BARTHEZ
Paul Barthez, né à Montpellier en 1734, mort en 1806, fut un des plus célèbres médecins du xvine siècle et son nom restera attaché à l'histoire des doctrines médicales par ses travaux sur le vitalisme. Par sa philosophie il est évidemment de l'école d'Hippocrate, et son livre de la science de Vhomme dans lequel il développe ses idées sur le principe vital en est la preuve. Né peu après la mort de Stahl, créateur de l'animisme, il en est la métamorphose scientifique, car, au rôle de l'âme dans la formation et dans la guérison des maladies, il substitua l'hypothèse d'un principe vital inconnu dans sa nature, qui devait enlever à l'âme la conduite de la physiologie et de la pathologie. Sa vie ne fut d'abord qu'une longue et désagréable lutte d'intérêt contre ses confrères de Montpellier, puis il vint à Paris où par son caractère il se fit encore des ennemis, mais grâce à des protecteurs influents, il put enfin trouver la situation qu'il ambitionnait et à laquelle son talent lui donnait le droit de prétendre. Ne faisant pas ici la biographie des hommes que je veux faire connaître, je laisse de côté tout ce que l'on raconte de leurs travers pour ne montrer que leur côté scientifique. Si l'on veut en savoir plus long sur la vie intime de Barthez on n'a qu'à lire les documents de la biographie médicale, mais cela n'a aucun intérêt pour moi.
Barthez a beaucoup écrit, mais de ce qu'il a laissé il n'y a guère à signaler que sa mécanique des mouvements de Vhomme et des animaux , son traité des maladies goutteuses et enfin ses éléments de la science de Vhomme.
C'est dans ce dernier ouvrage qu'il expose les idées qui ont fait de lui un chef d'école, et bien que ces idées ne lui soient pas personnelles, et qu'elles eussent cours de son temps autour de lui, la manière supérieure dont il se les est appropriées et le talent dont il a fait preuve en les exposant au public lui en assurent la possession et la gloire pour la suite des siècles.
Certaines personnes affectent de dire qu'il est inutile de connaître la nature de l'homme pour s'occuper avec tout le fruit désirable de ses maladies et de leur guérison, c'est une erreur. A moins de réduire la science médicale à un Empirisme plus ou moins perfectionné, il est impossible de ne pas voir qu'il est indispensable au
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médecin de savoir si l'homme n'est que matière, s'il n'est qu'un simple composé d'organes et de fonctions, et s'il n'y a pas au dedans de lui un principe supérieur aux organes destinés à les construire, à les diriger et à les entretenir. Quand on dit que cette recherche est inutile, on se ment à soi-même et on sent très-bien que ce n'est là qu'un aveu déguisé d'impuissance.
Dès l'origine de la science le problème de la nature de l'homme s'est imposé aux médecins, et il est si peu chose inutile à résoudre que, d'après la solution qu'on lui donne, on a sur la formation des maladies, sur leur marche et sur leurs terminaisons, des idées absolument opposées. — Au temps d Hippocrate, ce problème était résolu au bénéfice de kla nature qui était la force dirigeante, protectrice et conservatrice des organes, destinée à l'entretien de la vie humaine. D'où les idées persistantes de nature médicatrice empruntées à cette époque et le mot de naturisme pour faire connaître la tendance philosophique de la doctrine. Mais, tout se transforme sans cesser d'être. Au rôle de la nature, on a substitué celui du pneuma dans la doctrine de pneumatisine; — celui de Yarchée dans la doctrine de Van-Helmont; — puis tout ce qu'expliquait ïa nature, le pneuma et l'archée fut considéré comme étant sous la dépendance de Y âme. C'est l'animisme de Stahl. Pour qui sait comprendre, toutes ces doctrines ne sont au fond que la même idée revêtue d'un costume différent et affublée d'un nouveau nom.
Malgré son retentissement, la doctrine de Stahl n'a jamais pu conquérir tous les suffrages. Les médecins répugneront toujours à considérer l'àme raisonnable et libre, cette lumière de la conscience et ce principe de toute responsabilité morale, comme l'agent des fonctions vitales inférieures dans ce qu'elles ont de fatal et d'inconscient, enfin comme une substance capable de s'altérer, d'être malade ou fragmentée par un chirurgien.
