MALADIES QUI RÉSULTENT D'UN EXCÈS D IMPRESSIBILITÉ DE L'AGENT VITAL
Si l'impressibilité normale de l'agent vital fait les éléments constituants et les tissus normaux, les modifications et les altérations de cet attribut de la vie créent l'impressibilité anormale qui engendre les anomalies de la nutrition et des fonctions observées dans l'état pathologique. Dans toutes les maladies, il y a donc comme élément originaire principal un trouble de l'impressibilité. — Ce n'est que dans les maladies secondaires qu'on observe les influences physicochimiques de l'état morbide primitif, amenant des modifications nouvelles de l'impressibilité inconsciente , et avec elle les maladies secondaires.
Dans les maladies primitives, la modification n'est appréciable que par ses effets qui consistent dans un état diathésique originel, dans un état diathésique acquis et qui résulte déjà d'une modification de l'impressibilité, dans un excès ou un défaut de cette impressibilité.
Les maladies qui résultent d'un excès d'impressibilité sont : la méningite et la meningo-encéphalite, le coryza, l'otite, les ophthalmies, — les pharyngites, les angines, les laryngites, les bronchites, la pneumonie, la pleurésie, l'endo-péricardite, la gastrite, l'entérite, la dysenterie, la néphrite aiguë, l'hépatite aiguë, les adénites, la phlébite, l'érysipèle, les arthrites, les ostéo-chondrites, la périostite et toutes les inflammations primitives des différents tissus ;
Toutes les congestions actives du poumon, du foie, de la rate, des reins, du cerveau ;
DU V1TALISME SÉMINAL OU SÉMINALISME 397
La pléthore globulaire et l'hémite;
Les hémorrhagies actives du cerveau sans lésion primitive des capillaires, certaines hémorrhagies nasales, pulmonaires, intestinales, rénales, etc.;
Certains flux muqueux du nez, des bronches, de l'estomac et de l'intestin ;
Les pneumatoses de l'hystérie et de la dyspepsie inflammatoire;
Les hypertrophies du tissu cellulaire et fibreux, du tissu épithélial, du tissu œdipeux du tissu glandulaire, du tissu pigmentaire, du tissu cutané ou muqueux, etc. ;
Certaines maladies de la peau à l'état aigu dépendantes ou distinctes d'un état diathésique de l'agent vital;
Les fièvres éruptives dont l'exanthème sort régulièrement, etc.;
Le diabète que fait naître l'irritation du quatrième ventricule ainsi que les contusions de l'occiput et l'affaiblissement sénile.
MALADIES QUI RÉSULTENT D'UN DÉFAUT D'iMPRESSIBILITÉ DE l'aGENT VITAL.
Les maladies qui résultent d'un amoindrissement de l'impressibilité sont l'ictère grave, la néphrite albumineuse, la stéatose du foie, les dégénérescences graisseuses des éléments constituants, la pneumonie ulcéreuse dite caséeuse, les adénites stéateuses, les lésions phymatoïdes, etc. ;
Toutes les tuberculoses des méninges, du cerveau, de la plèvre, du poumon, du foie, de l'intestin, du péritoine, des ganglions bronchiques ou mésentériques des os, etc. ;
Certaines congestions passives du poumon dans les fièvres et dans les maladies graves, ou à la suite d'un état aigu de broncopneumonie.
Certaines hémorrhagies passives dues à la dissolution du sang des fièvres et du scorbut, à l'altération graisseuse des capillaires et des vaisseaux, aux obstacles formés sur un point de l'arbre circulatoire aux ulcérations des tissus vasculaires, etc.
Le ramollissement des tissus, notamment des os qui forme le rachitisme, celui du cerveau, véritable gangrène moléculaire (1) qui prépare l'hémorrhagie cérébrale et les paralysies, etc.
L'Atrophie partielle ou générale des éléments constituants des tissus, l'atrophie des organes ou des produits morbides à la suite des inflammations passées à l'état chronique.
Les flux muqueux dans l'inflammation chronique des membranes
(1) Bouchut. — De la nature du ramollissement cérébral sénile, — Actes de la Société des hôpitaux. — l'e aimée.
muqueuses, certains flux glandulaires et les suffisions chroniques des séreuses.
Certaines nosohémies caractérisées par la trop grande quantité d'eau, la diminution des globules rouges, l'excès de globules blancs et la diminution d'albumine, qui engendrent les névroses congés tives et ischémiques, certaines hystéries ou hypocondries, enfin le nervosisme sous toutes ses formes (1).
MALADIES DUES A UN EXCÈS D'lMPRES?IBILITÉ DE L' AGENT VITAL SUIVI DE SON AMOINDRISSEMENT.
