‹ Histoire de la mâedecine et des doctrines mâedicalesChapitre 59 sur 119 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

DU VITALISMI-: SÉMINAL OU 8ÉMINALISME

Sommaire. — De l'agent vital et de la nature de l'homme. — Différences de l'agent vital. — L'impressibilité ou sensibilité inconsciente est l'attribut de l'agent vital. — Variations de l'impressibilité. — Anomalies de l'impressibilité dans l'agent vital. — Anomalies de l'impressibililé dans les maladies Immorales et organiques. — Excès d'impressibilitê. — Défaut d'impressibilité. — Du pôle de l'impressibilité en thérapeutique.

A côté des doctrines de pathogénie et de thérapeutique ayant pour base Faction d'un principe immatériel, Y âme ou le principe vital de Barthez et que la médecine repousse faute de démonstration clinique, je placerai celle qui repose sur le rôle d'un agent vital substantiel dont les actes peuvent être établis par l'observation et par l'Expérience. — Sortir de l'hypothèse, tel est son but et elle croit l'avoir atteint.

Quand on entend dire à un médecin : que peut faire pour l'étude des maladies la connaissance de l'âme ou d'un principe vital sur lequel on ne peut rien? On est tout d'abord surpris, mais en y réfléchissant bien il est évident que ce médecin a raison. — Dès l'instant qu'il s'agit d'expliquer les fonctions naturelles et les actes de la maladie ou de la thérapeutique par un agent immatériel inconnu dont on ne peut expérimentalement déterminer la nature, et sur lequel la science n'a point d'action, il est évident que l'on quitte le certain pour l'incertain et que les malades n'y peuvent rien gagner. Toute doctrine médicale qui n'a pas pour but la maladie et le malade, qui ne peut servir ni à l'un ni à l'autre doit être reléguée dans la métaphysique et peut être considérée comme chimérique. — Si l'on veut philosopher en médecine il faut que ce soit d'une façon utile, et on ne peut être utile, qu'en ne perdant pas de vue le malade pour lequel on fait le système.

Sous ce rapport, les considérations générales que je veux développer sur la nature de l'homme, sur la cause expérimentale de sa formation, sur le rôle de ses éléments dans la production .et le traitement des maladies, ont sur toutes les considérations du même genre qui ont été faites, l'avantage de ne rien donner à l'hypothèse et de tout accorder à l'observation.

Je partirai donc de la nature de l'homme, et, dans cette analyse, je ne prendrai que ce qui est nécessaire a l'étude de la vie et de la maladie.

DU V1TALISME SÉMINAL OU SÉM1NALISME 379

Nature de l'homme.

Pour les médecins qui croient que l'homme diffère de l'animalité par la nature de sa raison et de son esprit, il y a quatre règnes dans la nature, le minéral, le végétal, X animal et Yhominal. Moquin Taudon, de Qnatrefages, et les naturalistes qui se sont faits les promoteurs de cette idée, ont eu raison car ils s'appuient sur cette pensée toute métaphysique que l'intelligence de l'homme diffère de celle des animaux par les abstractions auxquelles elle se livre. Les minéraux croissent ; les végétaux croissent et vivent ;les animaux croissent, vivent et sentent, dit Linné, et nous ajoutons : l'homme croit, vit, sent et pense. — Ce n'est pas que je refuse l'intelligence aux animaux , même les plus inférieurs , puisque les Microzoaires en font preuve (V. Bouchut, des attributs de la vie, p. 52), mais leur intelligence est celle de l'instinct, et non celle des abstractions qui sont la qualité distinctive de la pensée humaine.