Les Petites vies des organes que Bordeu crut devoir admettre à la place de l'âme, et sa Sensibilité générale ou partielle, n'ont pu davantage suffire pour rendre compte de la multiplicité des actes vitaux, sympathiquement coordonnés dans un but supérieur de conservation individuelle, et l'animisme abattu, il fallut le relever.
Comme dans les sociétés monarchiques, on entend crier : Le roi est mort, vive le roi ! les partisans de la force vitale ne laissent jamais vacant le trône de leur opinion et, sous des noms divers, ils lui rendent un perpétuel hommage.
A l'animisme succéda ainsi le vitalisme dont Barthez fut le brillant porte- drapeau.
Le nouveau pontife fut-il toujours bien inspiré dans la forme qu'il
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crut devoir donner au dogme de la puissance vitale ? Dans cette métamorphose du naturisme, réussit-il toujours à concilier les droits de la philosophie et de l'observation ? C'est ce que je vais rechercher en étudiant son œuvre.
Bordeu, qui n'acceptait pas la personnification de la nature des anciens, des archées de Van-Helmont , ni de l'âme de Stahl , croyait cependant à la réalité d'une cause générale des phénomènes vitaux et de la coordination de ces phénomènes pour la conservation de l'être et il en avait chargé la sensibilité. Il admettait une sensibilité générale et des sensibilités propres, tout autant de sensibilités individuelles, spéciales, et même indépendantes qu'il y a d'organes et de tissus. C'étaient là pour lui les forces de la vie, et il réclama indirectement, mais très-malicieusement contre Barthez lorsque celui-ci commença à parler de son principe vital. Il fit remarquer que cette idée avait déjà été lancée en public par un autre, le professeur Fizes, et que Barthez n'avait fait que la reproduire.
«Notre professeur Fizes, dit-il, ne cessait de nous parler du
principe vital Il nous permettait quelques demandes et nous
lui en faisions pour nous instruire Nous lui demandions pourquoi ce principe créateur de toute action dans le corps, et créateur d'une fièvre quelquefois salutaire, procurait aussi la fièvre destructive de la vie. Nous demandions enfin ce que c'est que ce principe vital qui opère le blanc et le noir, qui préside à ce qui lui est opposé comme à ce qui est nécessaire à son existence ? Fizes nous en donnait plusieurs définitions, mais toutes obscures, n'apprenant rien.
Le système de Fizes, continue Bordeu, paraissait être dans l'oubli ; le nom du principe vital commençait à vieillir, mais il vient de prendre un nouvel éclat entre les mains d'un de ses successeurs.
M. Barthez, s'élevant bien au-dessus de son devancier, n'a retenu que son expression. Il n'est point mécanicien comme Fizes, mais il le suit dans ce dégoût qu'il avait pour la nature des anciens, pour Yarchée, pour Y âme des Stahliens et peut-être pour la sensibilité et la motilité vitale (c'était la doctrine de Bordeu).
« Ainsi le principe vital, continue Bordeu, n'est plus la mécanique du corps dépendant de sa structure ; il n'est point la nature, il n'est point l'àme, la sensibilité de l'élément animal : comment et en quoi en diffère-t-il? Ce sera à MM. Lamure et Venel, et ensuite à M. Fouquet qui s'est déclaré ouvertement pour la sensibilité, à éclaircir ce qui peut avoir trait à cette question. Je me contente de les interpeller en passant. Ils diront s'il n'est pas vrai que nous faisons jouer à la sensibilité le même rôle qu'on attribue aujourd'hui au principe vital. » (Œuvres complètes, p. 971.)
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Quoi qu'il en soit, par les développements donnés au sujet, par l'importance de l'argumentation , par le nombre des preuves et même par son titre de : Nouveaux éléments dp. la science de lliomme, Barthez a pour toujours attaché son nom à un des plus grands problèmes de philosophie naturelle qu'il soit donné à l'homme d'aborder. Il l'a fait avec plus de talent que de vérité, car en laissant dans l'ombre certaines difficultés que je signalerai, il lui sera impossible d'arriver à une solution définitive. Malgré tous ses mérites, son travail restera incomplet ou insuffisant, et il faudra que l'idée, mûrie par de plus sérieuses méditations, prenne une forme nouvelle dans le cerveau d'un autre philosophe.
