DESCRIPTION DU SABBAT
Toia res est inventa oui ad quecstum , aut ad
supersiitionem.
(ClCEBO. )
Tout cela n'a été inventé que pour doper, ov pour favoriser la auperstition.
Le malin esprit se plaît , suivant les démonographes , à rassembler les suppôts de sa milice. Cette réunion s'appelle le sabbat, soit que ce nom vienne de Bacchus , qui s'appelait encore Sabasius, soit à cause du samedi, jour indiqué pour la grande assemblée. Orphée , dit le Loyer, institua la confrérie des Orphéotelestes ; les sorciers de nos jours y ont succédé (ï).
Le diable choisit de préférence un carrefour pour faire le sabbat, ou le voisinage
(1) Le Loyer , des Spectres.
DESCRIPTION DU SABBAT. wwj
d un lac. Les sorciers assurent que ce qui l'engage à faire ce choix , c'est que l'on bat l'eau, et que, par ce battement, on excite de furieux orages (i).
11 ne croît rien dans le lieu où se fait le sabbat , parce que les diables ont les pieds chauds, et que les sorcières, en dansant, foulent la terre(^ ).
C'est ordinairement pendant la nuit que s'exerce cette bacchanale diabolique. Cependant quelques sorcières ont été enlevées par le diable, en plein midi (3).
Quand l'heure du sabbat est venue, les sorciers ne s'endorment point , à cause d'une marque qu'ils ont exprès, afin de se tenir éveillés pour ce temps (4).
On dit cependant ailleurs qu'il faut avoir au moins un œil fermé , si on ne dort pas tout-à-fait (5). Beau sujet de dissertation que je laisse à l'abbé Fiard , qui a prouvé
(i) De Lancre.
(i) Stroui , del Palagio dtgli fncanli . !ir. !▼ , cL it
(3) De Lancre.
(4) Maiol. , lir. ni , tom. u.
(5) De Lancre.
alij DESCRIPTION DC SABBAT.
fort éloquemment que les sorciers avaient fait la révolution française (i).
Quoi qu'il en soit, un mouton parait dans une nuée, et les sorciers s'apprêtent à partir. Le diable , qui ne se pique pas de tenir sa parole, exige que les sorciers soient exacts au rendez-vous ; il en coûte une amende pour ne pas assister au sabbat (2).
Les moyens de transport ne manquent jamais. Les sorcières de France montent sur des manches à balai, graissés d'onguens diaboliques. Le diable est plus galant pour les sorcières d'Italie : il prend poliment la forme du bouc, et les transporte ainsi à
tïl
Les sorciers et sorcières ne sortent jamais par les portes et fenêtres ; c'est toujours par leurs cheminées (4).
Comme il pourrait arriver du scandale par suite de ces disparitions* Satan, tou-
(1) De la France trompée par les magiciens et de'mooolâtres du dix-huitième siècle, (a) De Lancre.
(3) Bodin.
(4) Procèsd'AbeIde La Rue.
DESCRIPTION BU SABBAT. n-
jours ami du boa ordre , fait des fantômes, à la ressemblance des sorciers et sorcières (i). On ne dit pas si cette figure parle , marche , agit ; mais il faut le croire , pour l'honneur de l'exécution.
Les sorciers et sorcières , une fois rassemblés , le sabbat commence. Le diable passe pour en être Je souverain seigneur; son empire est despotique; il veut être aveuglément obéi , et n'aime pas les remontrances. La principale forme que Satanas prend , et que je pourrais appeler* sa forme favorite, est celle d'un grand bouc, avec trois ou quatre cornes, ayant une longue queue , sous laquelle on voit le visage d'un homme fort noir; et ce gracieux et agréable visage est placé là tout exprès aiin de recevoir des baisers. D ressemble donc à Janus, avec cette différence que les deux visages de ce maître diable n ont pas la même situation que ceux de ce faux dieu ; car, comme l'observe De Lucre, le cul du grand maître avait od visage der-
(i) De LàL :>
uni* DESCRIPTION DU SABBAT *
rière : c'est le visage du derrière que Ton baisait , et non le cul (i).
Ce n'est pas que quelquefois , pour ses paillardises, le diable ne prenne d'autres formes extravagantes; ainsi il est dépeint, dans les procès criminels, comme un grand lévrier noir, comme un corbeau, et comme un bouc blanc (a). De toutes ces ligures, celle qui donne au diable un air plus magistral est sans contredit la première.
Le diable au sabbat est assis dans une ebaire noire, avec une couronne de cornes noires , deux cornes au cou , une autre au front avec laquelle il éclaire rassemblée, des cheveux hérissés, le visage pâle et troublé, les yeux ronds, grands, fort ouverts, enflammés et hideux ; une barbe de chèvre , la forme du cou et de tout le reste du corps mal taillée, le corps en forme d'homme etdebouc; les mains et les pieds comme une créature humaine, sauf que
(i) DeLancre, p«g. 76.
(1) Registres de la Tournelle.
