BRANCHE DES VALOIS
ÏBTLim VI envoûté. —Maladies de Charles VI. — Jeanne d'Arc. — Le maréchal de Riiz. — Guillaume Édeiine. — Crapauds baptises. — L'Espèce. — Trivulce. — Berquin. — * Agrippa. — Sorciers de divers genres. — Accident du pré** aident Latomys et de quelques autres. — Nicole Aubry , possédée de trente démons. — Trois-Échelles. — Magiciens, sorciers, loups-garoux , mangeurs de petits en fans, etc. — Jeanne Harvilliers. — Apparitions. — Succubes. — Conciles. — Al>cl de La Kuc , noueur d'aiguillettes. — Posscdees. — Loup-garou femelle. — Etc. , etc. , etc.
là a couronne passa des Capétiens aux Valois , en la personne de Philippe VI, qui fut couronne roi de France!, en 1 328* La France n'a guère eu de temps plus malheureux que la durée de cette seconde branche , comme l'observe le pré» si dent Henault. On pourrait ajouter que c'est aussi la grande époque des sorciers.
Robert d'Artois, qui avait favorisé Ta vertement de Philippe au trône, et qui avait l'honneur d être son beau-frère, ne cessait de jeter des regards de regret sur, le comté d'Artois, dont il prenait le titre > et qui avait été adjt '
à sa tante Mahaut, sous Philîppe-le-Bel et sous Philîppe-le-Long. Se trouvant plus puissant sous Philippe-de-Valois , il revint, pour la troisième fois, contre les jugemens rendus en faveur de Mahaut , et pressa le roi de faire revoir le pro- » cc$ , sous prétexte de nouveaux titres qu'il avait à présenter. Une intrigante , qui était concubine de l'évêque d'Arras, et qui se nommait La Divon , les lui avait fabriqués; mais la fausseté de ces pièces fut reconnue, et la Divon brûlée vive.
En même temps Mahaut mourut subitement, ainsi que Jeanne sa fille, veuve de Philippe-le- Long, non sans soupçon d'empoisonnement On cita quatre fois Robert, qui ne comparut point. Alors le roi, dans un lit de justice tenu au Louvre , en i53 1 , condamna Robert d'Artois au bannissement et à la confiscation de ses biens.
Le criminel s'était échappé par la fuite, et avait envoyé des assassins pour tuer le roi.
Mais ils revinrent sans avoir pu exécuter leur commission. Au défaut des hommes, Robert invoqua les enfers. Q forma le dessein d'envoûter le roi , la reine et le duc de Normandie. D envoya chercher un prêtre, et lui montra une petite figure de cire, mystérieusement enveloppée dans un écrin, Cette figure représentait
Jean, duc de Normandie, fils du roi. Il dit a
cet ecclésiastique qu'on la lui avait envoyée de Paris; que c'était un volt (charme), et que cette figuré était baptisée. Il le pria d'en baptiser une autre qui représentait la reine , et voulut exercer le même sortilège sur le roi. Il s'imagina aussi avoir des secrets pour endormir ses ennemis de manière qu'on pouvait les enlever sans qu'ils s'en aperçussent. On apprit toutes ces particularités de frère Sagébran, qui avait reçu les secrets de Robert sous le sceau de la confession. Ce moine ne voulut rien avouer avant que la Sorbonne n'eût décidé qu'il pouvait sans péché dire tout ce qu'il savait de cette criminelle intrigue. Ce procès existe manuscrit, en deux volumes in-folio, et peut se voir dans la bibliothèque de la ville de Paris.
Il est hors de doute que plusieurs sorciers furent brûlés dans ces temps d'ignorance et de barbarie; mais la puissance ecclésiastique, qui prenait connaissance de ces prétendus crimes de magie, ayant abusé de cette faculté, le parlement attribua au juge laïque la juridiction qui avait été donnée au juge d'église par arrêt de 1390.
Deux «ns après Charles VI, dit le Bien-Aimé, tomba malade. On vit paraître alors les symptômes du délire dont les fréquens accès ont af-
fligë le reste de sa vie. Pendant un de ces jours de chaleur étouffante qu'on éprouve quelquefois au commencement de l'automne , Charles traversait la forêt du Mans ; un inconnu , vêtu d'une robe blanche , ayant la tête et les pieds nus, s'élance d'entre deux arbres, saisit la bride de son cheval, et lui crie d'une voix rauque : « Roi, ne chevauche pas plus avant; retourne, $u es trahi ! »
Charles ne donna pour lors aucun signe de frayeur. Quelques hommes d'armes, qui se trouvaient à sa suite, frappèrent sur les mains de ce spectre vivant, et lui firent lâcher prise; aucun ne songea à s'en emparer.
En sortant de la forêt on entra dans une plaine de sable ; le soleil ardent y réfléchissait une chaleur insupportable; le roi avait à sa suite deux pages; l'un, presque endormi sur son cheval , laisse tomber négligemment sa lance sur le casque de l'autre. Le roi , an bruit aigu qui frappe son oreille , se réveille comme en sursaut, saisit son épée, pousse son cheval, et renverse tout ce qui se trouve à sa rencontre, criant : Avant, avant sur les traîtres! On dit qu'il tua quatre hommes dans cet accès de frénésie. A la fin son épée se cassa, ses forces s'épuisèrent; on forma un grand cercle autour de lui. Son chambellan, Guillaume Martel,
TROISIÈME RACE. k>
prend son temps , saute sur la croupe de son cheval , e\ laisit le roi. On le place sur un char, riot, et on le ramène au Mans.
Le fantôme de la forêt est encore aujourd'hui un problème difficile à résoudre. Était-(s un insensé qui se trouvait là par hasard? étaitce un émissaire du duc de Bretagne, contre lcÀ quel il marchait? Tous les raisonnemens du\ temps aboutissaient au poison ou au sortilège. 11 serait difficile de dépeindre la consternation du peuple, à la nouvelle de cet événement.
Chacun parlait de cet accident suivant qu'il en était affecté. Le pape de Rome disait que « Dieu avait tollu son sens pour avoir soutenu cet antipape d'Avignon. » Oelui d'Avignon disait : « Le roi de France avait juré, sur sa foi, quil détruirait T antipape de Rome ; il n'en a rien fait , dont Dieu est courroucé. » Un médecin de Laon, Guillaume de Harsely, fut appelé au château de Creil ; et, après six mois de soins et de ménagemens , la santé du roi se trouva rétablie.
La reine, à l'occasion du mariage d'une demoiselle de sa cour, donna un grand festin et un bal masqué. Le roi y vint, déguisé en sauvage , conduisant avec lui cinq jeunes seigneurs dans le même costume , attachés par une chaîne de fer. Leur vêtement était fait d'une
go HISTOIRE DE LA MAGIE EN FRANCE.
to'ie eràduite de poix , sur laquelle on avait appliqué des étoupes. Le duc d'Orléarfs , voulant reconnaître les masques, approcha un flambeau. La flamme se communique avec rapidté ; un cri se fait entendre : Sauvez le roi. la duchesse de Berri le couvre de son manteau, Àt arrête la flamme. Cet événement, qui arriva au commencement de i393, a pu causer une révolution qui fit retomber le roi dans le délire.
L'état du roi empirait toujours ; le duc d'Orléans était soupçonné de lavoir ensorcelé. Le médecin qui avait guéri le roi n'existait plus. On fit venir, du fond de la Guienne , un charlatan qui se disait sorcier, et qui s'était vante de guérir le roi d'une seule parole. Il apportait avec lui un grimoire qu'il appelait Simagorad, par le moyen duquel il était maître de la nature. Les courtisans lui demandèrent de qui il tenait ce livre. Il eut l'effronterie de répondre que Dieu, pour consoler Adam de la mort d'A* bel, le lui avait donné, et que ce livre, par succession, était venu jusqu'à lui. Il traita le roi pendant six mois , et ne fit qu'irriter sa maladie.
Ce malheureux prince , dans les intervalles lucides, gémissait sur les maux du peuple qui lui donnait tant de marques d'affection. Quand
il sentait les approches de son mal , il commandait à tout le monde de se retirer, et d'enlever tous les instrumens dont il pourrait frapper. « J'aime mieux mourir, disait-il, que de faVe » du mal à quelqu'un. Hélas! ajoutait ce b<n » prince , si quelques-uns de la compagnie soit » coupables de mes souffrances , je les conjure^ » au nom de Jésus-Christ, de ne me pas tour- » menter davantage. Que je ne languisse plus , m et qu'ils achèvent bientôt de me faire mourir. »
Ces paroles font voir que Charles se croyait de bonne foi ensorcelé. Elles furent peut-élre aussi dites à l'occasion des tourmens que lui firent souffrir deux moines empiriques, à qui on eut l'imprudence de l'abandonner. Ils lui donnèrent des breuvages désagréables, lui firent à la tête des scarifications douloureuses, et le fatiguèrent d'opérations magiques. Ils publiaient partout que le roi était ensorcelé, et que le duc d'Orléans était coupable de maléfices. Ce prince pouvait bien avoir l'intention de faire périr le roi ; et dès lors ce soupçon de magie était bien accueilli, d'autant plus que son palais était le repaire de tous les charlatans qui se donnaient pour sorciers.
Les deux moines furent pendus, comme ils s'y étaient obligés en cas que la santé du roi ne fut pas bien rétablie au bout de six mois de
tri terriens *. La mode de ce temps était d'avoir près de soi des sorciers , comme , depuis , les grands seigneurs eurent des fous, des nains et des guenons.
Le duc de Bourgogne avait à son service un lertain Jean de Bar, beau clerc , dit la chronique, nécromancien et invocateur du diable. Il faisait si habilement ses tours de passe-passe , et obligeait si aisément le diable à se montrer , que le chroniqueur ajoute qu'il faisait bien son devoir. Le duc d'Orléans fut jaloux de voir un si habile sorcier au service de son oncle, et fit condamner et brûler le nécromancien, en i3 9 8.
Les gens sensés , effrayés du nombre des crimes auxquels l'accusation de magie donnait lieu , s'efforcèrent de prouver que le diable n'a- , vait aucun pouvoir , et que toutes les évocations , sortilèges et maléfices n'étaient d'aucune vertu. Mais la Sorbonne, établie tout exprès pour se couvrir de ridicule de siècle en siècle f condamna cette opinion comme mal sonnante et sentant l'hérésie **.
* Idcirco comprehensi , cum se medicinœ prorshs nés* cios esse confiterentur, ex prudentum consilio , sacerdotii dignitate exutôs , camifex capiie truncavii. Gaguin , livre rx.
- * Décret de 1 398 , dix-huitième article.
TROISIÈME ÎIÀCE. ^
Nous arrivons au quinzième siècle, et au procès de la pucelle d'Orléans.
Jeanne d'Arc, surnommée la pucelle rf'Oléans, naquit au plus tard en i^ 12 * * Doa.
Remi, près de Vaucouleurs, diocèse de Toul Elle crut avoir des révélations qui lui ordonnaient daller trouver Charles VIL Baudricourt, gouverneur de Vaucouleurs , l'envoya au roi , qui était pour lors à Chinon , et qui désespérait de pouvoir secourir Orléans. Jeanne d'Arc le reconnut au milieu des seigneurs de la cour. La belle-mère du roi la fit examiner par ses sagesfemmes qui la trouvèrent pucelle. Les docteurs la visitèrent ensuite , et déclarèrent que Dieu pouvait l'inspirer.
