la conscience de la vie, etc. Loin de moi la prétention de mettre mes raisons à la place des
arguments de Stahl, mais en analysant ce traité si remarquable où je signale une obscurité dans la définition même des choses en discussion, lorsque d'ailleurs je partage les idées de l'auteur sur la différence à établir entre le mécanisme et l'organisme, il m'a semblé utile de donner une définition plus nette de ce qu'il fallait entendre par organisme.
Pour Stahl, la force qui compose, meut et fait agir le mécanisme du corps, et en fait un organisme, n'est, on le pense bien, pas autre chose que l'âme, et l'on va en voir la preuve dans ce qui suit. C'est la conclusion du chapitre.
« Tout ce qui vient d'être dit pourra suffisamment faire comprendre comment un agent qui a l'intelligence et la volonté d'un but et qui ne veut une fin qu'à cause d'elle-même, doit posséder des organes en rapport proportionnel avec ce but final ; il doit être capable de diriger et de gouverner convenablement et dignement ses organes pour atteindre une telle fin ; il doit savoir, enfin, comment ces organes, d'ailleurs si directement et si efficacement utiles à ce but final, doivent, à bon droit et justice, être compris n'existant que pour lui.
» En effet, s'il est réel que toutes ces choses aient lieu avec une convenance qui soit telle, que tout ce qui est vital et tout ce qui s'observe dans l'ordre de la vitalité, soit sensiblement administré par des fins nécessaires ; que l'on reconnaisse donc alors le véritable travail de la nature dans l'administration savante et habile de l'économie vitale ; que l'on conçoive les causes et les rapports des appétits et des aversions, tant des sens que des affections de l'âme, pour la conservation et la préservation du corps ; que l'on daigne comprendre aussi la raison, soit de l'efficacité en général, soit du mode ou des effets en particulier des affections de l'âme sur les actions du corps ; et qu'auparavant, la synergie de la nature, absolument nécessaire à l'art médical, soit enfin reconnue, bien nettement vue et fidèlement respectée, non-seulement en acceptant ce secours si désiré qu'elle nous porte, mais encore en l'aidant quelquefois, en la suivant, en l'épiant et la soulageant, en la débarrassant et en préparant les matières et les voies avec autant de sage prudence que d'habileté. »
Quelques lignes plus bas, il termine en disant :
« Je suis donc fermement convaincu et je pose pour fondement de toute ma doctrine que le corps humain est simplement et naturellement organique, et qu'il est l'instrument ou l'officine de Y âme raisonnable. Devant être formé et conservé en vue des besoins de rame, le corps doit, sous tous les rapports possibles, être gouverné
par des mouvements sagement proportionnés et directement analogues à une fin désirée vers laquelle ils conspirent sans cesse.
» D'où résulte, d'une manière réciproque et différente, l'efficacité morale et affective des périls du corps sur l'âme, et l'efficacité pathético-physique de l'âme sur le corps, tant dans la structure et la formation que dans l'usage et le mouvement de ce même corps ; d'où résulte, enfin, cette puissance efficace de l'âme sur le corps, en vertu de laquelle il est préservé de dangers si divers, ou délivré des maux qui l'ont déjà atteint. »
Telle est la fin du traité, mais on connaîtra encore mieux l'homme en lisant cette dernière phrase additionnelle : « C'est en rendant de sincères et profondes actions de grâces au ciel que je termine ainsi cette dissertation sur la différence qui distingue l'organisme du mécanisme, sur la vérité et sur la nécessité de cette distinction dans le corps de l'animal, et principalement dans le corps de l'homme.
« A Dieu seul en revienne toute la gloire ! »
Le troisième traité du prologue à la vraie théorie médicale, s'intitule ainsi : Véritable distinction à établir entre le mixte et le vivant du corps humain. Il renferme une longue discussion sur la nécessité de distinguer les mécanismes des organismes physiques ; ceux-ci, des organismes vivants, ces derniers les uns des autres; les agrégats physiques , des mixtes du même genre ; ceux-ci des mixtes organiques et vivants ; le mixte végétal, du mixte animal ; ce mixte animal, du mixte humain ; mais dans tout cet exposé de termes* non définis, la pensée de l'auteur reste confuse, et il ne s'en dégage nettement qu'un seul fait : c'est que la mixtion, ou le mélange qui constitue le corps vivant, est sujet à se dissoudre et à se corrompre, dès que le principe naturel, permanent et immanent de la vie s'en est séparé. Tout le livre tourne autour de cette idée que le mixte est sujet à se corrompre, tandis que le vivant est préservé en tant que vivant de la corruption par la raison sociale (p. 380), qui unit toutes les parties du mélange corporel dans une solidarité réciproque; par ces agents vitaux que l'antiquité appelait tantôt nature et tantôt âme, dénominations qu'il accepte et qu'il prend à son tour comme point de départ de sa doctrine.
C'est ce principe vital, actif et vivifiant de l'homme doué de la faculté de raisonner, c'est-à-dire Y âme raisonnable (p. 395), qui est le principe du vivant contraire aux tendances de décomposition du mixte agissant d'une façon différente chez l'homme que chez les
animaux, d'où la fréquence plus grande des maladies chez le premier que chez les autres.
Revenant de nouveau sur ce fait que le corps est l'instrument de l'âme (p. 405), il cherche dans le corps quelles sont les conditions matérielles de la vie, et il les trouve dans un acte mécanique, le mouvement (p. 415), de préférence à l'hypothèse des esprits, du baume vital, de la puissance astrale (ens astrale), ou d'un être intermédiaire entre Y âme et le corps, entre Yesprit et la matière, entre le matériel et Yimmatériel appelé ens médium par Van Helmont.
Le mouvement est la cause instrumentale de la conservation de cette chose que l'on appelle la vie, et c'est par lui que les matières, non-seulement hétérogènes et contraires à la disposition naturelle du corps, mais encore très-dangereuses, se trouvent éliminées et rejetées entièrement au dehors au moyen d'une perpétuelle et successive agitation, afin que tout effet nuisible au corps leur soit désormais impossible (p. 416).
Sans dire comme quelques philosophes : La vie c'est le mouvement, expression qu'il considère avec raison commme ambiguë, si ce n'est inexacte, il dit : Le mouvement est V instrument de la vie, locution très-différente par la finalité qu'elle laisse entrevoir et que l'on comprend à merveille par les développements qu'il lui donne en indiquant que ce mouvement est le principe des sécrétions et des excrétions, d'où résultent la crase naturelle de la vie, et le rejet des substances qui pourraient lui être contraires. Au reste, voici son résumé (p. 426) :
« J'espère donc que, d'après ce qui vient d'être dit, on ne pourra plus désormais reprocher la moindre obscurité ni le moindre doute à ce principe dogmatique de ma doctrine médico-physiologique, savoir : que la vie ou la conservation du corps, au point de vue de la corruptibilité, sans cesse imminente de l'agrégat, toujours exempt néanmoins de l'atteinte réelle de la corruption ; la vie, dis je, s'accomplit et se maintient dans le corps à l'aide d'un simple acte mécanique , formellement incorporel ou immatériel , je veux dire par le mouvement, et cela, certes, d'une manière très -spéciale, par l'élimination des matières hétérogènes et leur perpétuelle séparation, en tant que étrangères et nuisibles à l'économie, de tout ce qui est bon et pur, afin que, par cette opération incessante et par cette séparation soigneuse et préalable, le corps organique de l'homme soit perpétuellement conservé dans la plus parfaite intégrité.