Barthez, fort enthousiaste de Newton dont il admirait et la méthode et les découvertes relatives aux lois de l'attraction planétaire, crut avoir fait, pour la nature de l'homme expliquée par la présence d'un principe vital hypothétique, ce que l'auteur anglais avait réalisé en formulant les lois de la gravitation. Il ne vit point que ce n'était là qu'un mot. Ne voulant pas, comme Fizes ni comme Bordeu, accorder à l'âme la cause de l'action spontanée dans toutes les parties du corps, parce que « la nature et les facultés de cet être n'ont été définies que par des notions purement métaphysiques ou théologiques, » (page 20, tome I). il rapporte les divers mouvements qui s'opèrent dans le corps humain vivant a à deux principes différents dont l'action n'est point mécanique. L'un est l'âme pensante, et l'autre le principe de la vie » (tome I, page 20).
Il appelle principe vital de l'homme la cause qui produit tous les phénomènes de vie dans les corps humains. Le nom de cette cause lui est assez indifférent, et il peut être pris à volonté. S'il préfère celui de principe vital, c est qu'il présente une idée moins limitée que le nom à'impetum faciens, xo evop^ov, que lui donnait Hippocrate, ou autres noms par lesquels on a désigné la cause des fonctions de la vie (tome I, p. 47). Pour lui, enfin, ce principe est distinct du corps et de l'âme, et l'on ignore s'il est « une substance ou seulement un mode du corps humain vivant » (tome I, p. 61).
Est-ce quelque chose de matériel ou n'est-ce rien de tangible? Barthez n'en sait rien ; il déclare même ne pas se soucier de résoudre le problème. « Il ne m'importe qu'on attribue ou qu'on refuse une existence particulière et. propre à cet être que j'appelle principe vital » (p. 107). — Il le matérialise à chaaue instant, mais dans sa pensée il n'y a rien là qui 1 oblige. C'est pour la commodité du langage ; « dans tout le cours de cet ouvrage, dit-il, je personnifie le principe vital de l'homme pour pouvoir en parler d'une façon plus commode. Cependant comme je ne veux lui attribuer que ce qui ré-
suite immédiatement de l'expérience, rien n'empêchera que dans mes expressions qui présenteront ce principe comme un être distinct de tous les autres et existant par lui-même, on ne substitue la notion abstraite qu'on peut s'en faire comme d'une simple faculté vitale du corps humain qui nous est inconnue dans son essence, mais qui est douée de forces motrices et sensitives » (p. 407). Cette manière de s'exprimer a de graves inconvénients ; elle a occasionné des méprises qui ont beaucoup nui à Barthez. Il faut parler comme on veut être entendu, et quand on professe que le principe vital est affecté de maladies graves (t. II, p. 312), qu'il est affaibli, qu'il agit de telle ou telle façon, qu'après la mort il se réunit au principe de l'univers (t. II, p. 339), comment ne pas croire qu'il s'agit d'un être réel plutôt que d'une abstraction?
A ce principe vital métaphysique, inhérent à toutes les fibres du corps, Barthez attribue : 1° Les forces musculaires et toniques formant la cohésion des tissus par la contractilité; 2° les forces sensitives générales et partielles étudiées dans les solides et dans les liquides ; 3° la chaleur vitale, phénomènes qui ne sont que des propriétés de tissu ou la conséquence d'actions électro-chimiques, et 4° les sympathies. Barthez aurait pu lui accorder encore l'élablissement des autres fonctions, puisque toutes sont sous la dépendance de la vie, et on ne voit pas comment à côté des facultés motrices, sensitives et calorifiques inhérentes au système nerveux, il ne parle pas des fonctions respiratoires, digestives, sécrétoires, etc., qui constituent l'ensemble de l'être vivant. Sibien inspiré que soit Barthez dans la première idée de son œuvre, corrélative de celle des autres naturistes, il reste trop constamment dans les hauteurs inaccessibles de la spéculation intellectuelle, dans les généralités du mouvement de la vie, et il n'aborde aucune des difficultés pratiques de la question qu'il a voulu résoudre. Ce n'est pas tout de proclamer la qualité du principe de la vie et la nécessité qu'il y a d'admettre chez l'homme un principe vital différent de l'âme raisonnable, consciente et libre, car d'autres l'ont fait comme lui; il faut, pour sortir des voies battues, dire sans équivoque ce qu'est ce principe et, si on ne le peut, énoncer au moins les phénomènes ou les lois qui permettent d'en démontrer l'existence. Quand un physicien parle de l'attraction planétaire et de la gravitation, il s'occupe de la nature du phénomène, il le constate, et il en établit les lois d'une façon mathématique par des calculs que chacun peut vérifier. Barthez, qui a voulu imiter la méthode de Newton, et qui semble avoir calqué ses raisonnements sur ceux de l'astronome anglais, constate bien que les phénomènes vitaux, différents de ceux de la matière brute, doivent
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avoir une cause différente, ce que les anciens avaient déjà dit, mais rien n'indique là l'existence d'un principe vital autre que l'âme, et, en admettant cette assertion, chacun peut voir qu'il ne s'agit là que d'une hypothèse.
