III. Maladies sociales ou cérébrales. ' — active
( — spéculative.
Pour la thérapeutique, le médecin positiviste s'efforcera de se rapprocher le plus possible du type normal. — C est au régime qu'il aura d'abord recours, puis aux soins moraux et hygiéniques, et il devra réserver la médication pharmaceutique pour les cas exceptionnels.
Une intervention active n'est réclamée que lorsque les variations exceptionnelles de l'organisme menacent d'en compromettre irrévocablement l'existence.
Il faut combattre la réaction du corps sur le cerveau et prévenir toute désorganisation viscérale.
Pour Ptobinet, l&maladie doit être considérée comme ayant presque toujours sa source dans le cerveau et principalement dans les organes des facultés affectives (3) ;les troubles de la vie végétative, et animale,
(1) Audiffrent, ouv. cit., p. 127.
(2) Les maladie^ dépendant des altérations des fonctions d'élaboration et d'assimilation constituent les variétés de pbthisie, les diathèses . (Audiffrent, p. 133 et suiv.)
(3) Les maladies sont des impressions transformées. (Bouchut.)
<v)18 illSTOIRE DE LA MÉDECIN K
que l'on a regardés jusqu'ici comme la maladie elle-même, n'en constituent réellement que la réaction corporelle « Et puisque la
santé, dit-il, résulte de l'harmonie générale du physique et du
moral, du corps et du cerveau, d'après l'unité obtenue dans les fonctions de ce grand appareil, par la prépondérance habituelle de la sociabilité sur la personnalité, il s'ensuit que la maladie ne peut provenir que de la rupture de cette unité, quand l'altruisme ou l'égoïsme sort des limites de son action normale, soit par excès, soit par défaut. Mais de même que dans l'état de santé, l'union entre le cerveau et le corps est indissolublement établie par le système des vaisseaux et des nerfs qui subordonnent le premier à la vie de nutrition comme à celle de relation et qui lui permettent de réagir sur elles; de même envers la maladie c'est par cet intermédiaire inévitable que le cerveau se trouve affecté par le corps ou qu'il le domine à son tour. C'est donc ce double lien vasculaire et nerveux dont la connexité explique la possibilité et le mode des rapports du physique avec le moral et réciproquement l'action du moral de l'âme ou du cerveau sur le physique, c'est-à-dire sur le corps
« La nouvelle théorie pathologique peut aussi se résumer dans l'action que le cerveau troublé dans son équilibre affectif (surtout d'après les variations de l'instinct conservateur) vient exercer sur le corps par le moyen des nerfs et des vaisseaux qui, dans l'intimité des parenchymes , leur sont inextricablement unis ; l'action cérébrale peut être, du reste, directe ou spontanée, ou bien indirecte et provoquée par des influences d'ailleurs extérieures ou intérieures. Autrement dit, le cerveau qui, dans l'état de santé, relie en un seul tout, par sa prépondérance continue, les différentes parties de l'organisme et institue l'harmonie totale, le consensus individuel, manque, dans l'état de maladie, à cette indispensable coordination des actes vitaux; et c'est cette rupture de l'unité normale, cette absence de ralliement et de gouvernement, qui constituent la maladie proprement dite, les actions organiques isolées et fatalement déréglées qui en résultent (exagération ou diminution des fonctions habituelles) n'étant, comme nous l'avons annoncé déjà, que les effets ou les symptômes corporels du trouble cérébral. Tant que le cerveau n'est pas intéressé par le dérangement du corps, il n'y a donc pas maladie, mais seulement indisposition ou lésion, et le trouble du cerveau ou la maladie résultant surtout de la rupture de l'harmonie morale, par excès ou défaut de l'égoïsme ou de l'altruisme normal, il s'ensuit qu'en définitive la maladie, comme la santé, dépend de l'unité cérébrale, et que, par conséquent, la médecine qui s'elïorce de rétablir la santé comme l'hygiène, qui a pour but de la con-
server, est étroitement subordonnée à la morale, qui fournit seule les moyens d'instituer et de maintenir une telle unité (1) »
Sans être fort rigoureux, on pourrait demander plus de précision et moins d'hypothèses aux données physiologiques et pathologiques formulées par l'Ecole positiviste. Ce qu'on vient de lire laisse beaucoup à désirer et démontre sans réplique combien il est facile de dévier d'un principe philosophique, et combien les meilleures intentions de réformer peuvent échouer dans leur application.