« J'ose aussi espérer avoir suffisamment démontré non-seulement
comment le corps, en tant que simplement mixte, diffère du corps vivant, et comment, en tant que vivant, il doit nécessairement être mixte, mais encore ce qu'on doit entendre par vie corporelle, c'està-dire en vertu de quoi le corps est dit vivant ; je crois encore avoir convenablement prouvé de quelle manière et par quelle méthode ce phénomène, je dirai mieux, cet acte que nous appelons la vie du corps s'accomplit ; par quels moyens, enfin, elle s'établit, s'exécute et se maintient ainsi pendant un laps de temps indéterminé, » (Page 427.)
Après ces conclusions, on pourrait croire les dissertations achevées, mais il n'en est rien. Stahl, tout en disant qu'il ne veut pas être prolixe, rentre dans la discussion, en indiquant la puissance de l'àme sur les mouvements vitaux, sur la maladie et sur les difformités; l'action de la nature sur le rétablissement spontané d'un grand nombre de malades ; les conditions dans lesquelles le médecin doit être simple expectateur ; les moyens d'agir sur les mouvements vitaux en excitant les passions, ou en provoquant les sécrétions et les excrétions ; enfin diverses hypothèses sur le rôle du médecin dans les maladies, qui doit maintenir, protéger et défendre la vie du corps.
Le traité suivant a pour titre : Défenses et indications justificatives sur les écrits publiés de 1683 à 1707 par Stahl. C'est un ouvrage de polémique utile à consulter. Il montre sous une autre forme les idées de l'auteur et fait assez bien connaître les difficultés qu'il a eu à vaincre. On sent le chef de l'école aux prises avec les hostilités ouvertes et les attaques invisibles. Ses réponses sont souvent impersonnelles et s'adressent à quelqu'un en général plutôt qu'à des noms propres. Toutes les publications stahliennes antérieures à 1707 s'y trouvent passées en revue avec la critique des objections soulevées par elles au moment de leur apparition, et sous ce rapport c'est un opuscule intéressant à consulter.
Avec le tome troisième commence le morceau principal des œuvres de Stahl, la Vraie théorie médicale, dont la première partie est toute physiologique, tandis que l'autre ne comprend que les choses de la médecine.
Dans la première partie Stahl traite la physiologie d'une façon toute différente que ne le fait notre école moderne. Il la prend de très-haut, dans ses généralités philosophiques, dédaignant un peu trop le détail des actes fonctionnels, qui, en définitive, sont le but de la science véritable. En fait de digestion, la finalité est quelque chose, surtout pour le philosophe et l'homme du monde, mais le mécanisme de la fonction et les réactions chimiques des aliments
;ivec les liquides sécrétés sont pour le médecin d'une utilité infiniment plus grande.
En commençant par la définition de la vie et de la santé il considère l'une comme la conservation d'un corps éminemment corruptible, c'est-à-dire la faculté ou force à l'aide de laquelle ce corps est mis à l'abri de l'acte corrupteur, caractère qui sépare le corps vivant de ce qu'il appelle le corps simplement mixte, et l'autre comme étant la puissance d'exercer régulièrement les fonctions. Il s'occupe ensuite du but final du corps, de la disposition matérielle du corps à la vie, de la structure du corps en général et des lois organiques qui président à la conservation vitale. Ce chapitre est celui dans lequel Stahl pénètre le plus dans les profondeurs du sujet. Il revient à son idée du mouvement considéré comme cause de l'acte vital, et c'est dans la circulation des humeurs et du sang qu'il fait résider l'instrumentation de la vie. De l'énergie de ce mouvement des humeurs à travers les parties poreuses du corps, de son influence sur la pensée ou sur la disposition naturelle de l'âme à penser résultent les tempéraments, question importante que l'auteur traite avec une originalité restée célèbre .
Des tempéraments. — Après une critique assez vive de la division ancienne des tempéraments, qui reposait sur la prédominance des qualités élémentaires, telles que le chaud, le froid, le sec et Y humide, sur les conditions tirées partie des humeurs, partie des solides, ou de quelque partie solide en particulier, Stahl pose en principe que les tempéraments résultent du mélange différent des éléments constitutifs des humeurs formant le sang. D'après lui, il y a un tempérament ou mélange des humeurs dit colérique ou bilieux, un second dit phlegmatique, un troisième sanguin et le quatrième mélancolique. Dans le premier cas, les humeurs contenant une quantité notable de matière sulfureuse sont légèrement fluides et très-aptes à un prompt échauff'ement ou à une rapide fermentation corruptive. Dans le second, les humeurs dites aqueuses sont beaucoup plus fluides et ne sont presque pas sujettes ni aux violentes inflammations ni aux fermentations, tandis qu'elles sont exposées à toute dégénérescence saline et putride. Dans le troisième, les humeurs conservent un terme moyen entre les deux modes, gardent un état de fluidité convenable et jouissent d'une vivacité, d'une couleur et d'une douce chaleur naturelle. Enfin dans le quatrième, les humeurs du corps possèdent urîe grande consistance, s'épaississent pendant leur fluidité normale, sont moins sulfureuses et deviennent plus terreuses et plus inertes. Avant d'aller plus loin
et d'exposer les caractères de la structure du corps, inhérente à chacun de ces tempéraments, il est impossible de ne pas faire remarquer combien sont chimériques et vaines les altérations humorales indiquées par l'auteur.
« Tempérament sanguin. — Les personnes douées d'un tempérament sanguin sont douées d'une stucture et d'une texture lâche, extrêmement poreuse et spongieuse. Cette structure, en effet, est d'une texture si spongieuse et si délicate dans les parties solides ayant une certaine mollesse (comme le tissu charnu, par exemple), que le sang, bien qu'abondant, circule à son aise et avec la plus grande liberté dans les mailles d'un tissu lâche et diffus. C'est pourquoi les corps construits dans de telles conditions et ayant de pareilles dispositions naturelles, possèdent un système vasculaire de petit calibre, de telle sorte que le sang, occupant un très-grand espace dans l'étendue de ces parties poreuses, doit être contenu en moins grande quantité dans les vaisseaux mêmes :
« Et comme le sang, dans les corps ainsi constitués, est naturellement très-fluide, il résulte de cette espèce de mobilité proportionnelle du sang s'harmonisant si bien avec la facilité des voies à parcourir, une prompte et favorable progression du mouvement circulatoire, qui se maintient et dure assez longtemps. C'est pour cela que chez les individus sanguins et chez lesquels il existe une parfaite analogie mutuelle entre les humeurs et les parties, nonseulement la circulation ou mouvement progressif des humeurs s'accomplit tranquillement et librement, mais encore les sécrétions et les excrétions, ainsi que l'acte universel de la vie, s'opèrent de la manière la plus régulière et la plus satisfaisante.
