‹ Histoire de la maison de Madaillan, 1076-1900Chapitre 11 sur 327 · I. Bibl. Nat. Collection Brcquigy, t. txxi, p. i · texte numérisé non relu

I. Bibl. Nat. Collection Brcquigy, t. txxi, p. i

a. Courcelles, Hiilolrt da P.iirs t. v, p. 4. Art. FroïKii: — et Arch. des Basses-Pyrénces, E. 739.

PRÉLIMINAIRES

Leurs explications sur les Madaillan, seigneurs prétendus du château de ce nom près Agen, sont des plus confuses.

Au milieu de ces difficultés, ils ont recours à une preuve négative : la baronnie de Madaillan-Vieux ou n'existait pas ou n'était pas assez importante pour avoir donné de hautes prérogatives à ses possesseurs au xiii' siècle ; d'ailleurs il n'y avait pas de château-fort à Madaillan-Vieux.

Ils préjugeaient ainsi de l'état de cette seigneurie au xviiio siècle son importance relative au xni= siècle. Cette erreur est à moitié excusable. Les feudistes, en ce temps-là, ignoraient, comme tout le monde, l'archéologie du moyen-âge. Au rebours de ce qu'ils pouvaient croire, plus le fief est ancien plus le château qui en est la capitale est petit. Le château carolingien est une tour de bois dressée sur une motte.

Les châteaux du xi^ et du xii» siècle, sauf de rares exceptions, ne ressemblaient en rien aux immenses constructions élevées durant les xiii'* et xiv= siècles.

Le château de Madaillan-Vieux du xu« siècle, de même que celui de Durfort, dans la juridiction de Penne, également détruit, n'était pas sans doute plus considérable que celui de Lafox, dont j'ai déjà parlé, et qui se composait d'une simple tour élevée sur une motte entourée de fossés.

Le développement de la bastide de La Sauvetat-du-Drot, voisine de Madaillan- Vieux, empêcha sans doute cette baronnie de s'accroître à partir de la fin du xiii« siècle. Celle-ci n'en resta pas moins un fief assez important jusques à l'époque moderne, plus important même que le Madaillan d'Agen. Quand elle fut saisie en 17 12, elle comprenait douze paroisses.

Les du Fossat avaient leurs grands fiefs entre le Lot et la Garonne et même sur la rive gauche du fleuve, depuis Monheurt et Bruch, jusques à Madaillan auprès d'Agen. Aiguillon était leur principale forteresse. Les châteaux de Bruch et de Floirac leur appartenaient déjà en 1259. Floirac (commune de Montpezat) est au nord de Madaillan, ainsi entouré de leurs possessions. Il est à présumer qu'eux seuls ont possédé ce dernier château au xiii" siècle. Les Madaillan de la Sauvetat l'auraient-ils construit si loin de leurs fiefs principaux pour le céder immédiatement aux du Fossat ? Aucun document ne le prouve, et pareille hypothèse ne pourrait être appuyée que sur la similitude des noms. L'argument serait faible. Combien de noms de lieu sont communément répandus, surtout les noms significatifs. — (Ici M. Tholin indique le mot Mcdiolamim comme l'étymologie de Madaillan;. — Il parait certain que le nom patronymique de Madaillan dérive du Madaillan-Vieux. Si des confusions se sont produites entre les noms de Madaillan et de du Fossat, c'est postérieurement à la construction du Madaillan d'Agen. C'est-à-dire après le milieu du xiii" siècle, les du Fossat ayant le droit de prendre le nom de leur nouveau fief. En un mot les Madaillan antérieurs à 1250 sont les Madaillan de la Sauvetat et n'ont rien de commun avec les du Fossat (i).

I. Ville libre et barons pp. 175-178. — Voir aussi M. Andrieu : Histoire de l'Ageuais t. i, p. 102. Note <r II a existé deux châteaux de Madaillan. Madaillan-Vieux prés la Sauvetat-du-Drot... et « Madaillan près d'Agen. Les sires de Madaillan antérieurs à 1250 étaient de Madaillan-Vieux « et n'avaient rien de commun avec les du Fossat. C'est Madaillan-Vieux qui, au xiii^" siècle, plaçait « ses possesseurs parmi les cinq barons de l'Agenais chargés de porter l'évéque... .»

Cette page méritait bien d'être citée tout entière. Elle envisage la question sous son véritable jour et témoigne de l'érudition de son auteur.

Pour donner une idée de la médiocre argumentation des mandataires du duc d'Aiguillon, voici un fragment du mémoire dont mention a été faite plus haut et qui fut produit au procès par les d'Albert de Laval.

