XX. — Les maladies doivent être distinguées selon que leur
-caractère est plus ou moins marqué et indestructible, en opiniâtres,
en régulières ou irrégulières, en évidentes ou occultes, en courtes
ou longues, en graves ou légères, en bénignes ou mortelles. Le?
maladies sont bénignes quand elles remettent l'idiosyncrasie dans ses droits : elles sont mortelles, ou essentiellement, quand elles éludent tous les efforts de l'art, et qu'elles s'augmentent de jour en jour ; ou accidentellement, quand on commet des fautes dans le traitement, ou qu'on les abandonne à la nature, déjà trop faible pour les surmonter. Il y a aussi des maladies incurables qui ne sont point mortelles, parce que la vie peut subsister avec elles. De là naissent des espèces de tempérament factices, immuables, qui ont fréquemment lieu dans les longues affections. »
XXI. — Chaque maladie a sa marche et sa révolution, ou un espace de temps qu'elle parcourt : elle a ses temps d'accès et de durée, qu'il est, pour ainsi dire, impossible de changer. Un observateur attentif peut y remarquer dans toutes, comme dans l'excrétion d'une glande, ou dans l'ouvrage de la digestion : 1° certains changements du corps, qui annoncent les approches de la maladie ou sa préparation ; 2° les phénomènes qui indiquent sa présence ou sa formation ; 3° l'effort combiné de tous les organes, qui termine la maladie, soit en la déracinant tout-à-fait, et ramenant la santé, soit en la changeant en une autre, ou bien cet effort cède lui-même à la violence du mal, et s'éteint avec la vie du malade. Cet ordre des changements, qui est commun à toutes les maladies, paraît établir entre elles la ressemblance de forme qu'Hippocrate a dit leur appartenir, et que leur véhémence ou leur petitesse, leur lenteur ou leur célérité, etc., ne sauraient leur ôter. »
XXII. — Maintenant qu'on regarde la maladie comme un effort salutaire que fait la nature pour se metlre en liberté, ou comme un désordre dans les mouvements, qui tend à la destruction de notre machine, c'est une question que nous renvoyons à l'école, à l'exemple des vrais médecins cliniques, qui ne s'occupent point de ces sortes de discussions métaphysiques , d'autant que l'une et l'autre opinion peuvent être renversées de fond en comble, et sont également à craindre, à cause des doutes qu'elles font naître sur le pouvoir qu'a la nature dans les maladies, la fin qu'elle s'y propose, et sur la retenue que le médecin doit y garder, ou l'activité qu'il doit y apporter. Qu'on vante donc tant qu'on voudra ces opinions, le devoir du médecin est de se préserver de tout esprit de système, de s'appliquer à connaître les cas où il doit agir, et ceux où il doit être simple spectateur, et d'éviter surtout l'excès dans lequel tombent ceux qui violentent la nature, ou ne lui prêtent pas assez de secours, parce qu'ils n'ont pas une connaissance exacte ou suffisante du caractère des maladies, de leurs temps, de leur marche, de leurs symptômes, et, en un mot, de l'art de guérir. »
XLIII. — Le médecin doit, dans le traitement de chaque maladie, s'appliquer à la simplifier autant qu'il est possible, à lui donner une marche et une terminaison semblables, par exemple, à celles de la digestion. Cette conversion des maladies compliquées en simples, des malignes en bénignes, est sans contredit un objet des plus importants dans l'art de guérir. Le médecin doit encore, si les forces du malade, le degré et le caractère des maladies le permettent, changer les chroniques en aiguës, les invétérées en récentes, les particulières en générales. Quant à celles qui sont incurables de leur nature, qui forment un tempérament ou une constitution immuable, ou qui sont décidément mortelles, il doit éviter de les entreprendre, et surtout de les combattre de front, puisque l'art n'y peut presque rien. Il faut donc qu'il sache bien distinguer les maladies guérissables des incurables, et qu'il connaisse aussi les signes diagnostiques bien évidents de chacune en particulier, soit stomacale, pectorale, etc., et ceux de leur progression. Mais existe-t-il de ces signes tellement démonstratifs ou évidents, qu'on puisse dire d'une fièvre pectorale, par exemple, qu'elle est dans le temps d'irritation, ou dans celui de coction, qu'elle parviendra dans peu, ou tard, à l'expectoration, et ainsi du reste? »