« Tempérament bilieux. — Chez les sujets doués d'un tempérament colérique ou bilieux, la texture coporelle est comparativement plus serrée, plus consistante, moins diffuse, moins lâche, moins épaisse et moins spongieuse dans les parties charnues surtout. Voilà d'où vient que ces parties paraissent plus amaigries, quoiqu'elles soient cependant assez pleines et d'une couleur quelque peu vermeille.
« Mais comme le sang des personnes bilieuses est extrêmement subtil et légèrement fluide, une petite capacité des pores et des méats suffit à son mouvement et à sa circulation. Du reste, une impulsioh plus forte du sang à l'aide d'une plus énergique contraction du cœur propre à ce genre de tempérament, supplée à cette étroitesse des voies circulatoires; d'ailleurs, en pareil cas et avec une semblable constitution, les vaisseaux sanguins ont une capacité
plus grande; c'est-à-dire que, la masse sanguine occupant chez ces individus une moins grande «'tendue dans toutes les parties du corps, il faut nécessairement qu'ils soient en plus grande quantité dans les vaisseaux eux-mêmes. Toutes les fonctions vitales se passent du reste assez régulièrement dans de pareilles constitutions, et tout ce qui s'éloigne du type normal est aussitôt réparé par un acte vital d'autant plus énergique qu'il est ordinaire et même propre et particulier à ce genre de tempérament; en sorte que le mouvement du pouls reçoit effectivement une nouvelle et plus énergique impulsion.
« Tempérament phlegmatique. — Chez les sujets lymphatiques dans lesquels le sang est mêlé à une substance plus aqueuse, et est par conséquent léger et peu consistant, il arrive aussi que tous les autres tissus solides sont d'une mollesse telle, que par elle on peut aisément comprendre quel est l'accord, le rapport intime et naturel qui existe entre les parties solides et les fluides. En effet, quoique ceux qui ont pour partage une fluidité trop aqueuse du sang aient aussi le reste de l'économie corporelle d'une texture extrêmement lâche et poreuse, de telle sorte que les voies soient largement ouvertes à la matière fluide , il arrive cependant, en de pareilles circonstances, que les tissus de ces mêmes parties sont doués d'une mollesse intime et particulière, en vertu de laquelle les fibres qui composent ces tissus sont profondément et abondamment imbibés d'une humidité aqueuse. Voilà d'où vient que lorsque de pareils tissus se gonflent, ils conservent une sorte de mollesse toute particulière, et que ces parties dans un tel état de gonflement, se comprimant les unes contre les autres, offrent au passage du sang épaissi une résistance d'autant plus grande que le gonflement est plus marqué. Or, c'est là ce qui procure à ces personnes lymphatiques, outre ce gonflement, cette mollesse des tissus, cette diminution de la chaleur naturelle des corps, ainsi que cette couleur si pâle, si remarquable, qui est si commune et comme propre et particulière à ces sortes de tempéraments.
« De pareilles constitutions organiques ont des vaisseaux sanguins étroits et resserrés ; et chose vraiment remarquable qu'on ne doit pas oublier! une pareille crase sanguine et une semblable structure et texture du corps favorisent beaucoup plus que tout autre genre de tempérament une abondante collection de la graisse, c'est-à-dire de l'embonpoint.
« Tempérament mélancolique. — Les sujets dits mélancoliques ont les tissus de leurs organes plus épais et à l'abri de toute espèce
de mollesse, soit physique, soit morale ou vitale. Les parties poreuses, plus denses que dans tout autre tempérament, offrent un aspect plus serré, comme on le dit vulgairement, une constitution plus sèche et comme plus amaigrie. C'est précisément pour ce motif que les individus doués d'un pareil tempérament paraissent avoir les chairs plus denses et plus fermes et les os plus développés que les autres personnes.
« En outre, la consistance et la densité des tissus se refuse à laisser circuler aussi facilement et aussi profondément le sang déjà trop consistant par lui-même; à peine pénètre-t-il jusque dans tes mailles étroites de la peau, mais non pas suffisamment pour lui communiquer une couleur tant soit peu vermeille. Aussi, voilà pourquoi les mélancoliques sont généralement d'un teint pâle, livide, tombant même sur le noir.
<( En revanche, les individus qui ont une pareille constitution, sont doués, en dédommagement d'une texture si dense, d'une capacité considérable des vaisseaux ; leur pouls est un peu lent, mais énergique et très-développé. »
A cet exposé des tempéraments littéralement emprunté à Stahl, je préfère les données de la médecine moderne, qui sont beaucoup plus compréhensibles et un peu moins hypothétiques. Nos tempéraments sanguin, bilieux, phlegmatique et nerveux sont infiniment plus vrais et mieux définis que ceux de Stahl, et l'on en trouve un de plus, le tempérament nerveux, dont il est impossible de ne pas tenir compte. Si les caractères anatomiques des tempéraments, tels que les comprenait Stahl, laissent beaucoup à désirer, il n'en est pas de même de leurs qualités intellectuelles et morales.
« Les sujets sanguins jouissent d'une liberté complète d'esprit ; ils sont naturellement gais, calmes, voluptueux; ils aiment à se procurer abondamment les choses qui leur sont agréables, et savent se les ménager habilement; ils aiment le repos; ils sont, parfaitement aples aux affaires de peu d'importance, avides d'honneurs, recherchant la gloire, surtout quand ils peuvent l'acquérir sans trop de difficultés; naturellement sincères, francs, sans ruse ni astuce, ils ne sont ni portés ni propres à la dissimulation; ils sont les défenseurs de l'équité et de l'égalité ; impropres aux affaires difficiles, et hésitant devant les choses qui demandent une prompte décision, ils manifestent même de la crainte et de l'inquiétude en face d'obstacles subits et graves, devant lesquels peuvent surgir certains dangers; incapables de donner un sage avis dans les moments pressants qui font pressentir un péril imminent, ils se livrent au désespoir aussitôt qu'il se présente; mais ils sont tout rayonnants de
gloire et de bonheur s'ils peuvent se sortir d'une mauvaise affadi En d'autre termes, ils exaltent avec emphase leur habileté et leur valeur une fois qu'ils ont surmonte une difficulté f mais ils sonl (Vuwa timidité extrême lorsqu'ils éprouvent la moindre contrariété, tandis que, aussitôt après que le danger s'est dissipé, ils prônent bien haut leur génie, et sont complètement rassurés.
