CHAPITRE DEUXIEME I
Je m'adresse à vous, Madame, avec une confiance dont je suis étonné moimême Le Roi va commander son armée (en 1690), je souhaiterois ardemment
d'avoir l'honneur d'être son aide-de-camp : je lai suivi dans toutes ses conquêtes depuis soixante et douze ; j'ai fait la guerre en bien des lieux, tout cela m'a donné quelque connoissance qui jointe à beaucoup de bonne volonté me fait espérer qu'il sera content de moi; je serois trop heureux de me trouver en place où je pusse effacer par ma conduite les impressions que je crains qu'il n'ait et qui font
tout le malheur de ma vie Une passion plus forte que moi que j'avois pour une
femme qui la méritoit bien, m'a fait quitter son service ; j'étois fort jeune, il ne faut pas compter si-tôt avec les hommes ; en quittant le service, je n'ai pas quitté la guerre, car depuis je n'ai pas manqué une seule campagne ; et si je me repens aussi bien de mes péchez que de cette faute, j'espère que Dieu me les pardonnera
Ses vœux furent exaucés, il obtint le titre d'aide-de-camp du roi et c'est en cette qualité qu'il assista en 1691 au siège de Mons et au combat de Leuse ; en 1692, au siège de Namur, à la prise de la contrescarpe de cette ville ; à l'attaque des retranchements de La Cassotte où il fut blessé. L'année suivante il accompagna encore Louis XIV dans sa dernière campagne et depuis lors ne reparut plus à l'armée (i).
Armand de Madaillan se maria trois fois. A vingt-deux ans, le II février 1674, il avait épousé Marie-Marthe Sibour, fille d'un conseiller au parlement de Normandie et sœur d'un inspecteur de cavalerie. Elle mourut en couches au bout de onze mois de mariage, à dix-huit ans, laissant une fille : Adélaïde-Marie-Constance de Madaillan de Lesparre, dite Made-
I. Les états de service du marquis de Lassay sont rapportés dans V Abrégé chronologique et historique de l'origine, du progrès et de l'état actuel de la maison da roi et de toutes les troupes de France par Simon Lamoral Le Pippre de Neufville, chanoine de la collégiale de Huy. — Liège, chez Everard Kints, 173-).
IlS LA MAISON DE MADAILLAN
nioiselle île I.ussay-Montataire (n dont nous reparlerons. Marthe-Sihour lui inhumée dans l'église des religieuses de la Visitation, rue Saint-Antoine, ainsi qu'en lait toi le billet d'invitation à son service funèbre, en date du 22 janvier 1O75, et dans lequel elle est qualifiée de haute et puissante dame (2). Ce premier mariage avait été contracté suivant les convenances sociales ordinaires, sans aucune circonstance romanesque. Il n'en fut pas de même des deux autres. En secondes noces, Armand épousa Marianne Pajot, femme de chambre de Mademoiselle de Montpensier qui avait pour apothicaire Claude Pajot le père de Marianne. Ce qu'était cette fdle de condition inférieure, le marquis de Lassay va nous l'apprendre. Le chapitre qu'il a consacré au récit de son aventure avec le duc de Lorraine est un des plus curieux et des meilleurs de ses Mémoires. 11 est écrit avec un accent de sincérité touchante et la plus rigoureuse exactitude. Dans tous ses détails il concorde avec les chroniques de l'époque et ce qui a été imprimé depuis sur le même sujet. Nous ne saurions mieux faire que de le reproduire intégralement.
Quelques années après la paix des Pyrénées, le duc de Lorraine vint en France où il fit un traité avec le roi, par lequel il lui céJoit ses états à des conditions écrites en plusieurs endroits, trop longues pour être mises ici, et de plus, inutiles à ce que j'ai dessein de dire : Après avoir fait ce traité, il s'en repentit, et ne voulut plus qu'il eut d'exécution {}).
Pendant tout ce temps-là il voioit au Luxembourg, chez Madame, qui étoit sa sœur, et chez Mademoiselle, une fille, que sa beauté, ses grâces et son esprit avoient mis dans le monde d'un air bien différent de celui qu'elle y devoit avoir par sa naissance; elle s'appeloit .Marianne, et n'étoit que femme de chambre de Mademoiselle ; ses qualitez aimables et ses manières nobles qui avoient plû à tout le monde touchèrent le duc de Lorraine qui en devint passionnément amoureux ;
I, Saint-Siiiiun, éd. in Boislilc, t. m, p. 31, note.
3. Xoircfau ifUofirr, V. J17, piicc 4. Un exemplaire iniprinié de ce billet de faire part se trouve dans U collection dite Cuhhief ti'Ho^ùr.
3. Ce traité étrange est du (< février 11169 et porte le nom de traite de Montmartre.