II. — DES CONGESTIONS SANGUINES
Après l'étude des hémorrhagies, Stahl commence celle des congestions sanguines, indiquant plutôt un état réel d'activité qu'un simple état de passivité, et devenant la source de divers états passifs connus sous le nom de fluxion, d'engorgement, de stase et d'obstruction. C'est là une vue importante et depuis cette époque un peu trop négligée.
L'acte impulsif de la congestion est un mouvement tonique actif aboutissant à l'obstruction, où il n'y a rien que de passif, état remarquable et négatif de toute activité. Il peut se faire partout, et détermine, avec la présence du sang, une tension locale avec irritation gravative, rougeur, chaleur et gonflement des parties. Il se produit ordinairement chez les pléthoriques, avec Y intention spontanée oVun allégement de la masse sanguine (p. 286), c'est-à-dire d'un effort hémorrhagique. On l'observe d'une façon périodique ou intermittente, et il aboutit soit à Yhémorrhagie, soit au rhumatisme, c'est-à-dire à des déplacements congestifs rapides, soit à Y inflammation, soit à la douleur, considérées au point de vue de sa provenance congestive.
1° Congestions sanguines en tant qu'actes hémorrhagiques. — Les congestions hémorrhagiques ont lieu dans l'enfance, vers la tête; à l'adolescence et chez l'adulte, vers la poitrine ou vers l'anus; et parmi les maladies qui en résultent, Slahl cite le coryza, la toux humide, la diarrhée, les tumeurs froides oedémateuses ou squirrheuses, etc. Ce sont là des assertions à démontrer.
2° Du rhumatisme. — Pour Stahl le rhumatisme est une afïection idiopathique, c'est-à-dire subsistant par soi (p. 297), constituant une espèce particulière et propre qu'on ne doit jamais regarder comme cause d'autres maladies et comme capable d'engendrer d'autres espèces morbides auxquelles on donne aussi parfois le nom d' idiopathiques ou d'essentielles. C'est une forme de la congestion. Il engendre certaines maladies qui comprennent à leur tour diverses espèces morbides spécifiques qu'il vaudrait mieux regarder comme effets que comme causes (p. 399). C'est un des meilleurs chapitres de la Vraie théorie médicale, et les données qu'il renferme, même pour l'époque, ont été confirmées par l'observation ultérieure.
3° De V inflammation. — Quand la congestion produit la stase du sang, il se fait une coagulation, et c'est le premier effet matériel de l'état inflammatoire. La chaleur, le gonflement, la rougeur, la tension et la douleur viennent ensuite, et après, arrivent la résolution, ou la suppuration, la mortification et la gangrène, avec un état fébrile plus ou moins prononcé.
Il y a trois sortes d'inflammations : Yérysipèle, le phlegmon et l'abcès,
Partout la stase sanguine en est le point de départ, et le médecin, dès le début, doit tendre à l'empêcher en modérant la violence du mouvement fluxionnaire, et si après d'inutiles tentatives la suppuration s'établit normalement, il doit saisir avec habileté le moment opportun pour faciliter au pus sa sortie. Il veillera ensuite à la purification des tissus lésés, afin que la nature, dans son acte médiateur, puisse, sans entrave et d'une manière régulière, arriver à la consolidation et à la cicatrisation complète des parties affectées.
Des douleurs. — Pour Stahl, les douleurs qui ne puisent pas leur source dans des causes externes dépendent communément tant de l'effet que de l'acte propre de la congestion. Brûlantes, ardentes, prurigineuses, pongitives et lancinantes, mordicantes, tensives, gravatives, glaciales ou horripilantes, versatiles, acres, aiguë*, té-
yêbrantes, etc., ou innommées, leur cause est originairement la même. C'est là une erreur, et ici nous devons noter une omission importante relative aux souffrances causées par les maladies organiques des nerfs et par les névralgies, où il serait difficile de démontrer l'existence d'une congestion.