Le parlement fut un peu plus difficile ; il voulait voir un miracle de la façon de la pucelle. Jeanne répondit qu'elle n'en avait pas sous la main ; mais qu'elle ne manquerait pas d'en faire à Orléans. Les troupes se ranimèrent à la présence de cette jeune fille, et les Anglais furent forcés à lever le siège d'Orléans. De là elle passa à Châlons-sur-Marne pour aller faire couronner le roi à Reims. Le sacre eut lieu le 17 juillet 1429. Charles VII l'anoblit. Peu de temps après, elle fut blessée à l'attaque de Paris, et faite prisonnière au siège de Compiègne par un archer
anglais. Lîonuel remît cette illustre captive enne les mains du comte de Ligny, Jean de Luxembourg, qui lavait achetée du bâtard de Vendôme. A peine fut-on informé de cet évéîement à Paris, que frère Martin, vicaire-général de l'inquisition en France, la réclama comme véhémentement soupçonnée de plusieurs crimes sentant hérésie. L'université écrivit au duc de Bourgogne et au comte de Ligny, qu'il 1 était convenable de faire juger la pucelle par des juges d'église ; qu'il fallait la mettre au pouvoir de Tinquisiteur ; et qu'ayant été prise dans le diocèse de Beauvais , elle était justiciable de Cauchon. L'université avait tort de toutes manières , car la pucelle avait été prise dans levéché de Noyon.
Pierre Cauchon avait été chassé de son siège par les habitans de Beauvais, et traînait sa honte a la suite de l'armée anglaise. Il saisit avidement cette occasion de leur faire sa cour, et reçut plein pouvoir pour procéder à l'examen du procès.
Jeanne d'Arc fut achetée au comte de Ligny pour dix mille livres , rançon énorme pour le temps.
L'inquisiteur, l'évêque de Beauvais,, Tnniver^ site de Paris, revinrent à la charge , et polirent même la lâcheté jusqu a présenter
quête au roi d'Angleterre, pour prier sa haute excellence, en l'honneur de notre Seigneur et Sauveur Jésus - Christ , d'ordonner que cette femme fut brièvement mise ès-mains de la justice de l'église.
Jeanne fat confiée a un détachement de troupes anglaises , qui la conduisirent à Rouen.
L'archevêché était vacant ; mais le chapitre permit à Cauchon de remplir les fonctions de juge. On choisit des ecclésiastiques pour composer le tribunal. La procédure occupa seize séances, dont la première commença le 21 février i43o. Jeanne parut chargée de fers , auxquels on ajoutait une chaîne pour l'attacher pendant la nuit , parce qu'elle avait cherché a s'évader. Elle répondit aux questions avec beaucoup de sangfroid. On altérait méchamment toutes ses réponses.
Vers le milieu de l'instruction , on associa à Guillaume Manchon, qui refusait de répondre à la passion de l'évèque de Beauvais , un second notaire apostolique, plus complaisant. Cauchon aposta un prêtre nommé l'Oyselleur, pour tirer de Jeanne des révélations. Ce scélérat fut conduit dans la prison de la pucelle, comme attaché au parti du roi de France. Malgré cet artifice, il ne, put recueillir la moindre preuve de crime. Ce fut vers ce temps que l'évèque de
s 6 IllSTOIRE DE LA MAGIE EN FRANCE. -
Beauvais fut violemment soupçonné d'avoir tenté d empoisonner Jeanne , dans un plat de poisson qu'il lui envoya dans son cachot.
A la treizième séance, on voulut lui faire comprendre la idiflerence qu'il y avait entre l'église triomphante et l'église militante. On lui demanda ce qu'elle en pensait. Je me soumets au. jugement de l'église, répondit-elle. Isembart, moine augustin, moins féroce que les autres juges, lui conseilla de s'en rapporter à la décision du pape et du concile. Taisez-vous , de par le diable ! s'écria publiquement Cauchon , en interrompant Isembart.
On lui demanda si elle allait se promener dans son enfance , si les saints qui lui apparaissaient parlaient anglais ou français ; s'ils avaient des boucles d'oreilles, des bagues, etc. Fous ni en avez pris une , dit-elle à l'évèque de Beauvais ; rendez-la-moi.
Demande. Les saints sont-ils nus ou habillés?
Réponse. Pensez-vous que Dieu n'ait pas de quoi les vêtir?...
Et , comme on insistait sur la chevelure de saint Michel , elle dit : Pourquoi la lui auraiton coupée ?
Demande. Avez-vous vu des fées ?
Réponse. Je n'en ai point vu : j'en ai entendu parler ; mais je n'y ajoute aucune foi.
Demande. Avez -vous une mandragore *? Qu'en avez-vous fait ?
Réponse. Je n'en aî point eu ; je ne sais ce que c'est : on dît que c'est une chose dangereuse et criminelle.
Quelquefois, plusieurs juges l'interrogeaient a la fois. Beaux pères, leur disait -elle, Vun après t autre , s'il vous plaît.
Durant l'instruction , Ligny - Luxembourg vint la voir, accompagné de Warwick et de Straflbrd. Elle ne se plaignit aucunement d'eux. Je sais bien , dit-elle , que ces Anglais me Je vont mourir , croyant qu après ma mort ils gagneront le royaume de France; mais, seraient ils cent mille godons (goddam) avec ce quik sont à présent , ils ri auront pas ce royaume. Un seigneur anglais voulut la violer dans sa prison. La pucelle , fatiguée de tous ces mauvais traitemens, tomba dangereusement malade. Le duc de Bedfort, le cardinal de Wincester, le comte de Warwick, chargèrent deux médecins d'en avoir soin, et leur enjoignirent de prendre garde quelle ne mourût de sa mort natur relie; que le roi d'Angleterre l'avait trop cher achetée pour être 'privé de la joie de la faire
* C'est une petite figure ou poupée qui a des qualités talismaniques.
brûler, et que celait pour cela que Cauchon dépêchait le procès.
La crainte de la voir mourir dans les supplices de la question , empêcha qu'elle n y fut appliquée. Le 24 mai , on la conduisi ta la place du cimetière de l'abbaye de Rouen. On avait dressé des échafauds pour l'évêque de Beauvais et les autres juges; le cardinal de Wincester et l'eveque de Norwich étaient du nombre des curieux. Guillaume Érard déclama contre le roi de France et contre les Français ; puis , s adressant à la pucelle : Cest à toi , Jeanne, que je parle, s'écria-t-il, et le dis que ton roi est Aeretique et schismatique. J
Après cet infâme sermon , qualifié dans le procès de prédication charitable , l'eveque de Beauvais se leva pour prononcer la sentence.
L'exécuteur attendait la victime à l'extrémité de la place, avec une charrette, pour la conduire au bûcher. Mais tout cet effrayant appareil n'avait pour but que de lui arracher des aveux. On lui lut une formule par laquelle elle promettait de ne jamais monter à cheval-, de laisser croître ses cheveux , et de ne plus porter les armes à l'avenir. Il fallait mourir ou signer cet écrit. Elle consentit à tout ce qu'on, voulait d'elle. Dans le moment on substitua une j ccdule, par laquelle elle se reconnaissait dissm '
en 1 tique, séditieuse , im>ocatrice des dév, et sorcière. Cette supercherie manifeste vit de base au Jugement que Cauchon pro-
mca. Elle fut condamnée a passer le reste de >c\s jours dans une prison perpétuelle, au pain de douleur et à Veau d angoisse , suivant le style de l'inquisition.
Les juges, après l'arrêt, furent poursuivis à coups de pierres par le peuple. Les Anglais voulurent les exterminer, en les accusant de n'avoir reçu l'argent du roi d'Angleterre que pour le tromper. Ne vous embarrassez pas , dit l'un d'eux; nous la rattraperons bien.
Jeanne avait promis de ne plus porter d'habits d'homme , et avait repris ceux de son sexe. La nuit les gardes de la prison enlevèrent ces habits, et y substituèrent des habits d'homme. Lorsque le jour vint, elle demanda qu'on la déferrât , e'est-a-dire , qu'on relâchât la chaîne * qui l'attachait par le milieu du corps. Puis, voyant des habits d'homme, elle supplia les gardiens de lui donner ses vètemens du jour précédent ; mais on les lui refusa. Elle resta au lit jusqu'à midi. Alors un besoin naturel la força de s'habiller avec les seuls vêtemens qu'elle eût à sa disposition. Des témoins apostés entrèrent pour constater sa désobéissance. Les juges accoururent à la prison. André Maguerjre dit
ioo HISTOIRE DE LA MAGIE EN FRANCE.
qu'il fallait lui demander pourquoi elle avait quitté ses habits de femme. Cette réflexion pensa lui eoûter la vie; car on ne voulait point que la pucelle put se justifier.
Pierre Cauchon., ee tigre sacré , en sortant de la prison , rencontra le comte de Warwick. Farèweell I fareweell ! s'écria-t-il en poussant un rire féroce ; c'est bien fait , nous la tenons.
On lit incontinent lecture des déposition^ , et Jeanne d'Arc fut condamnée comme relapse, excommuniée y re jetée du sein de U église, et jugée digne , pur ses forfaits , d'être abandonnée à la justice séculière»
Lorsqu'on vint lui annoncer sa mort, eHè éprouva cette horreur que tous les êtres sensibles ont pour leur destruction. Mais elle p tv sista à soutenir qu elle avait eu des visions* Soit bons , soit mauvais, dit-elle , les esprits me sont apparus.
L'imagination exallée d une fille de dix-lniit ans explique fort bien ces apparitions. Elle d manda qu'il lui fût permis de s'approcher dfi l'eucharistie : ce qui lui fut accordé. Massieu, curé de Saint-Claude de Rouen, qui avait la charge de la conduire devant ses juges, lui permettait de faire sa prière devant la chapelle* Cette indulgence lui attira de Jean Rénédi promoteur, les reproches les
Truand, lui dit-il, qui te fait si hardi d'approcher cette putain excommuniée de l'église , sans licence? Je te ferai mettre en telle tour 9 que tu ne veiras ni lune ni soleil d'ici à un mois, si tu le fais plus*. Ce doux prêtre n'adressait jamais la parole à Jeanne qu en l'appelant hérétique, infâme, paillarde, ordière, etc.
Jeanne sortit de sa prison, pour aller au supplice, le 5o mai, sous l'escorte de cent vingt hommes. On l'avait revêtue d'un habit de femme ; sa tête était chargée d'une mitre , sur laquelle étaient inscrits ces mots : Hérétique, relapse , apostate , idolâtre. Deux dominicains la soutenaient ; elle s'écriait sur la route : Jh f Rouen , Rouen , seras-tu ma dernière demeure ?
On avait élevé deux échafauds sur la place du Marché - Vieux. Le cardinal de Wincester , Luxembourg, évêque de Théro uane. chancelier de France pour le roi d'Angleterre, l 'évêque de Beauvais et les autres juges, attendaient eur victime, chargée de fers. Son visage était baigné de pleurs. On la fit monter sur l'e'chafaud. Alors Nicolas Midy , fanatique outré, affectant une fausse commisération , finit son discours funèbre par ces paroles : Jeanne , allez
* Manuscrit.
toi HISTOIRE DE LA MAGIE EN FRA5CR
en paix ; l'église ne peut vous défendre , et mus abandonne à la justice séculière.
