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MALADIES LE L'AGENT VITAL

Les organiciens et les humoristes, comme tous ceux qui cherchent la précision dans les faits et dans. les doctrines, ont vivement combattu et avec raison sous toutes ses formes l'idée d'un principe vital immatériel . Ils l'ont toujours considérée comme une hypothèse dangereuse et sans application utile à la médecine. Pourront- ils en faire de même à l'égard de l'agent vUal ou séminal, primitivement distinct de l'organisation et ensuite dilué dans toutes ses parties, leur communiquant une sensibilité inconsciente nouvelle ou impressibilité. Je ne le pense pas.

Tous les raisonnements produits contre la nature d'Hippocrate, contre le pneuma d'Athénée, contre Yarchée de Van Helmont, contre Y âme de Stahl, contre le principe vital de Barthez considérés comme régisseurs de la vie, sont dirigés surtout contre ce qu'il y a d'hypothétique dans ces doctrines. Ils ne peuvent en conséquence s'appliquer à l'agent vital ou séminal. Ce principe matériel dont le rôle est connu de tout le monde, sur lequel on peut expérimenter cependant une composition variable si l'on en juge par la différence et par la vitalité de ses produits. Il passe du mâle à l'ovule avec son attribut spécial d'impressibilité qu'il lui transmet, et il lui donne une tendance évolutive vers une forme déterminée d'avance, avec ses infirmités innées, avec ses diathèses héréditaires, et enfin avec sa force de résistance aux causes extérieures de destruction qui nous entourent.

Chez les animaux dont les éléments moléculaires sont doués d'une impressibilité différente de celle de l'homme, on expérimente comme on veut sur leur agent vital, on mélange cet agent vital comme on l'entend et par des sélections artificielles on modifie les formes de la vie à volonté. On fait des métis, àes'tercerons, des quarterons, des octavons qui représentent dans leur forme, dans leur diathèse ou manière d'être, la moitié, le tiers, le quart ou le huitième de l'être sur lequel on a expérimenté, donc il n'y a dans la doctrine que je développe rien d'hypothétique. Tout y est déduit de l'observation, et les variations d'impressibilité de l'agent vital considéré comme cause de maladie ultérieure de l'être futur doivent figurer dans la pathologie générale à titre d'élément fondamental de l'étiologie, de l'évolution morbide et du mécanisme thérapeutique.

L'existence de cet agent rend compte d'une foule de phénomènes physiologiques et pathologiques considérés jusqu'ici de toute autre manière, et il me paraît difficile qu'on n'en tienne pas compte autrement qu'on ne l'a fait jusqu'à ce jour. Par lui, l'observation aidant, en dehors de toute hypothèse, s'expliquent toutes les difformités, toutes les maladies innées et toutes les diathèses, toutes les modifications que subissent les causes morbifiques et les maladies par l'influence individuelle, c'est-à-dire par les idiosyncrasies, enfin toutes les actions thérapeutiques qui, elles aussi, ne sont que des impressions transformées.

ANOMALIES DE L' AGENT VITAL ET DE L'iMPRESSIBILITÉ DANS LES MALADIES HUMORALES ET ORGANIQUES.

Il est impossible de séparer autrement que par la pensée l'organisation humaine, du principe substantiel qui l'a créé, et qui s'y trouve incorporé, qui en a* dirigé le développement et qui entretient ses fonctions d'une manière spéciale pour chaque individu, selon sa diathèse. Mais, tout en étant obligé d'admettre que l'agent vital doué d'impressibilité, auquel l'homme doit son origine, est dilué dans tous les éléments moléculaires constituant les tissus et les humeurs de l'organisme ; qu'il préside à leur nutrition et à celle de tous les organes pour diriger leur rénovation permanente, il faut aussi tenir compte des propriétés particulières des tissus et des organes euxmêmes.

Le corps change sans cesse, cela est vrai, et comme la dit Ovide, « il n'est plus aujourd'hui ce qu'il était hier, ni ce qu'il sera demain. » Cependant son principe d'identité physique lui reste et, tout en se renouvelant sans cesse, il reste le même, car la matière qu'il s'assimile obéit à la diathèse première de l'agent vital, et à son impassibilité, de façon à reproduire partout une diathèse semblable. Voilà comment l'homme reste un être identique à lui-même dans la métamorphose incessante de ses éléments, et comment il réalise l'unité dans la multiplicité apparente de ses organes vitaux essentiels.