Nulle création ne peut sortir de la pensée animale qui reproduit constamment, de génération en génération depuis des siècles, sans apparence de perfectibilité, les mêmes actes de l'instinct reproducteur et conservateur, les mêmes notions architecturales et sociales, les mêmes qualités de ruse, de férocité et d'attachement ; le même mode de communication par le langage, etc. Avec une organisation toujours la même dans chaque espèce, et dans les différentes races, nous voyons fatalement correspondre ces qualités morales qui nous ont permis de personnifier presque tous nos vices et tous nos défauts dans l'animalité. Les animaux ont tous les instincts, toutes les vertus et toutes les immoralités de l'homme, mais ils lui restent inférieurs et ils s'en séparent par l'abîme immense de la pensée créatrice des merveilles de l'industrie et de l'intelligence. — Ou il n'y a que des différences de degré entre les minéraux doués de vie par certains philosophes, entre les végétaux, les animaux et l'homme, qui selon les théories réalistes de Lamarck et de Darwin ne serait qu'un singe perfectionné, ou les règnes sont séparés par des différences infranchissables. — Dans le premier cas, l'homme devient le premier des animaux, ordre des bimanes, mais dans le second, il faut admettre qu'un abîme intellectuel le sépare de l'animalité, y compris celle du singe, et qu'il constitue un règne à part.

Où trouver ailleurs que chez l'homme dont l'organisation paraît cependant si comparable à celle des animaux, ce degré de perfectibilité morale, intellectuelle et industrielle qui de génération en génération, à travers les siècles, depuis l'âge de la pierre jusqu'à

l'âge du fer, et jusqu'à nous, révèle une perfectibilité si progre^siu;. Est-ce l'instinct animal dans sa fatalité, ou bien la fantaisie incessamment variable née de l'amour de l'utile, du bien et du beau? — L'homme n'a pas plus changé | bysiquernent que les animaux, et cependant tandis que l'intelligence animale est restée soumise à des lois invariables, celle de l'homme nu et sans défense a tiré du sol, le feu qui réchauffe son corps, les aliments qui le nourrissent, la pierre, le fer et les métaux qui l'arment et le défendent, enfin tout ce qui de génération en génération le fait si grand, capable d'embrasser, dans l'infini de son intelligence, l'immense profondeur des mondes disparus et des mondes nouveaux. Sa constitution est restée la même et la perfectibilité progressive de sa pensée et de ses actes paraît seule plus grande de siècle en siècle. L'animal est forcément réaliste tandis que l'homme est métaphysicien ou, si l'on veut, idéaliste. Dès son origine, à l'état de barbarie ou de civilisation naissante, l'homme a su abstraire du mande réel des idées supérieures à l'organisation et aux nécessités de la vie. Le beau, le bien et le vrai sont au fond de toutes les consciences humaines, et, avec ces idées, celles d'une cause métaphysique de l'harmonie des mondes sous une forme ou sous une autre. C'est ce que M. de Quatrefages a appelé la Religiosité. En effet, il n'est pas de lieu habité si reculé et si perdu qu'il soit à la surface du globe, où l'homme ne rende un culte à la divinité. Partout, l'idée de Dieu naît dans la conscience de l'homme, et alors même qu'il la repousse, il en atteste l'existence, car il ne pourrait la discuter s'il ne l'avait pas comprise et la chasser de son esprit si elle n'y était pas venue.

Il y a donc quatre règnes dans la nature en y comprenant le règne hominal, et c'est celui-ci dont l'étude donne à la médecine ce caractère élevé de science morale autant que physique qui la distingue de toutes les autres sciences naturelles.

Pour étudier l'homme, il faut l'envisager dans tous ses éléments primitifs : dans l'agent vital doué d'impressibilité qui préside à la formation des premières cellules de son être et dans l'association de ses éléments psychiques, nerveux et organiques. C'est faute de l'avoir analysé dans son ensemble, pour ne voir qu'un seul côté de sa nature, soit l'âme organisatrice, soit le principe vital dirigeant, soit la fédération des organes .créant la vie, que la philosophie médicale s'est égarée dans la sphère des abstractions et qu'elle a créé tant de systèmes erronés et de doctrines exclusives. — Je l'ai dit dans plusieurs endroits de ce livre, et en leur rendant un hommage d'historien et de médecin habitué aux malades, chacune de ces doctrines dans ses prétentions absolues a rendu de réels services à la science