L evêque de Beauvais fulmina ensuite la sentence de condamnation. Jeanne invoqua la clémence des juges séculiers , qui étaient sur le second échafaud. Avant que de descendre, elle dit à 1 evêque de Beauvais : Fous êtes cause de ma mort; vous m aviez promis de me rendre à V église y et vous me livrez à mes ennemis. Le barbare fut attendri; le peuple, les Anglais, les archers, le bourreau, fondaient en larmes. Jeanne, descendue de Féchafaud, se mit à ge- - noux , implora la pitié des assistans , recoramanda son âme à Dieu et aux prières des ecclésiastiques, et parla pour la dernière fois en faveur dè son roi Charles, qui lavait oubliée.
Le tribunal séculier, présidé par le bailli de Rouen, ne prononça pas de jugement : Menez-la, fut tout ce que le bailli put dire. L'exécuteur tremblant la reçut des mains des archers; elle demanda un crucifix ; un Anglais rompit un bâton , dont il fît une croix ; elle la prit, 1» souleva de ses mains appesanties, la mit contre son sein, et la couvrit de baisers. Quand elle fut sur le bûcher, on lui apporta la croix d'une église voisine, quelle avait demandée *^ instance. jJk
Lorsqu'elle sentit que la flamme approcîia»;
elle avertit les deux ministres de se retirer. Le bûcher était fort élevé , pour que le peuple entier pût la voir. Aussitôt qu'on crut qu'elle était expirée , on ordonna au bourreau d'écarter le feu, pour qu'il fût plus facile de la considérer. Tant qu elle conserva un reste de vie , au milieu des gémissemens que lui arrachait la douleur, on l'entendit prononcer le nom de Jésus. Un dernier soupir, longuement prolongé, avertit qu elle venait d'expirer.
Alors le cardinal de Wincester fit rassembler ses cendres , et ordonna qu'elles fussent jetées dans la Seine. Son cœur fut respecté par les flammes ; on le trouva sain et entier. En face du bûcher, se trouvait un tableau portant une inscription qui qualifiait Jeanne de meurderesse, invocatrice de dénions , apostate et mal créante de la foi de Jésus-Christ.
Quelque temps après, les Anglais furent obligés de se retirer, et allèrent brûler les sorciers dans leur pays.
Un de ceux qui contribuèrent le plus à le* expulser de France, Gilles de Laval, surnommé de Itaiz, maréchal de France, fut exécuté comme convaincu de sodomie , sortilèges et ( nchantemens. Son luxe égalait celui d'un p sant roi; il dépensa eu prodigalités deu rit
io4 HISTOIRE DE LA MAGIE EN FRANCE.
mille écus d or , et plus de trente mille livres de rente qui en valent au moins trois cent mille d'aujourd'hui. Après avoir vainement cherché à faire de l'or par les secrets de l'alchimie , il voulut parler au diable pour trouver des trésors»
Deux • charlatans abusèrent de sa crédulité; l'un se disait médecin de Poitou ; l'autre était Italien. Le prétendu médecin lui vola son argent et disparut. Prelati était de Florence ; il fut présenté au maréchal par un prêtre du diocèse de Saint-Malo , comme magicien et habile chimiste. Prelati n'était ni l'un ni l'autre ; c'était un adroit fripon, qui s'entendait avec SiUé, homme d'affaires du maréchal.
Prelati fit une évocation ; Sillé , habillé en diable , se présenta, faisant d'horribles grimaces. Le maréchal voulait avoir une conversation avec le diable , Sillé n'osait parler; Prelati, pour trouver du temps , imagina de faire signer un pacte au seigne ur de Raiz, par lequel il pu* mettait au diable de lui donner tout ce qu'il ha demanderait, excepté son âme et sa vie. Il sV*V gageait dans cet écrit, signé de son fang jlk, faire des cncenscmcns et des offrandes en Ili0tt4 neur du diable, et à lui offrir en sacrifice , .JjfiJ cœur, une main, les yeux, enfant.
TROISIÈME RACE. icrf
Le jour choisi pour révocation , le maréchal se rendit au lieu désigné , faisant des signes de croix, et m annotant des oraisons, craignant et espérant de voir le diable. Prélati se fatigua vainement : le maréchal, malgré toute sa bonne volonté, ne vit rien du tout. Il paraîtrait assez, par ce que dit Lobineau, que le maréchal était devenu fou *.
Gilles de Raiz , sans avoir d'habitude avec les femmes, s'abandonnait aux plus infâmes débauches que l'imagination puisse se représenter; et, par un dérèglement inconcevable , les malheureuses victimes de sa passion n'avaient de charmes pour lui que dans le moment qu'elles expiraient. Cet homme abominable se divertissait aux mouvemensconvulsifs que donnaient à ces innocentes créatures les approches de la mort, qu'il leur disait lui-même souffrir assez souvent de sa propre main. Par les procès verbaux qui furent dressés, et par sa propre confession, le nombre de ces misérables enfans , qui furent sacrifiés à sa lubricité , dans les châteaux de Machecou et de Chantocé , se montait à près de cent , sans compter les enfans qu'il avait fait mourir à Nantes , à Vannes et ailleurs.
Histoire de Bretagne , tome i
io6 HfSTOIRE DE LA MAGIE EN FRANCE.
Sa folie est d'autant plus constatée , qu'il fit ses paques dans son château , et qu'il en sortit le même jour , pour aller voler des enfans à liantes , au lieu de prendre le chemin de Jérusalem, comme il l'avait annoncé.
Sur le cri public , le duc Jean V le fit prendre prisonnier; les juges d'église se disposèrent à le juger comme hérétique, sodomite et sorcier. On voit figurer dans le procès Jean Bloup, officiai de Nantes et vicaire de Jean Merci, inquisiteur dans le royaume de France. Le parlement de Bretagne le décréta de prise de corps comme homicide. Il parut devant un tribunal composé de laïques et d'ecclésiastiques. Il injuria ces derniers, voulut décliner leur juridiction, les appelant simoniaques et ribauds : « J'aime- » rais mieux être pendu parle cou, leur disait-il» » que de vous répondre; je m'étonne que le pre- » sident de Bretagne vous laisse connaître ces » sortes d'affaires. »
Mais la crainte d'être appliqué à la torture lui fit tout avouer devant 1 evêque de Saint- Brieux et le président Pierre de l'Hôpital. U président le pressa de dire par quel motif il avait fait périr tant d'innocens, et brûlé ensuite leurs corps ; le maréchal impatienté lui dit : « Hélas ! monseigneur , vous vous tour- » mentez , et moi avec. » Le président re-
pliqua : Je ne vous tourmente point ; mais je suis moult émerveillé de ce que vous me dites , et je ne m'en puis bonnement contenter; ainçois je désire et vouldrois par vous m savoir la pure vérité. Le maréchal lui répondit : Vraiment t il ri y avait ne autre cause f ne intention que ce que je vous ai déjà dit; je vous ai dit de plus grandes choses que ri est cette-ci, et assez pour faire mourir dix mille hommes *.
Le lendemain le maréchal , en audience publique , réitéra ses aveux. Il fut condamné à être brûlé vif, le 25 octobre i44°* L'arrêt fut exécuté dans le pré de la Madelaine , près Nantes.
Il n y avait pas que les maréchaux de France qui se mêlassent de sorcellerie. Treize ans après, la surveille de Noël, maître Guillaume Édeline, docteur en théologie , prieur de Saint-Germainen-Laye, fut exposé et admonesté publiquement à Évreux, pour s'être donné au diable, aflïi de satisfaire ses passions mondaines , et par espécial , pour faire son plaisir <T une dame chcvaleresse **.
Il avoua qu'il s'était transporté au sabbat sur
* Procès manuscrit.
Chanoinesse.
io* HISTOIRE DE LA MAGIE EN FRANCE.
un balai *; et que, de sa bonne volonté, il avait fait hommage à l'ennemi , étant en espèce et semblable dim mouton, qu 'il lui semblait lors baiser brutalement sous la queue et par le fondement , en signe de révérence et d'hom-
mage **.
Le jour du jugement étant arrivé, il fut conduit sur la place publique ayant une mitre sur la tête ; l'inquisiteur l'engagea à se repentir, et lut la sentence qui le condamnait au cachot, au pain et à l'eau. Lors ledit maître Guillaume commença à gémir et à condouloir de son méfait , criant merci à Dieu, à Vévêque et à justice ***.
Trois ans après, Robert Olive fut brûlé à Falaise (en i456). Il fut établi au procès que le diable le transportait d'un lieu à un autre; que ce diable s'appelait Chrysopole ; et que c'était à l'instigation dudit Chrysopole que Robert Olive tuait les petits enfans et mettait le feu .
* Edoclvs scopam sianere , et inter femora cquijj$
instar ponere , quo volebat brevi momento, etc. livre x.
Monstrelct , Àlain-Chartier, à l'année i *** Monslrelet.
**** Bodin,
ri
TROISIÈME RACE. ioj
Une maladie épidémique se repandit dans l'Artois, Tan 1 j5<j. Grand nombre d'individus de l'un et de l'autre sexe s'imaginèrent avoir été au sabbat , ety avoir fait bonne chère , comme aussi d'avoir baisé le cul du diable , et d'avoir copule charnellement.
Les prisons se trouvèrent remplies de ceux qui étaient accusés de s'être trouvés dans ces assemblées nocturnes. Les moindres gens furent exécutés et brûlés iiûiumainement ; aucuns autres, plus riches et plus puissans , se rachetèrent à force d'argent. Plusieurs personnes furent obligées de s'expatrier. Tout ceci ne fut inventé que pour satisfaire la vengeance de ceux qui haj aient de vieille haine *.
L'année suivante, un curé des environs de Soissons baptisa un gros crapaud , et lui donna le précieux corps de notre Seigneur , pour en (aire un maléfice. Une vieille sorcière fit jeter, par sa fille , le sort dans la maison d'un fermier qni refusait de payer la dime. 11 faut croire que le poison fut mêlé dans la soupe de ce malheureux; car il mourut, ainsi que sa femme et un de ses fils. La sorcière fut bfùlée , sa fille s'échappa; le curé sortit des prisons de IVvô-
♦ Monitrelet.
uo HISTOIRE DE 1À MAGIE EN FRANCE.
que de Paris à force d'amis et d'argent *.
Un cure de Soissons imita l'exemple de son confrère ; mais , moins heureux que lui , il fut brûlé**.
Philippe de Bourgogne , averti des maléfices de son pays d'Artois , envoya des officiers de justice d'Amiens, qui pendirent aux arbres les mauvais garçons qui tombèrent entre leurs mains. Monstrelet trouve que , pour cette fois , ils firent un très -bon exploit. Ceci arriva l'an 1462.
Les chroniques de cette époque sont pleines des mêmes aventures. L evèque d'Angers, voulant suivre les traces du duc de Bourgogne , fit pendre un bourgeois de son diocèse, après l'avoir fait accuser d'usure et de ne croire in Dieu ni diable. L'avocat de l'évêque répétait à l'audience les blasphèmes qu'on prêtait à l'accusé ; tout à coup la salle trembla, et une pierre se détacha de la voûte. Les juges effrayés remirent l'audience au lendemain. La salle trembla comme le jour précédent ; une poutre s'abaissa de deux pieds , et on fut obligé de réparer la salle.
* Monstrelet.
** Frcissart , Bodiiv
TROISIÈME RACE. ni
Toutes les histoires que je pourrais mettre ici sont de la même force; je passe à l'assassinat commis par Louis XI sur la personne de sou frère le duc de Guyenne.
Eu Tannée 1^72 , le féroce et dévot Louis XI fit empoisonner son frère Charles , duc de Guyenne. Les circonstances de ce crime sont assez curieuses, et appartiennent à Histoire de la magie.