Toutefois si la vie est une dans son principe, elle est multiple dans ses fonctions, car le sang fait la vie aussi bien que la circulation qui le meut, que la respiration qui le vivifie et que l'innervation qui donne aux tissus le ton et la contractilité nécessaires. Tout cela fait partie du mécanisme humain, et il n'est pas un organe, ni une humeur, qui n'ait ses propriétés propres, susceptibles d'altération de manière à entraver la puissance de l'agent vital, ou à déterminer mécaniquement ou chimiquement des lésions mortelles. En effet, si

le cœur s'arrête, ou si de gros caillots courent dans les artères principales, il y a mort par arrêt d'un des rouages du mécanisme humain. Si la trachée se remplit de mucus ou de tout autre corps étranger, le sang non hématose devient un poison pour les organes qui le reçoivent, la mort a lieu chimiquement; si le cerveau est largement détruit, toute contractilité musculaire cesse et, mécaniquement encore, par suite de l'inertie d'organes importants la mort peut survenir. Enfin, partout où il y a plaie ou suppuration des tissus, la résorption endosmotique dans le sang d'un produit morhide se convertit en poison délétère qui produit chimiquement la maladie et la mort. Ce sont là autant d'états morbides secondaires, ternaires et quaternaires qui s'enchaînent les uns aux autres.

De là résulte pour le médecin, la nécessité de tenir compte des propriétés physiques et vitales des tissus et des humeurs, ainsi que des conditions mécaniques de l'exercice régulier du fonctionnement des organes, pour ne donner à l'influence de l'agent vital et de l'impressibilité que la juste place qui leur convient en pathologie.

Je puis le dire sans crainte d'être contredit, c'est le côté organique de la nature humaine qui a été le mieux étudié et qui même l'a été d'une façon trop exclusive aux dépens de l'autre. — Son étude a même donné lieu à des divisions à peine croyables aujourd'hui, car, parmi les médecins, les uns sous le nom de solidisme (V. ce mot) n'accordaient d'importance qu'aux parties solides du corps, tandis que les autres rangés sous la bannière de Yhumorisme (V. ce mot) attribuaient dans la production des maladies une influence prépondérante aux humeurs.

Je ne reviendrai pas sur cette question de doctrine suffisamment élucidée dans les pages que j'ai consacrées au solidisme et à l'humorisme. Ce que j'en ai dit peut suffire, et je reprends ma thèse des maladies organiques et humorales acquises, également dérivées des atteintes portées à la sensibilité inconsciente ou impressibilité, unies aux désordres de la sensibilité nerveuse des tissus, ainsi qu'à toutes les actions physiques, chimiques et mécaniques accomplies au sein de l'organisme.

Je me rencontre ici avec Virchow. En disant il y a bien longtemps : — Impression et réaction, voilà la formule la plus abstraite de l'étiologiè, car les maladies ne sont que des impressions transformées (Path. gén., 2e Edition, 1867, p. 28), j'énonçais une pensée que devait adopter l'auteur de la pathologie cellulaire.

« Pour lui en effet, tout élément vivant du corps humain répond à une excitation en manifestant son activité. L'activité est réveillée pour trois raisons différentes : C'est pour faire fonctionner, pour

nourrir, et pour former une partie. — De là trois sortes d'irritation : celle qui augmente la fonction organique (irritation fonctionnelle); celle qui s'accompagne d'une exagération de nutrition (irritation nutritive); celle enfin qui produit de nouvelles parties (irritation formative) » Path. cellulaire, Introduction, p. XIV). — En ajoutant les processus passifs dans lesquels les éléments normaux se détruisent partiellement ou en totalité de façon à disparaître, on a la clef de toute la philosophie de l'étiologie pathologique cellulaire.