« Les personnes à tempérament bilieux jouissent aussi, le plus souvent, du libre essor de leurs facultés intellectuelles; ils sont même assez calmes pour ne pas manifester de la crainte au moment du danger, et attendent avec assez de résignation ce qui peut leur arriver de fâcheux : aussi sont-ils vigilants, alertes et vifs; ils sont aptes et prompts aux atïaires , et manifestent surtout dans leur administration une vivacité, une adresse et une habileté sans exemple ; peu patients quand il surgit des embarras, emportés et violents par nature, ils sont toujours prêts à résister et à lutter avec opiniâtreté contre tout obstacle qui vient renverser ou contrarier leurs projets; intrépides dans le danger, ils sont ardents et fougueux dans l'emploi des moyens propres à le dissiper; ils sont actifs et laborieux dans le besoin, et si parfois il leur survient quelque chose de très-fâcheux, ce n'est pas là pour eux un motif de devenir timides; ils deviennent même téméraires, et portés à trouver une excuse de leur défaite dans la grandeur des dangers qu'ils s'exagèrent plutôt que de ne pas en tenir compte. Ils sont, par cela même, glorieux, fiers, méprisant et dédaignant facilement les autres; naturellement courageux, ils ont en horreur l'oisiveté; toujours prêts à agir, ils persistent résolument dans leurs entreprises, jusqu'à ce qu'ils aient atteint le but qu'ils se sont proposé.
« Les sujets phlegmatiques, au contraire, sont indolents, lâches et engourdis; ils jouissent, sans doute, des plaisirs et des biens qu'ils possèdent, mais en manifestant à cet égard une satisfaction des plus insignifiantes, provenant évidemment non d'une profonde appréciation, d'un sentiment intime du peu d'importance de ces objets, mais bien certainement plutôt d'un jugement froid et d'une sensibilité complètement engourdie.
« Ils poussent l'esprit de sécurité et l'amour du repos jusqu'à l'oisiveté et à l'engourdissement le plus absolu; ils sont lents, apathiques et négligents dans toutes leurs actions ; généralement ennemis du travail, se dégoûtant facilement de leurs travaux ordinaires, et se montrant enfin languissants et exténués de fatigue à la moindre occupation; impropres à toute affaire, ils sont sans soucis, avares par-dessus tout, dans la crainte principalement qu'en perdant les biens présents ils ne soient forcés de se livrer à de nouveaux travaux.
« Ils sont méticuleux, timides et inquiets à la moindre difficulté qui surgit dans leurs affaires, se livrant facilement au désespoir dans les dangers pressants; ils affectent une plus parfaite tranquillité d'àme dans les moments extrêmes (comme, par exemple, à l'instant de la mort) que dans les épreuves dangereuses moins graves, mais par lesquelles ils sont si profondément impressionnés.
« Les mélancoliques , d'ordinaire assez confiants et rassurés à l'égard des choses présentes, sont contiuuellement dans le doute pour l'avenir, dont ils se défient sans cesse, car ils sont naturellement défiants et soupçonneux.
« Ils pèsent et apprécient les choses avec justesse et discernement, sans haine et sans passion; ils font preuve d'un jugement droit et sain dans l'estimation des choses utiles et agréables, fâcheuses ou contraires, incertaines et dangereuses, à moins que leur esprit ne soit absorbé et sans cesse attentif à ce qui peut leur arriver de pire que le mal qu'ils éprouvent déjà et dans lequel ils sont tombés.
« Voilà pourquoi ils sont circonspects, vigilants, prévoyants et pensifs; d'une assiduité rare, ils sont toujours prêts à des travaux modérés et attentifs à ceux qui sont nécessaires; industrieux, soucieux, pleins de sollicitude et de vigilance, ils sont infatigables, à moins que la crainte et le tremblement qui en est la conséquence ne viennent, dans les choses dont les résultats sont douteux, abattre et saper leurs forces. Dans les événements sérieux et hérissés de grandes difficultés, ils sont moins faciles à se désespérer que prompts à prendre une détermination extrême en vue des maux qui leur paraissent d'une imminente gravité et qu'attentivement appliqués à parvenir à leur but. Les sujets mélancoliques sont, en outre, fermes dans leurs résolutions, attendu surtout qu'ils n'entreprennent jamais rien sans raison valable et majeure, mais alors seulement que la chose leur a paru très-importante. Ils sont ennemis de la fraude, si ce n'est lorsqu'ils croient nécessaire d'user de ruse et d'adresse; amis de la justice et de l'équité, ils abhorrent par cela même la fourberie et la dissimulation lorsqu'ils connaissent franchement la vérité d'un mensonge. Véridiques autant qu'il est donné à l'homme de l'être, ils sont généralement des juges intègres et incorruptibles; ils sont de sincères et fidèles amis, mais difficiles à se laisser aller et peu confiants. Généralement équitables et bons, ils ne sauraient avoir, à leur tour, confiance en la justice des autres; car ils sont naturellement soupçonneux, et voient toujours les événements sous un aspect fâcheux » (page 115).
L'originalité et la finesse de cette étude morale des tempéraments
ne sauraient échapper à personne et révèlent un talent de premier ordre. Il est dificile d'analyser avec plus de vérité l'influence de la constitution physique sur les facultés morales, el sauf quelque! affirmations un peu exagérées ou contestables, comme celle-ci : « avides d'honneurs , recherchant la gloire quand ils peuvent l'acquérir sans trop de difficultés » , p. 112, ou cette autre, p. 115 : « Ils sont ennemis de la fraude, si ce n'est lorsqu'ils croient nécessaire d'user de ruse et d'adresse », les effets moraux de tempérament sont racontés par Stahl avec une vivacité et une variété d'expressions qui ne sauraient passer inaperçues.
A l'étude des tempéraments succède celle de l'activité vitale, différente selon les périodes de la vie, très-considérable pendant les sept premiers septénaires, et diminuant à partir de la cinquantième année sans qu'on puisse en donner la raison satisfaisante. Pour lui, l'usure de l'organisation, la constitution vicieuse de la matière et des organes n'expliquent rien, et il déclare ne pas comprendre pourquoi « l'acte vital conservateur qui se maintient pendant cinquante, soixante-dix et même cent ans, ne peut point manifester perpétuellement sa puissance. »
Après avoir montré le mouvement des humeurs et du sang constituant une partie de l'instrumentation de la vie, formant les tempéraments et entretenant l'activité vitale, Stahl revient pour la développer sur son idée que les sécrétions et les excrétions sont les véritables derniers actes de la vie. Pour lui, en effet, ces deux fonctions ne sont pas des actes mécaniques ou chimiques, elles sont le résultat de X action d'un agent directeur très-spécial ainsi que d'une très-sage et habile direction élective. » (Page 1-41.) La lymphe, le sérum, la sueur, l'urine, le mucus, la bile, les excréments, le sperme, le lait, la salive, la graisse, etc., sont les preuves de cette action élective.