Quand les maladies qui sont dues à un excès d'impressibililé ne se terminent pas par le retour à l'état normal, il en résulte soit des maladies chroniques où Pimpressibilité fait défaut — la pneumonie caséeuse suite de la pneumonie; — la congestion chronique du foie suite de l'état aigu ; — la constipation suite d'entérite ; — l'atrophie des reins suite de la néphrite, etc., soit les maladies mécaniques telles que : calculs hépatiques, salivaires et rénaux; les exsudats donnant lieu à des adhérences; les obstructions vineuses suite de phlébite, les embolies, suite d'encocardite, etc., soit enfin les diathèses acquises dues à une altération humorale connue ou indéterminée comme l'anémie, l'hydrémie , la leucocythose ; la goutte, le scrofule, la syphilis, etc.
DES ANOMALIES DE l'IMPRESSIBILITÉ DANS LES MALADIES MORALES.
Sans entrer dans le domaine de la psychologie, il ne me sera pas difficile de montrer dans le passé et dans le présent, le rôle que joue le trouble des facultés de l'àme et les perturbations morales dans les anomalies d'impressibilité qui favorisent la production et la guérison des maladies.
Dans l'enfance de la science, et dans les ténèbres de l'ignorance, aux époques de civilisation naissante, d'exaltation religieuse et politique, même chez des peuples avancés, l'excitation intellectuelle et morale ainsi que les passions exercent la plus grande influence sur le physique de l'homme. La théurgie, le mysticisme médical et l'anatomie pathologique en fournissent les preuves.
Il n'y a qu'à considérer l'effet des passions nobles ou mauvaises et de l'excitation intellectuelle ou morale, ainsi que des miracles de guérison opérés par la foi religieuse ou profane, pour en être convaincu.
(1) E. Bouchut. — De l'État nerveux on nervosisme. Paris, 1861 , un vol. in-8, page 8
Tout ce côté de la médecine, en étiologie et en thérapeutique, échappe complètement à l'empire des doctrines humorales et anatomiques et ne relève que de Pimpressibilité.
Toutes les passions dites dépressives telles que la jalousie, et l'envie ou la haine, l'avarice, la frayeur, la tristesse; — le chagrin, la ruine, les ambitions déçues, la nostalgie, dont personne ne connaît la cause matérielle organique, agissent sur le système nerveux central ou sympathique , et par lui sur le cœur, sur la circulation capillaire refoulée, sur la sécrétion du foie augmentée, sur les sécrétions de l'estomac dénaturées, enfin sur toutes les fonctions. De là résultent avec l'altération des éléments anatomiques, des modifications organiques , secondaires et fugaces , quelquefois permanentes, qui deviennent la folie, l'hypertrophie du cœur, les maladies du foie ou de l'estomac et souvent la syncope mortelle.
Parmi les dispositions morales qui ont une influence néfaste sur la constitution physique de l'homme, sur son cœur et sur son esprit il faut citer la tristesse, l'exil, et la solitude. Leur action est lente mais elle n'est pas moins profonde et il faut lire le charmant traité de Zimmermam sur la solitude pour en être bientôt convaincu (1). Le cœur s'aigrit et l'esprit s'irrite et se fausse dans ses conceptions, les digestions se troublent et alors arrive l'hypocondrie avec tout son cortège de souffrances indéterminées qui n'ont souvent d'autres termes que la folie et la mort.
Dans les passions expansives c'est presque tout le contraire. — Ainsi la colère et la fureur, le succès et les fortunes inespérées, l'exaltation intellectuelle, scientifique, religieuse et politique, etc., animent et excitent vivement le système nerveux, accélèrent souvent le cœur, et la circulation périphérique, congestionnent le cerveau, activent la digestion, et bouleversent l'organisation par des mouvements intérieurs qui échappent parce qu'ils sont trop subits ou invisibles. De là des ruptures du cœur, des folies subites et des altérations progressives de l'encéphale qui amènent également la folie ou la paralysie.
Dans une limite plus restreinte, ce sont les productions de l'esprit ou du génie musical, scientifique ou littéraire ainsi que les conceptions les plus belles de la pensée qui produisent ces effets : mais ce qui n'est qu'un sujet d'admiration pour les uns est devenu un sujet de tristesse pour les autres, puisque dans l'opinion de quelques médecins, le génie et la folie se confondent, celle-ci n'étant qu'un
(1) Voyez Empirisme, analyse des travaux de Ziminermann, le chapitre sur la solitude.
degré avancé de l'autre. Le génie n'est qu'une névrose, a dit M. Moreau, un aliéniste de notre temps; névrose, soit, mais ce n'en est pas moins la conséquence d'une exaltation intellectuelle préalable et c'est, je pense, à cette exaltation prolongée que les hommes remarquables dont s'honore l'humanité ont souvent pavé leur génie de la perte de leur raison.