Sous le titre : Des mouvements insolites qui se produisent dans le corps, Stahl a décrit les altérations et les anomalies morbides des mouvements vitaux et animaux, et cela comprend : 1° les varialions toniques anormales; 2° les spasmes; 3° les convulsions; i° les défectuosités des mouvements vitaux. C'est une des plus importantes sections de la Vraie théorie médicale.
C'était l'idée de Stahl, fort exacte d'ailleurs, que l'exercice régulier des mouvements vitaux et animaux suppose dans les parties un degré suffisant de vigueur et d'énergie, variable selon les circonstances, qui est le ton et que l'on appelle mouvement tonique.
Mais si ces mouvements toniques affectent une marche irrégulière, sont violents, désordonnés, lents, languissants, précipités, etc., il s'établit une véritable aberration et confusion dans la régularité des fonctions organiqnes.
1° Variations anormales des mouvements toniques. — L'acte et le mouvement toniques sont le point de départ de la progression universelle des humeurs, et ils peuvent être augmentés ou diminués. C'est par eux que s'expliquent la chair de poule, l'horripilation, le rapetissement des parties, les sécrétions et excrétions par lesquelles se terminent les fièvres aiguës, les crispations, les angoisses épigastriques, cardiaques, etc.
2e Spasmes. — L'exagération du mouvement tonique qui soumet les membres à une roideur permanente en les enlevant au pouvoir du malade, forme \e spasme, ordinairement partiel, quelquefois général en formant le tétanos. Elle engendre le torticolis, la contracture des membres, de l'œsophage, de l'estomac, de l'intestin, la strangurie, le ténesme, les crampes, etc.
3° Convulsions. — Les alternatives de contraction et de relâchement des parties musculaires constituent les convulsions, et elles résultent des causes morales, des maladies aiguës, des corps étrangers de l'oreille, de l'irritation du système nerveux, de la constipation, des lombrics, etc.
ï" Défectuosité des mouvements. — Le dernier genre de lésion des mouvements vitaux dont s'occupe Stahl comprend : 1° les débilités proprement dites ou L'absence complète des forces; 2° Y-impuissance et le tremblement des organes; 1" h paralysie; Ao enfin Y apoplexie et X hémiplégie. Ce ne sont pas des degrés différents de la lésion des mouvements toniques, mais des espèces différentes, et elles consistent « dans un relâchement extraordinaire du mouvement tonique vital. » (Page 428.) Stahl ajoute même . « Quant aux causes médiates qui finissent par produire dans l'organisme cette grande atonie, il nous répugne de nous servir à leur égard des expressions à la mode, et de les rapporter à l'obstruction des nerfs et à l'interception de l'influx des esprits. De pareilles expressions, en effet, ne réveillent aucune idée, ne facilitent pas la découverte d'un agent thérapeutique convenable, ne résolvent pas les difficultés insurmontables à tout traitement médical, ne sont nullement en harmonie avec un phénomène si remarquable, et n'indiquent en rien comment il se fait qu'une obstruction de cette espèce arrive aussi rarement; il est donc bien évident que leur emploi affecté est sans excuse et ne vaut pas plus que si l'on avait franchement gardé le silence. Ce qu'il y a de certain, en outre, c'est que cette vieille hypothèse qui fait retomber toute la faute sur le système nerveux et sur la suspension de l'influx des esprits vitaux, n'est aucunement d'accord avec la vérité, attendu qu'en pareil cas il n'y a purement et simplement que défectuosité dans le mouvement tonique vital. Il est dès lors logique de penser que, après avoir perdu la cause de leur origine, les actes volontaires soumis à une direction n'ont plus lieu. »
Celte manière d'envisager les paralysies plutôt comme lésion des mouvements vitaux que comme la conséquence d'une altération matérielle du système nerveux, est la pensée dominante de Stahl. C'est évidemment là une exagération, et sans nier que dans beaucoup de cas il ne puisse se produire des paralysies essentielles, ces faits sont infiniment moins nombreux que les cas de paralysie symptomatique, et il serait plus conforme à la réalité de faire à ces dernières une place plus grande qu'aux autres. Or, Stahl a fait précisément le contraire, et il a même presque entièrement méconnu le groupe des paralysies symptomatiques.