mais ne représente qu'un côté de la nature humaine. Il n'en est pas une qui n'ait été utile et qui n'ait rendu de grands services à la philosophie, au diagnostic ou à la pratique médicale et cependant pas une ne reste debout et intacte. Naturisme, archéisme, pneumatisme, animisme et vitalisme; théurgie, méthodisme et solidisme, anatomisme et humorisme, empirisme, aucune ne résiste à une discussion approfondie. Il n'y a que les esprits systématiques ou ignorants qui s'en fassent les défenseurs acharnés. Toutes se sont écroulées dans cet éclectisme individuel qui est à la science ce que l'anarchie est à la civilisation. Elles ont fait et feront encore des partisans mais jamais la loi. C'est là ce qui les condamne. Leur tort est de méconnaître un ou plusieurs des éléments de la nature humaine. Leurs défenseurs vitalistes, humoristes, solidistes et empiriques pourront discuter longtemps; ils ne pourront jamais se convaincre ; s'ils ne font pas de concession, ce qui leur serait possible, la vérité doctrinale n'apparaîtra jamais , et elle ne surgira que lorsqu'on pourra découvrir le véritable principe des éléments les plus intimes de la vie et de la maladie.

C'est dans cette pensée qu'il m'a semblé utile de réunir dans un court exposé préliminaire, les notions physiologiques expérimentales que le médecin doit avoir de l'homme, qui n'est ni force ni matière, mais force et matière tout à la fois. Sans ce point de départ, une doctrine médicale en est réduite à se mouvoir dans le cercle connu des doctrines anciennes modifiées d'âge en âge par les progrès de la science. Au contraire, la nature de l'homme étant fixée par la physiologie, et le principe des éléments vitaux bien déterminé, le médecin a une base solide de raisonnement et ses déductions, inspirées d'une première vérité physiologique expérimentale, ne peuvent s'écarter beaucoup de la vérité. C'est par la connaissance de l'homme sain qu'il faut aborder l'étude de l'homme malade, et, ce qui est vrai en médecine pratique ne l'est pas moins en philosophie médicale lorsqu'il s'agit d'édifier une doctrine positive de la maladie.

Voyons donc à présent ce que pour le médecin doit être la nature de l'homme ?

Si l'homme se sépare de l'animalité par ses qualités morales, par sa métaphysique et par sa perfectibilité intellectuelle indéfinie, il s'en rapproche par sa constitution physique, par l'agent vital ou séminal qui donne l'impulsion spécifique individuelle à son germe par l'impressibilité (V. attributs de la vie) de tous ses éléments moléculaires, par l'état des humeurs vivantes d'où il prend naissance et par la configuration de ses parties solides.

382 BISTOIRB DE LA MÉDECIN k

Il en résulte qu'avec son principe moral il renferme un agent vital, des humeurs et des solides composés d'éléments moléculaires invisibles à l'œil, doués de sensibilité inconsciente, c'est-à-dire d'impressibilité (faculté de la vie indépendante des nerfs), réunis de façon à réaliser une fédération organique dont les désordres sont du domaine des moralistes et des médecins.

Ce sont ces éléments moléculaires physiologiques, assemblés d'une certaine manière, avec leur attribut vital dimpressibililé par lequel ils se meuvent dans le cercle voulu des opérations de la vie, qui doivent servir de base à toute philosophie médicale. On ne peut les omettre en faveur de l'organisation en mouvement, sans dommage pour l'ensemble, et si l'on veut la vérité tout entière, ils ne doivent pas être sacrifiés aux organes.

Leur assemblage fait les tissus doués d'une sensibilité différente et propre, due au système nerveux qui a pris naissance et les relie ensemble; des tissus sortent les organes solides et liquides avec leurs sympathies, et nous avons alors l'homme dans son entier avec les attributs de son espèce.

Par l'agent vital ou séminal, ces éléments moléculaires constituant des tissus et des organes, expression première de la vie qui commence sans structure déterminée, sans nerfs et sans fibres contractiles, sentent à leur façon et se meuvent pour façonner les parties où ils doivent fatalement prendre leur place. Leurs attributs sont distincts de l'organisation qu'ils sont appelés à créer. Ce sont ceux de la vie et non ceux d'un être vivant. Ils s'appellent : impressibilité, c'està-dire sensibilité sans nerfs; autocinésie. c'est-à-dire mouvement sans fibres appréciables contractiles et enfin, promorphose ou prescience des formes organiques à réaliser.

