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SYDENHAM

Thomas Sydenham, né en 1624, mort en 1689, est le représentant le plus remarquable de l'hippocratisme moderne au xvne siècle. Bien que sa médecine soit considérablement mélangée àl'humorisme, au mécanisme ou à la chimiatrie de son temps, elle relève principalement du Naturisme et du Vitalisme, c'est-à-dire de cette doctrine médicale qui, sans faire aucunement abstraction .des parties constituantes du corps et des effets secondaires qu'une première lésion peut entraîner, tient un compte sérieux du principe de la vie et de

l'intervention de la nature dans la production el dans la guérira des maladies. — Observateur attentif et clairvoyant, donnant peu à l'hypothèse et à la superstition si ce n'est en thérapeutique, clinicien de premier ordre, recommandable par plusieurs descriptions pathologiques, il a laissé dans la science un nom justement honoré.

On lui doit un livre de médecine pratique qui se laisse lire encore avec intérêt et où l'on trouve la pensée philosophique nettement exprimée sans emphase, avec un art infini et alliée aux plus solides connaissances des maladies. J'en donnerai une idée en exposant ce qu'on y trouve et, ensuite, par l'analyse de quelques chapitres, on pourra juger l'importance de l'œuvre.

Dans cet ouvrage, se trouve une doctrine des maladies aiguës et chroniques; — une exposition des maladies épidémiquesetdes constitutions médicales; — des fièvres continues et intermittentes, — de la peste de Londres, — des petites véroles, — de la dysenterie, — de la rougeole, — de la goutte; — de l'hydropisie — de l'affection hystérique comprenant l'hystérie, l'épilepsie et le nervosisme,dumal vénérien, et une méthode complète pour guérir toutes les maladies, avec une description exacte des symptômes qui les accompagnent.

Maladies aiguës de Sydenham.

Au début, Sydenham commence par des considérations sur les maladies aiguës; puis, il anime la maladie et la nature qui lui semblent des êtres intelligents capables de se conduire dans le but de sauver la personne affectée.

« La maladie est un effort de la nature pour conserver le malade. »

La nature a ses voies de réussite et elle rétablirait plus souvent la santé si elle n'était empêchée par des ignorants.

Elle appelle à son secours quand elle en a besoin la fièvre pour séparer du sang les particules qui l'infectent et pour les évacuer par des sueurs, par le cours de ventre, par les éruptions ou par d'autres voies elle sauve le malade si elle produit une évacuation critique de la matière morbifique, ou elle le tue si elle ne peut produire cette évacuation. — Ses efforts sont violents, et dangereux. — Telle est la philosophie générale des maladies aiguës.

Mais quand la matière morbifique est de nature à ne pouvoir

exciter la fièvre pour opérer la dépuration du sang ou , et

qu'elle ne parvient pas du tout à la coction ou qu'elle n'y parvient que plus tard, c'est qu'il y a maladie chronique. Aussi les mala-

dies chroniques sont celles qui naissent de matières incapables de coction. C'est là le principe contraire de la maladie aiguë.

Les considérations de l'auteur dans ses deux premières sections sont relatives aux maladies épidémiques, à la fièvre continue de 1661, 1662, 1663, et à la fièvre pestilentielle, c'est-à-dire à la peste de Londres en 1665 et 1666.

Pour ce qui regarde la fièvre continue, la dissertation est fort générale et s'applique peu au caractère diagnostic de la maladie. D'après Sydenham, le caractère épidémique est moins dans la forme symptomatique d'une affection que dans sa résistance au traitement qu'on lui oppose. Ainsi il est évident que l'épidémie a changé de caractère, que la constitution vient de changer puisque des moyens mis en usage jusque-là (sauf indication que l'auteur est loin de négliger), puisque ces moyens ont besoin d'être remplacés par d'autres. Les indications thérapeutiques sont traitées avec très-grand soin par l'auteur, et les complications, la phrénésie et la passion iliaque, tiennent en particulier une place très-honorable dans ses réflexions. On s'étonne seulement qu'un homme aussi judicieux que Sydenham, ose conseiller dans la passion iliaque, c'est-à-dire dans les volvulus , en outre des purgatifs et adjuvants, Y application d'un chien vivant à nu sur le ventre.

Dans la section 3, Sydenham parle d'une épidémie de variole peu grave qui dura 1667, 1668 et une partie de 1669. Seulement, à la fin, il y eut encore à l'état d'épidémie une sorte de fièvre fort semblable de la variole, sauf l'éruption et ce qui en dépend.

— En même temps que cette fièvre spéciale qu'on voudrait faire croire une variole sans éruption, il y avait une diarrhée souvent dysentérique qui semblait être la fièvre jetée en dedans et qui exerçait son acte sur l'intestin au lieu de l'exercer sur la peau.