Dans la section suivante, Stahl étudie l'influence des choses non naturelles sur la vie : 1° l'air, 2° les aliment?, 3° les aliments et les boissons, -4° le sommeil et la veille, 5° les passions de l'àme ou affections de l'esprit, 0° enfin les humeurs qui doivent être excrétées.
1« De l'air. — A l'époque de Stahl on ignorait complètement le rôle attribué plus tard à l'air dans la respiration, dans l'hématose et dans la calorification par Lavoisier. Alors, on ne considérait cet agent que comme un moyen de déplisser les bronches, les vaisseaux du poumon, et par cela même de précipiter le cours du sang dont l'activité engendrait de la chaleur. On ne savait pas davantage qu'il y eût du gaz oxygène dissous dans le sang et dont le contact et l'é-
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change au sein des tissus produisaient une notable élévation de température. De ce défaut de connaissances résultaient de nombreuses erreurs, et Stahl a pu écrire : « Pour ce qui est de l'air, bien qu'il ne soit pas absolument nécessaire à la vie, ce qui est démontré par l'existence du fœtus dans le sein de sa mère sans qu'il ait aucune communication avec l'air atmosphérique, il devient d'une absolue nécessité après sa naissance.... » (page 244.) Nous ne ferons pas à Stahl le reproche d'ignorer les découvertes de Lavoisier ou de Magnus, mais c'est une remarque importante à faire si l'on veut comprendre la théorie singulière, et désormais à oublier, de Stahl sur la respiration.
2° Aliments et boissons. — Stahl ne connaissait pas mieux la théorie de la digestion que celle de la respiration, aussi ne sort-il guère des vulgarités du sujet qu'il traite en hygiéniste superficiel plutôt qu'en physiologiste étudiant les modifications intimes de l'aliment depuis son introduction dans l'estomac jusqu'à son animalisation. C'est ce qu'on juge plus sûrement encore à l'occasion d'un chapitre intitulé De la nutrition, qui se trouve un peu plus loin (p. 318), et où, au milieu d'appréciations remarquablement élevées, se trouvent des erreurs que les connaissances arriérées de l'époque font comprendre sans les excuser.
3° Mouvement et repos; — ¥ des excréments. — Ces deux chapitres ne renferment que des notions d'hygiène vulgaire aussi anciennes que la médecine.
5° Du sommeil. — Le chapitre sur le sommeil rappelle immédiatement l'attention du lecteur sur le philosophe médecin qui a montré dans l'analyse des facultés de l'âme une si grande expérience du sujet.
Le sommeil est pour les organes des sens ce que le repos est au mouvement volontaire. C'est un mode d'activité de l'âme, a un effet auquel l'âme se prête, qu'elle laisse librement s'accomplir, ou mieux encore comme un phénomène que l'âme elle-même doit, peut et veut habituellement se charger de produire et d'exécuter avec un ordre et une méthode à elle propres » (page 288.) Il y a là une véritable erreur du physiologiste, car s'il est incontestable que le sommeil soit indispensable à la lucidité dans l'état de veille et à la prompte disposition de l'âme à sentir et à penser, il est certain que la fatigue des organes des sens en est le point de départ, et que c'est à l'épuisement de la sensibilité sensorielle qu'il faut en attribuer la manifestation. A cet égard, le sommeil s'impose à l'activité
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humaine, et c'est là un effet du physique sur le moral contre Lequel celui-ci peut entreprendre une lutte temporaire dans laquelle il finira toujours par succomber.
L'activité humaine peut résister au sommeil, mais il faut que tôt ou tard elle cède à la fatigue ; la lutte est impossible et le bourreau qui, par ses excitations continuelles, empêche l'homme de s'endormir, ne met pas plus de huit jours à le tuer.
Tout ce que dit Stahl des effets de Yactivité de Vâme, des passions, de Y habitude, des tempéraments bilieux, mélancoliques ou sanguins ; — des âges sur la durée et sur la lourdeur du sommeil, ne change rien à cette manière de voir. L'homme s'endort forcément après avoir épuisé la sensibilité propre aux organes des sens, absolument comme lorsqu'il a épuisé la force contractile des muscles par le mouvement, il prend le repos nécessaire à la reproduction de la contractilité.
Dans le chapitre suivant cansaeré à l'effet des affections de l'âme, Stahl, après avoir déclaré que les actes vitaux ont, par leur régularité et par leurs altérations, une grande influence sur les mouvements de l'esprit, déclare qu'il y a réciprocité et, que les affections de l'esprit ont une telle influence sur les actes vitaux, « que les affections morales les plus légères ont un grand retentissement sur l'organisme et y produisent quelquefois des effets très-fàeheux , provoquant tantôt un excès, tantôt un défaut dans les mouvements vitaux. » (Page 299.) La joie, la colère, la frayeur, le dégoût, etc., provoquent dans l'acte circulatoire de grands et soudains changements, ayant une grande influence sur la production secondaire des maladies les plus variées. L'habitude, affection de l'àme qui nous porte à entreprendre et à exercer normalement et convenablement certaines actions, a une influence analogue, et l'on sait, en effet, qu'elle est l'origine d'accidents pathologiques plus ou moins graves. Tout cela explique à merveille l'influence du moral sur le physique, et c'est un point désormais acquis à la science.
Il ne suffisait pas à Stahl de rechercher les conditions générales de la constitution et de la conservation de l'homme. Voulant approfondir davantage ce sujet, il revient sur ses pas et s'occupe de nouveau de la nutrition. Son intention est de faire connaître les circonstances spéciales (p. 318), et dès les premières ligne il pose le problème à son point de vue, en termes suffisamment explicites pour ne pas laisser prise à l'équivoque.