Le duc de Guyenne , d'un caractère naturellement faible, à l'instigation d'Ode Daidie, seigneur de Lcscun , se joignit à la ligue formée contre Louis XI. 11 y avait à la cour du duc de Guyenne un abbé de Saint-Jean-d'Angèly, homme capable des plus grands crimes. Il se nommait Faure de Versois, et entra dans les vues du Néron français. Ce moine présenta au duc de Guyenne une pèche empoisonnée. La comtesse de Monsorreau, maîtresse de ce prince , en ayant accepté] la moitié, mourut aussitôt. 11 parait qu'on ne soupçonna pas dans l'instant Faure de Versois; car il continua d'être en fayeur auprès du duc de Guye nne, et fut même nommé exécuteur testamentaire de la comtesse de Monsorreau. Ce scélérat entretenait correspondance avec le roi; il lui écrivit une leff qui l'avertissait que le duc était près de mourir.
lia HISTOIRE DE LA MAGIE EN FRANCE.
Le duc , en effet , touchait à sa dernière heure. Lescun vengea sa mort; il fit prendre prisonnier l'abbé de Saint Jean ; et , quand il fut obligé d'abandonner la Guyenne , il mena par mer son prisonnier en Bretagne. Le duc de Bretagne, instruit de l'aveu que cet abbé de Saint-Jean avait fait devant l'archevêque de Bordeaux et l'inquisiteur , le fit conduire au Bouffay de Nantes. Le procès de cet empoisonneur avait été instruit d'abord par l'évèque d'Angers; mais cet infâme prêtre remit à Louis XI les pièces qui démontraient jusqu'à l'évidence l'empoisonnement. Le roi les brûla ; mais Dieu ne permit pas que le crimefut ignoré plus long-temps : car, dans l'interrogatoire qu'on fit subir à l'abbe de Saint Jean, à Nantes, il confessa toute la traînée; et, malgré ses intrigues, Louis XI perdit tous ses saults. Un nouveau chef d'accusation suspendit le jugement. Le geôlier vint, tout effrayé , dire aux juges que l'abbé était sorcier; qu'il fallait faire vider les prisons , ét qu'il était impossible cTjr pouvoir plus demett Ter y pour les épouvantables figures qui voyaient , et les cris lamentables qui $'f enterh daient *. Comme le jugement allait être
* Argentrc. Histoire de Bretagne , liv.
TROISIÈME RACE. n3
nom < : , il s'éleva un orage furieux. Le tonnerre pénétra dans le cachot de l'abbé f et Tetendit roide mort. Le lendemain il fut trouvé couché sur le carreau , la langue tirée , le visage noir, enflé et hideux. On publia que le diable avait étranglé le magicien; mais les amis du duc de Guyenne ont bien pu faire l'oilice du diable ilans cette affaire embrouillée. • Le duc de Bourgogne publia, à l'occasion de Ja mort de son allié le duc de Guyenne, un sanglant manifeste contre Louis XI. II l'accusa d'avoir fait périr son propre frère par poisons , maléfices , sortilèges et invocations diaboliques. Outre le témoignage de d'Argentré, écrivain presque contemporain, qui charge Louis XI de ces crimes, on en a l'aveu de la bouche même du fratricide. Étant un jour dans la chapelle de Notre-Dame de Cléry , et ne se déliant pas de son fou, il adressa cette prière, à haute voix, à la \ ierge : « Ah ! ma bonne dame , ma pen tite maîtresse, ma grande amie, eu qui j'ai » eu toujours reconfort , je te prie de supplier » Dieu pour moi , et être mon avocate envers " lui ; qu'il me la mort de mon frère,
que j'ai fait miicr par < • '^uant
»» abbé de Sain' r'ais-raoi d< u-
n4 HISTOIRE DE LA MA(ÎIE EN FRANCE.
» ner, ma bonne dame, et je sais ce que je te
» donnerai *. »
Sous Charles VIII, successeur de Louis XI, des bateleurs, qui se disaient sorciers, s'introduisirent à la cour. Les courtisans, dans l'espoir d'obtenir les faveurs du roi, allaient consulter ces devins. Le roi en fut informé, et rendit une ordonnance Tan 1490. Elle porte que Sa Majesté' entend qu'on poursuive les devins , enchanteurs, nécromanciens et invocateurs des malins esprits; elle enjoint à tout officier de justice de faire toute diligence contre eux, sous peine d'amende arbitraire, dont un quart sera donné au dénonciateur; elle veut que, si, dans les accusés, il se rencontre quelque clerc, il soit remis à l'évèque. Elle contient, en termes exprès , que ceux qui connaîtront les sorciers et qui ne les déclareront pas, seront punis comme s'ils étaient eux-mêmes sorciers et malfaiteurs **.
En conformité de cette ordonnance, le prévôt de Paris en rendit une le 20 juillet i/+rp » qui rappelle celle du roi , et enjoint à tout jus-
* Brantôme , Années de Bouchct.
** Ordonnances de Fc N ulanon.
ticiable de l'exécuter, ' -a rrur ~
pareil à cette publication uli i.r suivaient le jure critur
Dans l'espace du trop court i: l.mir
il n'est point a notre co:.oi*rSi^»: r ^ bunaux et cours du n>va:.!i^ 3r-;in.m^ aucun arrêt contre les ^jr\:erss S:»:s j: -r-
nement paternel et -re ôt l'intrigue était raue*t .\ et :".-»r:>^ inri^-ir. eu trop à craindre de sa . : -vi-
dant un trait de j>jî „ ci a r*rc»:*T i -u gie, mais qui s est pa^r * /..-s r.i. :
« Sous le re^ue de Lo--> XI! . z - -T: : -aicais allèrent attaquer les T ^r>> ^ a- .û*-
telin. Pendant que la fl r >tle "' "î **ù~.' îil port de Zante, on larua on v>i>ii>.c et un nomme 1 f^pete, c.- -^u.t * : irjr<&tin de 1 "rancoi? d~ Gra- > t , a.-;r*-* i bu, se mit a j Miser i Ji 9 * v.n.
argent. II riii i,r^ LK-^ ? ^„ ♦ v :i souvent la Mrr^e M^r:e , :.\--re . e.
ssiiiî : rn<le.s;'.t de Ij - i : j«/ et invoqua -oui eut les 'l.V'.ri -oi. i.me.
La nuit \euue, comme \ iui' z k 'Jjuizvzu'^
Luc Dira du OUitltt ,
nft HISTOIRE DE LA MAGIE EN FRANCE.
à ronfler, un gros et horrible monstre, aux yeux gros et étincelans, approcha du brigantin. Quelques matelots prirent cette bête pour un monstre marin, et voulurent 1 éloigner. Ni\> elle aborda le navire, et alla droit à l'hérétique, qui fuyait de tous cotés. Dans sa luitt- ii trébucha en la mer, et tomba dans la gi; tir de cet horrible serpent.
« C'est un bel exemple et clair miroir pi:*r » ceux qui de blasphémer Dieu et despiler >a » benoiste mère sont coustumiers *. »
François I er . , successeur de Louis XII, n'avait pas la fermeté nécessaire pour repousser loin de lui toutes les séductions. Aussi comptet-on sous son règne plusieurs malheureux conduits au supplice, et plusieurs esprits faibles épouvantés par le diable.
Le marquis de Viglevano, plus cbnnu sous le nom de Trivulce, s'attacha au parti des Guelfes, et fut forcé de quitter l'Italie. Il servit la France sous Charles VIII et sous Louis XII, qui l'honora du bâton de maréchal de France.
François 1 er . étant monté sur le trône, trouva dans Trivulce un général expérimenté. Sur la
* Histoire de Louis XII , par d'Auton , in-4 0 . , pag. 27 1 .
fin de sa vie, mécontent de la France, il se lit naturaliser suisse. Ses ennemis (les grands hom* m: s en ont toujours) ne manquèrent pas de le calomnier auprès du roi. Trivulce, à l'âge de quatre-vingt-deux ans, dans le mois le plus rigoureux de Tannée , traversa les Alpes pour venir se justifier. Le roi ne voulut rien entendre. Ce vieux guerrier se rendit secrètement au village de Châtres, aujourd'hui Arpajon, par où le roi devait passer. Il se fit placer au milieu de la rue, sur une chaise. François détourna ks yeux sans lui parler. Trivulce, irrité de cette dureté, en tomba malade. Le roi, l'ayant su, envoya un gentilhomme pour savoir de ses nouvelles. « C'est trop tard, répondit le maréchal a. l'envoyé ; le coup est porté. » Se sentant affaiblir, il demanda son épée pour se défendre contre les attaques des démons, qu'il croyait avoir à ses trousses, parce qu'il avait entendu dire que les esprits redoutaient la lueur d'une épée nue *. Il mourut de peur, selon les démonomanes ; et du chagrin que lui causa le refroidissement du roi, selon les historiens de bon sens.
Vers le même temps, un aveugle fut pendu comme sorcier. Entre les complices qu'il dé-
* Pclcarius.
n8 HISTOIRE DE LA MAGIE EN FRA5CE.
clara se trouvait un avocat qui confessa avoir* signé de son sang un pacte a\ ec le diable, pour pouvoir découvrir des trésors.
Quoique la Franche-Comté ne fut pas encore, â cette époque, réunie à la France, le procès qui eut lieu à Besançon , en Tannée 1 52 1 , est trop singulier pour ne pas trouver place ici. L'inquisiteur instruisit l'affaire , et ordonna d'amener devant lui Pierre Burgot, Michel Verdun , et le Gros-Pierre. Wierius a rapporté tout au long les faits qui donnèrent lieu au supplice de ces trois frénétiques *.
Tous trois confessèrent s'être donnés au diable. Michel Verdun mena Burgot près du chàteau-Charlon, où chacun , ayant a la main une chandelle de cire verte qui faisait la flamme bleue , offrit des sacrifices , et dansa en l'honneur du diable. Après s'être frottés de graisses, ils furent changés en loups. Dans cet état , ils s'accouplaient aux louves avec le même plaisir qu'ils le faisaient aux femmes quand ils étaient hommes. Burgot avoua qu'il avait tué un jeune garçon avec ses pâtes et dents de loup ; et il l'eût mangé si les paysans ne lui eussent donné
* Livre vi , ebap. xiu.
TROISIÈME RACE. i ig
la chasse. Michel Verdun confessa qu'il avait tué une jeune fille occupée à cueillir des pois dans un jardin , et que lui et Burgot avaient tué et mangé quatre autres filles. Il désignait le temps, le lieu et l'âge des enfans qu'ils avaient dérobés*. Il ajouta qu'ils se servaient d'une poudre qui faisait mourir les personnes.
Ces trois loups-garous furent condamnés à être brûlés vife. Les circonstances de ce prétendu fait étaient peintes en un tableau qu'on voyait dans l'église des jacobins de Poligny. Chacun de ces loups-garous avait la pate droite armée d'un couteau **.
Cinq ans après cette exécution , Adrian de Montalembert dédia à François I rr . la relation de la prétendue histoire d'un esprit qui faisait sa résidence au monastère de Saint-Pierre, à Lyon. Le malin fut conjuré par un évêque suffragant de Lyon. Forcé de quitter sa proie, en signe de vengeance il éteignit les chandelles , et sonna la cloche ***. L'évêque frappa de son pied trois fois la terre , et l'excommunia. On
* Tîoguet.