Ces petites véroles furent régulières, ce qui les distingue d'autres petites véroles venues les années suivantes qui furent irrégulières. Elles débutaient par du froid, des frissons suivis de chaleur et de grande douleur à la tête et aux lombes; par des envies de vomir et des sueurs, surtout chez les adultes mais (point chez les enfants); chez ces derniers il y avait assoupissement et souvent des convulsions précédant l'éruption, ce qui était de bon augure. Pour Sydenham ce phénomène est presque un indice certain de la venue de la variole; c'est une erreur, chez beaucoup d'enfants, les maladies aiguës débutent par les convulsions.

Vers le 4e jour au moment de l'éruption les symptômes s'amendent; l'éruption paraît au visage, au cou, à la poitrine et sur le corps

avec un mal de gorge plus ou moins violent. — Au 8e jour une auréole inflammatoire entoure les pustules, en même temps que paraît la tuméfaction de la lace et bientôt des mains ; alors les pustules blanchissent et se suppriment; au 11e jour diminution de l'enflure et les pustules se dessèchent jusqu'au 14e jour, pendant toute la maladie il y a constipation.

Les symptômes des varioles confluentes régulières sont les mêmes, à part la violence du mal, et la diarrhée précède quelquefois l'éruption, ce qui n'a pas lieu dans la variole discrète.

Pour Sydenham la confluence ou la discrétion de la maladie se juge sur le visage. C'est aussi là où il juge la gravité de la maladie, c'est d'après ce caractère qu'il regarde la variole comme maligne ou bénigne.

Dans la variole confluente il y a toujours salivation chez les adultes — (vrai) et diarrhée chez les enfants qui eux n'ont pas de salivation ?

Dans la plupart des varioles confluentes, le danger est extrême et les malades meurent vers le 11e jour, — et si la salivation, le gonflement du visage et des mains n'arrivent pas, la mort est certaine.

Cette affirmation est peut-être trop positive, mais elle renferme quelque chose de très-vrai, du moins quant à l'enflure.

Sydenham aurait dû parler aussi de la mort subite qui a lieu à cette époque et que l'on rapporte à une sorte d'asphyxie causée par les pustules de la gorge et du larynx. C'est un fait qu'il n'a pas vu, et sur lequel M. Piorry a attiré avec raison l'attention.

Le traitement est indiqué avec beaucoup de soin, d'après les idées du temps, pour aider la nature à séparer le principe morbifique qui doit sortir dans la variole, et ensuite à faciliter son expulsion par la libre suppuration et la cicatrisation des pustules de la maladie.

La fièvre continue qui régna en même temps que la variole et qui en avait plusieurs symptômes, mais sans l'éruption, souvent avec diarrhée et dysenterie, est regardée par l'auteur comme une fièvre de petite vérole (febris variolota.) C'est peut-être une erreur, et le diagnostic est assez mal établi pour qu'on en puisse juger ainsi. Il n'y a pas anatomie pathologique indiquée, et c'est une pure hypothèse de Sydenham que de croire que l'affection de l'intestin qu'il assure exister sans l'avoir vue est de nature variolique.

Parce qu'il y a fièvre et douleur à la fossette du cœur comme dans la variole, ce n'est pas une fièvre varioleuse, il n'y a eu ni vomissements, ni douleurs lombaires si caractéristiques. De plus il y a eu diarrhée chez la plupart des malades; aussi rien ne dit qu'il

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n'y ait pas phlegmasie de l'intestin, comme dans ce qu'on appelle affection typhoïde de nos jours, ce qui n'existe pas dans la variole. Aussi l'auteur peut s'être trompé; ce qui pourrait encore le faire croire, c'est que maintenant qu'on localise mieux on voit rarement des varioles sans éruption.

Plus loin, Sydenham revient dans une lettre exprès sur le traitement de la variole confluente et il fait avec le plus grand soin rénumération des moyens qu'il emploie contre elle.

Son traité de la goutte est une œuvre complète à laquelle la science moderne n'a ajouté que les analyses du sang qu'on dit chargé d'acide urique, les hypothèses relatives à la diathèse urique, et l'anatomie pathologique des concrétions tophacées articulaires. C'est un livre qu'il y a tout profit à lire tant sous le rapport écologique que sous le rapport clinique ou thérapeutique, et il serait réimprimé aujourd'hui qu'il vaudrait bien la plupart des livres sur le même sujet qui s'impriment continuellement.

Pour lui la goutte est une affection héréditaire, fébrile ou non fébrile, caractérisée parla présence de certains troubles de l'estomac et de douleurs plus ou moins vives dans les petites articulations qui sont gonflées, déformées ou remplies à leur pourtour de dépôts calcaires à base urique.

Il y aune goutte aiguë et une goutte chronique qui se divisent : en goutte régulière et irrégulière.

La goutte fixe, vague œdémateuse, vérolique scorbutique, acide, alcaline, ne sont que des variétés de la vraie goutte qui est une et

identique.