Parmi eux Yimpressibilité occupe le premier rang. C'est elle qui donne aux éléments moléculaires la sensibilité inconsciente, qui entraîne leur mouvement dans la direction voulue par la forme spécifique des êtres où ils se trouvent, et c'est de cet attribut, de ses qualités et de ses altérations diverses, que résultent les différentes formes des espèces, leurs maladies innées et l'exercice plus ou moins régulier des organes dont les propriétés propres entreront en scène un peu plus tard en se combinant aux propriétés élémentaires des tissus.

Dans cette impressibilité de l'agent séminal ou vital réside la vie, car sans elle le système nerveux organe de la sensibilité ne suffirait pas à l'entretenir. Elle fait la vie dans les êtres où il n'y a pas de système nerveux comme les infusoires dits microzoaires ou phytozoaires et les grands végétaux, elle l'entretient dans les éléments

DU V1TALISME SÉMINAL OU SÉMINALISME 383

anatomiques dépourvus de nerfs qui forment ces tissus, dans les éléments anatomiques du sang, dans les parties dont on a coupé les nerfs, enfin, même après la mort de l'ensemble, dans certains éléments moléculaires qui continuent à vivre pour leur compte.

C'est elle qui est le premier acte du germe de l'homme qui commence à vivre, avant qu'aucun élément, qu'aucun tissu et qu'aucun organe n'aient pris naissance, et c'est cet acte qui, dans le développement physiologique et pathologique de l'homme , me semble devoir être pris en sérieuse considération.

De la manière dont il se produit résultent la réaction de la matière vivante du germe et son mouvement diathésique et organique. Impression et réaction, tels sont les premiers faits de la vie comme ils en sont la condition d'exercice et c'est lorsqu'ils disparaissent que survient la mort.

C'est en remontant ainsi aux sources mêmes de la vie normale, dans ses attributs élémentaires que j'ai compris le mécanisme de l'organisation et plus tard celui de la maladie, car ici encore c'est Timpressibilité organique et la réaction qu'elle fait naître qui sont le principe général de la pathologie. Les maladies ne sont que des impressions transformées , ai-je dit dans ma pathologie générale (1), cela est vrai, et c'est sur cet aphorisme que repose la doctrine médicale que j'ai professée depuis plusieurs années et que je vais exposer.

Cette doctrine s'applique aux maladies morales, aux maladies de l'agent vital et aux maladies humorales et organiques. Sans rien exclure des éléments de la nature humaine , elle en explique toutes les maladies et c'est là sa garantie de vérité.

Pour désigner cette doctrine, j'aurais peut-être pu me servir du mot de naturisme qui s'applique parfaitement à l'étude physiologique de la nature de l'homme et à l'agent naturel d'où elle sort, mais comme ce mot a reçu une acception différente consacrée depuis Hippocrate et qu'il représente le rôle prescient, utile de la nature en général dans la marche et dans la guérison des maladies, j'ai dû l'abandonner. Celui de vitalisme adopté par l'école de Montpellier représente pour tout le monde l'idée d'un principe vital inconnu dans sa nature et immatériel sur lequel l'expérience ne peut rien et dont le rôle est par conséquent indéterminé et indéterminable. En l'appelant sensitisme on pourrait la confondre avec la théorie des médecins qui ont fait de la sensibilité nerveuse la base de leur pathologie, tandis que l'idée que je développe d'un agent

(1) E. Bonchut. — Pathologie générale, page 12.

séminal créant l'impressibilité des cléments organiques très-proche parente de la théorie de Glisson et de Bichat sur la sensibilité insensible ou inconsciente, représente l'application à la physiologie et à la pathologie du fait d'un agent séminal créant dans les molécules vivantes la sensibilité sans nerfs, c'est le : séminalisme.