DfcSCBlPTlOS DV SABBAT- art*
les doigts sont tous égaux et aigus, s appointant par les bouts , armés d ongles, et ses mains courbées en forme d oiseaux de proie , et les pieds en forme d'oie , la queue longue comme celle d'un âne, avec laquelle il cache ses parties honteuses ; il a la voix effroyable et sans ton, tient une grande gravité, avec la contenance d'une personne mélancolique et ennuyée (i\ Satan peut bien se former une voix par l'agitation de l'air, puisqu'il s'en compose un corps (a).
Quelquefois ce grand diable veut bien en associer un autre à son empire ; qu'on ne dise plus qu'il est orgueilleux; sa chute a rompu sa tierté (3).
C'est une grande erreur de penser qu'au sabbat tout se passe sans ordre. Satan a soin de créer un maître des cérémonies , qui est gouverneur du sabbat , et qui tient à la main le bâton de command Après la dissolution de lassemb
(l) De Lancre , pag. 3&}.
(a) Boguet (3) De Lancre.
kbj DESCRIPTION DU SABBAT.
met au diable ce diabolique bâton (i).
Le diable commence l'exercice de son sabbat, par visiter tous ceux et toutes celles qui s y trouvent. Je veux dire qu'il reconnaît les marques de toutes les personnes enrôlées dans sa milice (2). 11 imprime ces marques pour s'assurer de la personne du magicien. Ces marques se trouvent au fondement des hommes et aux parties honteuses des femmes. U marque les en fans et les jeunes tilles , avec une de ses cornes , dans l'œil gauche de ces innocens et innocentes (3)*
L'endroit marqué devient insensible; et cette marque a quelquefois la ligure d'un lièvre, ou d'une pate de crapaud, au d'un chat noir ; quelquefois elle ressemble à un petit chien noir. De quelque instrument qù'oii perce ces marques, le sorcier n'en éprouve aucune douleur . Elles ont celte vertu de taciturnité que tant quA.
(2) Idem. hi.
(3; Idem
DESCEIPT10N BU SABBAT. aln)
les sorciers ne sont pas démarques ils rie veulent rien avouer ; aussi prient-ils les juges de les faire démarquer, afin de se dénoncer eux-mêmes (i).
Le diable donne à chaque sorcier et sorcière un nom de guerre pour les distinguer (2).
Voilà donc tous les conviés du sabbat marqués et nommés. Que vont-ils faire?
ils chantent d'abord pour marquer leur
joie; et, quand il arrive de nouveaux sorciers, les assistons fredonnent ces paroles.: Alegremos , alegremos , que gente va ter nemos ! Ceux-ci renoncent à Dieu pour se donner au diable, qui leur fait toucher un livre qui contient quelques écritures noiiw et obscures (3). .
Ceux-là mangent d'une pâte , ou se foat sucer par le diable le sang du pied gauche, afin de ne rien révéler de ce qu'on lèur commande de taire (4). Les uns font pro-
(1) De Lancre.
(2) Bodin.
(3) De Laucre.
(4) Idem.
iwkviij DESCRIPTION DU SABBAT.
vision de poisons , qu'on leur distribue* quand il ne leur reste plus rien de celui qu'on leur a donné précédemment (i).
Des sorcières , après avoir tué des enfans non baptisés , font de leur chair l'onguent dont elles se servent pour leurs voyages et leurs transformations (2). Et Voici que de petits diables sans bras allument un grand feu pour y jeter les sorcières qui n'en éprouvent aucune douleur.
Au sabbat, les sorciers et sorcières rendent compte des maux qu'ils ont faits ; et, s'ils nen ont point fait , ou d'assez grands , . le diable ou quelque vieux sorcier les châtie rigoureusement (3).
- Après cet exercice , vient la danse des crapauds; ils parlent, et se plaignent des sorciers et sorcières , quand ils n'ont pas été bien nourris .(4)*
Le festin suit; niais quel festin! Les metp qu'on y sert conviendraient mieux à
(1) De Laacre.
(2) Idem.
(3) Idem.
f4) Idem*
DESCRIPTION DU SABBAT. xliv
des chiens qu'à des hommes. Quelquesuns prétendent qu'on y fait bonne chère; mais le gros des sorciers convient que les crapauds et les charognes y sont servis sur des plats d'une forme si singulière, qu'il est impossihfe d'en donner une juste descrip^ tion(i).
Quand les sorciers ne savent que faire, il n'ont qu'à s'écrier : Tyran tyran Belzébuth! le diable vient sur-le-champ, pour les instruire de leurs devoirs. 11 se fait adorer, le dos tourné contre lui : on lui baise le derrière ou le devant.
Au sabbat, le diable urine le premier dans un trou : c'est l'eau lustrale dont pn se sert pour l'aspersion. Cette urine est reçue avec de grandes marques de respect, et ils fout dans cette occasion le signe de la croix delà main gauche, en disant :
In nornine Patricâ, Aragueaco Petrica, agora agora , Valentia. Jouando goure gaits gousiia; ce qui veut dire : Au nom de Patrique, Pétrique d'Arragon, à
(i) Trinum mag. , 3; , 33.