‹ Histoire de la mâedecine et des doctrines mâedicalesChapitre 60 sur 119 · CHRYSALE · texte numérisé non relu

CHRYSALE

Oui, mon corps est moi-même, et j'en veux prendre soin. Guenille si l'on veut; ma guenille m'est chère.

(Molière, Les femmes savantes, acte II, scène vin.)

combien il souffre des désordres matériels qui se produisent dans ses organes, avec quelle facilité il succombe sous l'influence d'une blessure qui atteint son mécanisme, on comprend qu'un esprit même distingué, affirme que l'organisation fasse la vie, et dise que celle-ci soit la conséquence de la première. Cela se comprend moins de la part du médecin.

En effet, si au lieu d'envisager l'homme tout formé, être complexe dont l'analyse est extrêmement difficile, on examine l'homme en voie de formation, dans le germe qui doit lui donner naissance, les choses sont bien différentes. Alors les conclusions changent et c'est faute d'avoir pris l'être humain à son commencement, pour l'étudier dans son germe, et dans son évolution embryonnaire, qu'on a

pu dire : ['organisation fait la vie. Avec plus de réflexion et avec d'autres études on arrive à dire au contraire : C'est la vie qui fait l'organisation. "Voili comment, à des points de vue différents, la vérité qui échappe aux uns se révèle aux autres.

Eu prenant donc pour point de départ de ma démonstration , l'ovule féminin non fécondé, simple cellule sans organisation, animé de la vie moléculaire, comme toute autre cellule de la femme, n'ayant qu'une existence éphémère, destiné à la décomposition dans son foyer, nous pouvons affirmer qu'il n'a pas la vie en propre el qu'il lui est impossible en restant seul de créer une organisation. C'est en ce moment une sécrétion, dans quelques heures ce ne sera plus qu'un débris. Telle est la loi.

Mais, s'il est dans sa destinée d'être par la fécondation impressionné par l'agent vital masculin, c'est-à-dire imprégné parles spermatozoaires, alors la scène change; dès qu'il a été fécondé au lieu d'être un débris bientôt rejeté au dehors, il a reçu la force de vivre, il vit et plus tard ce sera un homme. •

D'où vient la différence? c'est qu'il s'est incorporé l'agent vital, dont il a senti le contact et c'est un principe de vie étranger à la substance, qui lui communique un mouvement moléculaire d'absorption et d'exhalation, accompagné de chaleur et suivi de transformations successives.

Qu'on ne dise pas qu'il avait l'organisation en puissance puisqu'il allait être un débris avant sa rencontre de l'agent vital ! qu'on ne dise pas qu'après ce contact et ce mélange, il développe une organisation qui lui est propre, puisque s'il devient un homme il aura la ressemblance , les infirmités ou les maladies de son père !

Donc il a reçu du dehors un principe de vie qui commence son évolution, qui la dirige, qui la façonne, qui crée les organes à l'image de son origine et à celle de ses maladies, qui les imbibe et qui les entretient d'une certaine manière, puisque, 20 ou 30 ans après la naissance, ce principe révèle encore sa présence par des maladies héréditaires de sa provenance paternelle, c'est-à-dire innées.

La vie crée donc l'organisation, elle est donc une cause et non pas seulement un effet, elle est ces deux choses à la fois, mais, dans l'ordre de la nature, c'est elle qui est le principe et ils n'ont pas eu tout à fait tort ceux qui se sont faits les champions du principe vital et de la force vitale.

Il serait heureux qu'on pût sans hypothèse dire ce qu'est cet agent vital, ce principe de vie distinct des organes qu'il fait naître à son arrivée, mais si la science s'arrête au seuil d'une semblable difficulté dont la solution ne peut être qu'hypothèse, elle a saisi le

fait et cela lui suffit. Elle peut dire comme le sage, j'en connais le mécanisme mais j'en ignore le mystère. Qui donc pourrait en exiger davantage.

Que les organiciens me permettent donc de leur dire, conformément à l'observation, qu'il y a un agent vital, matériel distinct de l'organisation qu'il précède ; que cet agent exerce une impression sur le germe; qu'il reste dilué dans le blastème qui forme les organes; qu'il apporte avec lui ses diathèses; que dans tout le cours de la vie dont il a crée le mécanisme présent encore dans toutes les parties de l'organisation il en fait la force, la faiblesse et la durée ; enfin que les organes et tissus qu'il a engendrés en leur donnant une vie propre et des propriétés particulières peuvent, à leur tour dans leurs désordres, paralyser son action, engendrer des maladies dans lesquelles il a son rôle, et dominer assez sa puissance pour amener la mort.

Ainsi donc, agent vital , impressibilité des parties élémentaires encore dépourvues d'organisation ; formation de tissus, d'humeurs et d'organes doués de propriétés spéciales, apparition de la sensibilité et des sympathies nerveuses qui établissent le consensus général de toutes les parties en régularisant le mécanisme animal, voilà les phénomènes que l'observation et l'expérience révèlent à l'observateur qui cherche à découvrir le mystère de la vie humaine.

Il me semble difficile de rien objecter à cette recherche expérimentale du rôle de l'agent-vital ou séminal dans la configuration physiologique de la nature de l'homme ; mais, au point de vue pathologique, ce rôle éclate bien plus vivement aux regards du médecin. Cet agent vital, qui est lui-même sans organisation, renferme en puissance des formes organiques et des maladies qui se retrouveront pendant toute la durée de la vie de l'être futur. Dilué dans l'ovule formé du blastème féminin, lequel a aussi ses diathèses, il en résulte une action combinée à laquelle on doit les maladies héréditaires innées que l'on peut appeler aussi les diathèses de Fagent vital.

Que peuvent être les prétentions du solidisme dans l'étiologie des maladies héréditaires? Alors même que les solides sont altérés comme dans la tuberculose, dans la goutte ou dans le cancer, estce qu'ils le sont primitivement?

L'humorisme pourrait davantage les revendiquer à son profit, puisqu'elles ont pour siège les humeurs, mais ici, comme dans le cas précédent, les humeurs et le sang d'où sortent ces diathèses naissent de l'agent vital qui fait l'organisation d'après sa nature, leur altération est déjà une chose secondaire, et cela me ramène à rap-

porter le développement des maladies héréditaires aux altérations de l'agent vital. De l'impressibilité vicieuse qu'il communique aux éléments ovulaires fécondés résulte la diversité des êtres et la diversité des maladies héréditaires ou acquises.

Page 1