Après ce préambule , je vais montrer ce que cette manière de voir apporte à l'étude de la physiologie et de la médecine proprement dite, soit dans la forme des êtres et des organes, soit dans les maladies de l'agent vital ou maladies séminales, soit dans les maladies humorales et organiques, soit enfin dans la thérapeutique. J'indiquerai d'abord :

Les variations de l'agent vital ou séminal qui créent l'impressibilité normale.

Les anomalies de l'impressibilité dans l'agent vital.

Les anomalies de Timpressibilité dans les maladies humorales et organiques.

Les maladies qui résultent d'un excès d'impressibilité de l'agent vital .

Les maladies qui résultent d'une diminution de l'impressibilité de l'agent vital.

Les maladies dues à un excès d'impressibilité suivie de son amoindrissement.

Le rôle de l'impressibilité de l'agent vital en thérapeutique.

Des différences que présente l'agent vital et des variations de l'impressibilité

normale.

C'est la sensibilité inconsciente des éléments moléculaires de la vie créée dans l'ovule humain par la fécondation, qui associe ces éléments entre eux, qui les groupe d'une certaine façon par une affi nité vitale nécessaire à la configuration des tissus et des organes. Par elle, ils ont des attractions et des répulsions d'où résulte qu'ils se réunissent ou se chassent selon la nécessité de créer un tissu. Sans cette propriété obscure de sentir, ils ne pourraient ni se choisir ni s'associer dans l'ordre voulu par la vie des espèces. Dès qu'elle s'éteint en eux c'est leur mort définitive, et ils rentrent sous l'empire des lois physiques, entraînés vers d'autres combinaisons. Si elle n'est qu'affaiblie, leur mouvement se trouble et leur association s'en ressent à ce point que le nouvel être n'aura pas le volume ni la force désirables. N'est-elle atteinte que partiellement, leur développement dans l'ovule se fait mal dans le point circonscrit ou elle est détruite, et alors dans ce point un organe manque ou est modifié

dans ses formes, ce qui produit les difformités. Est-elle seulement maladive ou diathésique, les mouvements moléculaires de l'ovule sont également maladifs et du groupement élémentaire particulier qui en résulte se préparent dans le germe futur des maladies innées ou héréditaires.

C'est enfin, au caractère spécial individuel de la sensibilité inconsciente, créé dans l'ovule par l'agent vital, qu'il faut attribuer cette affinité spéciale des premiers éléments anatomiques, véritable affinité vitale physiologique et spécifique , d'où résulte la diversité des êtres de la même espèce et delà même race. De cette action première, dérive la forme individuelle formant les variétés de l'espèce ; la ressemblance au père ou à la mère et quelquefois aux deux conjoints ; la taille basse ou élevée, la couleur des cheveux et des poils, la longévité, les idiosyncrasies, etc.

Tout cela est modifié : — 1° par l'union sexuelle qui mélange deux forces séminales différentes et les associe de façon à engendrer l'impressibilité de l'être nouveau ; — 2° par les climats qui troublent leur action de manière à affaiblir l'impressibilité générale et abréger la vie de l'individu ou à le frapper dans sa race qui ne peut s'acclimater au pays — 3° par l'habitude qui change, qui exagère ou amoindrit la manière de sentir des tissus; — 4° par la civilisation qui modifie plus ou moins profondément l'exercice fonctionnel des organes, etc.

Ainsi, en dehors de la sensibilité nerveuse et consciente imprimée aux tissus et aux organes par les nerfs, c'est la sensibilité inconsciente ou impressibilité inhérente à l'agent vital qui rend compte des impressions subies par les éléments organiques dépourvus de nerfs, et par les éléments anatomiques qui n'en ont pas davantage. C'est à celte impressibilité variable, créée par l'agent séminal, qu'il faut attribuer le principal rôle dans les troubles de l'affinité vitale si puissante au début de la vie embryonnaire, c'est-àdire les troubles des premiers mouvements de la matière des ovules fécondés.

