‹ Histoire de la maison de Madaillan, 1076-1900Chapitre 12 sur 327 · III · texte numérisé non relu

III

DES CONFUSIONS QUI SE SONT PRODUITES ENTRE LES MADAILLAN ET LES D'ALBERT DE LAVAL (i)

■'Fsr un vilain usage et de très mauvaise conséquence en nostre France d'appeler chacun par le nom de sa terre et seigneurie, et la chose du monde qui fait plus mesler et mecognoistre les races. Un cadet de bonne maison, ayant eu pour son appanage une terre, sous le nom de laquelle il a este cognu et honoré, ne peut honnestement l'abandonner : dix ans après sa mort, la terre s'en va à un estranger, qui en fait de mesme ; devinez où nous sommes de la cognoissance de ces hommes (2).

Personne n'oserait soutenir et ne pourrait démontrer que les Madaillan et les Laval sont une seule et même famille. Sur cette question il n'y a jamais eu d'erreur de principe. C'est seulement dans la pratique que des confusions fréquentes ont eu lieu, à cause du titre qui a été pris pour le nom. On s'est mépris sans calcul; on s'est trompé sans le vouloir.

11 y a cependant une importante exception à constater. Saint-Simon, qui se piquait, avec juste raison, d'être un généalogiste très exact, a insinue (nous emplovons ce mot avec intention) que le chef des Croquants était un Madaillan et non pas un Laval. Il cite à ce propos une Vie du duc d'Epernon qui était dans sa bibliothèque et dans laquelle Madaillan est représenté comme le plus indigne des gentilshommes " aussi méfiant et artificieux que méchant » accusé de

polygamie, d'inceste, d'infanticide... etc. (3).

I. Voir une étude que nous avons publiée dans la Reriit de l'Agenais, juillet et août 1896, pp. J67 i 180.

1. Muntaigne : Essais, Kd. d'Ainsterdan, 1781, chap. xLvi, livre i" : des Noms, p. 458. >. Saint-Simon. Ed. de Boislisle, t. m, pp. }o et 347-

PRÉLIMINAIRES

Saint-Simon qui était fort méchant lui-même, s'est montré particulièrement dur pour les Madaillan. 11 les traite avec une aigreur et une amertume singulières ; contestant l'éclat de leur nom, l'ancienneté et l'illustration de leur noblesse. Ses injustices trop criantes ont pour cause un différend qui s'était élevé entre Isaac de Madaillan-Montataire et le père de Saint-Simon, différend dans lequel celui-ci joua un assez vilain rôle en cherchant à exciter la colère de Louis XIII. Tallemant des Réaux raconte cela dans une piquante historiette (i) que nous transcrirons ailleurs. Cette affaire avait fait naître, entre les deux familles, une grande acrimonie. Saint-Simon, héritant des rancunes paternelles, cherchait à mordre les Madaillan, à leur être aussi désagéable que possible et c'est évidemment pour cela qu'il insinue que Madaillan de la Sauvetat est un des leurs. Cette intention méchante est sa seule excuse, car l'époque à laquelle écrivait Saint-Simon était assez rapprochée de l'année 1644, date de l'exécution de Léon de Laval, pour que toute méprise fut impossible.

Il est préférable d'avoir à discuter le principe d'une fausse opinion que d'être obligé de poursuivre, dans la pratique, les inexactes atti^ibutions de noms qui embrouillent le travail en encombrant le terrain et augmentent les embarras du chercheur en rendant les précisions difficiles.

Dans l'espèce, nous n'avons pas à énumérer tous ceux qui se sont trompés ; mais il importe de faire connaître une des causes principales de leurs en^eurs qui ne sauraient résister à un examen attentif.

Cette cause première se trouve dans les Commentaires de Biaise de Monluc. C'est le brave maréchal qui est bien innocenimcntle coupable. Mieux que personne il savait que son lieutenant était un Laval et s'il le nomme sans cesse « Monsieur de Madaillan » c'est du « nom de sa terre et seigneurie... la chose du monde qui fait plus mesler et mécognoistre les races... »

Nous sommes au milieu du xvi' siècle, au moment où la baronnie de Madaillan de la Sauvetat vient de passer aux Laval (2). Charles d'Albert de Laval, capitaine de cinquante hommes d'armes sous Monluc (3) est le premier de sa famille qui prend le titre de seigneur de

1. Tallemant des Réaux, Ed. Paulin-Paris, t. ii, pp. 22 à 54.

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