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fls fascinaient les yeux du peuple ; il n est donc pas surprenant que le monde ait langui si long-temps dans les langes de la superstition. Quand la religion chrétienne expliqua ,plus clairement que les doctrines des philosophes , quelle idée on devait se former de Dieu, on eût pu espérer quelques révolutions dans le système des lois.
Mais on crut voir des possédés dans l'Évangile, et on interpréta dans le sens positif ce qui devait être entendu dans le sens parabolique. Ceux qui auraient eu le pouvoir d éclairer les hommes, aimèrent mieux les asservir , et s'embarrasser dans les ornières de la routine, que de se frayer une voie nouvellequi, en agrandissant la sphère des connaissances, eût été pour eux l'occasion de grands malheurs. Malgré les entraves apportées aux progrès des sciences, on finit par expliquer les causes de ce qu'on avait attribué par ignorance aux mauvais génies. Ces folles croyances perdirent de leur empire ; mais à cause de leur absurdité même , le peuple y fut toujours fort attaché. Enfin des hommes , amis de
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l'humanité , devenus plus forts à raison du nombre, arrachèrent au mensonge le masque dont il était couvert. La vérité parut ; mais ce brusque passage des ténèbres à la lumière ne fut pas sans danger; le peuple fut plutôt ébloui qu'éclairé; trop faible pour distinguer le vrai du faux, il soupçonna partout la fraude et voulut tout détruire ; c'est ce qu'on appelle révolutions dans le corps social : révolutions si difficiles à arrêter , si dangereuses à favoriser.
Mais comment se fait-il qu'il y ait eu des hommes qui se soient crus sorciers, qui se soient crus changés en loups?
Mallebranche explique comment on peut rendre compte de toutes ces vaines imaginations (1).
Unç puissance invisible, surnaturelle, qui ne pense qu'à nuire, à laquelle rien ne peut résister , effarouche l'esprit ; il n'y a rien de plus terrible. Le peuple écoute avec avidité toutes les histoires de revenans et de sorciers; l'orateur s'épouvante lui-même
(1) Recherches de la vérité, )iy. u, ch. deru.
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et effraie les autres. Aussi a-t-on remarqué que les sorciers étaient plus communs dans les pays où la croyance au sabbat était le plus fortement enracinée. Il n'est pas difficile de décrire en peu de mots comment de pareilles opinions s établissent.
Un pâtre dans sa bergerie raconte , après souper, à sa femme et à ses enfans, les aventures du sabbat. Gomme son imagination est un peu échauffée par les vapeurs du vin, et qu'il croit avoir assisté plusieurs fois à cette assemblée imaginaire, il ne manque pas d'en parler d'une m an ière forte et vive. Il n'est pas douteux que les enfans et la femme ne demeurent tout effrayés, pénétrés et convaincus de tôut ce qu'ils viennent d'entendre. C'est un mari , c'est un père qui parle de ce qu'il a vu , de ce qu'il a fait; on l'aime et on>le respecte :
pourquoi ne le croirait-on pas ? Ces récits se gravent profondément dans leur mémoire; ils s'y accoutument : les frayeurs passent, la conviction demeure ; enfin la curiosité les prend d'y aller. Ils se frottent ,
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ils se couchent; les songes leur présentent les cérémonies du sabbat. Ils se. lèvent, ils s'entredernandent et sentredisent ce qu'ils ont vu. Ils se fortifient dans cett«.*royance; et celui qui a l'imagination -la- plus forte, persuadant mieux les autres, ne manque pas de régler en peu de nuits l'histoire imaginaire du sabbat. Voilà donc des sorciers achevés, que le pâtre a faits; et ils en feront un jour beaucoup d autres, si, ayant l'imagination forte et vive, la crainte ne les empêche pas de conter de pareillés histoires. Dans les lieux oii l'on brûle les sorciers , on en trouve un grand nombre , parce que dans les lieux où on les con-> damne au feu, on croit véritablement qu'ils le sont, et cette croyance se fortifie par les discours qu'on en tient. Que l'on cesse de les punir, et Ton verra qu'avec le temps ils ne seront plus sorciers, parce que ceux qui ne le sont que par imagination reviendront de leurs erreurs.
L'appréhension des loups-garoux, ou des hommes transformés en loups, est encore une plaisante vision. Un homme,
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par un effort déréglé de son imagination , tombe dans cette folie , qu'il se croit devenir loup toutes les nuits. Ce dérèglement de son esprit ne manque pas de le disposer à faire toutes les actions que font les loups, ou qu'il a ouï dire qu'ils faisaient : il sort donc à minuit de sa maison ; il court les rues; il se jette sur quelque enfant, s'il en rencontre; il le mord, il le maltraite; et le peuple stupide et superstitieux s'imagine en effet que ce fanatique devient loup, parce que ce malheureux le croit luimême, et qu'il l'a dit en secret à quelques personnes (i).
Nous avons retranché , de toute cette élégante et profonde discussion , ce qui tient aux esprits animaux qui labourent le cerveau , parce qu'aujourd'hui on n'en admet plus l'existence. Comme nous ne sommes pas prêtre de l'Oratoire, nous ne dirons pas, comme Mallebranche , que
(i) Absurdum enim , et ab omni ratione alienum ho~ mines in lupos verti, licel multi veterum id crcdiderint et ajfirmaverint. D. Augustinus, de civit. Dei, lib. xyiii, cap. xvni.
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les vrais sorciers méritent la mort, parce <jue nous n'avons rien à craindre du général de Tordre. La pensée de Mallebranche était qu'il n'y avait des sorciers que par imagination ; mais , comme il voyait dans son rituel la manière de chasser les démons, il a fait une concession à sa robe, en s'écartant du sens commun.