XLIV. — L'on peut raisonnablement comparer une maladie à la fonction d'une glande, et nommer son dernier temps, temps d'excrétion, puisqu'il est certain que toute affection, soit aiguë ou chronique, qui se guérit bien, ou selon les vœux de la nature-, finit toujours par quelque évacuation. Les plus célèbres des anciens donnaient à cette évacuation le nom de crise ou de solution, et celui d'appareil critique à la fièvre qui la prépare, ou à la troisième fièvre dont nous avons parlé ailleurs. Dans toute maladie où l'effort critique, c'est-à-dire la troisième fièvre, est assez considérable, la crise a lieu ou devient sensible, et elle est insensible quand l'effort est lent et peu vif. Nous remarquerons ici que le mot d'excrétion est moins ambigu que celui de crise, qui grossit trop l'idée figurée et systématique du combat que la nature livre à la maladie. Poursuivons. Comme il se fait dans l'état de santé des évacuations qui, loin d'être utiles, sont préjudiciables, telles qu'une sueur forcée et pareille excrétion de semence ou de lait, il se fait aussi des crises imparfaites ou nuisibles, dépendantes de la nature ou de l'art. De plus, comme certaines excrétions naturelles, par exemple celles de la semence, sont accompagnées de la convulsion du corps, laquelle répond à l'étendue du domaine de l'organe excrétoire , tandis que d'autres se font peu à peu et presque imperceptiblement, comme la séparation de la bile et celle du suc pancréatique, il y a également
des crises qui sont précédées de mouvements très-apparents, et d'autres dont l'appareil est insensible. Toute crise encore, ainsi que toute excrétion, suppose une préparation des humeurs, laquelle est l'ouvrage de la vie' dans les deux cas ; et comme tout organe excrétoire, dans l'état naturel, s'érige et est aidé de l'action des autres organes, avant et pendant l'évacuation, de même dans les crises parfaites qui s'opèrent précisément dans les mêmes organes que les excrétions, toutes les parties du corps conspirent avec l'organe qui est en travail. La plupart des excrétions ou sécrétions s'achèvent dans l'espace de vingt-quatre heures ; les crises ont aussi leurs temps, et peut-être leurs jours et leurs heures marqués : enfin, comme il y a grand sujet de croire que l'ordre des excrétions répond à celui de la digestion, pareille conformité a lieu entre les progrès de la crise et les redoublements delà fièvre qui l'accompagne. C'est ainsi qu'en poussant plus loin la comparaison des crises avec les excrétions, on résoudrait bien des problèmes qu'on n'a pu expliquer jusqu'ici , et dont la solution répandrait un grand jour dans la médecine. »
XLV. — Il faut noter que la crise se fait assez facilement dans certaines affections, et très-difficilement dans d'autres ; ce qui fournit une distinction des maladies très-importante, qui mérite d'être méditée sans cesse. La crise, pour être entière et parfaite, doit s'accomplir comme l'excrétion dans un temps déterminé avec aisance et avec tous les autres caractères louables qui lui appartiennent ; de manière que le corps reste en état de bien faire ses fonctions. Mais rien ne nuit tant au travail des excrétions, soit en santé, soit en maladie, que la trop grande sensibilité de nerfs ou leur agacement, qui est souvent causé par les affections de l'àme. Les maladies où cette redoutable disposition du genre nerveux se rencontre, sont nommées nervales ; et on nomme humorales celles où elle n'a pas lieu, et où la crise se conduit bien. Cette considération en général sur l'état des nerfs, ne doit jamais être perdue de vue dans la pratique ; elle sert à distinguer les maladies bénignes des malignes, les longues des courtes, celles qu'on doit brusquer d'avec celles que le temps, la patience, le régime, et quelques autres légers secours, guérissent. »