Les symptômes de la goutte aiguë régulière, sont 1 apparition ordinaire en hiver sans presque aucun avant-coureur, si ce n'est des crudités d'estomac et de l'indigestion. - L'accès arrive la nuit, tout à coup par une douleur à l'orteil, au talon ou à la cheville ; (elle ressemble dit le goutteux Sydenham, à celle qui accompagnerait la dislocation des os de ces parties, avec un sentiment d'une eau qui ne serait pas tout-à-fait froide, répandue sur les membranes de la partie affectée et bientôt après il survient un froid, un tremblement et une fièvre légère. Cette douleur devient graduellement plus forte jusqu'au soir. Elle ressemble tantôt à une tension violente ou a un déchirement des ligaments, tantôt à celle que cause la morsure d'un chien et quelquefois à celle qui est produite par une violente compression (Sydenham). - Le poids de la couverture est insupportable, marche impossible, agitation croissante.

C'est inutilement qu'on cherche à apaiser la douleur, elle ne cesse

que le lendemain, vers deux ou trois heures du matin ; après que l'accès a duré un jour et une nuit, le malade repose et dort.

Au réveil la douleur est encore vive et dure pendant quelques jours, avec du gonflement des articulations, tandis qu'avant il y avait seu lement gonflement etdistension des veines.

— Peu de jours après, un nouvel accès vient dans l'autre pied, rarement pour la première t'ois le mal affecte les deux pieds simultanément.

Après que les pieds ont été pris, les accès qui suivent sont sans règle, tant pour le commencement que pour la durée, àl'exception de la douleur qui augmente toujours le soir et diminue toujours le matin.

Une foule de petits accès composent aussi l'accès entier de goutte qui dure de quinze jours à trois ou quatre mois suivant les sujets.

D'abord l'urine est très-colorée, et laisse un dépôt de sable rouge ; l'appétit est perdu, la soif intense, il y a constipation.

A la fin de l'accès on constate une démangeaison insupportable des parties malades, desquammation furfuracée, retour de 1 appétit et des fonctions.

Les symptômes de la goutte chronique régulière , sont à peu près les mêmes que ceux de la goutte aiguë sauf l'intensité, elle succède à de petits accès aigus et on y constate la déformation des articulations goutteuses, le sable des urines, les troubles gastriques, des vents, de la constipation, des névralgies de la tête, des mâchoires, des côtes ou du nerf sciatique.

Dans la goutte irrégulière compliquée, il y a de la gravelle, des maladies de l'estomac, des maladies de la tête, et quelquefois de l'apoplexie.

Sydenham aborde enfin, avec les plus grands détails, le Traitement de la goutte, son traitement hygiénique, le traitement de l'attaque et le traitement curatif.

Il est impossi ble à moins d'avoir souffert d'un mal, et c'était la situation de Sydenham, de mettre plus de soin et de montrer plus de perspicacité et de sagacité clinique que cet auteur dans l'exposé de la thérapeutique d'une maladie, mais nous ne le suivrons pas jusque-là.

Un sujet moins bien réussi est celui de Y affection hystérique.

Sydenham range sous ce nom et réunit dans une même classe Yhystérie, Yhypochondrie et le nervosisme. Ces trois formes de désordres nerveux ne sont pour lui que l'affection hystérique. Je ne crois pas que cela soit exact et, à ne suivre que les inspirations de la clinique, il me semble évident que l'hystérie chez la femme ne ressemble guère à l'hypocondrie de l'homme. Or. à plus forte raison

ne ressemble- t-elle pas à l'état nerveux, aigu ou chronique, constituant le nervosisme (1), l'hystérie, les convulsions, les spasmes et la folie religieuse ou amoureuse, sans troubles de nutrition, tandis qu'avec l'hypocondrie, la nutrition est gravement troublée en même temps que l'esprit est malade et semble affecté de mélancolie ou de lypémanie suicide. Quant au nervosisme, ce sont des troubles nerveux variés très-nombreux allant d'un organe à un autre, et rendant l'existence extrêmement désagréable. Sous ce rapport, Sydenham me paraît avoir réuni des maladies de même nature, mais parfaitement distinctes dans leur manifestation et méritant chacune leur description particulière.

Son livre renferme encore deux mémoires très-remarquables : l'un sur la dysenterie, et l'autre sur le mal vénérien, et il se termine par une partie intitulée méthode complète pour guérir presque toutes les maladies avec une description exacte des symptômes qui les accompagnent. C'est un abrégé de pathologie qui a dû être trèsutile aux praticiens, car il donnait en peu de mots les moyens de reconnaître le mal en indiquant aussitôt les moyens de le guérir. Un pareil livre bien complet, écrit par un grand médecin, serait le plus utile ouvrage dont on pourrait doter la médecine pratique.

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