‹ Histoire de la maison de Madaillan, 1076-1900Chapitre 116 sur 327 · I. Baron de Condé, ihid., pp. 4O'î · texte numérisé non relu

I. Baron de Condé, ihid., pp. 4O'î

LA MAISON DK MADAILLAN

un escadron Je cuirassiers qu'on avoit laissé pour faire l'arrière-garde Nous y

trouvâmes Mersy, le colonel Heirter et le lieutenant colonel OfTquerque, qui sont des officiers fort distingués par leur valeur ; entendant des cris et beaucoup de mouvemens sur la hauteur, nous nous avan«;àmes dix ou douze que nous étions, et nous vîmes en montant sur cette petite plaine que les Turcs qui s'étoient bien aperçus que les troupes se retiroient, poussoient nos houssards, qui se jugèrent si bien battus que nous ne les revîmes plus de tout le jour : sans faire grande reflexion nous primes leur querelle, et poussez par une sorte d'émulation assez ordinaire entre gens de différentes nations, fort imprudemment nous allâmes charger les Turcs, qui s'enfuirent d'abord quoiqu'ils fussent infiniment en plus grand nombre que nous, ne croiant pas apparament que nous puissions être assez fols pour les attaquer sans être soutenus... Mais enfin voiant qu'il ne paroissoit personne, ils s'arrêtèrent et nous nous arrêtâmes pareillement et chacun de son côté se mit à se regarder ; car les Turcs n'aiment pas à attaquer des gens qui font bonne contenance, dont bien nous prit ; mais comme il ne fait pas bon aussi fiiir devant ces messieurs-là qui ont de bons chevaux et de bons sabres, il fallût paier d'effronterie et se tenir bien ensemble sans tirer ; cependant je doute que l'aventure eut fini heureusement pour nous, car ils coninien(,-oient à s'apprivoiser et à nous entourer, quand nous vîmes arriver MM. les Princes de Conty, suivis de M. le Prince Eugène, de M. de Turenne et des autres frani,-ois... Mais au lieu de se contenter de nous tirer d'affaire, ils poussèrent les Turcs jusqu'à une portée de pistolet de leur retranchement qui étoit garni de janissaires... Je crus plus d'une fois qu'ils vouloient entrer dans ce retranchement par une grande barrière qui étoit ouverte, par laquelle les Turcs étoient rentrez, et peut être qu'ils n'auroient couru guères plus de risques qu'à ce qu'ils firent; car ils demeurèrent un temps qui me parut fort long, à se faire des compliments à qui se retireroit le premier, ■essuiant cependant le feu des janissaires... enfin ne voiant plus personne dans la plaine, on s'en alla au petit pas, tournant de moment en moment, qui est la manière dont il faut se retirer devant les Turcs qui chargent ordinairement dans la retraite, et on fit si bonne mine, qu'ils n'osèrent nous suivre que de loin... Il y en a eii peu de nous qui n'aient eu quelque contusion, ijuelque coup dans leurs habits, ou des chevaux tuez ou blessez. L'occasion n'est considérable que par la qualité et le rang des personnes qui s'y sont trouvées; cependant toute petite qu'elle a été, je crois que si M. le Prince y avoit vu MM. les Princes de Contv qu'il les auroit reconnus pour ses neveux...

Dès que M. de Lorraine fut averti de ce qui se passoit, il retourna au grand trut à la tête de plusieurs escadrons, mais il n'arriva que dans le temps que l'afTaire venoit de finir ; il gronda fort .NI. de Comniercy et mit OfTquerque aux arrêts, qui n'en sortit que le lendemain, à la prière de .NIM. les Princes de Conty, les jugeant tous deux propres à avoir embarqué les autres.

Pour faire suite à ce charmant récit, voici maintenant quelques épisodes de la bataille de Gran qui constituent h notre avis une puissante description d'un beau fait de guerre :

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