Barthez ne sait en effet quelle est la nature de ce principe; c'est tantôt une abstraction, Vx des algébristes, et tantôt, au contraire, une substance que modifient l'âge, le climat ou la maladie; mais dire que les maladies dépendent de l'affection du principe vital, comme l'écrit Barthez, c'est dire qu'elles dépendent de l'affection de la cause inconnue des phénomènes de la vie. Or, si cette cause n'est pas connue, ses affections ne peuvent l'être davantage. De plus, si la nature du principe vital est inconnue et aussi peu importante à connaître que celle de la gravitation, les phénomènes au moyen desquels on en découvre l'existence, sont-ils reconnus comme vrais par tous les médecins, les lois de son exercice sont-elles enfin révélées? Non. Barthez ne fait connaître aucune des lois de la vie, aucun de ses attributs, et les phénomènes sur lesquels il appuie son hypothèse sont : l'existence des forces motrices, des forces sensitives, de la chaleur animale et des sympathies. Or, de ces quatre phénomènes, les trois premiers dépendent entièrement de certaines propriétés de tissu, sont des fonctions du système nerveux, du système musculaire, de l'absorption d'oxygène au poumon et dans les tissus, et à cet égard les fonctions glandulaires, digestives, etc., pourraient être invoquées au même titre comme une preuve de l'existence du principe vital. Il est évident qu il n'y a pas là autre chose que des manifestations de la vie organisée, et ces phénomènes n'ont pas le caractère de lois comparables à celles qui nous font admettre une force de gravitation.
Quant à la sympathie, c'est peut-être le seul phénomène qui par ses allures échappe un peu à la localisation des propriétés de tissu et qu'il faille considérer comme un attribut de la vie ; encore doiton reconnaître que dans beaucoup de cas c'est une manifestation du système nerveux ganglionnaire. Barthez n'a donc apporté à l'appui de son hypothèse du principe vital aucun phénomène nouveau, ni formulé aucune loi qui la convertisse en tait général de physiologie. Il n'a popularisé qu'un mot en le substituant à ceux qui avaient cours sur la même idée. C'est aussi l'opinion de Guvier qui a dit à celte occasion : « Son principe vital qui n'est ni matériel, ni mécanique, ni intelligent, est précisément ce qu'il fallait expliquer. Dire que le phénomène de la contraction musculaire est un effet du principe vital, que la sensibilité est un autre produit de ce même principe, c'est énumérer des phénomènes, mais ce n'est pas les expliquer.
Barthez attribue au principe vital ces phénomènes, et il croit avoir répandu sur eux une grande lumière, tandis qu'il n'a fait que les énoncer en d'autres termes. I
Tant que les philosophes ne sortiront pas du vague et des généralités de la question, il sera impossible que la doctrine du principe vital puisse rallier à elle tous les médecins désireux de voir les principes généraux de la science s'accorder avec les exigences de l'observation. Que m'importe le principe vital, dit l'un? En quoi peut-il modifier les pratiques de l'art, dit l'autre ? et tous les deux se déclarent ennemis des principes abstraits dont les lois sont inconnues et qui restent par cela même sans application. En effet, le principe vital compris à la façon de Barlhez, n'est qu'une occasion de vaines discussions métaphysiques sur l'unité ou la dualité du principe de la vie. N'y a-t-il qu'un principe immatériel de la vie, dont les forces différentes président à la raison, à la conscience, à la sensibilité et aux opérations vitales nécessaires à la conservation de l'être, comme le croient la plupart des médecins de Paris qui accordent aux propriétés des humeurs, des tissus et des organes une action autocratique réelle? En exisle-t-il deux également intelligents de leur fin, l'un pour la raison, la volonté, la conscience et la responsabilité morale, l'autre, au contraire, pour la vie et la responsabilité de l'être physique, tous les deux immatériels et impérissables, le premier sensible et libre, l'autre inconscient et l'esclave des propriétés physiques de la matière introduite dans le corps vivant ou des propriétés vitales des tissus; celui-ci enfermé dans le corps comme dans une boîte sans s'occuper de ce qui s'y passe, l'autre étant la fatalité de l'être pour son développement matériel et pour sa conservation limitée? C'est ce que Barthez ne démontre pas. Il affirme qu'il en doit être ainsi parce que dans sa pensée les phénomènes de la vie indiquent une cause spéciale, mais cette raison également invoquée par les naturistes et les animistes, est tout aussi probante pour la doctrine de la nature ou de Vâme présidant à la vie que pour la doctrine du principe vital. A cet égard les raisons de Barthez ne sont pas valables. Ce qu'il eût fallu démontrer par un grand renfort de bonnes preuves, c'est la différence des deux principes immatériels constituant la nature de l'homme, Vâme d'abord, le principe vital ensuite, cette âme de seconde majesté, comme l'appelle si poétiquement le professeur Lordat. Or, Barthez a évité la difficulté en la supprimant ou en laissant à ses successeurs et à ses adeptes le soin de la résoudre. C'est là l'écueil du vitalisme auquel il a attaché son nom, écueil dangereux où trébuche l'observation et où la raison vient se briser au détriment de la doctrine.
