CHAPITRE DEUXIÈME I I
et pénétrant ; je parle facilement et assez bien. Ma conversation est enjouée et quelquefois assez spirituelle. Je n'écris point mal, mais je ne me saurois donner la peine d'écrire fort élégamment: ainsi mes premières pensées sont les meilleures, n'en soufifrant guère de secondes sur un même sujet. Je suis moins ignorante que la plupart des personnes de mon sexe, mais ce que je sais ne sert qu'à me faire regretter ce que ma paresse m'a fait négliger d'apprendre. J'aime beaucoup la lecture ; autrefois les romans faisoient mes délices, c'étoit dans le temps qu'il m'étoit permis de les lire ; maintenant les livres plus sérieux et plus convenables à ma profession me plaisent beaucoup d'avantage.
Je vous ai dépeint la meilleure partie de moi-même, et plût à Dieu que je pusse en retrancher le reste sans rendre ce portrait défectueux ; mais puisque je l'ai commencé, il faut l'achever. Je suis plus grande que petite, j'ai la taille aisée, l'air bon, l'abord doux et civil. Mon visage est modeste, le tour en est ovale, et l'ovale en seroit parfait si le menton n'en étoit pas trop pointu. Mes yeux sont bleus, vifs et brillants, de grandeur médiocre, assez souvent battus. Mon teint est blanc et incarnat, sujet à rougir un peu trop, cela vient de mon embonpoint, qui est meilleur de beaucoup qu'à moi n'appartient. Vous m'avez quelquefois flattée d'avoir la bouche belle, le sourire agréable, et marquant quelque chose de fin et de spirituel; vous juriez que mes dents étaient admirables, mais peut-être vous moquiez vous de moi ; je sais bien que vous ne le faisiez pas, quand vous me disiez que j'avois le nez petit et retroussé, mais je sais bien aussi qu'il n'est pas désagréable et qu'il ne me défigure point. J'ai les mains belles, la peau blanche et délicate, et toute ma personne est nette et propre. Mes cheveux sont d'un brun cendré ; vous ne me croirez pas quand je vous dirai qu'ils deviennent gris; j'en attribue la cause à notre coiffure, qui produit souvent cet effet, plutôt qu'à l'âge oii je suis, dont assurément on ne doit rien attendre de tel.
Mais enfin, ma chère sœur, trouvez bon que je finisse : vous m'avez fait repasser bien des choses par l'esprit qui ne doivent plus )• tenir aucune place, et cet entretien m'en pourra peut-être coiiter un autre moins agréable mais plus salutaire avec mon confesseur ; pourvu, du moins, que ma complaisance vous soit une marque de ma parfaite amitié et me confirme la possession de la vôtre, je me serai procuré un grand bien d'un côté si je me suis fait quelque mal de l'autre.
XIV. — Louis II de Madaillan-Lesparre, seigneur de Montataire, marquis de Lassay et plus tard comte de Manicamp... etc., débuta de bonne heure et très brilllamment dans la carrière des armes, sous les ordres du duc d'Enghien, depuis le grand Condé. Il fit sa première campagne en 1646, et se
Il6 lA MAISON DE MADAILLAN
trouva aux sièges de Mardik et de Dunkcrque. 11 assista au siège de Lérida en 1047, et fut fait en janvier 1(149, capitaine lieutenant des chevau-légers de Bourgogne, sous les ordres de Condé. Il reçut trois blessures à la bataille de Lens et resta estropié d'un bras. Le prince qui l'avait vu à l'œuvre déclara qu'il avait contribué puissamment au succès de cette journée. Le roi lui accorda une pension de mille écus " pour avoir " servi utilement au gain de la bataille ». — Ce sont les termes du brevet. 11 servit avec distinction aux combats de Cbarenton et de la porte Saint-Antoine et fut fait maréchal de camp à vingt-deux ans.
Pendant la guerre civile il s'était trouvé engagé dans le parti de Condé, la compagnie des chevau-légers de Bourgogne qu'il commandait étant sous les ordres de ce prince. Mais il ne le suivit point lorsqu'il quitta la France et entreprit ses fâcheuses campagnes sous le drapeau espagnol. Louis de Madaillan accompagna Louis XIV dans toutes ses conquêtes jusqu'à la paix de Nimègue (i). En 1667, le b août, il se distingua dans une rencontre avec un parti de Lillois. » ...leduc » de Bouillon qui est des premiers de toutes les belles parties » étoit de celle-là et y signala admirablement bien sa glorieuse " bravoure, ainsi que le comte d'Armagnac, le marquis de " Coaquin, les comtes de Lude et de Nogent, les marquis
'■' d'Albret, de Chamilly et de Montatère qui firent les
" petits lions en cette occasion (2). »
Le 10 juin 1651, il épousa Suzanne de Vipart, fille de Guillaume de Vipart-Silly, marquis de Sainte-Croix. Les Vipart portaient : iVargent cjii lion Je sable, armé et lainpassà de
i. Marquis de Lassay, Mnréri et les généalogistes. 3. Les continuateurs de Loret, t. ii, p. 9);.