Bogtict , pag. 364- *** Chap. xiii.
uo HISTOIRE DE I.A MAGIE EN FRANCE.
vit alors qu'il n'était pas seul ; car trois prêtres, vêtus d'aubes, (jui jetaient de l'eau bénite partout, en firent déloger une légion du dortoir. Les diables, ne sachant où se retirer, s'emparèrent d'une novice; les autres religieuses pâlirent d'effroi : elles se serraient rime contre l'autre , comme pauvres brebis , au tivupeau desquelles le loup s est subtilement jeté *.
L'abbcsse, plus vaillante que les autres, s'empara de la démoniaque , et appela à son secours les exorcistes, qui forcèrent les diables dans leur dernier retranchement. C'est ainsi que le couvent se trouva délivré des esprits.
Berquin, ayant été suspecté tYrtrc dcvoj é de la religion catholique, parce qu'il publiait les fraudes pieuses des moines , fut condamné a l'amende honorable. 11 ne voulut pas s'y soumettre. On lui lit son procès comme ayant adoré le diable, et il fut brûlé vif par arrêt du parlement de Paris, de i5?>9**.
Vers la même époque , la femme du prévôt d'Orléans vint à mourir. Son mari ne donna que six écus pour son convoi et son service aux
* Chap. xiv.
Bodin.
TROISIÈME RACE m
cordcliers de cette ville. Les moines , pour tirer quelque argent de plus , imaginèrent d apostcr un novice nomme Jlalécourt , qui, étant caché sur la voûte de 1 église , contrefaisait l'esprit de la femme du prévôt ; mais la fraude fut découverte *.
Quatre ans auparavant mourut, dans un hôpital, à Grenoble, Henri-Corneille Agrippa. On l'accusa d être magicien et nécromancien. Thevet rapporte que, pour cette raison > Charles- Quint ne voulut plus le voir. Quelques auteurs le font mourir à Lyon, dans un cabaret. On lui attribue faussement d'avoir évoqué le diable , et d'avoir été cause qu'un de ses disciples fut étranglé. Il déclame sans cesse contre la magie, qu'il appelle une vraie charlatanerie. Toujours il s'opposa aux intrigues qui voulaient faire brûler les fous qui se disaient sorciers. Étant avocat général de la ville de Metz, il s'éleva contre la procédure de Nicolas Savin, inquisiteur de la foi , qui voulait condamner au bûcher une paysanne pour avoir eu des communications avec le diable.
On doit ranger dans les mensonges historiques ce que rapporte Paul Jove , qu'étant au lit de la mort, il détacha du cou d'un chien nôir,
* Henri Étienue , Apologie pour Hérodote.
m HISTOIRE DE LA MAGIE EN FRANCE.
qui était un démon , un collier plein de figure^ et de caractères magiques, en lui disant : f~aien, malheureuse béte; tu es cause de ma perte *.
Un sorcier, qui avait mangé de la chair un vendredi , fut condamné à être brûlé Fan i55g; mais, comme il parut repentant, on le pendit par compassion **.
A l'instigation de Satan , une femme qui s'était prostituée a un chien fut brûlée, avec sou complice, à Toulouse, Tan i5^o ***.
Huit ans plus tard, un curé de Saint-Jean, a Lyon , fut brûlé comme sorcier ****.
Un magicien d'Auvergne, qui guérissait les chevaux par des paroles charmées, fut emprisonné a Paris, vers 1 55x *****.
Au concile de Narhonnc , tenu dans ce tempslà, on ordonna aux prùtrcs de lancer l'excommunication contre ceux qui ne révéleraient pas les sorciers, et de lire au prone, chaque dimanche, la liste des sorciers, des hérétiques et des excommuniés ******.
* Abi , perdila bestia , quœ me totum perdidisti.
** Bodin.
*** Henri Étienue.
**** Bodin.
***** Idem.
****** Canon 5.
TROISIÈME RACE. iaJ
À peu près dans la même année, un docteur de Sorbonne, nommé Picart, exorcisa à Paris une jeune fille possédée d'un malin esprit depuis 1 âge de huit ans *.
On procéda, en i556, contre une sorcière de Bièvres, village à deux lieues de Laon ; elle confessa que Satan* , quelle appelait son compagnon 9 avait sa compagnie ordinairement , et que sa semence était fivide. Elle fut condamnée à être étranglée et brûlée après ; mais , par la faute du bourreau, ou plutôt, comme l'observe charitablement Bodin, par un secret jugement de Dieu, elle fut brûlée vive.
L'année suivante, quatre cents sorciers furent brûlés à Toulouse **.
Le diable tomba en \5Sj , à Toulouse, dans la maison d'un cordonnier. Il jeta des pierres partout ; un coffre qui se trouvait fermé à la clef s'en trouva rempli ; la femme du savetier Poudot eut beau le vider, il se remplissait toujours. Le président Latomy vint voir cette merveille ; mais le diable fit voler son bonnet d'un coup de pierre. Effrayé de cette irrévé-
* ¥ Pctrus Tliclosanus.
u( HISTOIRE DE LA MAGIE EN FRANCE.
ronce, Latomy s'enfuit en toute hâte. 11 eut ensuite 1 intention , dit un chroniqueur, de décréter de prise de corps ce diable impoli , pour lui avoir manqué de respect; mais, craignant de voir un matin voler sa tète , il abandonna son projet en faisant des signes de croix.
En i56i, on fit le procès aux sorcières de Vernon , qui étaient accusées d'avoir tenu le sabbat dans un vieux château , sous la forme de chattes. Cinq individus, qui avaient voulu voir le sabbat, furent assaillis par ces animaux , et en blessèrent plusieurs en se défendant ; il se trouva que c'étaient des femmes : un de ces champions fut étranglé. L'accusation parut , dans le temps même, si ridicule, que le bailli n'osa poursuivre *.
. En i56^ , trois sorciers et une sorcière comparurent devant les présidens Salvert et d'Avanton. Ils avouèrent qu'ils mettaient des onguens sous le seuil des bergeries , pour faire périr les troupeaux ; qu'ils allaient au sabbat , et que là se trouvait un grand bouc noir, qui parlait aux «ssistans comme une personne ; que chaque sorcier ou sorcière allait lui baiser le cul, tenant à la main une chandelle allumée ; qu'ils s'étaient obligés de se trouver trois fois l'an au
* Bodin , liv. tf.
TROISIEME R\Cl. la5
sacrifice du bouc , qui se convertissait en cendres , pour fournir des poudres. Ces malheureux furent exécutés à Poitiers *.
. Boulvèse , professeur d'hébreu au collège deMontaigu, a écrit Histoire de la possession qui arriva à Laon , en i5G6.
Kicole Àubry , fille duuboucber, mariée a un tailleur, allait prier sur le tombeau de sou grand-père, mort sans confession. Elle crut \r voir sortir du tombeau, et lui commander de faire dire des messes, pour le repos de son àme, qui était en purgatoire. Cette jeune femme en tomba malade de frayeur. Comme la maladie ne diminuait pas, on s'imagina que le dialv.e avait pris la forme de \ ieilliot , grand- père de Nicole , et qu'elle était maléficiée.
Claude Lautrichet , curé , et maître Guillaume Lourdet , maitre d'école, conjurèrent l'esprit , qui se voulait (aire passer pour le bon ange du défunt ; mais à ses paroles et à ses effets , dit 1 auteur de la relation , il fut jugé ange mauvais 9 de ténèbres et satanique. Pierre Delamotte , religieux jacobin et grand exorciste , fit
4 Aûûdémoa UtstorUl de Serclier , pa S . 3^6, Bodm ,
i,6 HISTOIRE DE LA MAGIE EN FRANCE.
avouer à l'esprit qu'il était Belzébut. On ordonna des prières , des jeûnes et des macérations ; un moine se fouetta publiquement, pour obtenir de Dieu l'expulsion du démon du corps de Nicole Aubrj.
Dans un exorcisme, on fit communier la possédée , et elle cessa de gambader. Un prêtre, transporté de joie, s'écria, en parlant au
d : able : O maître Gonin, te voiUi vaincu !
Mais, quand une fois l'hostie fut digérée , Satan revint, et paralysa les membres de Nicole.
Vingt-neuf autres démons, noirs et sous la forme de chats, gros comme moutons , vinrent renforcer Belzébut. Vingt-six furent chassés à Notrc-Dame-de-Liesse ; un auîre prit la fuite a Pierrcpont , mais il déclara que le reste de la meute ne délogerait que devant messire Jean de Bourg, éveque et duc de Laon.
Les moines qui étaient à Vervins , avec la possédée, la conduisirent a Laon. Un médecin protestant vint visiter la trop crédule béate ; Févèque , redoutant ces visites , ordonna à Spifauie , chevalier de Saint-Jean , de donner asile à Nicole Aubry. Peu de jours après il exorcisa en personne, et chassa Astaroth , qui disparut * sous la forme d'un porc, Cerbérus sous la forme d'un chien , et enfin Belzébut sous la forme d'un taureau, qui confessa la présence réelle dans
TROISIÈME RACE. Ia -
l'Eucharistie ; puis après s'éleva une fumée ; on entendit deux coups de tonnerre ; un brouillard épais environna les clochers, et le diable disparut dans ce brouillard.
Nicole Aubry était presque morte ; elle fut rendue a la santé par une oraison que saint Bernard avait composée, et que 1 evéque récita sur sa tetc. Après cela , pour se disposer à lui pendre au cou un papier préservatif, il jeûna toute la journée, suivant l'histoire : cliGse admirable pour un duc et pair ecclésiastique.
Charles IX, étant à Laon, le mardi 27 août i566, se fit rendre compte du miracle. Il ordonna de faire venir Nicole Aubry au parc de Marchais ; cette femme parut devant le roi et Catherine de Médicis. Le roi fit donner dix écus au mari de Nicole , et toute l'intrigue n'eut point d'autre résultat *.
* fioulvèse , l'auteur de cette relation , était un fauatiqne qui «crait allé jusqu'en Chine chercher des possédés , dans les cuiMncs de l'empereur. Il devait faire le voyage de Jé- Msalein. J'ai sous les yeux une lettre qui n'a jamais été impriiu-'c , et qu'il adresse au principal de Monta ig 11 , pour le prier de lui garder sa chambre :
« Quand vous voirez ce que j'ai fait pour vous , et tout ce collège à jamais, vous me rendrez bien ma chambre , voire la plus belle de tout votre collège. >»
Il se félicite d'avoir vu le diable , et de l'avoir chassé. Il
la S HISTOIRE DE LA MAGIE EN FRANCE.
La même année, Jean Martin condamna à être bridée vive , une femme qui , par raalé- Cce , avait rendu impotent un maçon de Sainte- Preuve , en lui donnant deux lézards pour mettre dans son bain, lesquels deux lézards avaient disparu dans sa cuve , sous des formes de poissons monstrueux.
Dans Tannée 1571 fut exécuté, en Grève, un sorcier nommé Trois-Échelles. C était un char-* latan qui faisait des tours de passe-passe, et qui amusait les loisirs de Charles IX. 11 confessa devant le roi et èn présence d'Arabroise Paré , des maréchaux Montmorency et de Retz, du seigneur de Lausac, et de Mazille, premier médecin du roi , qu'il opérait des merveilles à Vaide d'un esprit auquel il s'était voué , et que cet esprit le tourmenterait encore trois ans *.
11 supplia le roi de lui pardonner , promettant de révéler ses complices ; et , pour les reconnaître, il regardait s ils n'étaient pas marqués. Il s étendit avec beaucoup de complaisance sur
finit par prier la communauté de dire pour lui le verset : Domine non secundum peccala mea , etc. Veille de Saint- Jean , 1 569.