XLVI. — L'art guérit les maladies, en préparant et en excitant la crise, soit qu'il procure l'augmentation de la fièvre , ou d'autres symptômes qui en tiennent lieu, comme quand on fait vomir, qu'on purge fortement, ou qu'on provoque la sueur (augmentation qu'on pourrait nommer appareil critique artificiel), soit qu'il détermine quelque excrétion lente, que les anciens appelaient fluxion, fût-elle occasionnée par la nature ou par l'art. Le grand art du médecin est d'accélérer^ ou retarder les crises à propos, et par conséquent de
bien connaître les cas où il doit employer l'un ou l'autre moyen. De plus, l'art peu! et entreprend quelquefois de changer une maladie qui menace de prendre une mauvaise tournure ; il peut, dis-je, par certaines évacuations, ou par d'autres moyens, la suspendre, l'étrangler et écarter des crises qui seraient funestes si la maladie était livrée à son cœurs. Il faut pourtant avouer que ces tentatives sont pleines de danger, et qu'il vaut souvent mieux, dans un cas douteux, se prêter aux mouvements de la nature, qui vient heureusement à bout, à la longue, de ce que l'art semblerait pouvoir faire en un seul coup. Un médecin par excellence, qui posséderait véritablement les trésors de l'art, et dont les Anciens auraient pu dire, à bon droit, qu'il est comparable à un Dieu, serait celui qui pourrait bien prévoir les suites d'une maladie que l'art aurait changée de la manière que je l'ai dit, et qui saurait déterminer tous les cas où ce moyen serait praticable. »
XLVIÏ. — Ce qui a été dit fait comprendre la ressemblance qu'il y a entre une maladie aiguë et une maladie chronique, puisque la différence de leur forme et de leur marche ne change rien à leur essence, suivant laquelle elles font toutes un effort excrétoire terminable par une évacuation, si le malade ne meurt; elles ont aussi trois temps principaux. Toute affection qui se change difficilement en aiguë, ou dont la coction a peine à se faire, est une affection chronique. Celle qui est aiguë, devient chronique quand on l'étouffé ou qu'on supprime le travail de la crise. On peut ainsi monter par degrés de la maladie la plus simple à la plus compliquée. Il faut espérer qu'on sera un jour assez heureux pour connaître l'ordre et les révolutions des maladies chroniques, comme on connaît celles des aiguës, où il reste pourtant encore des recherches à faire. Chaque changement d'âge ne serait-il point une crise, ou ne la favoriserait-il pas? Si la chose était ainsi, on pourrait regarder la puberté , dans les personnes des deux sexes, comme la crise de l'enfance et de ses infirmités. Hippocrate remarque que le pachisme durait au moins six ans ; qu'une espèce se guérissait dans six mois, et une autre espèce dans deux ans. Baillou demande s'il n'y aurait pas des maladies d'un an et de sept ans. Notre art sera bien plus beau et plus parfait quand on connaîtra sûrement celles qui doivent durer des jours, des mois et des années, et la méthode de les traiter. Ce dernier point est vraiment important, et d'autant plus désirable, qu'aujourd'hui, comme autrefois, on voit trop souvent des traitements discordants, confus et tumultueux, suivant les expressions de Cœlius Aurélianus, et de Baillou. »
Maintenant si l'on veut connaître Bordeu tout entier il faut le
DU V1TALISME — BORDEU 363
suivre en le considérant dans chacun des mémoires qui composent ses œuvres : — sur les articulations des os de la face — sur la physiologie des glandes, — sur les crises, — sur le pouls, — sur les écrouelles, — sur la colique de Poitou, — sur Y histoire dé la médecine, — sur les maladies chroniques et leur traitement par les eaux d'Aquitaine, mémoire dont je viens de parler; — enfin sur Y analyse médicale du sang.