Cette manière de voir se rapproche beaucoup de celle que j'ai essayé de faire prévaloir, mais elle renferme des erreurs que j'ai tenté d'éviter, ainsi l'irritation fonctionnelle et l'irritation nutritive, considérées comme étant de nature différente, sont des choses semblables car la nutrition est une fonction normale et, dans l'activité des éléments cellulaires, l'une des deux irritations est de trop. De plus, il y a cette autre différence que, ne m'occupant pas de l'activité de la prétendue cellule primordiale, qui n'est pas le premier élément de l'organisation, je me suis placé plus haut dans l'étude des origines de la vie en prenant pour point de départ les troubles de l'agent vital et de l'impressibilité qu'il donne aux éléments moléculaires d'où sortira l'élément cellulaire.

De même que par ses caractères normaux différents, l'impressibilité, sur laquelle on expérimente à volonté, engendre la variabilité des individus, de même par ses troubles circonscrits, elle modifie et altère plus ou moins profondément la nutrition moléculaire des tissus, leurs fonctions et leur volume, ce qui constitue la maladie et les diversités qu'elle présente. — Mais ici, au trouble de l'impressibilité se joignent l'effet des sympathies, nées de la participation du nerf grand sympathique, les actions chimiques ou mécaniques qui naissent secondairement, et le problème se complique à l'infini. — Malgré cette difficulté j'essaierai de poursuivre mon analyse en faisant la part de tous ces éléments morbides.

Du fait même de l'impressibilité des éléments et des tissus (1) résulte donc par l'action des causes extérieures variables, la réaction variable en rapport avec la cause morbide, et par suite des maladies différentes. — Mais, si l'impressibilité'n'est pas mise en jeu par la cause de manière à provoquer de réaction, il n'y a pas de maladie, ce qui laisse comprendre pourquoi plusieurs individus étant soumis au même moment, et dans le même lieu, à la même influence pathogénique, les uns réagissent et transforment l'impression en

(I) (Sensibilité inconsciente distincte dio système nerveux.)

maladie tandis que les autres ne sont pas affectés et restent bien portants.

Toutes les causes morbides soit intérieures soit extérieures , locales ou générales, modifient plus ou moins l'agent vital et son impressibilité dans les humeurs ou sur un point de l'économie. Elles le modifient dans sa fonction vitale élémentaire, ce qui peut n'avoir pas de suites, où elles l'excitent et l'amoindrissent et, selon la réaction qui se produit, par cet excès ou par cette faiblesse, il en résulte dans les éléments, dans les tissus, dans les organes et dans les humeurs, des modifications qui sont le germe de toutes les maladies et, si l'impression est curative, le moyen de les guérir.

Ainsi en pathogénie, V excès dHmpressibilité des éléments constituants réagit sur les tissus et provoque selon sa nature, soit l'hypérémie, soit l'inflammation et ses exsudats séro-fibrineux, épithéliaux ou purulents, certaines hémorrhagies actives, les flux séreux ou gazeux, l'hypertrophie des éléments et des différents tissus formant le squelette des organes; les pyrexies avec leurs altérations humorales qui deviennent des causes morbides à leur tour, etc.

Avec ces lésions, naissent les actions sympathiques réflexes qui sont la fièvre, la courbature, l'inappétence , l'embarras gastrique avec ou sans vomissement, etc.

Par elles aussi, selon l'organe affecté, viennent les troubles fonctionnels, les actions physico-chimiques de pesanteur, d'absorption endosmotique, d'érosion des tissus, ce sont : presque partout la douleur provoquée par la participation au mal des nerfs ordinaires ; — dans le cerveau et dans les méninges, le délire, la somnolence, les vomissements, le ralentissement du pouls, les convulsions et la paralysie; — dans le pharynx, la dysphagie ; — dans le larynx, l'enrouement et la dyspnée; — dans les bronches et dans le poumon, la loux, l'expectoration de nature variable et la gêne respiratoire ; — dans l'intestin, la diarrhée, la dyspepsie ou la boulimie; - dans les reins, l'urination modifiée; — dans les vaisseaux, les embolies avec leurs conséquences variées, l'absorption du produit morbide plus ou moins toxique des plaies; — dans les nerfs congestionnés ou anémiques, le spasme et les névroses; — dans les fièvres, les altérations humorales qui engendrent d'autres lésions secondaires et qui reproduisent le germe du mal, enfin les actions physiques de pesanteur, d'absorption par endosmose, d'obstruction par les produits morbides, d'érosion par l'àcreté du flux, etc.