Voici comment il s'exprime :
« Dans le phénomène de la nutrition, Vâme manifeste une puissante énergie, tant de volition que de direction motrice pro-
portionnée à des intentions certaines. Ses différentes phases sont Vappétit; l'introduction des aliments dans la bouche et leur mélange avec la salive ; le séjour des aliments dans l'estomac et les intestins ; le broiement et le ramollisement convenable des aliments nécessaires à former la crase corporelle ; la distribution de la matière alimentaire aboutissant à l'assimilation de ses particules. Nul doute que dans la nutrition, la vie, différente selon les âges et les constitutions, n'agisse différemment sur la masse alimentaire pour y prendre, selon les tissus et même dans les parties différentes d'un même tissu, des molécules particulières en leur imprimant une direction proportionnée à des intentions certaines. »
Mais il y a dans cet acte des phénomènes chimiques qui constituent la Ihéorie moderne de la digestion, et sous ce rapport, Stahl, qui dédaigne profondément la partie physique du sujet (p. 318), se place volontairement et pour toujours bien au-dessous de notre physiologie actuelle
Ici, le seul mérite de Stahl est de rapporter à l'âme ce qu'il attribue à la vie en général, afin d'éviter l'erreur de quelques-uns de ses contemporains, qui pensaient que certaines parties des animaux prises en nourriture sont plus propres à la nutrition de certains organes que ne le sont d'autres parties différentes de ces mêmes animaux. Il voulait évidemment parler des adeptes de Van Helmonl, car il fait comprendre que cette manière de voir suppose l'existence de ces esprits architectes intimement unis à la substance matérielle de ces portions animales dont nous nous nourrissons, et qui, pour ce motif, devraient déployer et exercer leur énergique efficacité dans un tout autre corps. Dans la crainte qu'on ne l'accuse de rapporter des choses que personne n'a jamais dites, il cite avec une certaine ironie des exemples qui sont aussi curieux que divertissants; il se demande comment on a osé prétendre que la tunique interne de l'estomac des poules ait la faculté de donner de la force et de la vigueur à l'estomac ; comment l'utérus du lièvre en tant qu'animal fécond pouvait avoir la propriété de guérir la stérilité des femmes ; et comment les poumons de renard ont la puissance de remédier aux affections pulmonaires de l'espèce humaine. Sous ce rapport, il est superflu d'ajouter que la critique de Stahl était fondée, et que sa doctrine, bien que trop générale, était mille fois supérieure à de telles absurdités.
Après l'exposé des principes de la conservation de l'individu devaient venir ceux qui concernent la conservation de l'espèce, et la section IV de ce volume a pour objet la génération. Bien que cet exposé se ressente beaucoup de l'époque de sa publication pour le
pôle accordé à la femelle dans la reproduction des rires, puisque la science ne connaissait alors que les travaux de Malpigbi sur l'œuf des gallinacés et qu'elle ignorait ceux de Graafet de Baér, Stahl reste toujours à la même hauteur philosophique et ses conclusions sont toujours identiques. La matière n'est rien et elle obéit à une action étrangère.
« Attribuer à l'âme humaine cette puissance de former le corps et de l'entretenir par une nutrition continuelle durant toute la vie, ce n'est point lui imposer une fonction plus difficile que celle que nous lui attribuons en lui assignant la puissance de régir et de diriger les mouvements du corps; c'est là, sans contredit, un fait dont les sages appréciateurs sont pleinement convaincus. » (Page 386.)
Cet argument, qui est devenu celui de tous les animistes, se retrouve presque textuellement dans le livre récent de M. Bouillier sur V unité du principe vital et de Vâme pensante. La crainte de n'être pas assez explicite tourmentait Stahl, car il ajoute aux lignes précédentes le paragraphe suivant :
« Si nous revenons si souvent sur ces matières, c'est afin que l'on n'oublie jamais que le rôle principal appartient ici aux actions et nullement aux matières, et que ces actions ne s'exécutent pas dans mais bien sur ces matières; de telle" sorte que ces dernières sont absolument passives, généralement très-indifférentes à l'égard des actions, et purement obéissantes à la disposition tout active et l 'arrangement qu'en fait Vâme pour confectionner telle ou telle structure, telle ou telle forme : c'est là ce qu'il importe de remarquer. (Page 386.)
Pour Stahl, qui avait adopté les travaux de Malpighi pour les généraliser, la matière de la formation du fœtus était fournie par la femelle, et contrairement à Leuwenhoeck, qui pensait que le principe matériel venait de l'homme, il devina que chez la femme il devait en être de même que dans le règne animal. 11 écrit même cette phrase significative à propos des grossesses extra -utérines dans les trompes de Fallope :
« Elles constituent dans l'espèce humaine les conduits à travers lesquels les ovules sont transportés des ovaires dans la cavité utérine "et tiennent exactement la place des trompes utérines des espèces bestiales qui produisent plusieurs petits à la fois, et qui, conservant ordinairement dans ces trompes non pas un seul, mais plusieurs fœtus, les y portent jusqu'à parfait développement et même jusqu'au jour de leur naissance. » (Page 389.)
Une fois ce fait établi, Stahl donne les détails de la formation du
fœtus par ses adhérences à l'organisme maternel, il indique ses enveloppes, sa position, le terme de sa délivrance et un peu le mécanisme de sa naissance. Ce sont des choses qu'il suffit d'indiquer.
Après avoir achevé l'étude de tout ce qui peut se rapporter d'une manière directe à l'acte même de la conservation vitale, Stahl déclare qu'il n'est pas moins utile d'étudier un acte qui, bien qu'il ne paraisse pas concourir directement à la conservation de la vie, est du moins d'une grande utilité pour faire éviter au corps les plus communes occasions de destruction, et que l'on retrouve dans toutes les fins principales de la vie humaine. Il s'agit du sens en général et des sensations, cela fait l'objet de la section Y.
D'après Stahl, la fin première de la sensation est de toute manière la conservation de la structure du corps par le moyen des mouvements volontaires locaux, en mettant le corps à l'abri de tout objet nuisible ou en l'éloignant de tout ce qui pourrait l'affecter péniblement, et la sensation est un phénomène actif de l'âme : 1° parce qu'il y a pour elle nécessité de conserver la structure du corps; 2° parce qu'elle agit sur et par les organes sous l'influence du sentiment.
Les nerfs ne sont alors que l'instrument suprême et immédiat de la sensibilité à l'aide duquel la perception ou notion réelle des espèces sensibles est transmise à l'âme. Ils n'agissent que sous l'empire de cet agent moteur qui les met en action, selon l'impulsion de la volonté, et en tant que ce mouvement impulsif est volontaire.
Malheureusement pour cette doctrine, il y a deux espèces de sensibilité : l'une consciente, qui peut aider l'homme à se défendre contre ce qui pourrait nuire à la structure de son corps, à condition que l'objet nuisible se montre en face ou dans l'état de veille; et l'autre inconsciente, incarnée dans les tissus, quelle que soit leur structure. La première a pour instrument des nerfs communiquant les impressions aux centres nerveux qui réagissent par la volonté ; et la seconde, indépendante des nerfs, paraît être un des attributs de la vie, car elle existe avant l'apparition du système nerveux, à une époque où la réaction a déjà lieu, mais sans l'auxiliaire de la volonté. Au point de vue physiologique, ces faits contredisent absolument la théorie de Stahl, qui demande à la volonté plus qu'elle ne peut accorder, et son ensemble n'eût pas été modifié, si tenant compte des actes prévoyants mais inconscients de la nature, il lui eût laissé la toute-puissance d'action contre les perceptions sensibles et insensibles dont les nerfs et les tissus non pourvus de nerfs sont l'instrument de propagation.