Ses recherches anatomirjues et physiologiques, sur la structure et la fonction des glandes sont remplies d'aperçus ingénieux et de faits nouveaux. Il parle successivement de la Parotide, des ' glandes sous-maxillaires, de la Thyroïde du Pancréas, et il discute avec grand soin la question de savoir si l'excrétion se fait par la compression exercée sur la glande par les parties voisines. C'est une explication qu'il n'accepte pas. Il parle ensuite du cerveau et des hypothèses ayant cours de son temps sur la structure glanduleuse de cet organe; — de la fonction des glandes bronchiques qui ne sont que des ganglions des lymphatiques; du testicule et de l'excrétion séminale, de la mamelle et de la formation du lait, mais partout on voit qu'il admet une action fonctionnelle du tissu, véritable érection du tissu glanduleux dont l'excitation amène la contractilité et la sortie du liquide sécrété.
Un mémoire plus intéressant et qui a moins vieilli, bien que son sujet soit*bien vieux, est celui quia pour objet les Crises. Dans ces recherches, on peut lire avec fruit l'histoire des crises depuis l'antiquité jusqu'tà nos jours, et, dans nos bibliothèques, il n'y a pas un mémoire qui vaille autant que celui-là pour le médecin qui voudrait se familiariser avec la question. — Ce n'est pas que Bordeu adopte entièrement la doctrine des crises telle que les anciens nous l'ont laissée et qu'on la trouve exposée dans Galien, non — Bordeu admet que la plupart des maladies se terminent par des crises qu'il faut observer et favoriser par tous les moyens. A ce titre, il appartient à l'école des naturistes, mais il n'admet pas aveuglément la doctrine des jours critiques. Il n'est pas fixé à cet égard et il réclame de nouvelles recherches, de nouvelles observations faites avec un soin tout particulier, tel que n'en peuvent faire indistinctement tous les observateurs. Il se méfie tellement des mauvaises observations qu'il demande dans une apostrophe remplie d'esprit qu'on exigeât des preuves d'observation à chacun des observateurs qui devraient communiquer leurs journaux à tout le monde.
Voici cette apostrophe :
« Ces sortes de précautions sont nécessaires parce qu'on se trompe souvent soi-même; on adopte une opinion quelquefois par hasard, on
se rappelle vaguement tout ce qu'on a vu de favorable à cette opinion; mais pour le reste on l'oublie insensiblement. L'observateur ou celui qui pourrait fournir des observations bien faites ne serait point à ce compte celui qui se contenterait de dire : j'ai vu, j'ai fait, j'ai observé; formules avilies aujourd'hui par le grand nombre d'aveugles de naissance qui les emploient. Il faudrait que l'observateur pût prouver ce qu'il avance par des pièces justificatives et qu'il démontrât ce qu'il a vu et su voir en tel temps; ce serait le seul moyen de convaincre les Pyrrhoniens, qui n'ont que trop le droit de vous dire : où avez-vous vu? comment avez-vous vu? et qui plus est encore, de quel droit avez-vous vu ? de quel droit croyez-vous avoir vu? qui vous dit que vous avez vu?
On a dans ces lignes un échantillon de la verve railleuse et supérieure de Bordeu et, dans ce cas, elle s'exerce fort à propos, en accablant à la fois, les mauvais observateurs et l'observation insuffisante. C'est qu'en effet rien n'est plus difficile qu'un fait à observer, et ceux qui repoussent l'emploi de la raison dans nos études réduisent la médecine à l'empirisme ou à l'observation apparente, abaissent la science en croyant l'élever. Du moment qu'un fait n'a pas toujours la même signification pour tous les médecins qui en sont témoins, il est évident qne c'est à celui qui raisonne le mieux qu'appartient le droit de l'interpréter. C'est aussi l'opinion de Bordeu et on n'a qu'à lire les deux dernières pages de son mémoire sur les crises pour en être convaincu.
Immédiatement après ce travail on en trouve un autre qui en dépend un peu et qui est intitulé : Recherches sur le pouls par rapport aux crises. Depuis Galien et Solano il n'avait jamais été rien entrepris de pareil. Cette étude du pouls est faite à un point de vue anatomo-physiologique nouveau, et elle confond l'esprit par la multiplicité et la minutie des détails qui encombrent au lieu d'éclairer. On y trouve une nouvelle nomenclature, car au lieu de nommer le pouls par ses qualités il le dénomme d'après la région d'où émanent ses altérations. Ainsi relativement aux crises, lorsqu'une évacuation du côté de la tête se prépare il existe un poids capital, si elle a lieu par les organes excrétoires de la poitrine il y a un pouls particulier dit pectoral, et si elle se fait par le bas-ventre le pouls subit d'autres modifications qui le font appeler intestinal.