Maintenant, si je franchis tout d'un coup la période embryonnaire, dont je viens d'analyser les actes, période pendant laquelle l'impressibilité de l'agent vital, se diluant dans tous les éléments anatomiques qu'il engendre, a créé des tissus et des organes sensibles par suite de l'apparition des nerfs, je me trouve en face de l'homme organiquement complet. Alors les tissus et les organes ont à la fois, avec leurs forces séminales, des propriétés particulières et un rôle fonctionnel spécial destinés au maintien de la vie d'ensemble, c'est-à-dire de la confédération organique. Il y a là une organisation dont le mécanisme ne peut être troublé sans danger et c'est alors qu'on peu!

BOUCHUT. 25

dire avec grande apparence de vérité que celle organisation fait la vie.

Mais dans ce cas, que devient l'impressibilité de la vie embryonnaire créée par l'agent séminal ? A-t-elle disparu ou vient-elle se confondre avec la sensibilité nerveuse des organes adultes? Non elle n'a pas disparu car, ainsi que je l'ai dit, on la retrouve dans les parties dépourvues de nerfs et dans les éléments anatomiques des humeurs et des tissus qui se renouvellent sans cesse. C'est elle qui, dans la vie adulte, personnifie encore l'affinité vitale des éléments moléculaires en mouvement, pour l'œuvre de la rénovation des tissus. Mais, si elle n'a pas disparu, elle n'a plus la même importance que dans l'ovule et dans l'embryon; elle se perd avec la sensibilité inconsciente des nerfs sympathiques qu'elle a créé et avec la sensibilité consciente des nerfs. Toutes les trois associées, elles unissent leurs efforts vers le but commun de la vie d'ensemble, la première pour la création et la marche des éléments anatomiques constituants dirigés par l'affinité vitale ; la seconde pour le lien ou consensus à établir entre les tissus par une sympathie réciproque et générale ; la troisième enfin pour avertir l'être de ses relations agréables ou dangereuses avec le monde extérieur.

Elle ne disparaît donc pas dans la vie adulte, mais elle n'a plus le rôle prépondérant qu'elle avait dans la vie embryonnaire. Elle est partout présente comme élément de la vie moléculaire, mais non comme force de la vie d'ensemble ; elle caractérise la présence de l'agent vital dans toutes les parties atomiques et cellulaires des tissus et c'est pour cela que j'ai dit que l'agent vital dilué dans l'ovule se combinait avec tous les éléments qui en sortent, et de génétion cellulaire en génération cellulaire, se trouvait par imbibition incorporé à tous les tissus de l'économie jusqu'à la mort générale de l'ensemble.

S'il en est ainsi, comme l'attestent l'observation et l'expérience, chacun comprendra que c'est à la présence d'un agent vital substantiel, et à son attribut d'impressibilité, qu'il faut attribuer les métamorphoses de l'ovule vers l'état d'embryon, sa transformation en être adulte, le maintien de sa vie par son action dans les éléments constituants et son influence sur la vie d'ensemble. — Cela étant dit, il ne me reste plus qu'à établir le rôle de cette impressibilité des éléments moléculaires constituants dans l'état pathologique.

ANOMALIES DE l'iMPRESSIBILITÉ DANS L'AGENT VITAL OU PRINCIPE SÉMINAL ET DE SON INFLUENCE DANS L'ÉTAT PATHOLOGIQUE.

La difficulté qui sépare le plus radicalement entre eux les médecins philosophes est celle de l'existence d'un agent vital distinct de l'organisation. Pour l'école solidiste et organicienne, la vie est un résultat de l'organisation et non un principe; elle est la conséquence de la fédération des organes, en un mot c'est l'organisation qui fait la vie.

Au contraire pour l'école vitaliste, quelle que soit la nature du principe agissant, c'est la vie qui crée l'organisation, qui l'entretient bonne ou mauvaise et qui préside à son exercice tout en étant influencée par elle. C'est l'alliance de l'agent vital et de ses organes qui fait la vie.

Je crois avoir posé la question avec une entière bonne foi et je vais essayer de la résoudre avec la même sincérité à mon point de vue.

Sans nul doute, lorsqu'on examine l'homme, parfaitement constitué, et qu'on voit à quel point il est tributaire de cette organisation, que dans un accès de raillerie Chrysale qualifie de guenille ;

Page 1