‹ Histoire de la maison de Madaillan, 1076-1900Chapitre 113 sur 327 · CHAPITRE DEUXIEME I · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIEME I

l'envisagerons sous trois aspects. Nous nous occuperons tout d'abord du soldat ; des magnifiques états de service de ce vaillant gentilhomme. En second lieu nous le suivrons dans ses malheurs conjugaux après trois unions consécutives et disparates. Enfin nous apprécierons l'homme lui-même tel qu'il s'est dessiné par ses actes et par ses paroles.

Armand de Madaillan naquit le 28 mai 1652 et manifesta de très bonne heure un esprit avide d'indépendance.

Je ne me soucie point de commander (écrit-il) mais l'obéissance m'est insupportable... Je sens que toute ma nature se révolte dès qu'on veut prendre quelque empire sur moi ; il n'y a aucune considération.qui put me le faire souffrir, non pas même l'intérêt de ma santé et de ma vie s'il fallait être soumis à un médecin. Ce sentiment est né avec moi, je l'ai eu dès mon enfance ; et à peine en étais-je sorti, que je secouai le joug de la domination paternelle, aux dépens de tout ce qui m'en pouvait arriver ; et pendant plusieurs années je me réveillais la nuit avec un mouvement de joie que me donnait la pensée de ne plus dépendre de personne.

Il fit ses premières armes en qualité d'aide de camp du grand Condé, en 1672, et assista à toutes les conquêtes de cette campagne. Dans l'hiver de cette même année, il suivit Condé à l'armée de la Moselle. C'est à cette époque que son père acheta pour lui, du marquis de Pompadour, la charge de guidon des Gendarmes de la Garde du roi. Le marquis de Pompadour se repentit de l'avoir vendue. Cela donna lieu à des démêlés assez graves entre les deux familles. Le marquis et Armand s'étant rencontrés sur le Pont-au-Change, le 25 avril 1673, eurent entre eux quelques paroles désobligeantes.

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Un duel s'ensuivit puis un procès (i). Dans ce ihicl qui lui lit honneur, le jeune guidon reçut tout d'abord un terrible coup d'épée qui lui traversa le corps : mais il voulut continuer le combat, lit (.[uatre blessures à son adversaire, le désarma et exigea que M. de Pompadour fut soigné le premier.

En i()7-| il devint enseigne dans le même corps. Cette charge valait cent mille écus ; il n'y avait pas d'exemple cju'elle eut été occupée par un titulaire aussi jeune. A la bataille de Senet, M. de Soubise ayant eu la jambe cassée, au début de l'action. Armand de Madaillan se trouva seul oflicier à la tète des gendarmes. Cette circonstance stimulant son courage, il porta vaillamment le poids de sa responsabilité, et sa conduite fut bien belle dans cette journée où il reçut trois blessures et eut deux chevaux tués sous lui.

Il accompagna le roi à la conquête de la Franche-Comté; assista aux sièges de Besançon, de DcMe, de Salins, où il fut blessé, et de Fauconey où il entra des premiers avec la maison du roi qui emporta la place l'épée à la main. Pendant les années suivantes il se trouva aux sièges de Condé. Bouchain, \"alenciennes, Cambrai où il fut blessé de nouveau ; à ceux de Gand et d'Ypres qui furent les derniers de cette

guerre. Dans une lettre à Madame il fait le récit de

la prise de Valenciennes, en quelques phrases siuiples et sans aucune forfanterie, quoiqu'il ait joué dans cette affaire le principal rôle.

Au camp de Valenciennes ce 19 mars. — On vient de prendre Valenciennes d'une manière si extraordinaire qu'il faut avoir recours aux romans pour trouver des exemples d'une pareille avanture ; la postérité ne pourra pas croire qu'on ait

I. n. N. Imprimés, ^ factums antérieurs à 1790. N» 3. Faits du procès instruit en la cour du parlement contre Armand de Madaillan de Lesparre, et le sieur marquis de Pompadour, sur ce qui s'est passe au bout du Poiit-aii-Change, le JJ avril i(>7î. — Voir aussi Diogri}f>liie unittnrlle de Michaud, art. L:issav.

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