M. Bouillier, qui tout récemment a repris la question dans le même sens que Stahl : De limité de l'âme pensante et du 'principe vital), l'a surabondamment démontré. C'est l'âme qui est le principe de la vie ; il n'est pas besoin d'en admettre deux, car ce que fait la seconde peut être réalisé par la première , et l'existence d'un second principe immatériel, non mécanique, ayant pour attributs la formation et la direction des organes, ne se comprend pas.
En effet, il n y a au-dessous de 1 ame, et à son service, qu'un agent subalterne des forces conservatrices de l'être. Il peut être désigné par les mots de force vitale, ou mieux d'agent vital, et ce principe de vie, distinct de l'organisation, auquel on doit rattacher certains phénomènes du développement des êtres, ce principe qui devient le mobile de la matière vivante au point de l'attirer et de la faire tourner fatalement dans un cycle déterminé, me semble parfaitement saisissable. C'est une substance matérielle qui, par son mélange au germe, devient l'essence et le principe de conservation des organes vivants ; c'est, au service de l'âme, un élément qui renferme tous les autres en puissance, mais au moins dans cet agent physique, une fois démontré, je retrouve la raison d'être de toutes les maladies innées, du plus grand nombre des maladies accidentelles et de tous les phénomènes physiologiques connus. Ce n'est plus le vague et l'incertitude de la doctrine hypothétique de Barthez condamnée par la raison, c'est quelque chose de précis comme l'expérience raisonnée, et chacun peut se convaincre de la vérité du fait par des observations nouvelles. En effet, comme je l'ai démontré dans mon livre de la vie et de ses attributs, où déjà j'ai combattu l'idée d'un principe vital, immatériel et abstrait, c'est-à-dire d'une seconde âme, et comme je le dirai plus loin à propos de ma doctrine sur la nature de l'homme (Voyez Vitalisme séminal), il est indispensable d'admettre l'existence d'une force vitale indépendante des organes et des propriétés organiques, force vitale dont j'ai laissé pressentir l'origine et la nature en la considérant comme l'effet d'un ferment physiologique propre à chaque espèce , à chaque individu, et dont le rôle serait de mouvoir la matière dans un certain ordre commandé par la nature des espèces, des races et des personnes.
Voilà donc ce qu'était le principe vital de Barthez, une hypothèse inspirée de la philosophie newlonienne, ou si l'on veut une induction et voilà tout. — Comme tradition, la doctrine est excellente, mais, en elle-même, elle ne constitue qu'une véritable erreur.
Pour lui les maladies sont le résultat d'une affection du principe vital, ce qui, même à son point de vue, n'est pas exact, et elles
ne sont que rarement corrélatives aux volontés de Vâme pensante, car elles se produisent automatiquement en vertu des lois propres au principe vital, par des causes externes ou internes. C'est là une affirmation au profit de sa doctrine en même temps qu'une négation de celle de Stahl,maisde cette affirmation à une démonstration, il y a loin ; or il en est à peu près de même partout, et Barlhez, plus logicien qu'observateur, me paraît avoir plus souvent conclu d'après les vues de son esprit que d'après l'observation de l'homme malade.