Maintenant, en quoi le positivisme médical diffère-t-il en principe de la méthode expérimentale inductive? il serait assez difficile de le dire sans recourir à ces subtilités de langage qui fournissent la matière d'un discours dont la condensation ne laisse rien dans l'esprit. — Le mode de penser positif en médecine ne vaut pas mieux que le principe d'exactitude que pratiquent les observateurs attentifs des phénomènes qu'ils rencontrent en multipliant les observations de façon à en découvrir les lois. Tous les vrais médecins font donc du positivisme sans le savoir, et on ne fait qu'amoindrir la philosophie générale d'A. Comte en l'introduisant en médecine pour en faire quelque chose de synonyme d'exactitude, d'observation et d'expérience légiférante. — Si les lois ne sont pas plus nombreuses en médecine, c'est moins faute d'avoir connu la philosophie positive, que manque de savants doués de la clairvoyance nécessaire pour les découvrir. Ainsi la loi des hydropisies consécutives à une oblitération veineuse qui résulte de la succession des phénomènes de coagulation du sang et du gonflement produit par l'infiltration séreuse du tissu cellulaire, n'a pas eu besoin de la philosophie positive pour se produire. Ce n'est point faute d'expériences que la loi de circulation du sang n'a été connue qu'en 1621, car Dieu merci on avait assez ouvert d'animaux pendant les premiers siècles de la médecine, et cependant il a fallu attendre l'heure de la clairvoyance d un savant qui , dans une succession de phénomènes observés par beaucoup d'autres, y a découvert une loi que n'avaient pu formuler ses prédécesseurs. — Il en est, ainsi de toutes les lois physiologiques et pathologiques que je pourrais citer. — Elles ont l'expérience et l'observation pour base, mais la loi de succession des phénomènes dépend moins de la philosophie que du philosophe. Rara avis. Sous ce rapport le positivisme ne peut rien de plus que l'induction. — Ce n'est qu'un mot auquel on devra toujours préférer celui d'empirisme, qui, pour caractériser des principes semblables, a au moins l'avantage de ne point faire d'équivoque et de dire nettement ce qu'il veut.
(1) Robinet. Notice sur l'œuvre d'A. Comte, p. 303.
•r>20 HISTOIRE DE LA MÉDECINE
Si le positivisme n'avait d'autre prétention que celle d'être une méthode rigoureuse el précise d'observation, bien qu'il ne soit qu'une l'orme de l'empirisme, nous pourrions lui accorder quelque estime, car la science ne doit procéder que par expérimentation. Mais il a de plus hautes visées et il se fait l'adversaire de l'ancienne philosophie qu'il supprime, en laissant de côté toutes les recherches de la conscience dans l'analyse des opérations de l'intelligence et du moi. Ici, le positivisme repoussant tout ce qui ne relève pas directement du témoignage des sens, attaque l'idée de Dieu et de l'âme humaine pour la détruire. C'est tout naturel, puisque la démonstration de ces idées repose en entier sur des inductions de l'esprit. Pour les positivistes, Dieu n'est qu'une hypothèse, dont ils n'ont pas besoin et ils affirment comme Laplace : que l'àme n'est qu'une illusion de l'esprit humain entièrement inutile.
Ainsi, Robin et Littré, qui depuis longtemps ont fait scission avec A. Comte, disent :
« L'âme humaine est l'ensemble des fonctions du cerveau et de la moelle épinière, et la supposition de cette âme en tant que principe n'est qu'une vaine hypothèse. » (Dictionnaire Robin et Littré : art. ame.)
« Lavieestla manifestation de l'ensemble des propriétés inhérentes à la substance organique ou à la matière, lesquelles propriétés peuvent être réduites à la nutrition. » (Art. Vie.)
Les actes médicateurs de la nature dans les maladies, actes qui sont si manifestes pour les cliniciens; par exemple, les crises, le travail du cal provisoire et du cal définitif, celui de l'expulsion et de l'enkystement des corps étrangers, etc., ne dépendent pas de l'action intelligente, quoique routinière et imperfectible, du vis medicatrix qui n'existe pas et qui n'est qu'une simple supposition.
Selon ces auteurs enfin, Dieu n'est que la personnification hypothétique du système qui préside à l'existence des choses et à la succession des êtres, système qui n'est autre que celui de la génération spontanée.
Pour le Positivisme l'homme rentre entièrement dans l'animalité. C'est un être qui, un moment doué de la vie, rentre dans le néant et restitue sa matière au réservoir commun pour constituer un engrais, produit des transformations successives d'un prototype élémentaire commun, qui, en plusieurs milliards de siècles, est arrivé par sélection naturelle jusqu'au singe, son ancêtre le plus rapproché (voyez transformisme) ; il n'offre d'autre différence avec les animaux qu'un degré de perfection plus grand dans ses organes et notamment du cerveau. Ses goûts et ses besoins dépendent fatalement de son orga-
nisation, dont il esl tributaire au même titre que le pourceau avec lequel la mort doit le confondre.
Tel est le Positivisme, doctrine matérialiste fort inoffensive tant qu'elle reste comme une manifestation de l'égarement d'esprits cultivés, incapables de régler leur conduite sur leur philosophie ; mais quand de pareilles idées pénètrent dans la cervelle de populations corrompues, ignorantes et avides de jouissance, elles sont le point de départ de la décadence d'une société et d'une nation. Il en résulte ce que nous avons vu, et ce qui se reproduira de nouveau, c'est-à-dire la guerre sociale, le pillage des propriétés, l'incendie des monuments publics et l'assassinat de tout ce qui fait obstacle aux convoitises populaires.