‹ Histoire de la maison de Madaillan, 1076-1900Chapitre 126 sur 327 · III · texte numérisé non relu

III

Lassay, comme tant d'autres hommes, avait de lui-même une haute opinion. Il parle sans cesse de sa mauvaise étoile et trouve ses mérites méconnus.

Je m'en irai sans avoir débaié ma marchandise, et comme on ne m'a jamais mis en œuvre, on ne sçaura point si j'étois propre à quelque chose; je ne le sçaurai pas moi même ; je m'en doute pourtant, et, croiant me sentir des talens, il y a eu un temps dans ma vie où je me suis trouvé affligé en songeant qu'ils étaient perdus, et en les comparant à ceux des personnes à qui je voiois occuper les premières places J'ai vu de fort près la plupart des personnes qui ont eu la réputation

d'avoir le plus d'esprit ; j'en ai trouvé une grande quantité qui avoient des talens au-dessus des miens; j'en ai trouvé beaucoup qui avoient autant d'esprit que moi ; mais je n'en ai trouvé aucun qui m'ait fait sentir qu'il en avoit d'avantage.

11 vante à tout propos son esprit de discernement et croit que très peu d'hommes le possèdent mieux que lui. Cette qualité lui paraissant celle que doit, avant toute autre, avoir un souverain, il en conclut : « de toutes les charges qui sont " dans un roiaume celle de roi seroit celle dont je serois le * plus capable ». Voltaire à ce propos s'est moqué de lui (2). Avec sa cruelle ironie il s'est emparé de tout le ridicule d'un pareil aveu ; mais il aurait pu se montrer plus indulgent en faveur de son ingénuité et de sa franchise. Louis XIV a disparu, le peuple croit régner à sa place, mais, même sous

I. Etsai Hiilorit/iit sur le thàlrau de Lasioy, p. 59. — Et Pcrc Anselme, t. 1, p. 141. a. Dialogues d'Evhcmcre, 8> tlialogue.

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