Si j'avais à démontrer l'influence du moral sur le physique, je pourrais m'étendre sur les détails de cette question avec laquelle le médecin habitué à voir des malades se trouve bien souvent aux prises, mais ce n'est ici qu'une question de doctrine et il n'y a pas lieu d'insister davantage sur les exemples. Qu'il me suffise d'avoir mis le fait hors de doute et l'expérience médicale du lecteur fera le reste.
Je sais bien que pour l'école solidiste, qui considère avec Cabanis la pensée comme une sécrétion du cerveau, ce qu'on appelle le moral n'existe pas et qu'il n'est qu'un effet de la constitution anatomique de l'encéphale, ou de l'état du système nerveux ; qu'il y a dans le cerveau autant de petits centres ou circonvolutions que de facultés pensantes, que le vicieux et que le criminel ne sont que des malades irresponsables de leurs actes ; que la vertu n'est qu'affaire de tempérament, mais ce ne sont pas là des raisons sérieuses. Il n'y a dans ces objections qu'un amas d'hypothèses matérialistes et il ne reste rien de la théorie de Gall et de la phrénologie. Où sont les petits cerveaux qui, dans le grand, président aux facultés de l'entendement et aux facultés morales? qu'on les montre et qu'on dise quelle différence il y a entre les cellules nerveuses cérébrales d'un mathématicien, d'un peintre ou d'un musicien, d'un poète, ou d'un réaliste, d'un voleur ou d'un assassin. Si ces différences existent, la science les ignore et jusqu'à ce qu'elle les ait apprises elle n'a pas le droit d'en affirmer l'existence.
Nul doute cependant que d'une façon primitive, une maladie du cerveau, ou un accident ayant modifié la texture de l'encéphale et une lésion circulatoire réflexe du cerveau, ne puissent troubler l'intelligence, les facultés morales de l'homme et le rendre irresponsable de ses actes, mais c'est là une exception qui ne saurait être prise comme étant la règle. Le commun de l'humanité a des pensées, des vertus, des passions et des vices dont nulle disposition matérielle de l'encéphale ne peut expliquer les différences et c'est pure hypothèse que de prétendre le contraire. Mieux vaut avouer son ignorance que d'aftirmer ce qu'on ne peut démontrer, et chose curieuse, c'est l'école matérialiste et positiviste que l'on est obligé de rappeler sans cesse au respect de la méthode scientifique qu'elle étouffe de ses hypothèses.
En dehors de toute idée de système, et sans sortir du champ de l'observation impartiale, les seuls faits que puisse apprécier le médecin, c'est, chez l'homme sain et en tout semblable aux autres, la diversité des qualités intellectuelles affectives et morales, la modification de ces qualités par les climats, par l'habitude, par l'exemple et par le milieu social politique et religieux ; leur influence certaine sur les modifications d'impressibilité qui préludent à la maladie, enfin l'influence des altérations organiques accidentelles de l'encéphale sur ces mêmes qualités.
Relativement aux modifications sans nombre provoquées par le climat, les différents milieux et par la contagion de l'exemple, il n'est encore venu à l'idée d'aucun réaliste de le^ attribuer à une configuration matérielle spéciale bien déterminée des millions de cerveaux qui, çà et là, au nord et au midi, sont le jouet de leurs idées différentes de patrie, de religion et de morale. C'est cependant ce qu'il faudrait faire pour soutenir le dogme de la moralité organique, de l'irresponsabilité morale ou de l'organicisme appliqué au jeu des passions, et tant qu'on n'aura pas dissipé les ténèbres qui environnent la physiologie de la pensée, il sera plus sage de s'en tenir comme je le fais à l'observation.
Quant aux autres influences soit des passions morales sur la maladie, soit de l'action des modifications de l'encéphale sur les qualités intellectuelles affectives et morales , la chose n'est plus à démontrer, elle est acquise à la science et tous les bons observateurs sont à peu près d'accord à cet égard. Les effets du moral sur le physique ne peuvent être méconnus et ceux du physique sur le moral sont le terrain sur lequel chacun se rencontre, parfaitement d'accord et sans nulle contestation. J'y reviendrai un peu plus loin.
En ce moment je me borne à constater que la perturbation du principe moral de l'homme associé aux troubles de l'impressibilité vitale est le point de départ d'un grand nombre de désordres intellectuels, affectifs ou moraux, et que ces perturbations engendrent souvent des lésions élémentaires suivies des désordres de circulation locale d'où peut naître une maladie organiquement appréciable.