Malgré ses idées dogmatiques, Stahl ne dédaignait pas les lumières de l'observation, et, comme le premier empirique venu, il disait que la pathologie devait consister dans l'observation exacte et sérieuse des maladies, tant sous le rapport de leur caractère universel, qui nous aide à découvrir quels en sont le siège, la marche et les symptômes, que sous le rapport des causes dont la juste appréciation nous fournit les indications thérapeutiques qui en découlent et les médications propres à en triompher.
Nonobstant ce principe, dont il s'écarte assez facilement, Stahl expose la pathologie spéciale avec un grand bonheur d'observation, mais il ne pénètre pas toujours au fond des questions. Il ne fait souvent que les effleurer sans les résoudre. Son exposition est une lumière pour la pathologie, elle la fait comprendre d'une certaine manière à qui la connaît déjà, mais elle ne l'apprendrait pas à celui qui l'ignore. C'est le manifeste d'un chef d'école, et non le tableau de nos maladies. Qui ferait ainsi aujourd'hui ne trouverait pas de lecteurs. Nous détestons la prolixité; et en médecine il est certain que les preuves valent mieux que les hypothèses.
Stahl débute par quelques considérations sur l'étude des causes efficientes ou instrumentales; procatarcliques, c'est-à-dire occasionnelles, ou prédisposantes, c'est-à-dire antécédentes, et enfin continentes, et il s'occupe de la souffrance en général.
Dès le berceau, l'homme tout entier n'est que maladie, a dit Hippocrate. Cela est vrai, mais sont moins malades 1° ceux qui, suivant un régime de vie simple et frugale, mettent un juste rapport entre la quantité et la qualité de leurs aliments; 2° ceux qui, menant une vie active et laborieuse, sont plus spécialement soumis aux fatigues du corps qu'aux travaux de l'esprit ; 3° ceux qui sont exempts des passions vives et des mouvements immodérés de l'àme; ¥ enfin, ceux surtout qui, complètement à l'abri de toute perturbation accidentelle et violente, s'accoutument peu à peu à certaines commotions devenues plus faciles à supporter plutôt par le fait même de leur fréquente répétition que par leur propre modération. Sont au contraire plus souvent malades ceux qui usent d'un régime plus varié que simple, ceux qui, plongés dans la nonchalance et dans l'oisiveté, se livrent avec excès aux plaisirs de la table; ceux dont les mœurs sont un peu trop relâchées ou qui se laissent aller aux caprices et aux aberrations de leur esprit, ce à quoi sont particulièrement exposés les gens qui font un usage immodéré de la faculté de raisonner; ceux qui ont des habitudes morbiliques, et enfin ceux qui ont chez leurs parents des maladies héréditaires.
Mais, quoi qu'il arrive, il y a chez le malade une énergie morbide qu'anéantit ordinairement l'énergie vitale au moyen de laquelle le corps retrouve son équilibre et rentre dans son intégrité. Cette pensée revient à chaque page et fait l'objet de deux chapitres, l'un (p. 42) ayant pour titre : Disposition apparente du corps à subir des lésions, et de la force vitale à s' opposer àla transformation de ces lésions en maladies, et l'autre (p. 45), dans lequel Stahl indique la cause de ce phénomène.
La section IV est consacrée aux véritables causes particulières des maladies : telles que la pléthore, Y épaississement du sang, la diversité naturelle des mouvements extraordinaires nécessaires, c'est-à-dire l'action vitale individuelle, la disposition du tempérament à la maladie, la disposition suivant les âges, etc.
Après cette étude de ce que Stahl appelle « la disposition tant du corps que de l'économie vitale touchant les causes et les effets opposés à l'ordre et au caractère naturel des choses», vient l'exposé « des espèces subalternes d'affections plus simples », hémorrhagies , congestions sanguines.
§ Ie'. — HÉMORRHAGIES.
Les hémorrhagies spontanées d'un sang pur et vermeil, sans douleur ni malaise, sont des évacuations utiles dont on méconnaît trop souvent l'importance finale. Leur retour est utile ainsi que leur régularité, réglé par l'habitude, « ce vrai tuyau de toute direction motrice », et leur suppression est chose dangereuse. C'est une nécessité incontestable de connaître et de bien apprécier, d'une part : la puissante efficacité des efforts et des mouvements tendant à l'excrétion libre du sang, et d'autre part, les phénomènes particuliers qui suivent inévitablement de tels efforts, impuissants à atteindre leur but final, salutaire, et qui leur succèdent d'une manière naturelle, régulière et proportionnée.
Les hémorrhagies par violence, telles que les lochies, les épistaxis précédées de prurit ou d'écorchure nasale; — les hémoptysies et les métrorrhagies, suite d'un effort : — les hémorrhagies par traumatisme ou par crainte du danger que court l'économie corporelle à l'occasion des stases et des engorgements qui peuvent résulter d'une trop grande abondance de sang, forment la seconde classe d'hémorrhagies admise par Stahl.
D'après lui, la vraie disposition causale aux hémorrhagies est la pléthore, aidée du mouvement tonique formant ce molimen hœmorrhagium, ou effet hémorrhagique, qui précède tous les écoule-
ments sanguins de cette nature. Ces hémorrbagies, proportionnées à la surabondance actuelle du sang, sont Irès-utiles : 1° en vue d'un but final déterminé, et elles sont nécessaires pour éviter de plus graves dangers ultérieurs, attendu que la nature juge plus convenable de prévenir ces fâcheux effets que d'en attendre les funestes conséquences; 2° elles sont naturellement constantes, régulières et s'accomplissent ordinairement sans accidents, d'une manière paisible, tranquille, normale, et avec une périodicité qui ne se déme-nt presque jamais, ainsi qu'on le voit par le retour régulier des menstrues chez les femmes; 3° toutes celles qui sont spontanées, c'est-àdire ayant lieu sans le concours d'une cause violente externe, s'accomplissent à l'aide de certains mouvements et de directions particulières ; 4° plus les obstacles éprouvés par ces mouvements dans leur effectualion sont grands , plus aussi sont variés et manifestes les symptômes qui en résultent et rendent plus embrouillée la conception du fait en lui-même; en sorte que, méconnaissant l'action réelle et la direction des mouvements vitaux vers une fin salutaire, et prenant le change par le concours de ces circonstances étrangères, on est entraîné dans des erreurs bien graves en regardant comme simplement passifs et morbides les actes entrepris par l'agent vital conservateur.
De Vhémorrhagie nasale. — Cette hémorrhagie, produite par les causes générales des hémorrhagies, est, dans sa manifestation spontanée, un acte toujours salutaire, prévenant et soulageant diverses affections, tandis qu'au contraire bien des incommodités sont le résultat inévitable d'un désordre on d'un arrêt survenu dans la libre excrétion du sang. L'époque inconvenante de ces hémorrhagies, leur trop grande abondance, leur retard et leur disparition, produisent les épanchements, les gonflements, les engorgements, les stases, les inflammations suppuratives, la gangrène des fièvres aiguës et malignes, des apoplexies, etc., etc.