RÉPONSK

Cet acte est sur trois parchemins qui semblent neufs, cousus ensemble tout nouvellement ; il n'y a ni seing ni paraphe de notaire ; on ne dit pas de quel dépôt il a été tiré ; par conséquent il ne mérite aucune attention ; quand même il serait en forme probante il ne signifierait rien.

Dans la procuration, la constituante se nomme .^larie Dufossat ; le sénéchal d'Agen la nomme ainsi, il plaît au procureur de la nommer Marie de .Nladaillan, mais ni la constituante, ni les deux Amanieux Dufossat dont il est fait mention dans cet acte ne sont point qualifiés de Madaillan. Il est indifférent que le procureur ait nommé sa constituante Marie de Madaillan puisque ce nom ne saurait lui donner aucun droit sur les paroisses contentieuses qui ont des noms très différents ; c'est de ces paroisses dont il est question et non du nom de .Nladaillan.

A toutes ces preuves de la distinction qui existe entre ces deux familles on peut en ajouter d'autres.

Leurs armoiries sont absolument différentes. Les du Fossat portent : Bande d'argent et de gueules ; Les Madaillan : Tranché d'or et de gueules. Dans la suite leur blason s'écartèle : d'a;ur an lion d'or de Lesparre.

Les du Fossat sont aussi illustres, plus illustres même, à certains points de vue, pendant le moyen-âge que les Madaillan et ceux-ci, à aucune époque, n'ont cherché à s'attribuer leurs faits et gestes. Cependant si la confusion eut été possible ; si la ligne de démarcation eut pu

PRE.MIÊRE PIÈCE

Procuration de l'an 1308 passée par noble .Vlarie Dufossat, épouse de Bernard Raymond de Sainte-Foy en faveur d'Hugon de Sainte-Gemme et autres pour poursuivre tous les procès qu'elle pourrait avoir en toutes sortes de cours.

Hugon de Sainte-Gemme un des procureurs fait action à .\manieu Dufossat pour le relâchement de l'hérédité d'autre Amanieu Dufossat, frère de la dite .\larie, dont elle se disait héritière.

{-e procureur nomme Marie Dufossat, Marie de Madaillan quoique elle-même dans sa procuration se nomme Marie Dufossat et que les lettres de citation du sénéchal la nomment aussi Marie Dufossat.

De là on infère que les noms de Dufossat et de Madaillan se prenaient indifîéramment dans la même famille.

PRELIMINAIRES

être franchie, le fait se serait produit quelquefois, ainsi que cela est arrivé, à cause du rHDm de Lesparre comme nous le verrons.

Armand de Madaillan-Lesparre, marquis de Lassay, avant d'être nommé chevalier du Saint-Esprit en 1724, adressa un long mémoire à M. de Clairambault, généalogiste de l'ordre (i). Dans ce mémoire où les actions de ses ancêtres sont rapportées en détail, il n'est pas une seule fois question de celles des du Fossat qui auraient pu être attribuées aux Madaillan. Le marquis de Lassay avait trop d'intérêt à donner la plus grande extension au dénombrement de ses aïeux et à la célébrité de sa maison pour négliger de les mentionner s'il avait cru en avoir le droit. Pourquoi n'aurait-il pas dit, par exemple, qu'un Madaillan-du Fossatavait été maire et gouverneur deBordeauxen 1311, cent ans avant Guillaume-Amanieu de Madaillan ; qu'un autre Madaillan-du Fossat jouait un grand rôle comme sénéchal en 1302 etc.?

La vérité est que la pensée de les confondre n'était encore venue à personne. C'est la procédure du xviii" siècle qui a donné naissance à cette opinion. Comme propriétaire de Madaillan, M. le docteur de Laffore s'était peu à peu imprégné de ce sentiment en méditant au milieu des belles ruines de son château. Mais chez lui c'était une vague vision, plutôt un désir. S'il avait eu la volonté et le temps d'écrire l'histoire des du Fossat, il aurait vite compris combien son rêve était chimérique et son désir irréalisable. De même si Madame la comtesse de Raymond avait dû publier l'étude confuse qu'elle a préparée et étayer par des preuves ses hypothèses souvent très adroites, elle aurait certainement hésité tout d'abord, puis reculé devant ce redoutable imbroglio et se serait enfin résolue à scinder l'héritage de ces deux puissantes famiTles, attribuant à chacune d'elles sa part dans cette grosse succession.

Pour conclure il faut répéter avec M. Tholin: les Madaillan antérieurs à 1250, sont les Madaillan de la Sauvetat et n'ont rien de commun avec les du Fossat.

I. Marquis de Lassay, Recueil de différentes choses, vieille édition, p. 348, communiqué par M. Paul de Madaillan. — Bibl. nat. Dossiers bleus, vol. 414, p. 19.

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