De la diminution dHmpressibilité résultent l'atrophie et le ramollissement ou les dégénérescences graisseuses des éléments et des tissus, certaines hémorrhagies passives, certaines congestions atoni-

DU ViTALISME SÉMINAL OU SÉMINALISME 395

ques également accompagnées des phénomènes sympathiquesréflexes, le tout accompagné de troubles fonctionnels locaux plus ou moins marqués.

Chaque lésion locale ainsi née de l'excès ou de la diminution de l'impressibilité réagit à son tour sur sa cause en l'aggravant. De la sorte, avec la maladie de l'agent vital et le trouble de l'impressibilité, il y a la maladie locale se généralisant par absorption endosmotique ou capillaire, produisant l'altération du sang ou restant locale et réagissant sur l'ensemble de l'économie par l'intermédiaire des actions réflexes du grand sympathique ou directe des nerfs ordinaires. C'est là ce qui constitue la maladie des éléments humoraux et organiques, état secondaire à côté de la maladie de l'agent vital, mettant primitivement en jeu l'impressibilité des éléments constituants.

J'avais donc raison de dire que les maladies ne sont que des impressions transformées; en effet, il ne se fait, dans les tissus, aucun travail qui n'ait primitivement été précédé d'une impression normale ou pathologique.

Mais dira-t-on : qu'est-ce qui prouve que la sensibilité inconsciente ou impressibilité soit par ses modifications le point de dépari des maladies? L'observation et l'expérience.

Je prendrai d'abord comme expérience la nouvelle théorie de la formatiqn du pus contraire à celle de Virchow et qui appartient à son élève Conheim. Ainsi dans une partie dépourvue de nerfs comme la cornée et dans quelques autres tissus que l'on excite, il se fait comme l'ont établi Conheim, Cornil, Ranvier, etc., un travail de suppuration dû à la sortie des globules blancs du sang hors des vaisseaux. — Par des mouvements amiboïdes, c'est-à-dire sans organes contractiles connus, on voit les leucocythes s'insinuer entre les lamelles épithéliales et former un dépôt de pus, donc les cellules épilhéliales et leurs éléments ont senti quelque chose qui n'est pas arrivé à la conscience du sujet, donc les leucocythes eux mêmes, en changeant de forme et de place, ont manifesté une sensibilité pour nous insensible, et, c'en est assez pour la démonstration expérimentale du fait que l'impressibilité mise en jeu d'une certaine manière est la cause de l'inflammation des tissus. — Impression et réaction, dans ce cas le fait est incontestable.

La pathologie des végétaux dépourvus de nerfs, la formation des gommes sur les feuilles et les maladies de la tige et du fruit nous offriraient des exemples analogues, mais il ne s'agit ici que des preuves médicales.

Je prendrai maintenant comme autre moyen de démonstration de la thèse que je soutiens, des faits empruntés à l'observation clini-

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que, car dans ces études je ne veux faire aucune hypothèse. Tout y est déduit de l'expérience.

Tout le monde connaît l'inflammation, l'ulcération, les vascularisations ou la suppuration de la cornée qui n'a pas de nerfs, et des cartilages qui n'en ont pas davantage. — J'ai vu des paralytiques avec atrophie des membres soit par hémiplégie, soit par paraplégie avoir des érysipèles, des varioles identiquement semblables sur les parties saines et sur les parties paralysées. Enfin, chez les animaux dont on a coupé la moelle épinière, il se fait, comme l'a montré Brown Sequard, des inflammations autour des ongles qui représentent, le travail inflammatoire avec tous ses phénomènes. Ici encore nous voyons qu'à côté de la sensibilité ordinaire, nerveuse inhérente au système nerveux, il y a une autre espèce de sensibilité qui est inconsciente et qu'on découvre dans les éléments constituants des organes de la vie dont elle est l'attribut. — C'est l'impressibilité.

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