Le pouls est critique ou non-critique; — simple quand la crise a lieu par un seul organe, composé quand elle se fait par plusieurs d'entre eux.
Il est supérieur ou inférieur selon qu'il est influencé par une crise s' opérant au-dessus ou au-dessous du diaphragme.
Le pouls supérieur compte trois espèces, le pouls pectoral, le pouls guttural et le pouls nasal.
Le pouls inférieur comprend le pouls stomacal, intestinal, de la matrice, du foie, des hémorrhoïdes, des urines, de la sueur critique, etc.
Ces différents pouls supérieurs et inférieurs peuvent être combinés ensemble, puis vient l'étude du pouls d'irritation, c'est-à-dire du pouls non critique, simple ou combiné avec le pouls critique dans les maladies qui se terminent bien ou mal et dans les maladies chroniques.
Il termine enfin, par une étude des modifications du pouls d'abord sous l'influence de la saignée et des remèdes administrés aux malades, puis sous l'influence de l'âge et de quelques conditions accidentelles, amenant des exceptions aux faits qu'il vient d'indiquer.
Bordeu a bien raison de se moquer de ceux qui ne savent que compter le pouls et inventer des pulsiloges, c'est-à-dire des sphygynométres, pour compter le pouls, s'il est vrai qu'il a trouvé dans ses observations toutes les nuances qu'il décrit. Malheureusement ces divisions et ces distinctions si subtiles du pouls ne reposent sur rien de sérieux et il est presque impossible de s'en servir. Sauf quelques variétés toutes les autres sont imaginaires et trahissent une sensibilité d'appréciation tellement exceptionnelle qu'il faut douter de pouvoir l'acquérir.
Dans le mémoire suivant consacré aux écrouelles, Bordeu débute en disant : « On regarde comme écrouelleux ceux qui sont sujets à « des fluxions aux yeux, à des maux d'oreilles, qui ont la lèvre supé- « rieure gonflée, le nez morveux, rouge, douloureux, les jambes « élargies , les glandes du cou engorgées et les autres plus ou « moins tuméfiées, le ventre bouffi, les extrémités amaigries, les os « recourbés, etc. »
« Plus tard les glandes du cou suppurent, les yeux s'éraillent, les « lèvres se gercent, les extrémités des os grossissent, il se forme ce des ulcères dans les articulations et ailleurs, la toux et la fièvre se « mettent de la partie, et la maigreur, le marasme et le dévoiement « précèdent la mort de ceux qui succombent.
« Ceux qui résistent vivent avec des glandes engorgées au cou, sous « les aisselles et aux veines, avec des ulcères et des caries des os, « de la toux, des fièvres passagères, des indigestions plus ou moins « fréquentes, et des tumeurs aux viscères du bas-ventre. »
Il expose ensuite la guérison spontanée de ce mal vers l'âge de la puberté, sa fréquence plus grande chez les enfants, sa nature héréditaire, son siège primitif dans les humeurs, ses lésions anato -
866 lUfeTiJiKE DE LA MÉDECINE
iniques dans fofi glandes suppurres , h\ pertrophiro , quelqudoi-
remplies de tubercules comme des \mpin$ qu des grains de se"
same (loiue i, p. \$h), enfin le traitement variable selon les trois périodes de la maladie par les purgatifs, [eg absorbants, les amers, le quinquina, les antiscorbutiques, le laitage, les eaux minérales, les frictions mercurielles et le changement d'air.