Ici, comme partout, apparaît le doctrinaire partisan systématique des causes finales, car il déclare que « l'homme seul, parmi les êtres vivants et animés, est exclusivement sujet au phénomène habituel et ordinaire des excrétions hémorrhagiques », et on le voit un peu plus loin dire que l'activité d'une hémorrhagie se trouve dans une intention erronée amenant après elle une aberration dans l'intention des mouvements vitaux et provoquant une excrétion violente, précipitée, désordonnée et surtout opiniâtre. Tout en acceptant l'idée d'un consensus qui relie entre elles toutes les parties d'un être vivant, il est évident qu'il y a exagération dans l'opinion qui
consiste à prêter une intention bonne ou mauvaise à tous les actes morbides. Dans beaucoup de cas ces phénomènes sont la conséquence d'actions étrangères contre lesquelles il n'y pas moyen de résister.
De V hémoptysie. — Des considérations vagues et hypothétiques sur la fréquence et les causes de l'hémoptysie remplissent les premières pages de ce chapitre. Les effets ne sont pas indiqués avec plus de précision, et Stahl finit par conseiller contre cet accident l'usage des amulettes (p. 185), en raillant les vaines théories de ceux qui croient que les hémoptysies dépendent de la rupture, de la diérèse ou de l'érosion des vaisseaux pulmonaires.
De Vhématémèse. — A part l'indication d'un remède réputé spécifique contre l'hématémèse (35 gouttes d'huile essentielle de millefeuille trois fois par jour, aux heures des repas), ce chapitre sur l'hématémèse est à peu près aussi vague que le précédent.
Du flux hémorrhoïdal. — Bien que les hémorrhoïdes et le flux qu'elles entraînent aient été bien connus d'Hippocrate , qui en avait tracé les caractères généraux, leur appréciation n'était pas chose très-vulgaire au temps de Stahl, qui signale, en commençant, l'oubli des connaissances anciennes à cet égard. Pour lui, un état morbide précède l'apparition des hémorrhoïdes, dont elles sont en quelque sorte la crise; leur permanence est nécessaire et leur suppression ou leur guérison dangereuse. A leur disparition succèdent, en effet, l'hydropisie, l'asthme nerveux et convulsif, les coliques nerveuses, les inflammations du foie, de la rate et du mésentère, l'hématémèse, toutes les conséquences de l'étisie et de l'apoplexie, l'hypochondrie vraie, la mélancolie et la manie, etc. On ne peut s'empêcher de voir là les conséquences fausses d'un système qui, tout en prétendant recevoir de l'observation la lumière dont l'esprit a besoin, se sert de vues théoriques pour torturer les faits et en déduire plus qu'ils ne peuvent donner. Tout ce tableau des souffrances causées par les hémorrhoïdes, vrai par exception, est faux si on le considère d'une manière générale, et dans notre climat au moins il y a des hémorrhoïdes passives produites par la constipation et les tumeurs du ventre, dont la guérison n'offre aucun danger.
De V hématurie. — Le vague et l'incertitude qui régnent dans les considérations cliniques de Stahl sur l'hématémèse, sur l'hémoptysie, sur le flux hémorrhoïdal, sont encore plus marqués ici.
Ce sont toujours les mêmes principes généraux, excellents pour la cause générale des hémorrhagies, mais insuffisants pour la connaissance approfondie des hémorrhagies d'un viscère profond. Ce qu'il faut ici, c'est l'étude des lésions qui produisent l'écoulement du sang, et, il faut le dire à la décharge de l'auteur, l'anatomie pathologique, toute à faire, n'avait pas encore donné à la science la précision qu'elle possède aujourd'hui. Au point de vue dynamique, l'histoire des hémorrhagies, telle qu'on la trouve dans Stahl, ne manque pas de grandeur, mais elle a le défaut de tout embrasser, ce qui est une erreur, et elle laisse entièrement de côté ou à peu près tout ce qui se rattache à la dégénérescence des organes.
Des hémorrhagies utérines. — Stahl confondait le flux menstruel avec les hémorrhagies utérines, et en considérant ce flux, dont il ignorait le mécanisme, comme utile, comme salutaire et comme indispensable, il confondait deux choses essentiellement différentes.
Comparer le flux menstruel au flux hémorrhoïdal, c'est-à-dire un acte physiologique à un état morbide, est chose impossible, et si le flux menstruel trop abondant ou retenu est une cause de maladie, ce qui est très-réel, il faut reconnaître que le désordre ne ressemble point à celui qui résulte d'une hémorrhagie utérine ordinaire. Tout ce que dit Stahl de l'époque et de la cessation des règles, des causes de leur retour et de leur disparition brusque, est fort exact; mais cela ne représente en rien l'histoire des hémorrhagies utérines, telle que nous la comprenons aujourd'hui.
De la lochiorrhée. — Tel est le nom que Stahl donne aux lochies, écoulement muco sanguinolent qui succède à l'accouchement et dure quelques semaines. Ce n'est pas la conséquence de la plaie utérine produite par le décollement du placenta , et c'est une hémorrhagie n'ayant rien de traumatique. Elle résulte :
« De l'activité réelle et franche des mouvements vitaux, seuls capables de diriger d'une manière régulière et successive le phénomène éruptif, tant dans la durée que dans la proportion, sa marche tranquille et sa terminaison naturelle. Rien ne serait plus irraisonnable et contraire à l'expérience que de vouloir attribuer à une cause simplement mécanique de tels actes se passant dans un corps vivant et animé. » (Page 2G8.)
Le flux lochial est avantageux, et sa suppression produit dans ce premier moment des fièvres aiguës inflammatoires, des douleurs nerveuses de l'utérus, des altérations graves du mésentère, et
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plus tard l'aménorrhée et des affections hystériques hypochondriaques et spasmodiques. Ce sont là autant d'assertions contraires aux résultats de l'expérience.
Hémorrhagies vraiment passives.
Si Stahl a, par système autant que par défaut de connaissances, exagéré le rôle de Faction dynamique dans la production des hémorrhagies, qu'il appelait pour cette raison actives, il n'a pas méconnu celles qui constituent ies hémorrhagies passives étrangères aux actes vitaux spontanés de la nature. Ce sont celles qui résultent de la rupture des vaisseaux, de l'arrachement des tissus, des plaies et des blessures profondes des parties organiques, et des érosions vasculaires internes. Nulle part il n'est question : des hémorrhagies mécaniques par compression des vaisseaux, — des hémorrhagies produites par les tubercules non ulcérés du poumon, — des hémorrhagies du cerveau par oblitération des artères cérébrales, — des hémorrhagies par altération du sang, etc., c'est-à-dire de celles qui sont de beaucoup les plus nombreuses et pour lesquelles l'étude approfondie de la structure matérielle du corps humain est absolument nécessaire.