Pour lui, les fièvres putrides sont des fermentations spécifiques vitales qui tendent à la corruption et qui, si elles ne sont pas soutenues ou si elles sont trop précipitées dans leur marche par l'abus des stimulants, produisent dans les humeurs la putréfaction générale.
Les fièvres intermittentes sont attribuées à des aberrations fortes et soudaines de l'influence naturelle que le sentiment de la cause morbifique devrait avoir sur le mouvement des organes, ou plus brièvement au vice d'une force particulière qu'il appelle stabilité d'énergie.
La thérapeutique, sans être remarquable ei sans différer beaucoup de ce qu'on faisait alors, lui a cependant donné l'occasion d'émettre des idées dont on parle encore aujourd'hui et qui ne sont pas sans importance. Pour lui la médecine est la science des indications et à ce titre il faut tenir compte de tous les éléments morbides. Or, comme dans les maladies il y a souvent une altération sensible des forces, il fit remarquer, ce qui est vrai, que dans les maladies graves inflammatoires ou malignes , il y a tantôt résolution ou disparition des forces et tantôt seulement une oppression, ce qui irest pas la même chose. De là des indications différentes, et la nécessité dans un cas de ne rien faire qui affaiblisse les malades qu'il faut au contraire tonifier, tandis que dans l'autre, la saignée diminuant ce qui opprime les forces devient un bon remède pour leur redonner un essor convenable. — Mais comment reconnaître l'oppression de la résolution des forces. C'est là le difficile. Pour les uns, l'état du pouls resserré qui se relève après une saignée est l'indice de la simple oppression, tandis que la mollesse de l'artère indique au contraire leur résolution. Mais tout cela est assez vague. D'après Barthez. la manière de juger cet élément serait toute autre, « II paraît que les forces radicales de tout le système sont resoutes dans une maladie aiguë lorsque les causes manifestes qui l'ont préparée et produite ont affecté profondément ces forces et lésé directement les fonctions de plusieurs organes, et qu'elles sont seulement opprimées lorsque les lésions particulières des organes qui constituent
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les divers symptômes de cette maladie sont entièrement dépendantes delà lésion principale d'un seul organe. x
Ce qu'il y a de mieux ordonné dans la thérapeutique de Barthez c'est la création de ses méthodes curatives, la méthode naturelle, la méthode analytique et la méthode empirique. Quoi qu'on en ait dit, il y a là quelque chose qui satisfait le médecin et qui lui permet de se rendre compte de ses procédés d'action en même temps qu'il les dirige avec une véritable logique.
La méthode naturelle est celle qui, s'inspirant des actes de la nature et de la marche naturelle des maladies, quo natura vergit, eo ducendum, l'engage à employer Témétique dans les nausées et dans certaines formes du vomissement, les purgatifs, dans certains cas de diarrhée, les sudorifiques dans les fièvres éruptives , de saigner dans quelques malaises dus à une hemorrhagie supprimée, etc.
La méthode analytigue est celle qui le conduit à décomposer une maladie dans les affections essentielles dont elle est le produit ou dans les maladies plus simples qui la compliquent, c'est-à-dire à analyser les éléments de toutes les maladies pour les combattre chacun par des moyens appropriés. De là la doclrine des cléments morbides qui étant instituée d'une façon convenable peut rendre de réels services à la thérapeutique. Les affections essentielles ou les maladies simples portent le nom d'états quand on les considère en eux-mêmes, ainsi : état bilieux : état suburral : état inflammatoire : état adynamique : état nerveux, etc., on les appelle éléments lorsqu'on les prend pour diverses parties du tout qui constitue la maladie. Mais chacun de ces éléments de la maladie est lui-même divisible en éléments secondaires. En : l'inflammation, élément d'une fièvre compliquée qui peut avoir un élément douleur , un élément fluxion, un élément irritation, etc.
La méthode empirique enfin est celle qui s'attache à changer la forme d'une maladie par des remèdes qu'indique l'expérience, et qui sont perturbateurs ou imitant les mouvements salutaires de la nature ou enfin spécifiques.
Telle est la doctrine de Barthez comme naturiste, comme vitaliste et comme praticien. — Le suivrai-je maintenant dans ses autres œuvres? Non, car je voulais montrer ce qu'est le vitalisine auquel est attaché son nom et les applications qu'il a pu en faire à la pathologie. Ce que j'ai dit peut suffire. Je vais parler maintenant de cette autre transformation du naturisme et du vitalisine que l'on peut appeler le vitalisme séminal.
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