* Àmbroise Paré , des Monstres , chap. xxx
TROISIÈME RACE. lî9
îa description du sabbat, sur les sacrifices qu'on y faisait , sur les paillardises des femmes et des diables ; il parla de la composition des poudres et des onguens. L'amiral de Coligni , qui était présent, rapporta que par le moyen de ces poudres , un valet avait fait mourir deux gentilshommes , en en parsemant les lits où ils couchaient. Il ajouta qu'après leur mort ils furent trouvés noirs et enflés. La grâce fut accordée à Trois-Échelles;mais, ayant depuis recommencé à faire des sorcelleries, il fut mis à mort*.
La cour de Dole , deux ans après, fit le procès à Gilles Garnier, Lyonnais, pour avoir, en forme de loup-garou , dévoré plusieurs enfans et commis d'autres crimes.
Henri Camus , docteur en droit et conseiller du roi , exposa que Gilles Garnier avait pris dans une vigne une jeune fille âgée de dix à douze ans , et qu'il lavait tuée et occise , tant avec ses mains semblant pâtes, qu'avec ses dents , et qu'il Pavait traînée avec ses dites mains et tigres de dents , jusquauprès du bois de la Serre , et que non content d'en manger il en avait apporté à sa femme ; que pareille-
* Méieray.
i3o HISTOIREyDE LA MAGIE E$ FRANCE.
ment } huit jours avant lu Toussaint , il avait pris une autre fille, en intention de la manger; qu 'il V avait suffoquée et meurtrie de cinq plaies, quand on courut au secours de cette innocente; que quinze jours après la Toussaint , étant en forme de loup , il avait également tué et dévore un jeune garçon à une lieue de Dole , entre Grédisans et Monotée , et qu'il avait démembré une jambe d'icelui, pour son déjeuner du lendemain; quêtant sous la forme d'homme, et non de loup , il avait pris un autre jeune garçon de Vdge de douze à treize ans, et quil l'avait emporté dans le bois pour l'étrangler; et que, nonobstant quil jût joun de vendredi , il aurait mangé de la chair de cet enfant, s'il n'en eût été empêché.....
Le frénétique Gilles Garnier ayant avoué toutes les charges portées contre lui , le parlement de Dole prononça l'arrêt suivant :
ce Vu le procès criminel dudit procureur » général , même les réponses et confessions » réitérées, et spontanément faites par ledit » défendeur, ladite cour, par arrêt , le con- » damne a être ce jourd'hui conduit et traîné » à revers sur une claie , par le maître exéeu- » teur de la haute justice , dois (depuis) ladite » conciergerie , jusque sur le tertre de ce lieu, » et illec ( là ) par ledit exécuteur être brûle
TROISIÈME RACE. ,3t
» tout vif et son corps réduit en cendres , le » condamnant en outre aux dépens et frais de » justice.
» Donné et prononcé judiciairement à Dôle, » en ladite cour, le dix-huitième jour du mois » de janvier i5y5. »
Immédiatement après l'arrêt , Jacques Janter, juré au greffe du parlement, en donna lecture au condamné , • en présence de Claude Bell in et Claude Musy , conseillers. L'arrêt reçut le même jour son exécution.
Un gentilhomme, trouvé saisi d'une image de cire ayant la place du cœur percée avec un poignard , fut décapité à Paris en 1 5j4 *•
Cette même année mourut Charles IX. Cosme Ruggieri , Florentin , fut appliqué à la question , comme prévenu d'avoir attenté aux jours du roi par ses charmes **; car l'opinion du temps voulait que Charles IX eut été envoûté.
En i5j6 Marguerite Pajot fut exécutée à Tonnerre, pour avoir été aux assemblées nocturnes des démons et des sorciers la nuit du vendredi au samedi ; pour en être revenue froide comme
* Bodin.
** Sanci.
i3 3 HISTOIRE DE LA MAGIE EN FRANCE.
glace ; et pour avoir fait mourir des hommes et des animaux, en les touchant d'une baguette. Elle avait tué un sorcier , qui ne voulait pas lui prêter un loppin de bois de la vraie croix, avec lequel il faisait des sortilèges *.
L'année suivante le bailli de Cœuvres condamna à être brûlée vive, Catherine Dorée, pour avoir tué son enfant par ordre du diable, qui lui était apparu en guise d'un homme haut et noir.
Barbe Dorée, qui jetait des poudres, fut brûlée par arrêt du 1 1 janvier, confirmatif de la sentence du bailli de Saint-Christophe. Elle guérissait les ensorcelés en leur mettant un pigeon sur l'estomac**.
Bérande , brûlée à Maubec , près Beaumont de lomaignie, en allant au supplice, accusa une demoiselle d'avoir été au sabbat ; la demoiselle le nia , Bérande lui dit : No scabes tu pas que le darre cop que nos hem lo barran à la crotz , d'au pastis , tu la porta aves lo topin de les poisons ? (( Ne sais-tu pas que la dernière fois que nous fîmes la danse, à la croix du pâté, tu portais le pot de poisons?...» La demoiselle fut cou-
* Do.lin.
** Portn.
sorcière , parce qu'elle ne sut •
le parlement de Paris condamna llet, comme loup-garou, pour avoir unie partie d'un petit garçon qui lui ous la dent **.
de temps après , Jeanne Harvilliers , e de Verbery, près Compîègne, prévenue miicides et de maléfices, fut amenée devant magistrat. Elle confessa que sa mère l'avait ferte à Satan dès sa naissance, et que , depuis iàge de douze ans, le diable, sous la forme d'un grand homme noir , vêtu de drap noir , épcronné et botté, ayant un cheval invisible à la porte , copulait charnellement avec elle, même lorsqu'elle était couchée avec son mari. Les paysans demandaient vivement sa mort; mais les juges firent faire une enquête à Verbery, lieu de sa naissance , et dans les autres villages qu'elle avait habités. On apprit que, trente ans auparavant, elle avait été fouettée pour crime de sorcellerie, et que sa mère avait été t brulée comme sorcière.
Elle convint de ces faits , et de plus , d'avoir invoqué le diable, pour lever le sort qu'elle avait
* Bodiu.
De Lancre , Arrêts notables de Paris , pag. 785,
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glace ; et pour avoir fait mourir deî et des animaux, en les touchant d'une elle ne si Elle avait tué un sorcier , qui ne v lui prêter un loppin de bois de la Paris eondarm avec lequel il faisait des sortilèges ^ -i^rou, pour avr L année suivante le bailli de Cœ "P^t g^o n j damna à être brûlée vive , Catherj pour avoir tué son enfant par ordre 4 • faune Harvillier qui lui était apparu en guise d'un h^^pietrne, p^y,,,,
et noir. fut amenée div
Barbe Dorée, qui jetait des poudi^tpie sa nière Va\ lée par arrêt du 11 janvier, confir^^ce^^ ^ sentence du bailli de Saint-Christop diable, sous la fn rissait les ensorcelés en leur mettan vêtu de drap n<
sur l'estomac**. ;^
Bérande , bridée à Maubec , près .Soient avec elle rr JLomaignie, en allant au supplice,*^ avec son mari demoiselle d'avoir été au sabbat; i^ement ^ mo\\le nia , Bérande lui dit : A" \cabe ^^uêteaV^V-n le Harre cop que nos hem lo barrai <Us les autrçs « iVau pastis , tu la portu aves lo ^ apprit que , trei poisons ? Ne sais-tu pas ime la cl erf*^ fouettée pour ci
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i3{ HISTOIRE DE LA MAGIE EN FRANCE.
jeté sur un de ses ennemis , ce que Satan lui avait refusé : elle finit par demander grâce et pardon. Les juges furent très-embarrassés de savoir quelle peine on lui appliquerait. Les uns opinaient pour la potence , les autres pour le bûcher. Ce dernier avis prévalut ; elle fut brûlée vive le dernier jour d'avril 1 578 , a la poursuite de Claude d'Oflay , procureur du roi à Ribemont. Après qu'elle fut condamnée, elle avoua qu'elle s'était servie de graisses, que le diable lui avait données , qu'elle avait été au sabbat , et qu'elle avait copule charnellement avec Belzébut. Elle dit que le diable ne donnait point d'argent , et finit par accuser un berger et un couvreur de Gcnlis d'être sorciers *.
Le 2 octobre de la même année le lieutenant de Labourt, Boniface Délasse, condamna Marie Chorropique à être pendue etbrûlée , pour s'être donnée pareillement à un grand homme noir**.
En i58o, un jeune homme qui faisait la cour à une Hemoiselle, ne pouvant parvenir à gagner ses faveurs, s'adressa à un sorcier qui lui donna des poudres renfermées dans un parchemin qu'il disait vierge. Le jeune homme jeta dans
* Bodin.
** De Lancre , page 106.
TROISIÈME RACE. itt
le sein de sa maîtresse ce prétendu charme ; celle-ci se crut possédée , et le poursuivit en justice. 11 fut bientôt emprisonné , et en appela au parlement de Paris.
On dit, pour l'appelant , que, quand il serait vrai qu'il eût jeté le rouleau deparchemin vierge, la fille n'avait pas à s'en plaindre , parce qu'il ne l'avait pas touchée ni maniée impudiquement ; qu'il n'était coupable que d'une erreur de jeunesse, qu'on appellera si l'on veut lascivie, ou à pis prendre indiscrétion; et que la fille avait eu recours à l'accusation de sortilège, ne trouvant d'autre moyeu de perdre l'accusé.
L'avocat de l'intimée disait , que le premier juge avait bien jugé, et qu'il était nécessaire de brider la jeunesse, pour la retenir sous le mords et les rênes des lois ; que l'appellant se défendait vainement de l'accusation d'empoisonnement, parce qu'il n'avait fait prendre aucun breuvage; puisqu'il était constant que le parchemin vierge contenait un poison; que ce poison était un philtre, et qu'ainsi celui qui l'avait jeté était coupable ; qu'il fallait réprimer un homme qui, au mépris des lois, s'était laissé transporter à ses appétits désordonnés , et par conséquent maintenir la sentence du premier juge. Le procureur général donna ses conclu-
i36 HISTOIRE DE LA MAGIE EN FRANCE.
sions conformes, et le parlement maintint le premier jugement *.
A peu près vers ce temps-là , Pierre Piquet avait loué une maison d'un faubourg de Tours, à Gilles Blacre. Le locataire entendit le sabbat et tintamarre des esprits invisibles. Lesrabbats et lidins ne le laissaient pas dormir. Il cita Piquet au siège présidial de Tours , pour faire prononcer la résiliation du bail , et il l'obtint. On se pourvut au parlement de Paris , qui reconnut bien que la maison était infestée d'esprits , mais qui maintint le bail, à cause d'un vice de forme qui se trouvait dans le jugement du présidial **.
Le bailli de Coulommiers avait épousé la fille de Dumoulin ; il en eut des en fans. Ce malheureux bailli eut le chagrin de les voir tuer aussibien que leur mère. Il poursuivit ceux qu'il croyait coupables de ce crime. La cause fut plaidée à la Toumelle. Brisson *** indiqua, comme moyen péremptoire contre les prévenus, que la fille de Dumoulin était apparue pendant la nuit à son époux , le bailli de Coulommiers ,
* Le Loyer , des Spectres, ** Idem.
*** Président h mortier en i58o
et qu'elle lui avait indiqué ses assassins et ceux de ses en fans.
Les prévenus furent mis à la question ; mais depuis ils furent élargis faute de preuves.
