‹ Histoire de la mâedecine et des doctrines mâedicalesChapitre 54 sur 119 · DU VITAL1SME · texte numérisé non relu

DU VITAL1SME

doit cesser d'être. Si étrange que soit cette proposition « une force indépendante de l'organisme » elle peut être comprise au moyen d'une explication qui, du reste, est indispensable et que nous donnerons plus loin. Pour le moment, constatons seulement que levitalisme a pris naissance dans cette idée que la vie est la cause ou le principe de l'organisation, au lieu d'en être l'effet comme le prétendent les organiciens, que cette cause est un principe inconnnu, l'X des algébristes, ou une force vitale non moins inconnue dans sa nature, mais toujours indépendante de l'organisation et formant, chose incroyable pour un physicien , un principe sans matière semblable àTâme, ou une force sans substance, ce qui n'est qu'une hypothèse.

Ceux qui admettent que la vie est cause, quel qu'en soit le principe, sont des vitalistes, tandis que ceux qui la considèrent comme un effet de la matière organisée ne sont que des organiciens. Là est le critérium de la doctrine et, maintenant que nous savons ce qu'elle est, je vais dire d'où elle vient et quelles transformations elle a subies.

Le Vitalisme n'a de nouveau que le nom et il est la conséquence des métamorphoses que l'idée de la vie a subies dans'pe .cours des siècles. Son principe est aussi ancien que la science, et Hippocrate en faisant jouer à la nature le premier rôle dans les actes de la maladie est le premier vitaliste. Mais sur le naturisme hippocratique sont venus se greffer le pneumatisme d'Athénée donnant au pneuma le rôle précédemment accordé à la nature, plus tard, |l'arc/i<Hsme de Van Helmont, et Y animisme de Stahl, et enfin le vitalisme de Barthez; mais sauf la forme ou la richesse des détails et la nouveauté des aperçus, le principe de toutes ces doctrines est à peu près le^même.

C'est au moment où l'animisme triomphant avait réussi à se faire adopter par un assez grand nombre des médecins de Montpellier que Fizes, Bordeu, Fouquet, Barthez, ne pouvant croire à l'intervention de Y âme dans la production des actes physiologiques les plus vulgaires ou des actes morbides de l'organisation, cherchèrent une nouvelle solution du problème. Des essais non ^poursuivis montraient le chemin à suivre; dans ses cours Fizes parlait d'un principe vital autre que l'âme auquel il attribuait les fonctions organiques ; Bordeu considérait chaque tissu et chaque organe comme étant doués d'une petite vie particulière dont l'ensemble formait la vie générale; Fouquet imaginait le rôle de la sensibilité, mais dans toutes ces tentatives il n'y eut pas de systématisation philosophique. L'idée était dans l'air, c'était une protestation^contre la doctrine de Stahl, et elle y serait peut-êlre restée pour^ toujours si Barthez ne l'en avait tirée pour lui donner une vie propre et impérissable dans

l'histoire. Par ses méditations et par la manière dont il a su grouper les faits autour d'un principe vital inconnu, qui n'est qu'une hypothèse et une abstraction sur laquelle la médecine n'a aucune prise, Barthez est assurément le fondateur du vitalisme moderne devenu un drapeau pour l'école de Montpellier, défendu par Bérard et par Lordat, mais perdant chaque jour du terrain par l'impossibilité où il se trouve de se justifier par l'observation. A la doctrine du principe vital de Montpellier, les dissidents ont substitué une force vitale dont ils ne connaissent pas la nature, qu'ils font de même indépendante des organes, mais il est évident que ce mot n'est qu'un compromis entre ceux qui font de la force vitale quelque chose d'identique au principe vital de Barthez et ceux qui, résolument organiciens, admettent que la force vitale résulte du concours des organes nécessaires à la vie. A la faveur de ces mots semblables, employés comme drapeaux, par les deux camps opposés, l'équivoque se produit, tout se confond, et on n'est jamais si éloigné que lorsqu'on paraît plus près de s'entendre.

Mais une fois le principe admis, qu'en ont fait les vitalistes au point de vue de la pathologie et de la physiologie. C'est là où ils ont échoué et où il leur a été difficile de formuler des conclusions conformes aux données de l'observation, et, par cela même, susceptibles d'être généralement acceptées.

Comment soutenir qu'un principe vital immatériel ou qu'une force vitale puisse être malade, et surtout, comment le démontrer. C'est évidemment supposer une altération inconnue dans une chose ellemême inconnue. Dire à celui qui a mal au poumon, c'est le principe vital ; à celui qui est paralysé, c'est le principe vital ; à ceux qui ne digèrent pas, c'est le principe vital et toujours le principe vital, laissant ainsi une place trop restreinte aux effets des propriétés organiques, cela ne signifie rien et n'avance guère la science. Le tort des premiers vitalistes, y compris Barthez, c'est de n'avoir pas suivi leur système jusque dans ses conséquences pratiques, de n'avoir pas fait connaître les propriétés et les attributs de cette force vitale ayant pour effet la vie , dont les altérations engendrent la maladie, et sur laquelle il faut appliquer des remèdes dans un but de guérison. Quant à leurs successeurs, eux ne se sont pas gênés et avec cette ignorance des sectaires, qui ne raisonnent pas et qui poussent à outrance les déductions de leur principe, ils ont fait du principe vital et de la force vitale l'abus que je viens de signaler en allant jusqu'au ridicule.

Ainsi sont les systèmes, nés du besoin de répandre une vérité utile, ils en abusent vite et généralisent inconsidérément, de sorte

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que les objections arrivent , entraînant par leur poids dans une déconsidération imméritée des idées véritablement dignes du respect des observateurs.

Si le vitalisme arrive jamais à établir qu'un agent venu du dehors, étranger aux organes du nouvel être, y pénètre pour lui donner la vie, s'associe à sa substance pour en diriger les premiers actes, pour tonner ses premiers organes, pour les entretenir malgré leur destruction moléculaire continuelle, et dans cette association intime lui apporte une forme et des maladies semblables à celles de son origine, le problème sera résolu. Il sera évident qu'avant la formation des premiers tissus et des premiers organes de l'homme il y a quelque chose qui n'est pas l'organisation, et cependant qui est la vie, que ce quelque chose est un agent susceptible d'altération suivant des lois étrangères à l'individu, qu'il est susceptible de maladie puisqu'il les apporte à celui qu'il fait vivre, enfin qui après avoir formé l'organisation humaine, lui donne des propriétés spéciales dont l'intégrité est absolument nécessaire à la conservation du tout. Ce sera peut-être alors une nouvelle transformation du vitalisme, car, à côté de l'hypothèse d'un principe immatériel, non susceptible d'analyse, ou d'une force vitale sans substance, s'il faut admettre qu'un agent matériel bien connu est le principe de la vie physique, le vitalisme mourra pour renaître sans le nom de Séminalisme ou Vitalisme séminal.

Nous en sommes peut-être arrivés là, car je me propose d'établir quil y a dans la semence un ferment vital dont l'action sur la matière de l'ovule explique ses transformations ultérieures. En ce moment je me borne à établir ce qu'a été et ce qu'est devenu le vitalisme et je vais faire connaître la doctrine des principaux vitalistes.

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