Kli bien, on peut le dire avec sincérité, sauf les modifications du langage,, les changements de dénomination, et peut-être un* plu* grande précision de détails anatomiques, celte histoire des écrouelles qu'on appelle aujourd'hui des scrofules est à bien peu de chose près semblable à celle de nos traités modernes de pathologie. 11 en est ainsi de beaucoup de choses en médecine, la forme change mais le fond reste le même. Comme pour les vêtements, une vieille mode nous semble ridicule et nous nous croyons mieux que nos ancêtres, mais nos descendants riront de nos habits comme nous rions de ceux que portaient nos pères. L'habit change mais l'homme reste et il est toujours le même. Oui, le langage de Bordeu sur les écrouelles est démodé, et il nous paraît étrange, mais au fond, comme ses observations sont exactes, celui qui voudra bien ne pas s'en tenir seulement à la superficie des choses, trouvera dans ce travail de bonnes et excellentes observations qui ne vieilliront jamais, et dont il pourra faire son profit. N'apprît-il rien de nouveau, cette recherche historique lui prouvant qu'on savait, au temps de Bordeu l'histoire, la nature et le traitement de la scrofule aussi bien qu'aujourd'hui, que ce serait déjà quelque chose.
Bordeu consacre ensuite quelques pages assez confuses à la description de la colique de Poitou, qui n'est que la colique métallique du plomb et du cuivre traitée à la Charité par le macaroni et par le mochlique, espèce de macaroni modifié, et à des considérations générales sur Yhistoire de la médecine dans les rapports avec l'inoculation. Ce travail ment à son titre et n'est pas une histoire de la médecine. C'est une excursion libre et rapide dans le passé ne ressemblant guère au pédantisme, à l'érudition et à la philologie de nos historiens qui croient que des dates et des commentaires historiques valent mieux qu'une étude sur la pensée dune époque. Bordeu érudit ne fait pas étalage d'érudition, et ne cherche pas à se faire aimer par amour du grec, ni par des citations textuelles qui ne font souvent rien à l'histoire. Les généralités sur l'origine de la science ne sont qu'une entrée en matière formant introduction à ce qu'il veut raconter de l'histoire de l'inoculation variolique. Elles sont intéressantes et spirituelles, mais trop incomplètes pour être utiles. C'est trop ou trop peu. Elles constituent un véritable hors-
d'œuvre dont il pouvait se passer et que pour mon compte je n'apprécie guère.
Dans ce travail de fantaisie extrêmement original, Bordeu divise les médecins en 8 classes, 1° les empiriques, 2° les dogmatiques et notamment les mécaniciens et les physiciens modernes, 3° les observateurs qui dans le traitement des maladies suivent la nature pour guide, 4° les praticiens, les Pyrrhoniens ou les antisystématiques qui composent leur secte des débris des autres, 5° les médecins militaires, 6° les médecins théologieyis, 7° les médecins philosophes, 8° les médecins juristes. Puis il se demande quel doit être Vavis de ces médecins sur Vinoculation.
Vient alors une longue exposition du principe de chacune de ces classes de médecins avec une conclusion spéciale relative au sujet en question.
Pour lui la secte empirique est la mère de toutes les autres, même de celles qui, lui empruntant leur origine, l'ont le plus dédaignée ou injuriée. Elle a ses avantages et il lui attribue la découverte de l'inoculation. C'est la médecine naturelle ayant pour base une sorte d'instinct qu'on retrouve chez les sauvages et chez les bêtes.
« Il est une médecine populaire et née pour ainsi dire avec les hommes; ils l'ont toujours portée partout et partout cultivée avec un soin égal; la nécessité le leur a dictée comme elle leur apprit à se préparer divers aliments et diverses boissons; ils ont dû songer à se soulager ou à se guérir, comme à se couvrir, à se loger, à se garantir de tous les accidents possibles. Telle est la médecine empirique fondée sur des expériences journalières. Les pères l'apprirent à leurs enfants; les diverses générations la firent passer des unes aux autres , et notre génération la prépare à celles qui lui succéderont. » (Tome 2, p. 554.)
Une fois l'exposition de toutes ces doctrines terminée, il conclut que, à priori, selon leurs principes les médecins empiriques, et dogmatiques, observateurs, praticiens, militaires, philosophes doivent accepter l'inoculation; seuls les médecins théologiens et juristes pourront être en méfiance, mais la théologie et la justice devant consulter la science avant de prendre parti ne tarderaient pas à accepter la nouvelle méthode si les hommes les plus compétents considéraient cette opération comme pouvant être favorable à l'humanité.