Quelque temps après, un marchand forain fut tué par sa femme. Le frère du mort vit un spectre qui lui commanda de faire creuser en un certain lieu. On y creusa ; et le cadavre du marchand fut trouvé. Par arrêt du parlement de Rennes , confirmatif de la sentence du premier juge , cette femme fut pendue , étranglée , et son corps jeté aux flammes *.
En 1 58 1 , à Dalhem , village situe entre la Moselle et la Sarre , un nommé Pierron , pâtre de son village, homme marié et ayant un petit garçon, conçut un amour violent pour une jeune fille du même lieu.
Un jour qu'il était occupé de la pensée de cette jeune fille , elle lui apparut dans la campagne , ou le démon sous sa figure : Pierron lui découvrit sa passion ; elle promit d'y répondre, à condition qu'il se livrerait à elle, et lui obéirait en toutes choses. Pierron y consentit, et consomma son abominable passion avec ce spectre.
Peu de temps après, le démon lui demanda * Le l oyer , des Spectres.
i3S HISTOIRE DE LA MAGIE EN FRANCE.
que, pour gage de son amour, il lui sacrifiât son fils unique ; et il lui donna une pomme, dont l'enfant ayant goûté tomba roide mort ; ce qui mit le père et la mère au désespoir.
Le démon se montra aussitôt, et promit à Pierron de rendre la vie à son enfant, s'il voulait l'adorer. Le paysan se mit à genoux, et son enfant se ranima. Il était le même qu'auparavant, mais plus maigre , plus hâve , plus défait , les yeux battus et enfoncés, les mouvemens plu* lents, l'esprit plus stupide.
Au bout d'un an , le démon qui l'animait l'abandonna avec un grand bruit : le jeune homme tomba a la renverse ; son corps, infect et d'une puanteur insupportable, fut tiré dehors avec un croc, et enterré dans un champ *.
A mesure qu'on sévissait contre les charlatans et les fous , les sorciers se multipliaient.
Le concile de Melun , tenu en 1 579 , vint fixer de nouveau la peine qu'on devait leur appliquer :
« Que tout charlatan et devin , et autres qui » pratiquent la nécromancie, pyromancie, chi- » romande , hydromancie , soient punis de » mort. »
* Ficolas Remy. Le démon succube, dont il est ici question , se nommait Abrahcl , selon les chroniqueurs.
TROISIÈME RACE. i3 9
En 1 58 i , le concile de Rouen défend , sous peine d'excommunication , de lire ou de conserver chez soi des grimoires.
L'an i582, le parlement de Paris confirma la sentence de mort du bailli de la Ferté , contre la femme Gantière. Une jeune fille se trouvait possédée; elle déclarait, dans l'exorcisme, que la Gantière lui avait envoyé le diable dans le corps. Le juge fit amener en sa présence cette sorcière; elle avoua que la Lofarde l'avait transportée au sabbat ; que le diable l'avait marquée ; qu'il était vêtu d'un hilaret jaune, qui lui couvrait seulement le corps , et non les parties honteuses , qu'il avait fort noires; que le diable lui avait donné huit sous pour payer sa taille; mais que , de retour dans son logis , elle ne les avait plus trouvés dans son mouchoir *.
Dans cette même année i58a, Àbel de la Rue, surnommé le Casseur, savetier, domicilié à Coulommiers, comparut devant Nicolas Quatre^ Sols, lieutenant civil et criminel au bailliage de Coulommiers. Il était prévenu d'avoir noué l'aiguillette , le jour du mariage de Jean Moureau avec Phare Fleuriot. Après quelques hésitations,
* Bodin.
lï» HISTOIRE DE I.A MAGIE EN FRANCE.
il finit par en convenir ; il avoua qu'ayant été mis par sa mère au couvent des Cordeliers de Meaux, il s était fâché furieusement contre Caillet, maître des novices, qui l'avait battu; et que , songeant à se venger, un barbet noir lui était apparu, et lui avait promis de ne lui faire aucun mal, pourvu qu'il se donnât à lui; que ce chien noir, qui était un démon, le conduisit dans une chambre du couvent appelée la librairie, et qu'il disparut, après lui avoir dit qu'il l'aiderait toujours.
H avoua encore, dans l'interrogatoire , que, sixà sept semaines après, un grimoire s'était présenté à lui dans la sacristie du couvent; qu'il l'avait ouvert, et qu'à peine en avait-il lu quelques lignes qu'un grand homme , blême de visage, d'un aspect effroyable , ayant le corps et l'haleine puans, de moyenne stature, vêtu d'une longue robe noire à l'italienne , et ayant devant l'estomac et les deux genoux comme des visages d'hommes , de pareille couleur que les autres, avec des pieds de vache , lui demanda ce qu il faisait, et qui lui avait conseillé de l'appeler; à quo i il fi t réponse qu'il avait ouvert le grimoire de son propre mouvement; qu'alors le diable l'enleva, et le transporta sous le Palais de justice de Meaux ; qu'il l ui dit de ne rien craindre; qu'il s'appelait Mailrc-Rigoiuc ; que
lui, Abcl de la Rue, lui témoigna le désir de fuir du couvent ; et que pour lçrs le diable le reporta dans la sacristie.
« A mon arrivée, dit-il , Pierre Berson , docteur en théologie, et Caillet, me reprirent aigrement d'avoir lu dans le grimoire, et me menacèrent du fouet. Tous les religieux descendirent à la chapelle et chantèrent un salve; on me fit coucher entre deux novices.Le lendemain, comme je descendais pour aller à l'église, Maître-Rigoux m apparut et me donna rendez-vous sous un arbre qui est près de Vaulxcourtois , sur le chemin de Meaux àCoulommiers. Je reprisles habits que j'avais à mon entrée dans le couvent, et sortis du couvent par une petite porte de l'écurie. Rigoux m'attendait, et me conduisit chez maître Pierre , berger de Vaulxcourtois. Maître Pierre me reçut fort bien; j'allais conduire les troupeaux avec lui. Deux mois après , ce berger me promit de me mener à l'assemblée, parce qu'il n'avait plus de poudre ; rassemblée devait se tenir dans trois jours; et nous étions dans l'avant de Noël i5y5. Maître Pierre envoya sa femme coucher dehors , et me fit mettre au lit à sept heures du soir; je ne dormis guère ; ce berger avait mis au coin du feu un ballet de genètre , long et sans manche.
» Vers les onze heures, j'entendis un grand
ifi HISTOIRE DE LA MAGIE EN FRANCE.
bruit ; maître Pierre me dit qu'il fallait partir * il prit de la graisse , s'en frotta les aisselles , et me mit sur le balai. Maître-Rigoux enleva mon maitre par la cheminée ; je le tenais par le milieu du corps. La nuit était obscure , mais un flambeau nous précédait ; je vis dans cette course aérienne l'abbaye de Rébets. Nous descendîmes dans un lieu herbu , où nous trouvâmes une grande assemblée ; j'y reconnus plusieurs personnes , et notamment une sorcière qui avait été pendue à Lagny.
« Le diable ordonna , par la bouche d'un vieillard , de nettoyer la place. Maitre-Rigoux se transforma en un grand bouc noir , lequel commença à gronder et a tourner au milieu de l'assemblée , qui se mit aussitôt à danser a revers , le visage dehors et le cul tourné vers le bouc.... »
Alors , le bailli lui demanda si on ne chantait point ; Abel de la Rue répondit que non ; mais qu'après la danse , qui dura deux heures , on avait adoré le bouc , et qu'après « il » vit que ledit bouc courba ses deux pieds- de » devant, et leva son cul en haut; et lors, que » certaines menues graines , grosses comme » tètes d'épingles , qui se convertissaient en » poudres fort puantes , sentant le soufre et la » poudre à canon , seraient tombées sur plu-
TROISIÈME RACE. i*3
; leurs drapeaux , et que le plus vieil de ladite n assemblée aurait commencé à marcher à ge- » houx , du lieu où il était , et se serait incliné » vers le diable , et icelui baisé ce la partie » honteuse de son corps. Lt ce fait , qoe Ledit » vieil homme recueillit son drapeau, qui » tenait des poudres et des
A bel de la Rue avoua que de l'assemblée avait fait de m**nkf ; et fia tour il s'était approché du demandé ce qu'il voulait délai ; <yt"3 répoudu qu'il voulait savoir mtma 2 à ses ennemis ; que le dSalie ks arvaut Mmi^ maître Pierre comme ponaut *uï *M&u£uz m ce moyen , et qu'il rarait apçrê: <ow «fennut. le diable avait voulu le oorer . kimi ulia' à Saint-Loup , près Prori qu'il avait tout (ait en eouakuâDt dt qu'il s'en repentait , et <fa~U crîeî meni lL .vl. an roi , à monseigneur et à ftut ut-
Sur les conclusions da p ro t-m c n {acaû . !& Rue fut condamné à être brJé vif. Le «irdrcdi 6 juilfct i58a.
Cet imbécile en appela an parieneat 4t Paris , qui rejeU le pourvoi. Président, Jf. Bri*ton ; rapporteur , J/. Fo#< vrf .
♦Papimd'instroctioiidaiec
if4 HISTOIRE DE LA MAGIE EN FRANCE.
L'arrêt porte : qu'Abel de la Rue a noué l'aiguillette à plusieurs personnes , lors de la réception du sacrement de mariage; qu'il a prêté consentement au diable, communiqué plusieurs fois avec lui , assisté aux assemblées nocturnes et illicites ; que pour réparation de ces crimes , la Cour condamne l'appelant à être pendu et étranglé à une potence , qui sera dressée sur la place du marché de Coulommiers ; et qu elle renvoie Abel de la Rue au bailli , pour faire exécuter le jugement , et pour faire brûler le corps du sorcier après sa mort.
L'arrêt est du 20 juillet i582. Il fut exécuté le lundi 23 , par le maître des hautes œuvres de la ville de Meaux, au marché de Coulommiers.
Dans le même temps , cinq énergumèncs furent exorcisés à Soissons. La relation de cet événement a été écrite en français par Charles Blendic , artésien. Gervaise l'envoya en latiu à la cour de Rome, pour amuser le pape Pie Y, qui occupait la chaire de Saint-Pierre , en 1 5§2.
L'année suivante , un loup-garou fut jugé à Orléans *.
Jeanne Bonnet, de Boissi , fut brûlée le i5
* Jacques d'Aulim.
TROISIÈME RACE. ifS
janvier 1 583 , sur ce qu'elle dit avoir converse avec le diable. Boursain, bailli de Châteauroux, fit encore brûler une pauvre femme , sur le témoignage de sa fille , qui l'accusait d'avoir été au Sabbat.
Dans la seule année i583 , il se tint en France trois conciles :
Celui de Bordeaux ordonne aux curés de redoubler d efforts pour anéantir les superstitions , et pour saisir les almanachs qui prédisent l'avenir.
Dans celui de Tours , on dressa une profession de foi , pour les prêtres. Ils s'engageaient à brûler les grimoires , et les livres qui enseignent à paillarder ; et ils reconnaissaient , comme un grave péché , de consulter le$ magiciens et les devins.
Dans celui de Reims , on excommunia les noueurs d'aiguillettes, et on fit défense de porter des amulettes pour se tenir en garde contre eux. On prescrivit dçs règles fort sages pour les exorcismes.
Le concile de Bourges , en 1 584 > adopta les décisions des conciles précédens sur les sorciers et noueurs d'aiguillettes.
Le titre 40 commence par ces mots : V ous ne souffrirez pas les magiciens , et vous les fe-
ifr HISTOIRE DE LA MAGIE EN FRANCE.
i*ez mourir. Toute personne qui ira consulter les devins , sera punie de mort.
Canon I er . Le synode condamne les enchanteurs , les sorciers et les noueurs d'aiguillettes. S'il s'en trouve dans le clergé , il faut les dégrader et les livrer au bras se'culicr. Ceux d'entre eux qui sont laïques , sont excommuniés et doivent éfre remis aux juges des lieux.
Canon 2 e . Et ; parce que la pratique f indigue des tthrétiefts j de nouer l'aiguillette, pour empêcher la fin du mariage 9 s'est glissée panni nous , le synode excommunie les noueurs d'aiguiHfcîteft) et invite les maléficiés à avoir coulïàïiclréfiîMeu , et à se marier de jour.
< Fabus des exorci^mes était poussé au point qiàte là moindre maladie était regardée comme sortilège , et qu'on appelait plutôt lé prêtre que )e médecin. Les protestans devenaient plus nombreux , pàr cela même ; c'est pourquoi , fe 5 e . canon du titre 40 porte que les évéques Àlenl soin que , sous aucun prétexte, Une se fasse aucun exorcisme , qui ne soit approuvé par t église *.
En i586, Marie Martin, du bourg de la
* Provideant episcopi ne pretextu pielatis ulli exor* cisim fiant 7 nm qui ab eççhsni probali saut.
TROISIEME EACE. ift
Neufville-le-Roi , en Picardie , fut arrêtée pour avoir fait mourir des bètes et des hommes par sortilège. Un magicien qui passait par là la reconnut; et, sur son avis , la sorcière fut rasée. On lui trouva la* marque , avec des empreintes comme d'une polie de chapt , sur r espaule sc~ ncslrc, à Vendroict qiïon appelle vulgairement le palleron. Elle dit au juge quelle se reconaissait coupable de la mort du père d'icekiy. Traduite à. la prévôté, elle avoua, devant Corne Bertiu, qu'elle était sorcière, qu'elle jetait un sort, et que c'est une poudre composée d ossemens de trépassés; que le diable Cerbérus lui parlait ordinairement, etc. Elle nomme les personnes qu'elle a ensorcelées , et les chevaux qu'elle a maléGciés. Elle dit que , pour plaire à Cerbérus, elle n'allait pas à la messe , deux jours avant do jeteuses sorts ; qu elle a été aux chapitres tenus par Cerbérus , et qu'elle y avait été conduite la première fois par Louise Morel , sa tante- Dans son second interrogatoire, elle déclara que la dernière fois qu'elle avait été au sabbat, c'était à Yaripon , pkès Nojon ; et que Cerbérus , vêtu d'une courte xobe écirt 9 ayant une barbe noire , cotflë d'un chapeau à teste haute, tenait son chapitre près des haies dudit Varipon, et qu'il appelait les éorciets et sorcières par leur nom.
i;$ HISTOIRE DE LA MAGIE EN FRANCE.
On fit venir le doyen de Montdidier ; elle répéta les mêmes fadaises à cet ecclésiastique. Elle fut condamnée, par le conseil de la ville de Montdidier , à être pendue et étranglée , le 2 juin i586. Elle en appela au parlement de Paris, qui rejeta le pourvoi : son exécution eut lieu le a5 juillet , même année *.
Henri III , qui n'était pas un prince sanguinaire , faisait examiner avec soin les personnes qui se disaient possédées. Les Capucins avaient chez eux une démoniaque ; le roi envoya Pigray, son chirurgien , avec Botal et Leroi , ses médecins , pour lui en rendre compte. « Nous fîmes quelques demandes à la fille, dit Pigray **; elle nous répondit par des sornettes. Nous prhnes la mère en particulier, elle nous avoua que sa fille , par suite de débauche , avait des fleurs blanches. Après avoir vérifié les pièces, nousre. connûmes tous les symptômes d'une gonorrhée virulente , que nous appelons chaudepisse en français.
» Le prieur du couvent fit des interrogatoires en latin ; la fille répondait fort mal en cette langue. Un prêtre de Saint-Germain découvrit la fraude au roi. Ce prince se fit présenter la fille.
* Charoudas Le Caron. Delà Tranquillité d'esprit. i5& ** Chirurgie, livre vu , chap. x.
TROISIÈME RACE. i4 9
dans une ferme peu éloignée de l'abbaye Saint- Antoine. Là elle fut visitée par des sages-femmes , qui déclarèrent quelle n'était pas pucelle : la chaudepisse en était la meilleure preuve. 11 désira voir par lui-même , et caché , ce qui se passerait entre nous et la possédée ; et il tenait la porte entrouverte.
» Quand nous étions prêts à faire notre rapport , un jeune homme vint m'avertir que cette Clle avait été fouettée sur la place d'Amiens , deux ans auparavant. L'évéque de cette ville avait été promu au siège de Paris ; il vint dire au roi qu'il se rappelait fort bien que cette fille et sa famille étaient venues à Amiens ; que cette fille avait fait la possédée ; qu'il l'avait fait venir à levêché; qu'un de ses valets, déguisé en prêtre, ayant commencé à lire les épitres de Cicéron , cette fille avait convulsionné ; et que, pour faire connaître la fraude, il l'avait fait fouetter. »
Le roi ordonna, sur Je rapport de l'évéque, d'enfermer la prétendue possédée à perpétuité.
Il est bien à propos d'ajouter ici ce qui est arrivé dans un village des montagnes d'Auvergne, à deux lieues d'Apchon.
Un gentilhomme, qui était aux fenêtres de son château , vit passer un chasseur de sa connais-
ijo HISTOIRE DE IA MAGIE EN FRASCE.
sance ; il le pria de lui apporter de sa chasse. Le chasseur fut attaqué dans la plaine par un gros loup ; il tira un coup d'arquebuse sans blesser l'animal ; alors il prit le loup par les oreilles, et de son couteau de chasse lui abattit une pate qu'il mit dans sa gibecière, il retourna au château du gentilhomme , et pensant tirer de sa gibecière une pate de loup , il tira une main qui avait un anneau d'or à l'un de ses doigte, que le gentilhomme reconnut pour appartenir à sa femme ; ce qui le fit quelqtiunement mal soupçonner d'elle.
Il la chercha de tons côtés et la trouva dans la cuisine qui se chauffait, ayant son bras sous son dévantier*. Le gentilhomme lui représenta sa main droite ; alors elle ne put nier que ce loup qui s'était jeté sur le chasseur n'était autre qu'elle. Sur cette confession , la justice instruisitlaffaire, et la femme fut brûlée à Rioms, en i588**.
En 1589, le parlement de Paris s'était réfugié à Tours. Quatorze personnes, condamnées pour sorcelleries , appelaient de la peine de mort prononcée contre elles. La cour nomma pour commissaires , Pierre Pigray\ chirurgien de Henri III , Le Roi , Faileseau et Renard, méde-
* Tablier.
** Bogue?. Discours des sorciers.
cins de S. M. , pour visiter ces prétendus sorciers.
« La Visitation fut faite en présence de deux conseillers de la cour, dit Pigray, Les premiers juges les avaient condamnés, sous prétexte qu'ils avaient des marques insensibles. Nous le* visitâmes fort diligemment , les faisant dépouiller tout nus. Ils furent piqués en plusieurs en* droits; mais ils avaient le sentiment fort aigu *. Nous les interrogeâmes sur plusieurs points » comme on fait pour les mélancoliques. Nous n'y reconnûmes que de pauvres gens stupides , les uns qui ne se souciaient de mourir » les autres qui le désiraient. Notre avis fut qu'il leur fallait plutôt bailler de rhellébore pour les purger , que de leur appliquer aucune peine. Le parlement, après une mûre délibération, les renvoya chez eux, sans leur infliger aucune punition **.
Ambroiçe Paré n'était pas à la hauteur des connaissances de Pigray , car il raconte le plus niaisement du monde des histoires de sorcier*.
Selon lui, un domestique , nommé Boucher»
étant profondément plongé en vaines eçgita-
* Jdque cum acerrimo Coloris sensu.
** Pigray, liy. vu, cb. %. Chirurgia Pétri Pigrei , 1609, in -8°-
tSa HISTOIRE DE LA MAGIE EN FRANCE
fions de luxure , vit paraître un diable sous la forme d'une belle femme. Il copula charnellement, et ses parties génitales commencèrent à s'enjlamber. Il lui semblait avoir le feu dans le corps, lorsque la mort vint l'arracher à ses tourmens *.
Cette même année mourut Catherine de Médicis, femme intrigante, superstitieuse et féroce. Elle était née à Florence. Dans une émeute populaire, ses parens furent obligés de fuir lorsqu'elle était encore enfant , et elle fut abandonnée. On délibéra si on ne la pendrait pas; plusieurs furent d'avis de la mettre dans une maison de prostitution, lorsqu'elle serait en âge de plaire **. Sur les représentations d'un moine , elle fut confinée dans un couvent. Henri II, roi de France, l'épousa. Elle vint d'Italie avec une troupe de charlatans et d'empoisonneurs. Quand elle resta veuve, elle fit le métier d'entremetteuse pour ses enfans, de crainte qu'ils ne se mêlassent des affaires du gouvernement , qu'elle voulait conduire elle seule.
Les méchantes femmes sont toujours superstitieuses. Elle fit construire une colonne àFhô-
* Des Monstres , ch. xxvm.
Paul Jove , liv. xxix.
k TROISIÈME RACE. ,.73
tel de Soissons , pour faire des observations d'astrologie. Elle avait grande confiance dans la magie, et portait sur son estomac une peau d'enfant égorgé, semée de figures, de lettres et de caractères. Elle s'imaginait que cette peau la garantissait de toute entreprise dirigée contre elle. Elle mourut, et ne fut regrettée de per» sonne. Il reste une médaille ojui la représente sous la figure d'une divinité païenne ; elle est entourée de signes magiques.
Henri III, son fils, ne lui survécut pas longtemps; il était infatué des superstitions qu'il suça avec le lait. L'esprit de parti a pu lui supposer des crimes dont il était innocent. Pour le perdre dans l'esprit du peuple, on fit imprimer un ouvrage dans lequel il était présenté comme sodomite et sorcier *. Dans un autre pamphlet séditieux, on lui reproche d'avoir laissé tenir, au Louvre , des écoles de magie , et d'avoir 4 reçu en présent, des magiciens, un esprit familier nommé Terragon , tiré du nombre des soixante esprits nourris en l'école de Soliman. On supposait qu'A couchait avec Terragon , et qu'il lavait marié a la comtesse de Foix, qui ne
*Les sorcelleries de Henri rie Valois, et les ovations qu'il faisait au diable, dans le Imis de Vinccnncs. Chez Ddicr-Millot. 1 589. — Voy. Je $ Pièces justif. N°. 3.
put endurer sa compagnie charnelle, parce qu'il était tout brûlant. On avança contre Henri III, avec beaucoup d'impudence, qu'un jour il fit venir une fille de joie pour la prostituer à son diable favori , et que cette fille mourir de frayeur. C'est par cette accusation de sorcellerie qu'on mit le poignard dans les mains du moine Jacques Clément *. Les ligueurs avaient tente' auparavant de lç (aire mourir en piquant à chaque messe les images de cire de ce monarque , qui étaient placées sur l'autel **.
* Les choses horribles contenues en une lettre envoyée à Henri 'de Valois, par un enfant de Paris, le 18 janvier 1589. Ch« Jacques Grégoire. Voyez les Pièces justif. fl*.
Pierre de l'Étoile. Véritable Fatalité de saint Gond .
art. 8.